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Coup de lune

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Albéric

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Cette histoire commence à Nurieux, dans le petit bar qui longe la route nationale et la voie ferrée. J’étais assis tranquillement à boire une bière en attendant mon train quand un vieux bonhomme est entré en criant :
- Salut la foule ! Vinziou, quelle lune les amis, couvrez-vous bien, ça sent le coup de lune !
- Qu’est-ce que tu vas encore nous inventer Valentin ? Se mit à rire le patron.
- Ne savez-vous pas ignorants qu’il faut vous protéger de la lune plus encore que du soleil ?
- NON ! Arrête avec tes sornettes ! Je t’offre un p’tit blanc ?
- Des sornettes ! Eh bien écoutez cette histoire, celle de l’homme que la lune a choisi de frapper. Le soleil offre généreusement ses coups à tous et toutes, la lune, elle, choisit minutieusement ses victimes. Enfin victime, il n’y a bien que nous incrédules humains pour le croire. Bon, avant de commencer, sers-le moi ce p’tit blanc que tu m’as promis, l’histoire est longue, mon gosier va s’assécher sinon !
- Merci, à votre santé.
- L’histoire que je vais vous raconter s’est déroulée bien avant que vos cris de bambins ne viennent troubler la torpeur du village. Moi-même je n’étais encore qu’un tout jeune garçon. À cette époque, vivait à Volognat un homme nommé Samuel. Personne ne savait d’où il venait et pourquoi il s’était installé là. Un jour, il était arrivé, avait acheté une petite maison juste sous les murs du château et s’y était installé. Depuis ce jour, il vivait de petits boulots, aidant les uns et les autres. Sa gentillesse et sa grande adresse manuelle firent de lui l’homme à tout faire du village. Pour tous les travaux de plomberie, d’électricité ou encore de peinture, les gens du village faisaient appel à lui. La seule excentricité qu’on lui connaissait était de se rendre chaque soir où le ciel était dégagé au Paradis où il restait de longues heures. Le paradis, même si j’ose espérer que vous le connaissez, se cache en pleine forêt de l’autre côté du col du Berthiand. C’est très probablement le plus bel endroit surplombant l’Ain. Une fois là-haut, il ne faisait rien sinon de regarder la lune, les étoiles et la rivière en contrebas.
Un soir, comme tant d’autres, il y est monté. La lune était particulièrement brillante, tellement brillante qu’il était possible de lire à sa lumière. Et comme à son habitude, il a posé une couverture sur le sol et s’est assis, appuyant son dos au banc de bois qu’un autre rêveur a construit là. Ce soir-là, il était extrêmement fatigué et même l’image de la lune, se reflétant dans l’Ain, ne put l’empêcher de s’endormir, le visage à moitié enfoui dans sa couverture. À son réveil, la lune avait disparu derrière la montagne. Il se sentait tout bizarre. Quand il a touché la partie de son visage exposée à la lune, celle-ci était particulièrement froide, et autour de lui se trouvaient une dizaine de petits êtres presque translucides. Ne comprenant pas ce qui se passait et apeuré, il s’est levé précipitamment et est rentré chez lui d’un pas aussi rapide que maladroit et inhabituel.
Ce n’est que le lendemain matin en se voyant dans une glace qu’il comprit son malheur : la partie de son visage restée sous les rayons de la lune était d’une blancheur de craie, alors que l’autre partie était normale. Mais comme la vie doit suivre son cours, il sortit de chez lui. Bien sur tous les habitants du village lui demandèrent ce qui lui était arrivé. Avec son humour habituel, il esquivait la question. Cependant, une chose le blessa profondément. Toute la journée, les enfants (et je dois avouer à ma grande honte, que j’en fus) ne cessèrent de courir derrière lui en criant : « Face de lune, face de lune, Samuel a une face de lune ». Le soir, il est retourné au paradis. Il a revu les petits êtres de la veille qui l’ont salué :
- Salut à toi Samuel que la lune a choisi.
- Qui êtes-vous ? Répondit-il
- Nous sommes des fées, et toi, la lune t’a choisi et c’est pour cela que tu peux maintenant nous voir.
- Combien de temps vais-je garder ce visage ?
- Aujourd’hui, nous avons un service à te demander, un message à aller porter pour nous. Acceptes-tu de porter ce message ?
Effrayé et pensant devenir fou, Samuel refusa et rentra chez lui espérant que son coup de lune ne serait bientôt plus qu’un mauvais souvenir. Mais il n’en est pas ainsi avec les coups de lune. Au lieu de redevenir normal, son visage devenait jour après jour de plus en plus pâle, translucide. Face aux moqueries et aux regards, il acheta une grande cape dotée d’une profonde capuche afin de dissimuler sa disgrâce.
À la pleine lune suivante, il grimpa au Paradis. Il retrouva les fées et leur demanda de l’aide. Contrites, elles lui répondirent qu’elles ne pouvaient rien pour lui et une fois encore elles lui demandèrent de porter leur message, là-bas au roi du petit peuple. Mais une fois encore il refusa. Sa moitié de visage exposée à la lune était maintenant presque transparente et les gens commencèrent à avoir peur de lui, l’évitant et ne lui donnant plus le moindre travail. Chaque moment devint plus dur, tout allaient de mal en pis. Puis un jour de rage et de peur, les ges fées. La lune t’a fait un cadeau mais tu n’en as reçu qu’une partie. Si tu acceptes de devenir notre messager, je te le donnerai entièrement.
Samuel accepta et son visage devint totalement transparent ainsi que son corps. Son premier message fut pour les fées du Paradis. Depuis ce jour, il coure le monde portant messages et nouvelles aux fées et lutins.
Quand par une chaude journée d’été l’air se fait si lourd qu’il ne peut plus bouger, vous voyez parfois un fin nuage de poussière s’élever d’un chemin. Ne vous demandez pas ce qui diable peut le soulever, mais où et à qui Samuel porte son message.
L’histoire fit rire toute l’assemblée et tous se moquèrent de Valentin. Mais je les ai bien observés quand ils sortirent du bar. Chacun leva la tête vers le ciel, vers la lune, remonta son col et mit sa casquette ou son chapeau, comme pour se protéger d’un soleil trop fort. Pour ma part, j’ai fièrement bravé la lune. Mais vous savez la gare est à 50 mètres du bar. De plus, être messager des fées n’est pas un métier qui me déplairait tant que ça...
Göreme novembre 2003 / Buenos Aires Août 2014ens l’expulsèrent de sa maison et du village.
Ne sachant où aller, il retourna voir les fées et cette fois accepta de porteur le message au roi du petit peuple. Le jour de son départ, la partie de son visage touchée par le coup de lune avait totalement disparu. Mais les fées lui assurèrent que le roi pourrait l’aider, voir le sauver.
Il effectua alors un long, un très long voyage. Il marchait de nuit, se cachant des hommes. Il s’enfonça vers l’est, parcourant l’Europe de part en part. Il traversa le Bosphore à Istanbul, puis continua son voyage (sa quête) vers le sud-est, vers la Cappadoce, cet incroyable pays où règne, sans que les hommes ne le sachent, le roi du petit peuple. C’est dans la vallée rose qu’il le rencontra et qu’il lui délivra son message. Puis il demanda :
- Roi des fées et des lutins, peux-tu me rendre mon aspect, me rendre ma vie ?
- Je ne puis te rendre ta vie d’homme, mais je peux te donner une autre vie, celle de messager des fées. La lune t’a fait un cadeau mais tu n’en as reçu qu’une partie. Si tu acceptes de devenir notre messager, je te le donnerai entièrement.
Samuel accepta et son visage devint totalement transparent ainsi que son corps. Son premier message fut pour les fées du Paradis. Depuis ce jour, il coure le monde portant messages et nouvelles aux fées et lutins.
Quand par une chaude journée d’été l’air se fait si lourd qu’il ne peut plus bouger, vous voyez parfois un fin nuage de poussière s’élever d’un chemin. Ne vous demandez pas ce qui diable peut le soulever, mais où et à qui Samuel porte son message.
L’histoire fit rire toute l’assemblée et tous se moquèrent de Valentin. Mais je les ai bien observés quand ils sortirent du bar. Chacun leva la tête vers le ciel, vers la lune, remonta son col et mit sa casquette ou son chapeau, comme pour se protéger d’un soleil trop fort. Pour ma part, j’ai fièrement bravé la lune. Mais vous savez la gare est à 50 mètres du bar. De plus, être messager des fées n’est pas un métier qui me déplairait tant que ça...

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Patrick Desjardins · il y a
Malheureusement, je me suis égaré dans votre histoire. C'est un peu confu entre la narration de votre texte et celle de l'histoire intérieure à propos de l'homme au visage de la lune. Le personnage qui écoute l'histoire intérieur, est-il lui-même l'homme au visage de la lune?
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