Dans les rues de New York

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Je cours. Je cours dans les rues de New York. De plus en plus vite, de plus en plus loin. La nuit tombe et je fuis. Je ne sais même plus ce que je fuis mais je cours dans les rues de New York qui se vident de leurs touristes. Ils rentrent dans leurs hôtels de luxe, que je ne pourrai jamais me payer, dans ces taxis jaunes si célèbres où je ne suis jamais entré. Aujourd'hui, ils ont visité la ville, tous les monuments qui sont dans leurs guides, ils ont pris des centaines de photos et croient avoir visité la ville « de fond en comble ». Mais ils n'ont pas vu la banlieue, la misère, les gangs de la rue, les jeunes livrés à eux-mêmes qui traînent dans leur cité. Ça, ils n'ont pas envie de le voir. C'est trop dérangeant et, après tout, ils ont la même chose chez eux. Et pendant qu'ils admirent la ville, la nuit, qu'ils la trouvent magnifique, moi, je cours. Autour de moi, tout devient flou. Je vois que je suis dans un parc. Je suis épuisé. Je tombe dans l'herbe et je ferme les yeux. Lorsque je les rouvre, une seconde, une minute ou une heure plus tard, je vois le ciel, les quelques étoiles qui résistent à la pollution lumineuse, les silhouettes noires des arbres qui se découpent. Je suis seul. Le parc est immense, je n'en vois pas le bout. Ce doit être Central Park. Je n'y suis jamais allé comme je ne suis jamais allé en haut de l'Empire State Building, au pied de la Statue de la Liberté ou dans les immenses magasins qui bordent les avenues. De cette ville où j'habite, je ne connais que les barres grises des immeubles, les quelques épiceries délabrées et les minuscules appartements où des familles nombreuses vivent tant bien que mal. Alors j'ai fui. J'ai fui tout ça. Je n'ai rien à perdre. Mon père est en prison, ma mère a disparu. Elle a fui elle aussi et je ne peux pas lui en vouloir.
Je me relève et je m'en vais. La grille est fermée, je l'escalade. Dehors, les jeunes, les insomniaques dans les bars, les cafés, les magasins encore ouverts. Je ne sais pas quelle heure il est. Je ne sais pas ce que je fais ici. Je suis dans cette ville où je vis, dans cette ville inconnue, cette ville qui ne dort jamais.
Sur les murs, les immeubles, des publicités, toutes plus grandes les unes que les autres. Des marques, des films, des magazins.
J'avance. Personne ne me regarde, personne ne me reconnaît. Je ne connais personne.
Des larmes coulent sur mon visage. Je ne sais pas pourquoi. Je ne sais plus rien. Je ne vois plus que des taches de lumière, de toutes les couleurs. Et des bruits, des sons. Des gens qui discutent, qui chantent, qui s'amusent. Ils sont dans leur univers, moi, je ne suis pas dans le mien. Puis tout devient sombre. L'homme qui vient d'arriver devant moi me dit : « Ça va petit ? Tu as perdu ta maman ? » Interloqué, je rouvre les yeux. Je ne suis pas petit, j'ai seize ans et je n'ai pas perdu ma maman, elle est partie.
Moi aussi, je pars, je m'enfuis, je cours, je les laisse avec leur joie et leur bonheur. Je ferme les yeux. Je suis dans le noir mais je ne percute rien. Je connais mon chemin. Je ne sais pas où je vais mais mes jambes le savent. Et elles courent.
Je sais où je suis. Je ne vois rien. Il fait nuit et les lampadaires sont cassés depuis des années. Je suis chez moi. Devant mon immeuble. Des groupes de jeunes passent devant moi. Ils me remarquent. Ills me saluent. Je monte. Par l'escalier, l'ascenseur ne fonctionne plus. Septième étage. J'ouvre la porte. L'appartement est vide. Je me couche et je dors. Dans cette ville qui est la mienne.

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