Née Bulleuse

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J'ai 22 ans et la vie me semble éphémère, je cherche à faire de la poussière des grains de lumière que je sème au gré du temps. Comme vous le constaterez vous-mêmes, je m'abreuve de beaux ... [+]

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Elle aimait les bulles, rondes et éphémères, parce qu’elles ravivaient en elle la nostalgie de l’enfance, ces petites bulles enivrantes. Il y avait d’abord les bulles de savon, écume de joie dans la salle de bain où pétillaient les rires de la fratrie, puis les bulles des B.D. dans lesquelles elle adorait plonger, mais aussi les bulles du papier plastique qu’elle faisait crépiter sous ses doigts une fois les cadeaux déballés. Et même les bulles sur le papier tâché de ses copies d’algèbre, de géométrie et de géographie ; rêveuse de toujours, elle se plaisait à buller, à s’envoler sur des nuages matelassés ou à déambuler dans les paysages idylliques qu’elle s’inventait, et que plus tard elle sublimerait sous l’acrylique, texture un peu moins légère et un peu moins douce que la mousse écumant de son imagination bouillonnante. Mais enfin, ainsi faisant, elle pourrait s’enivrer encore des vapeurs de son éther d’antan, bien qu’il se révèle un peu plus acide que dans ses rêveries placides.

Elle songeait à cela tout en lavant ses mains, et soudain un souvenir lointain lui revint : celui de la nuit où, murée dans le silence, elle avait forgé, insolente, un cocon de soie froissée, mouillé par les larmes brûlantes, ses seules armes alors qu’elle était si seule, à l’heure de l’innocence. Hélas, la bulle d’indolence, un beau soir s’est brisée, et piquée à vif, l’insouciance, pffuit ! s’est échappée, et l’enfance, bâillonnée, s’est bel et bien rebiffée ; fini de buller ! Adieu confiance, bonjour défiance ! C’est là qu’elle bâtit, touchée, un rempart à son âme ébouriffée, et qu’elle vit sa petite fée, en son cœur tout engoncée. Mais elle restait, derrière son mur, protégée des murmures et s’isolait de la vie-viol-violence qui battait au dehors, menaçante. Mais la bulle fragile, quand il avait voulu l’étrangler, s’était brisée. Alors c’est en une bulle étrange qu’elle trouva refuge, en une bulle de transe et peut-être de transition qu'elle reposa longuement. Et cette bulle cristalline, comme une larme opaline finit par glisser. Et le chagrin qui l’entourait éclata. Mais cette-fois -heureusement- il s’agit d’une éclosion.

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