Coup de frais sur le fret

il y a
2 min
1 600
lectures
34
Qualifié

Apprenti scribouillard ...

Image de Grand Prix - Automne 2020
Image de Très très courts
Mardi 24 décembre, six heures douze.
Dans quelques minutes, le voyage sera terminé. De nombreux paquets soigneusement rangés occupent l’espace restreint de la vedette. La livraison sera effectuée dans les délais impartis.

Le pilote navigue à vue. Son amer : le clocher perché sur le haut de la falaise.
Maintenant, l’embarcation vire légèrement vers la droite pour s’aligner sur les signaux lumineux provenant de la plage où a été fixé le rendez-vous.
La clarté naissante point sur une mer d’huile. Déchirant le bleu profond de l’eau, un large sillon s’étire sur plusieurs centaines de mètres. Le « Riva » tout en acajou verni glisse à pleine vitesse.
Ses deux moteurs à puissance maximale crachent dans le ciel une énorme gerbe d’eau…

Deux hommes en capuche se tiennent debout, l’un cramponné au volant, l’autre agrippé au Plexiglas du pare-brise. À la limite du décollage, le bateau effleure l’eau et se rapproche à vive allure de la côte. Régulièrement, le co-pilote s’assure de la présence de l’intégralité des colis.

Le vacarme des moteurs est assourdissant. Après un dernier coup d’œil vers les paquets, l’équipier se contente de tendre le pouce de la main gauche vers le haut, en signe de satisfaction. Le pilote vérifie encore si la poignée de gaz est basculée à fond vers l’avant et sans lâcher le volant, répond par un large sourire.
Il fait frais, des embruns ricochent régulièrement sur la fine proue avant de terminer leur course sur le visage et les vêtements des marins…
Dans la baie, en cette heure matinale, les yachts au mouillage ne donnent aucun signe de vie.
Les lumières du front de mer s’éteignent, le soleil naît en montant verticalement dans le ciel.
L’eau devient plus claire, dans quelques minutes elle virera au turquoise.

Soudain, un hélicoptère surgi de nulle part remonte à basse altitude la large traînée d’écume laissée à l’arrière du bateau. La vedette est prise en chasse.
Le vrombissement des pales est assourdissant. Tournant la tête, les deux marins distinguent nettement les occupants de la libellule métallique qui se rapproche d’eux.

Sur la plage de sable blanc encore déserte, un fourgon reste tapi parmi les cocotiers tremblants sous les alizés naissants.
Le go-fast tire au plus court en direction du véhicule à terre. Moteur coupé, l’embarcation court sur son erre jusqu’à la plage.
Les deux marins sautent de l’embarcation échouée. Les pieds dans l’eau, les livreurs commencent à décharger leur précieuse cargaison.
Les portes de la camionnette s’ouvrent. Deux comparses en sortent et accourent pour prêter main-forte. Le transfert doit être rapidement effectué, les commanditaires n’accepteraient pas de retard.

Brusquement, l’hélicoptère s’incline vers la droite, puis s’éloigne avant de disparaître derrière le morne : fin de mission.
Demain, les paquets seront au pied des branches de filao. Aux Antilles, Noël c’est sacré !
34

Un petit mot pour l'auteur ? 4 commentaires

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,
Image de Ray dit Kourgarou
Ray dit Kourgarou · il y a
Le Père Noël a un nouveau traîneau et ses lutins sont à capuches ?
Les temps changent et plutôt que glisser sur la poudreuse tiré par ses six rennes il fonce sur les flots suivi par les sirènes livrer la poudre blanche qui de perlimpinpin ne porte pas le nom et ne semble pas franche.
Je rejoins le philosophe ci-dessous, Phil Bottle, et ajouterai qu'aller à la pêche à la ligne n'est pas de tout repos, la ligne blanche quand on vient la franchir pour livrer au plus vite il faut de suite après savoir aussi prendre rapidement la ... poudre d'escampette.

Image de Phil Bottle
Phil Bottle · il y a
Moi, je sais très bien que pour Noël, je n'aurai jamais de Riva. Alors, merci pour ce cadeau. On le voit, on le touche, on entend son moteur et les projections d'eau nous éclaboussent, on le caresse, votre Riva. Et il nous emmène, des Antilles à Venise, de Venise au Lac de Garde. À vous la faute. Mais faute pareille est si vite pardonnée! Comment, quand on aime la mer, ne pas aimer ce texte, qui va au delà de ses mots. C'est un hommage à tous ceux qui se défoncent, sans jeu de mots mais dans la ligne, au service des autres, colis de Noël ou cœur encore palpitant en attente d'implantation, c'est le même engagement, à défaut des mêmes conséquences. Jusqu'au simple facteur qui lisait sur nos enveloppes les fameux "cours plus vite, facteur, l'amour n'attend pas" qu'ado nous écrivions sur les enveloppes destinées à notre Dulcinée, ... Jusqu'où m'a amené ce texte. Ses yeux bleus, ses cheveux roux, Bon sang, comment s'appelait-elle? Ah oui, ça y est... Merci!
Image de Viktor September
Viktor September · il y a
Dans le sport comme dans la vie, c'est l'engagement qui les rend beaux.
Image de Phil Bottle
Phil Bottle · il y a
Mais naître pas que beau, et être beau et mien... me chantait un jour un aède échappé des griffes du temps...

Vous aimerez aussi !

Nouvelles

La battue

Patrick Ferrer

— Mais enfin, Gaston, on ne tire pas à la chevrotine sur tout ce qui bouge dans les bois ! Cinq fois de suite, en plus !
L'homme me regarda, l'air penaud, en triturant sa casquette. Il portait ... [+]