Crucifiés

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Mon avatar : Un graf depuis longtemps disparu. Il personnalise mon état d'esprit : Réagir et l'écrire. Mon blog vous attend depuis peu à l'adresse suivante : https://73a4a27e37f99e.wifeosite.com ... [+]

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Jadis on clouait les chauves-souris aux portes des granges. Mais qui aurait pensé qu'on en arrive à ça. L'homme qui venait d'exhaler son dernier soupir, inaugurait une nouvelle forme de justice en vogue chez les tenants de l'obscurantisme.

Depuis la prise du pouvoir par la coalition des églises évangélistes, scientistes et intégristes catholiques, la vie de ceux qui adhéraient à leur doctrine, ou qui se faisaient tout petits en attendant des jours meilleurs, était réglée par l'acceptation de préceptes d'une ineptie crasse. Les femmes principalement devaient supporter les brimades et les abus de pouvoir de leurs seigneurs et maîtres, mais aussi se plier aux lois restreignant leurs libertés d'aller et venir et de se vêtir à leur guise. Les hommes n'étaient pas vraiment mieux lotis, tous les plaisirs de la vie leur ayant été supprimés. L'alcool, le tabac et les femmes des autres faisaient désormais partie des prohibitions.

Tous les soirs, avait lieu des séances de repentance ou chacun et chacune exposait en public ses manquements aux devoirs codifiés par les autorités. L'uniforme imposé style King Jong transformait les files de pénitents en chenilles processionnaires. A cette occasion toutes les petites vengeances et mesquineries donnaient lieu à des dénonciations dont les conséquences étaient dramatiques. C'est ainsi que les trois larrons - celui qui venait de livrer son âme au diable et ses comparses en hérésie - qui croyaient passer entre les mailles du filet, avaient été accusé de pratiques pédophiles par une paroissienne dont ils avaient refusé les avances.

Nombreux avaient été les homos et tous les genres et transgenres à s'exiler avec les écolos, les gauchos et les refusants au-delà des montagnes, prenant le maquis pour échapper au nouvel ordre. Quelques-uns assez naïfs avaient cru donner le change. Hélas, une colocation à trois était déjà suspecte, mais le refus de forniquer avec une femme en vertu de la loi sur la natalité promue par les autorités, démontrait une homosexualité en marge de la société.

Accompagnés en procession, les deux larrons qui allaient rejoindre leur ami pour une condamnation genre Golgotha, étaient préalablement passés par le supplice du pal, celui qui commence si bien, mais finit si mal. Leur démarche s'en ressentait, troublant l'ordonnance du défilé.

Dans la foule parquée derrière les barrières, un moine vêtu d'une longue robe de bure avec capuche, chaussé de spartiates – Seuls les membres des ordres avaient conservé leur tenue – s'esbignait en hâte. Il avait beaucoup de chemin à faire pour regagner les campements des résistants afin d'y faire son rapport.

Cette fois la coupe était pleine. Il était trop tard pour sauver les suppliciés, mais depuis qu'ils s'étaient retranchés dans cette vallée où personne ne les avaient repérés, il avaient eu le temps de s'organiser et ils étaient fin prêts pour l'offensive de printemps.

Passant le col en ce petit matin encore frais, surtout pour ceux des leurs vêtus de tenues légères, les participants à la « Gay-Pride de la reconquête », pleuraient en retrouvant le paradis perdu.

On n'avait jamais vu une telle armada de folles, d'invertis, de transgenres, même au plus fort de la libération sexuelle, juste avant que les forces réactionnaires ne s'emparent du pouvoir. Ce « Carnaval des gueux » allait être historique.

Privés de ces festivités depuis trop d'années, la population se massait tout au long du parcours des chars fleuris, sur lesquels se déchaînaient les Drags-Queen, sur des musiques depuis longtemps prohibées. Les forces de police médusés, hésitaient à se heurter à des mâles fardés à outrance, revêtant l'uniforme et le chef de leur corporation. Beaucoup virèrent leur cuti sous les caresses et les langues. Derrière les chars, les refusants politiques s'avançaient sous leurs bannières, armoriées de cœurs « gros comme çà ». Se dirigeant vers le Golgotha, le défilé rejoint par la foule gonflait comme une marée. Arrivés au pied des croix, les trans entonnèrent des chants de douleur d'une voix de haute-contre.

Le temps de décrocher les suppliciés, on appris que la junte au pouvoir avait fait ses valises, chassée par les citoyens libérés et en rage, qui avaient envahis les lieux de pouvoir et forniquaient à tout va dans les lits des dirigeants. Dans toute la ville ce n'était que jouissance. Le foutre coulait dans les caniveaux. Même les animaux avaient intérêt à garer leurs fesses.

Cette folie dura le temps d'un carnaval, puis chacun repus de plaisir rentra chez lui, sauf ceux qui avaient pris goût à une autre nature et qui désormais pouvaient se damner en toute quiétude.

*****

Depuis ce jour, chaque année, le printemps est l'occasion de jeter son bonnet par-dessus les moulins. De se libérer dans des orgies sans nom. Les dirigeants issus de la communauté des refusants n'hésitent pas à se mêler aux foules en délire pour tâter la température...et pas que. Le peuple libéré jouit sans entraves et les courbes de natalité sont en progression.

Les intégristes de tous poils, ont paraît-il fondé une communauté dirigée par un certain Torquemada. Retranchés dans la sierra, ils passent leur temps à se flageller, à s'imposer toutes sortes de privations et à défiler dans les nuits chaudes de la St-Jean, cagoulés et porteurs de flambeaux, dans une atmosphère triste à mourir qui espérons-le, finira par avoir leur peau.

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Joan E. · il y a
Tu es en colère, Loodmer ? Triste carnaval, triste ce monde, triste l'horizon... Rien que le nom de Torquemada fait frémir...
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Long John Loodmer · il y a
Perpétuellement. C'est la seule chose qui me maintient en vie et il y a tellement de raisons d'y être, que je fais finir centenaire
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Joan E. · il y a
Ça je sais, la colère te tient debout, mais pas d'excès quand même, ménage-toi un peu. Perso, avec tout ce qui va nous dégringoler sur la "..." dans l'avenir, le centenaire très peu pour moi 😁
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Long John Loodmer · il y a
Avec le temps, j'ai calmé la bête
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JL DRANEM · il y a
Édifiant ! il faut savoir que l'inquisition existe encore ( La congrégation pour la doctrine de la foi ) et que dire de la toute puissante Opus Dei ! Se mortifier pour obtenir le pardon.
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Long John Loodmer · il y a
Et aussi les exorcistes. Tout est encore là pour la prochaine période d'obscurantisme. Heureusement, nous avons aussi la Gay-pride et les carnavals
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Manuel Sartrault · il y a
Costaud L.J.L. ton histoire ! Je me suis cru transporté dans l'univers de John Brunner . J'aime et je soutiens.
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Long John Loodmer · il y a
Merci pour la référence
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Pat Vermelho · il y a
Un vision noire, presque dystopique, qui est l'une des éventualités, l'une des probabilités futures.
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Long John Loodmer · il y a
Ça finit pas si mal avec le grand carnaval 🤣
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Dolotarasse · il y a
C'est vrai que toutes les religions s'apparentent plus ou moins aux sectes et cela fait peur. Même si certains y trouvent refuge, il n'y a pas que du bon...
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Long John Loodmer · il y a
Les affligés sont rarement rationnels
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Napoléon Turc · il y a
Une fiction qui prépare à ce qui va bientôt nous tomber dessus.
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Long John Loodmer · il y a
Au moins on est prévenus
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Viviane Fournier · il y a
Terrible peinture que tu nous confies, capitaine, tes mots comme un cri ...avec leurs vérités et leurs décors endroit-envers ...un registre différent mais toujours aussi percutant ...on sent la véhémence, l'audace aussi de dire ...je crois que ce déferlement d'excessifs me fait réellement peur ...et que le monde est bien fragile ! J'ai aimé te lire, ça réveille au coeur, à la tête ...on réfléchit ... je ne sais pas m'exprimer comme toi mais je sens l'importance aussi de le faire ...Bises, mon capitaine et prends soin de toi !
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Long John Loodmer · il y a
J'ai tellement peur que nos générations futures connaissent les affres d'un retour en arrière, avec ces religions et ces régimes totalitaires qui se font jour.
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Viviane Fournier · il y a
J'ai la même peur aussi, tu sais ...et je croise le coeur pour ceux que j'aime ...Bisous, capitaine et merci de ta réponse !
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Mireille d agostino · il y a
C'est la stupidité de l'homme : ou bien c'est tout d'un côté ou bien c'est tout de l'autre. Il n'y a pas de juste milieu
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Long John Loodmer · il y a
Là, c'est des deux cotés
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Granydu57 Ww · il y a
Spécial, tout est' il vrais ? Dire les choses sans se cacher.
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Long John Loodmer · il y a
Toute ressemblance avec.........