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PIERROT (d'après Maupassant)

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Charles Dubruel

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Madame Magne
Était une dame
De la campagne,
Veuve et parcimonieuse,
Une de ces femmes qui cache une âme
De brute avare et de sotte prétentieuse
Sous des dehors comiques et démodés
Comme elles cachent leurs grosses mains rouges
Sous des gants de soie brodés.
Elle avait une servante, Rose Lagouge,
Qui avait plutôt l’air bête.
Toutes deux habitaient une maisonnette
Et cultivaient leur modeste jardin.

Une nuit, on leur a volé des radis.
Quand, au matin,
Madame Magne descendit,
Elle était accablée.
Madame Magne avait été volée !
Donc, on volait dans le pays !
Les deux femmes, saisies,
Examinèrent les traces de pas :
-Tenez, il est passé par là...
Un fermier voisin, maître Boudet (*)
Les engagea à prendre un chien.
C’était une bonne idée.
Elles devaient avoir un chien,
Mais pas un gros, toutefois !
Elles en feraient quoi ?
Et puis il serait ruineux en nourriture !

Racontons leur aventure :
Mme Magne adopta un corniaud
Et l’appela Pierrot.
Quand il réclamait son fricot,
Elle ne lui offrait qu’un peu d’eau !
Puis, il a fallu l’assurer
Six francs ! Une dépense démesurée !
Que c’était cher de l’entretenir !
Elle décida donc de s’en dessaisir
Car, en plus, Pierrot n’aboyait pas !

Mais personne n’en voulut.
Alors, elle se résolut
À lui faire piquer du mas.
Mais pour le jeter dans la marnière,
Le brave père Manière
Demandait vingt sous.
-Mon Dieu, c’est beaucoup !
Je vais moi-même m’en occuper.

Mais au fond du trou, Pierrot se mit à japper !
Les deux femmes se promirent
De le gâter jusqu’à son dernier soupir.
Pendant trois jours, à midi,
Elles l’ont légèrement nourri.

Mais le lundi suivant, Rose entendit
Des aboiements si forts, si vigoureux
En provenance du puits qu’elle se dit :
‘‘Ils sont deux !
Et l’autre semble plus gros
Que notre pauvre Pierrot !
-On ne peut tout de même pas
Jeter dans la marnière deux repas !
Ajouta Mme Magne. Alors au cantonnier
Elle demanda de sortir du trou
Son cher petit toutou.
L’employé lui répondit : «Volontiers,
M’dam. Ça vous coûtera deux francs. »
-Comment ? Deux francs !
-Vous croyez que j’ vas
M’en aller là-bas
Pour l’ plaisir d’ vous l’ remonter,
Vot’ cabot ; fallait pas l’y jeter !
Les femmes s’exclamèrent :
-On ne va tout de même pas nourrir
Tous les chiens de la terre !

Le cantonnier partit d’un long fou-rire.



(*)En Normandie, on appelle un fermier-propriétaire « Maître. »

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Charles Dubruel · il y a
merci, Antino
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Antino · il y a
Touchant.
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