Cruelle épitaphe

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Toute ressemblance avec des faits ou personnages réels serait fortuite
(surtout pour les policiers)

Dans un café un soir de novembre, se trouvait seule une dame qui semblait dater du siècle dernier.
Elle était assise devant une tasse de lait. Quand soudain la porte d’entrée s’ouvrit et un grand gaillard rougeaud entra et vient se planter devant elle :

 Madame Aurélie ?
 Oui mon brave, asseyez-vous, je vous attendais.
 C’est un ami, le gros Louis qui m’envoie, il m’a pas bien expliqué
de quoi il s’agit... C’est pour un travail de nuit ?
 Oui c’est bien cela, j’ai besoin d’un service, je vous payerai naturellement
et content cela va de soit. Mais je tiens à ce que le travail soit bien fait !
 Y'a aucun problème madame.
 Cela demande de la discrétion...
 Pour sûr, vous pouvez avoir confiance.
 C’est l’affaire d’une heure à peine mais vous travaillerez seul, j’y tiens.
 C’est entendu madame, dites-moi de quoi il s’agit.

La vieille dame se pencha en portant sa main au creux de l’oreille
du jeune gaillard pour lui confier sa commande.
 C’est pas commun... S’étonna-t-il.
 Ça ira quand même ?
 Pour sûr ! Surtout à ce prix là madame.
 Et bien c’est entendu, je vous reverrai bientôt pour solder nos comptes
et pas un mot à quiconque !


Le lendemain au matin, Henry allait sur Nanon sa femme qui lui avait dit avant de partir :
« Quand je serai morte, porte moi des fleurs, ça te fera marcher ! Avec ta jambe malade,
si tu restes tous le temps sur le canapé ça va s’empirer ! »

Alors Henry qui tenait à sa jambe, allait au cimetière porter des fleurs,
dire bonjour à Nanon et lui raconter les dernières nouvelles.
Mais ce matin là, Henry eu le souffle coupé, en passant devant une tombe sur laquelle
on avait écrit...

« On m’a coupé la bite ! »

 Bein ça alors !
Henry se retourna et reconnu Fernand qui venait de s’exclamer haut et fort !
Et qui lui non plus n’en revenait pas !
 Mais qui c’est qui a écrit ça là ?
 Bein, je sais pas moi ! Répondit Henry
 Et qui c’est ce corniaud là ? Demanda Fernand
 De qui tu parles ?
 Du macchabée tiens, c’est bien à lui que cela s’adresse !
 Oh tu crois ? C’est un graffiti... des jeunes !
 Mais non regardes c’est drôlement bien écrit, l’écriture des lettres est soignée,
ils se sont appliqués ça se voit.
 Oui t’as raison... pour des jeunes, ça m’étonne !
 L’écriture est jolie, c’est voulu je te dis.
 Penses-tu, c’est une vacherie qu’on lui aura faite par vengeance.
 C’est un épitaphe apocryphe !
 Le pauvre bougre est mort il y a des années !
 C’est qu’on aura oublié de l’indiquer plus tôt.
 Il y a prescription, qu’est-ce-que ça va changer ?
 Oh rien pour sûr mais ça donne des indications sur le personnage.
 Ça le salie oui !
 Mais c’est qui le macchabée sur qui c’est tombé ?
 Hum... connais pas.
 Oh pauvre, plutôt lui que moi!
 En tous cas, on a pas fini d’en parler...


Peu de temps après deux gendarmes arrivèrent sur les lieux :
 On nous a prévenu ce matin que le cimetière a été dégradé par des vauriens...
Tiens regardes moi ça, si c’est pas malheureux!
 Moi ça me fait rire chef !
 Brigadier t’es un couillon... enfin pour cette fois tu n’as pas tort.
 C’est du travail soigné hein chef c’est propre.
 Il faut reconnaître, comme dégradation on a connu pire...
Allez brigadier il faut relever les empreintes.
 Quelles empreintes ! Y a que des cailloux partout,
dans l’allée tout le monde y marche.
 Alors on prend des photos et on repart.
 On suit le protocole chef, la mairie verra avec le service nettoyage
pour passer un coup de chiffon dessus et salut !
 C’est vrai qu’il n’y a pas beaucoup de passage.
 Il y a quand même un bouquet de fleur, regardez !
 C’est pour le geste, quand on vient au cimetière on apporte des fleurs,
et ça fait vivre les fleuristes !
 C’est peut-être la même personne qui a écrit le graffiti qui a amené les fleurs ?
 Possible.
 Du coup ça amoindri la diffamation.
 Ça fait plus poli, mais quand même...
 Une femme pourrait faire de ces choses.
 Tu as vu cette trace de chaussure là parterre... taille 45 !
 Ah oui, c’est moins poétique tout de suite.
 Bon, on voit tout ça à la brigade... On rentre.


Dans les bureaux de la brigade de gendarmerie :
 Chef, chef... le type du cimetière on l’a trouvé !
 Tu l’as trouvé où ?
 Sur l’ordinateur chef !
 Sur le bon coin ?!
 Nan ! Sur les fichiers de la police.
 Tu me rassures... C’est qui alors ?
 Un homme connu pour des petits larcins, un bricoleur, pas violent.
 Comment il s’appelle ?
 Guillaume Le brun... ou « Gus » comme il dit, on vient de l’arrêter chef.
 On va l’interroger pour voir ce qu’il a à nous raconter.

Le brigadier chef commence alors :
 Monsieur Guillaume le brun, que faisiez-vous dans le cimetière la nuit dernière ?
 J’ai apporté des fleurs !
 Et à part ça...
 Je me suis promené par ci par là.
 C’est bien ça ! Bon que je t’explique ton cas... On a retrouvé tes empreintes près de la pierre tombale au graffiti et ton explication est bancale, bref vu ton casier judiciaire et tes exploits précèdent tu vas t’en prendre pour cinq ans, parce que la justice ne plaisante pas avec les dégradations sur personnes décédés !

Là-dessus le second gendarme intervient :
 Si tu nous racontes ce qu’il t’as pris de dégrader un monument mortuaire nous pourrions diminuer la peine en te trouvant une excuse acceptable histoire de donner un mobile à ton comportement immature...

Et le brigadier chef qui réplique :
 ... pour pas dire scolaire !

Le second reprend alors :
 Bref... on t’écoute.
 Bein c’est délicat, c’est une commande... Commença le suspect.
 C’est un cadeau, c’est pour offrir ? Plaisanta le brigadier.
 J’ai fait le travail pour une personne qui m’a payé voilà.
 Travail au noir ! Plaisanta encore le brigadier.

 C’est pour une vieille dame, ça m’embête qu’elle ait des ennuis.
 Qui est cette dame ?
 C’est madame Aurélie.
 Ah ! Vous voyez chef qu’il y a une femme là-dessous !
 Bien vu Cruchot, je note... Et où peut-on rencontrer cette madame Aurélie ?
 Au café avoua Gus, c’est là qu’elle me donne rendez-vous.

Le brigadier chef s’étonna et dit :
 Et bien on aura tout vu ! Les vieilles dames au bistro maintenant !
 Et qui montent des coups par-dessus le marché ! Repris le second
 Brigadier... au bistro !
 A vos ordres chef !

L’interpellation de la vieille dame au café et le retour à la brigade se passèrent sans encombre.
Assise sur une chaise se tenant bien droite, digne, sans l’ombre d’une inquiétude.
Elle semblait attendre son tour chez le dentiste !

Le brigadier chef prit la parole :
 Madame Aurélie je vous ai fait venir...
 On m’a pas demandé mon consentement ! Rétorqua-t-elle.
 Pour élucider une situation incongrue où vous semblez tenir un rôle majeur dans cette affaire
de cimetière. Termina le gendarme.
 Je ne vois pas de quoi vous voulez parler monsieur l’agent !
 Je suis brigadier chef de la gendarmerie nationale ! Madame ! Je vous informe que le dénommé Guillaume Le brun dit « Gus » à déjà déposé dans cette affaire. Vous comprendrez donc madame que nous en connaissons tous les détails et que nous en sommes aux aveux spontanés ! Croyez moi vous feriez mieux de tout nous raconter cela dans votre propre intérêt madame. Par égard pour votre âge je tâcherai de me montrer magnanime si vous faites preuve d’une entière honnêteté.

Quelque peu déconcertée, la vieille dame leva les lunettes au ciel et murmura :
 Mon Dieu ! Y a plus de jeunesse !
 Je vous demande pardon ?
 De mon temps on savait tenir sa langue !
 Oui je n’en doute pas, mais depuis les allemands sont partis !
Écoutez madame Aurélie, que vous soyez à l’origine du larcin c’est entendu, c’est acquis,
nous le savons, Gus n’a fait qu’exécuter pour vous une action criminelle, ou disons,
vu la situation une action répréhensible...
 Oui plutôt parce que le criminel, lui, il est dedans ! Et depuis un bout de temps !
Expliqua madame Aurélie aux deux gendarmes étonnés.

Quelques secondes de silence plus tard...
 Expliquez-vous madame je vous prie !
 C’est sur mon mari que le petit a écrit et il n’est ni un délinquant, ni un criminel comme vous dites. Il n’a fait qu’obéir à ma requête ! Vous comprenez, j’y serai allée moi-même si mes jambes me portaient encore ! Mais ce n’est plus le cas, alors j’ai demandé au petit de le faire pour moi,
un travail de nuit quoi, pas grand-chose.
 Mais ce qui y est écrit est une infamie, et dans un tel lieu, sur la tombe de votre défunt époux madame qu’est-ce qui vous à pris ?
 Je l’avais prévenu ce cochon ! Si tu me trompes je me vengerai, quand tu seras mort j’écrirai sur ta tombe : « on m’a coupé la bite ! ». Comme ça les gens se diront que tu es mort comme un couillon! Ils se foutront de ta gueule ! Je lui avais dit :
Quelle que soit la façon dont tu meurs: que tu passes sous un camion, ou bien du cœur
ou encore du ciboulot... Je te salirai comme tu m’auras sali !
C’est fait ! J’ai tenu parole, avant d’aller moi aussi au cimetière pour de bon...
Je l’ai fait ! Il n’avait qu’à se tenir tranquille ce coureur de jupons !
Et je ne regrette rien monsieur l’agent !

Deux personnes chuchotaient devant une tombe :
 Le pire c’est que l’encre est indélébile ! On ne peut plus l’effacer, ça va lui rester toute sa vie.
 T’es con, il est mort!
 Pas pour lui, ça continu, si ça se trouve même au paradis ils vont se foutre de lui !
 Pauvre homme...
 Beau couillon, oui...
 Au moins on se souviendra de lui, il restera quelque chose.
 Au moins, c’est une consolation pauvre !
 Et qu’est devenu sa veuve, madame Aurélie ?
 Affaire close !... Circonstances atténuantes !
 Que veux - tu, les femmes ont tous les droits maintenant ! Aller va... à demain Fernand.
 À demain Henry.

Pour finir notre histoire, messieurs méfiez-vous des coups de cornes post-mortem,
et de cette phrase de Woody Allen :

L’éternité c’est long, surtout vers... La Fin !

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