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Damien

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Andréa arrive chez Damien, il est 09h moins dix, elle a rendez vous à 9h.
C’est l’hiver, le mois de novembre est glacial, Andréa a déposé ses filles à l’école vingt minutes plus tôt, elle a rendez vous avec son ostéopathe.
En montant les marches de l’escalier extérieur, elle se fait la réflexion suivante:
« Cette maison est lugubre, ces châssis en aluminium sont moches et les stores extérieurs en métal sont trop froids, il faudra que j’en parle à Damien».
La porte d’entrée est une porte en verre sans poignée, pour l’ouvrir il faut sonner, mais ce matin elle est n’est pas fermée. Il y a de la lumière à l’intérieur du hall. Andréa est l’avance mais sonne tout de même, pas de réponse, tant pis se dit-elle, Damien est sans doute en train de prendre son petit déjeuner. Elle retourne près de sa voiture, fume une cigarette et attend encore dix minutes. Il fait froid.
9h05. C’est bon maintenant, Andréa décide de pousser la porte d’entrée et s’installe dans la hall qui sert de salle d’attente.
Il y a de la lumière partout et chose étonnante, la porte donnant vers son «privé» est également ouverte. Elle appelle Damien plusieurs fois, sans réponse. La porte du cabinet aussi est ouverte, mais personne ne répond.
Elle remarque une petite pilule bleue par terre à l’entrée du cabinet, bizarre, ce n’est pas le genre de Damien de laisser trainer des trucs. Elle appelle à nouveau, toujours pas de réponse.

Damien et elle travaillent ensemble à l’hôpital depuis 10 ans, elle est infirmière, lui, en plus de son cabinet d’ostéopathie, est aussi Kiné en réanimation. Ils se fréquentent mais ne sont pas intimes. Ils se tutoient, s’apprécient mais Andréa n’a jamais été plus loin que dans son cabinet, jamais elle n’a été reçue dans son privé. 

Au rez de chaussée, il y a aussi une ancienne cuisine. Andréa va voir, personne, pas de lumière dans cette pièce.
Il est 09H10. Andréa pose son sac sur une chaise dans le hall et attend encore. Elle remarque que les clefs sont sur la porte d’entrée.
- «tiens, Damien à dû sortir en vitesse et il va arriver». Elle attend toujours.
Et puis il y a cette alarme de réveil matin qui n’en fini pas de sonner, c’est assourdissant et presque énervant à la fin.
Andréa réfléchi.
Bon, Damien cet idiot a du prendre des pilules pour dormir hier soir- cf. la pilule bleue sur le sol - et n’arrive pas à se réveiller ce matin. 
Andréa n’ose pas monter dans son privé, ils ne se connaissent pas assez bien. C’est idiot, mais elle sent comme quelque chose qui lui dit de monter là-haut, comme si une voix intérieure lui disait que quelque chose de pas clair se passe à l’étage.
Andréa n’en mène pas large, elle monte les marches en appelant à plusieurs reprises «Damien, Damien, c’est Andréa, tu es là?»

Pas rassurée du tout Andréa inspecte les lieux. La sonnerie du réveil à l’air de venir de cette pièce à gauche. Andréa s’avance doucement. C’est la chambre à coucher, la porte est ouverte, la lumière est allumée.... le lit est sans dessus dessous, la lampe de chevet est renversée sur le lit. Quel bordel dans cette pièce! 
Andréa appelle toujours Damien, sa voix trahit ses angoisses, elle n’est vraiment pas tranquille dans cet appartement qu’elle ne connait pas.
Elle revient dans le couloir. Une autre pièce à côté de la chambre est ouverte. Le salon, rien à signaler. 
Au fond du hall, une porte est ouverte aussi, Andréa se dirige vers cette autre pièce: la cuisine.
Horreur...du sang partout, du sang séché, un tensiomètre, une seringue défaite de son aiguille, des couteaux de cuisine pleins de sang, les tiroirs de la table de cuisine ouverts... Horrible spectacle, comme dans une série policière...mais en réel.
Andréa pense avec ce qui lui reste de conscience:
«Damien a dû avoir un problème avec un patient hier soir, ou cette nuit, il a  voulu lui prendre sa tension....et puis non, quel est l’ intérêt de prendre la tension d’un patient dans sa cuisine. Et puis tous ces couteaux de cuisine pleins de sang, pas normal du tout...

Paniquée, Andréa redescend l’escalier, il y a du sang sur les marches, elle ne l’avait pas vu en montant tout à l’heure. Il y a encore une pilule bleue sur les marches... merde... merde.. merde,  qu’est ce qui se passe ici?

Andréa fonce dans le cabinet de Damien, elle téléphone à...elle ne sait pas à qui, à quoi, qui doit-elle appeler en fait? Elle compose le 101, ce sont les pompiers, elle explique tout dans le désordre, s’embrouille pour s’entendre dire qu’elle doit appeler la police, ici ce sont les pompiers. 
«Composez le 100 Madame!». 
Gna gna gna, comme si elle savait par coeur les numéros d’urgence quand il y a urgence dont elle ne peut même pas expliquer le pourquoi du comment. 
André a les jambes qui tremblent, les mains qui s’agitent, le coeur qui bat à 300 pulsations à la minute. Elle réussit enfin à faire le 100 au téléphone et à ce moment précis elle voit un papier blanc sur le bureau:

«Pardon, je suis devenu complètement fou
Adieu et merci à tout le monde».

Le coeur d’Andréa vire en ligne directe dans ses orteils, elle a la police en ligne, elle est affolée, elle décline son identité et l’adresse où elle se trouve, 
- «Je suis chez mon Ostéopathe, il n’est pas là, il y a du sang partout dans la cuisine, des couteaux...venez vite»
La police très professionnelle: 
- «Est ce qu’il y a des corps?»
Non mais je rêve se dit Andréa, 
-« Je n’en sais rien, je n’ai pas cherché, je raccroche, je vous attends dehors»

Andréa est morte de trouille, elle s’enfuit, elle attend dehors! Elle imagine tout, elle hurle tout haut 
- « Mais qu’est ce que tu as fait comme connerie, Damien?»
Elle pense encore à toute vitesse, 
- «si ça se trouve il est déjà parti, j’ai appelé les flics pour rien, je vais avoir l’air d’une idiote, il y a peut être eu une bagarre,.... et puis, non, il y a cette lettre sur le bureau.... Il est peut-être mort quelque part dans cette maison et si j’avais ouvert une autre porte, peut être qu’il me serait tombé dessus, paf, comme ça....»

La police met un temps fou à arriver, à moins que ce ne soient les minutes qui s’allongent juste aujourd'hui!
Une sirène de police retentit enfin au bout de la rue, l’ambulance arrive aussi, des voitures de flics, des hommes en uniformes, Andréa est là, assise sur un muret gelé, transie de froid et de trouille.
Les flics sont gentils, ils lui demandent de l’accompagner à l’intérieur du cabinet et d’expliquer tout par le commencement. Andréa raconte, en respirant plusieurs fois pour que son discours soit compréhensible. Son débit est rapide, très rapide, elle dit qu’elle ne sait pas où est Damien, elle a peur.
Les ambulanciers montent à l’étage, la police reste près d’Andréa, les hommes en uniforme prennent sa déposition.
Tout à coup, une phrase explose à l’étage:
- «On l’a trouvé, appelez le....»

Andréa demande: «Damien est là? Il vit?
Un ambulancier descend, il dit: «non, il est mort, il est dans la salle de bains ».
Andréa ne pleure même pas, elle ne comprend rien, elle tremble.
La police lui demande si elle veut un médecin
-«non, ça ira, il faut que je me calme»

La police cherche les papiers de Damien sur son bureau, demande si Andréa peut les aider à trouver son agenda «puisqu’elle le connait».
Ce mercredi 6 novembre à 09H son nom était inscrit sur la liste de ses rendez -vous du jour. Ouf, si par hasard la police l’avait prise pour son assassin, d’ailleurs il le lui font remarquer...ben tiens!
La police lui demande aussi qu’elles étaient leurs relations, s’il y avait une histoire entre eux! 
«Damien et moi??? Bien sûr que non, on est juste collègues et amis».

10h, Andréa s’en va, elle n’a plus rien à faire là.
Le soir Andréa ne trouvera pas le sommeil. Cette nuit là, elle prendra ses filles avec elle dans son lit et se refera en boucle le film de la matinée sans pouvoir trouver le sommeil.

La semaine suivante, elle ira à la Police, pour comprendre. Elle apprendra que Damien s’était ouvert les veines des plis du coude dans son bain,qu’il avait l’air de dormir.
Elle apprit aussi qu’il était homosexuel, qu’il avait le sida.
On croit connaitre les gens, mais, la détresse est sournoise et invisible.

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