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Dani les dents blanches

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Nomi Uzelepo

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L'autre me sourit et dans le noir soulève sardoniquement, séductivement sa lèvre supérieure comme un ourlet perdu, un ourlet de peau, d'organe à vif, de coeur. Valet de coeur, joker omniscient, cynique, amoureux, perdu, sûr de lui, entière contradiction, elle souriait. Dani, Daniela, Dani est là, appelle moi Dani tout court. Elle se retourne, virevolte avec passion, et je vois briller le reflet adamatin de ses petites dents blanches. Elles sont petites comme des perles qu'on aime à la folie. Elles sont toutes serrées, se mordent l'une l'autre en de rares endroits. Elle a un sourire mystérieux, entier, métaphysique. Et évident. Évident comme Dani. L'autre l'autre l'autre, l'autre aux frontières qui se fondent au noir, que je veux saisir, veux sentir. Plus que quelques secondes et mes lèvres se seraient ouvertes, les mots seraient tombés comme une pluie malheureuse: "tu es ma seule et unique Dani, Dani au coeur de pierre, de fer, Dani au coeur d'éther. Ne me laisse jamais". Mais non, mais non, une voix dans mon coeur m'a dit: "ne dis pas ça, elle te mangerait toute crue, sans même le vouloir". Dans cette pièce étroite et sombre, pourtant, elle détenait toute ma fascination. Je pourrais encore vous parler de Dani, maintenant qu'elle n'est plus là. C'était une créature exquise aux changements d'humeur vifs, au coeur insaisissable, aux pensées rapides et fantasques. Ç'aurait été mal la connaître que d'attendre d'elle toute constance. Et par un étrange concours de circonstances, je me suis retrouvée enfermée avec elle dans cet espace clos et exigu. Il faisait sombre ; et pourtant j'ai le souvenir distinct de son visage qui semblait éclairé. Ou plutôt, j'avais l'impression surnaturelle qu'il émanait d'une lumière diffuse et un brin blafarde. Ce qui ressortait surtout c'était ses dents blanches, petites quenottes irrégulières qui lui faisaient un sourire indicible et luisaient dans le noir. Si j'avais été dans une disposition d'esprit différente à ce moment, je les aurais sans doute trouvées effrayantes, leur bizarreté m'aurait parue repoussante, comme le sourire d'un clown qui fait peur aux enfants. Mais là, avec ma tête prise de brumes et mon coeur confiné, les dents blanches sur les gencives rouges me coupaient le souffle, les mots. J'étais intoxiquée par son sourire, je ne pouvais le quitter des yeux, en moi palpitait une émotion qui s'enroulait à mes veines. J'avais l'impression de respirer un air raréfié. Beau, beau, Beau, étrangement beau. La sensation était forte et pénétrante, j'en avais le tournis. Autour de sa gueule luisante et écarlate gravitaient d'autres détails exquis: des yeux verts tels qu'on n’en voyait que dans les romans, deux gouttes d'eau qui tombaient, limpides, comme des points d'interrogation ; un nez petit comme une fleur aux pétales frémissants, des sourcils à la fois impérieux, insouciants, et moqueurs, des cheveux noirs, coupés courts qui découvraient une nuque diaphane... Mais toujours je revenais à ce sourire. Dani me toisait. Je me sentais comme une petite souris. J’attendais, anxieuse, le prochain moment où elle découvrirait ses dents, et mes paupières, battant très très vite, faisaient trembler un voile sombre devant mes yeux. En fait, je ne savais pas grand-chose de Dani. Presque rien même. Ni d’où elle venait, ni quel âge elle avait, je l’avais juste rencontrée il y avait quelques jours et personne n’avait rien su me dire sur elle. Tout ce que je savais, c’était son nom, qu’elle m’avait dit, et la fascination impérieuse qu’elle m’inspirait. Je l’avais suivie des yeux tout ce temps et avais pris connaissance de ses petites manies excentriques. Mais maintenant, dans le noir, elle était tellement plus intimidante et j’avais perdu ma nonchalance. Dans le noir, ses dents et sa bouche sautaient outrageusement aux yeux et je me demandais, étourdie, comment j’avais pu ne pas remarquer ce sourire cannibale. Mon coeur tremblait, ma bouche close, mes yeux parlaient. Ils disaient : « Dani, Dani, tes dents ! Tes dents blanches ! ». Ces dents, ces dents, d’où venaient elles ?! J’avais des images dans la tête, mais je ne savais pas d’où elles venaient. La présence de Dani m’enlevait mon équilibre. J’aurais voulu m’enfuir en courant, j’aurais voulu me jeter dans ses bras, la laisser m’écraser, cogner ses dents contre les miennes. Non, encore, encore, ma bouche débordait, les mots avaient un goût curieusement amer, curieusement salé, curieusement sucré. Je les retenais sur mon palais, les pressais sur mes molaires, les engluait de salive, leur opposais la barrière de mes dents : il le fallait. C’était de drôles de déclarations, qui ne voulaient rien dire, peut-être, voulaient tout dire. Des mots absurdes, émus, étourdis, terrifiés. « Dani, Dani, tu me rappelles un soir il y a bien longtemps, Dani j’étais toute jeune, quinze ans j’avais, des seins tendres et un coeur d’enfant. Dani si je te disais ce soir ! C’était un soir tressé de brumes, un soir tout noir et soudain une immense gerbe de fleurs a surgi ! Oh innocence brusquement ravie ! Quelque chose d’énorme sortait de l’ombre, une chose que je n’avais jamais vue. Une créature, qui a rampé dans mes entrailles ! Ce soir Dani c’est l’essence de toi, tu me ramène à ce soir là, j’ai eu peur comme si j’étais seule au monde, oui, seule au monde. Brusquement, tout était noir, j’avais du noir dans les yeux, j’avais du noir, comme de la suie, qui coulait sur mes joues. J’avais cette sensation en moi, comme un gouffre. 15 ans, j’avais, je venais d’avoir, et tout d’un coup tout me perdait. Il y avait cette fille, je l’avais vue, j’avais eu furieusement envie de l’embrasser. Elle avait un sourire un peu sardonique, comme toi Dani, une bouche rouge comme un petit soldat. Je me suis sentie seule, seule, j’ai eu envie de pleurer ! Quand je pense à cette enfant, maintenant, j’ai envie de la prendre dans mes bras et lui dire, « t’en fais pas, petite, ça va aller, tu vas pousser comme un grand arbre vert et tout ira bien ». Ce soir, ce soir, c’était comme si j’étais tout au fond d’une mine, avec une lampe très très loin, qui dansait. C’était comme si, impuissante, je laissais une énorme pieuvre s’enrouler à moi. Ses tentacules étaient affreusement gluants. J’ai senti un vide intersidéral dans mon coeur, et des milliards de questions s’y sont engouffrées. C’était comme une explosion, mais en même temps, une flamme claire, fidèle et unique s’éteignait. Oh Dani, pourquoi tu me ramènes à ce soir encore, c’est le soir où je me suis perdue ! Je vois devant moi la rangée de tes dents, blanches, brillantes, je veux courir et les étreindre. Je pense que mes parents, s’ils t’avaient vue, t’auraient chassée et traitée d’affreux démon. Mon père aurait été furieux, ses yeux auraient brillé – c’est un sauvage, un méchant – et il t’aurait hurlé dessus, t’aurais insultée. Ma mère, ses yeux se seraient élargis d’horreur, et silencieuse, elle aurait fait peser sur toi toute sa désapprobation. Ne parlons plus d’eux, ils ne sont plus là. Dani, avec toi les mots n’ont plus de limite et je veux tout te dire. Mon coeur s’échappe de mes mains pour tomber sur tes genoux. Tu sais, Dani, la fille, je l’ai revue dans ce jardin, elle portait un débardeur, blanc, et rien en dessous. Elle était assise sur une balançoire et balançait, balançait ses jambes, et une, et deux... Je l’épiais depuis un trou dans la haie. Soudain, ses yeux se sont braqués sur moi, comme des phares, elle m’a fixée, et je me suis ratatinée sur place. Elle a éclaté de rire, et ce rire a remué mes entrailles, m’a donné envie de me coller à elle et d’en avaler un par un les éclats. Elle m’a fait signe de venir, penchant sur le côté sa jolie tête lustrée, et je me suis faufilée, toute frêle que j’étais, à travers la haie. Les branches ont fouetté ma peau, quand je l’ai rejointe, mes bras étaient rougis. Alors, je l’ai écoutée parler. Les mots, rapides, tombaient de sa bouche sans s’arrêter. Je l’ai juste écoutée, je ne sais plus ce qu’elle disait, mais je m’en souviendrai toujours. Ma tête me tournait et le gouffre en moi s’approfondissait. Elle avait les yeux très vifs, et très brillants, avec de minuscules éclats d’or sur l’iris qui m’étonnèrent. Ils ont brillé si fort que j’ai fini par disparaître en moi même, j’ai fondu, je me suis emmêlée. Je ne possédais plus mes mouvements, ma voix, mon corps, mon coeur. Je sentais presque la danse de mes veines, qui s’étiraient et ondulaient comme un rêve. Je ne sentais plus mon accroupissement sur l’herbe qui caressait ses pieds nus. Un vertige immense, et je la voyais elle, devant moi, ses yeux, son nez, sa bouche, ses bras, ses genoux ovales et égratignés, oh adorables, adorables genoux qui demandaient mon âme ! Mes sens semblaient devenir quelque chose d’autre. Je percevais différemment. Mon corps mettait tout en œuvre pour absorber tout d’elle, je crois que mes pupilles étaient dilatées à faire peur. Je voyais les mots qui montaient le long de sa gorge, son cou qui se tendait, près de sa nuque, deux gouttes de sueur qui perlaient et dont je craignais que la magie ne se brise. Non, cette bouche, une fleur atroce, belle, étrange, qui sourdement m’évoquait une chose secrète dont j’ignorais tout, et quelle douleur folle me prenait au coeur, car je ne savais pas quoi faire ! Non, je ne savais pas quoi faire, j’étais perdue, perdue, c’était la première fois que j’étais perdue entièrement, jetée dans quelque chose de totalement inconnu, oh perdue Dani, comme tu me perds ! Et comme elle me perdait ! Ses mains avaient des mouvements fous alors qu’elle s’exprimait, virulente, passionnée, et cette danse m’enchantait, m’entraînait plus loin dans l’abîme étrange, dont l’obscurité, relevée de brillances subites, cachait des monstres, des formes horribles sûrement, une entité rampante qui n’avait jamais eu de nom. Mes mains tremblaient, j’étais fiévreuse, j’avais dans la tête des images mouvantes, du rouge, du vert, du bleu... Et encore du rouge. Alors elle me dit de m’approcher, posa sur mon épaule sa main légère, chaude, sa main dorée aux ongles clairs, amena vers moi sa bouche avec une lenteur horriblement suave, sensuelle et candide, et chuchota un secret à mon oreille écarlate. Le souffle chaud se glissa en moi et traversa mon crâne. Il se répandit dans mon corps et mon esprit comme une goutte d’encre noire dans de l’eau. Il s’insinua partout, corrompit mes veines, se fixa sur mes organes, déposa en moi l’essence d’un souffle chaud de fille, ce qu’il a de magique, d’enivrant, de précieux, pour que je ne puisse plus jamais l’oublier. Une foudre puissante me toucha, mes organes se tordirent violemment, mes paupières se mirent à battre comme un cœur affolé, mon regard fut obscurci par un voile noir, un bourdonnement puissant m’empêcha d’entendre. J’avais l’impression d’être dans une eau sombre, et on m’entraînait par le pied vers le fond, tout au fond. Je perdis connaissance. »
Dani me regardait avec attention. Ses yeux de chat, fendus, brillants, pleins d’une eau dormante et mystérieuse, étaient posés sur moi, et je sentais leur poids léger comme un insecte.
« - et alors, dit-elle, et, pétrifiée, je ne pouvais détacher mon regard d’elle, qu’est-ce-que c’était, ce secret? »
Je rougis brusquement, avais-je parlé à voix haute ? Qu’est-ce qu’elle était intimidante ! Elle dégageait quelque chose de fou.
« - je ne te le dirai pas Dani. Un secret comme ça, tu le mangerais tout cru.
J’essayais de maîtriser le tremblement dans ma voix.
- qu’est-ce que t’en sais ? J’ai une tête de mangeuse de secrets, moi ?
Mon Dieu, ce sourire encore, malicieux cette fois-ci ! Je pense qu’elle essayait d’avoir l’air innocente et candide. On pourrait presque se laisser avoir, mais le coin de sa bouche, tremblant imperceptiblement, réprimait un rire moqueur. Oh, mais elle était belle ! De quoi me faire perdre mes moyens. Belle comme pas permis. Des mèches noires, ravissantes, barraient son front pâle. Ses cheveux courts, découvrant sa nuque d’ivoire, lui donnait l’air libre, peut-être, d’un mannequin dont l’élégance intimide.
- Avec des dents pareilles, c’est évident. Tu les déchires, tu les saignes, tu te nourris de leur substance. Tu en es sûrement insatiable. Est-ce-que tu en demandes comme ça, à tout ceux que tu croises, l’air de rien ?
- Qu’est-ce qu’elles ont, mes dents ?, demanda t-elle avec un grand sourire.
- Ne fais pas l’innocente ! Elles sont terribles, tes dents. Et répond à ma question, Dani !
- Terribles comment ?
- Je sais pas... Déjà, elles sont blanches, tellement blanches, comme on ne voit pas ailleurs chez d’autres gens, blanches comme un poignard.
- C’est rarement blanc un poignard, remarqua Dani avec ironie, faisant (exprès j’en suis sûre) luire ses dents dans le noir.
- Et elles sont petites, toutes serrées, mais pointues, et bizarrement alignées...
- Ce n’est pas très poli de dire ça, fit-elle en découvrant ses gencives, écrin ensanglanté, gomme étrange et élastique, substance vivante, rouge, pleine de salive, qui s’enroulait jalousement à ses dents étincelantes.
Elle me faisait tourner la tête ! Elle savait, oui elle savait j’en étais sûre. Elle savait l’effet qu’elle me faisait. Maudite, maudite Dani, maudite femme à bouche rouge, au coeur inverse, aux yeux mauvais, et maudit nez, qui flaire son parfum bizarre (et enivrant), maudit sang dans mes veines qui bout quand elle sourit, maudit souvenir de la fille au secret. Dani les dents blanches ! D’où puises-tu ta sorcellerie ? Comment as-tu su entendre la voix de mon coeur, car nul son n’a franchit mes lèvres ? Je ne savais que rétorquer. Elle voulait mon secret, ce secret que m’avait confié la première fille que j’avais passionnément, confusément, aimé et désiré. J’ai repensé à ces grands yeux semés d’or qui me tenaient éveillée la nuit, adolescente, et à toutes ces années où j’avais gardé en moi le secret, dont la brûlure initiale se ravivait à présent si brusquement. Qu’est-ce que je voulais ? Je voulais m’enfuir, échapper à cette atmosphère suffocante, je voulais courir hors de cette pièce, loin de cette pièce, laver mon cerveau à la javel pour qu’elle ne puisse plus jamais s’y insinuer, plus jamais faire remonter en moi le noir. Le voulais-je ? Que voulais-je ? Je voulais Dani. Je voudrais, oh, mordre sa chair pour que ses dents ne puisse plus m’atteindre. Je voudrais qu’elle fût couverte de traces rouges, violacées, comme des grosses fleurs qui auraient voluptueusement éclos sur la pâleur de sa peau ! Non, je voudrais qu’elle fût près de moi, je voudrais qu’elle pleurât pour que je puisse lécher ses larmes et entendre le son de ses sanglots. Ainsi j’aurais l’honneur de la consoler, et la bercer comme si elle était mon enfant. Je pourrais la tenir entre mes bras, et tenir en mon regard ces grosses émeraudes malheureuses qui pleureraient aussi bien qu’elles le pourraient. Je voudrais la voir vulnérable, la tenir renversée et l’embrasser. Mais c’est moi qui voulait pleurer. Trop d’émotions étaient en moi, elles étaient trop violentes et étrangères, bien qu’elles soit aussi familières en un sens. Je poussais un gros soupir et, les yeux embués, j’observai l’objet de mon désir. Oh, et si elle partait pour toujours après, et que je ne la revoyais plus jamais, sans avoir pu même l’embrasser ? Quel regret me brûlerait, le même, cuisant, douloureux, obsédant, que je ressentais quand je pensais à la fille aux pieds nus, ma petite voisine, mon amour inoubliable, à qui j’avais presque volé un baiser, avant qu’elle ne s’éveille et que je ne m’enfuie, consumée par la honte ! Et je passerais de longues heures à essayer d’imaginer la douceur de sa peau qui fondrait sur la mienne, le battement de son coeur, à me demander à quoi elle ressemble nue, toute nue, sans jamais, jamais, n’avoir de réponse !
Alors ma bouche s’ouvrit et je laissais couler les mots librement, comme une pluie malheureuse : « tu es ma seule et unique Dani, Dani au coeur de pierre, de fer, Dani au coeur d'éther. Ne me laisse jamais ».
Je baissais mes yeux, vaincue, ils étaient pleins de larmes. Je lui dis qu’elle était belle et que je désirais l’embrasser. Calme, elle me promit un baiser à la condition que je lui dise mon secret, et, sans même attendre ma réponse, s’approcha de moi, posa chastement ses mains sur mes épaules et vint effleurer mes lèvres des siennes. Son baiser était doux, léger, ses lèvres chaudes m’évoquaient un papillon. Face à la pureté absolue du geste, j’eus l’impression que mon coeur éclatait soudain en pleurs. J’étais bouleversée. La sentant s’éloigner, un grand froid m’envahit et j’ouvris les yeux. Son visage pâle ressortait dramatiquement dans l’obscurité où se fondaient ses cheveux noirs. Elle n’avait plus son air narquois et semblait un ange. Ses traits, qui m’avaient parus si durs à certains moments, étaient à présent empreints d’une douceur enfantine. Comment était-ce possible qu’une seule et même personne possédât deux visages si fondamentalement différents ? Hypnotisée, je m’approchai lentement d’elle, penchai ma tête, approchai mes lèvres tout près de son oreille délicate – oh combien délicate -, et, dans la pénombre, chuchotai mon secret. Je le sentis me quitter, alors que je le soufflais dans son oreille, mon secret ancien, que j’avais si longtemps gardé en moi, tout ce qui me restait d’Elle. Je regardai Dani. Dans le noir, elle souriait de toutes ses dents.
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