Cordialement

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Quand je ne me cache pas sous le pseudonyme de Madeleine, j'étudie la mécanique en école d'ingénieur. Forces, mouvements, procédés de fabrication, dessin technique évidemment mais aussi la  [+]

« Tut tut » fit la voiture en rabattant ses rétroviseurs.
Myriam rangea ses clés dans son sac et se dirigea vers le perron de l'entreprise. Une nouvelle journée de travail commençait. Arrivée dans le hall, elle consulta sa montre. 8H50. Parfait ! Elle avait le temps pour un petit café.
Quelques minutes plus tard, elle s'accoudait à un mange-debout, savourant les premières gorgées du liquide brûlant et se promenant distraitement sur Facebook.
Pourquoi continuait-elle d'aller sur ce site débile ? Se demandait-elle à chaque nouvelle visite. Elle s'était ouvert un compte par curiosité et pour garder contact avec des amis éloignés. Au lieu de ça, l'application la noyait de messages publicitaires, de phrases « spirituelles » idiotes et de vidéos diverses toutes plus inutiles les unes que les autres. Elle aurait dû en rester aux cartes postales !
Myriam fut sortie de la lecture de ce flot de bêtises par le bruit de la porte qui s'ouvrait.
Elle releva la tête pour voir entrer Benoît, un secrétaire du DRH :
« ... Donc ici, une des salles de repos. » dit-il à la personne qui l'accompagnait, que la jeune femme ne connaissait pas.
« Tiens, bonjour Myriam ! » ajouta-t-il à son adresse avant de s'approcher d'elle.
« Je vous présente Myriam de la gestion des stocks. Myriam, Aymerick, nouveau salarié au service de la compta. »
Les deux intéressés se serrèrent la main, avant que Benoît reprenne :
« Un café avant votre première journée ?
- Volontiers. »
Une fois servis, les deux hommes rejoignirent Myriam.
« Le programme de la journée ? » demanda Benoît, histoire d'engager la conversation.
« Gérer le cas Héria pour commencer, répondit Myriam. Ils nous ont envoyé du bleu 6 au lieu du 7. Il y en a pour 800kg. Je leur ai envoyé un mail hier, j'attends leur réponse.
- Il y a beaucoup de différences entre le bleu 6 et le 7 ? s'enquit Aymerick.
- Assez pour que la production et les designers me tombent dessus.
- La différence est visible mais pas gigantesque, compléta Benoît.
- Oui. Du coup, je dois voir avec Héria les modalités du rapatriement des pigments et le renvoi des nouveaux. Ceci sans frais supplémentaires et sans que l'équipe d'Hector ne râle trop.
- Hector... ?
- Ils sont chargés de transporter et d'entreposer les pigments.
- Facile à reconnaître, cherchez les tas de muscles. A force de porter les sacs, ils sont plutôt bien bâtis.
- Mais il n'y a pas des chariots élévateurs, ce genre de choses pour les aider ?
- Si bien sûr, mais ça reste physique quand même.
- Vous avez visité les stocks ? Demanda Myriam.
- Non.
- Je ne lui ai montré que le principal pour l'instant, expliqua Benoit.
- D'accord. Il faudra que vous passiez à l'occasion, c'est assez impressionnant. »
Un instant de silence passa. Myriam leva les yeux vers la pendule.
« Il va être 9h, il faut que j'y aille. Vous commencez à quelle heure Aymerick ?
- 9h. Je vais y aller aussi. »
Les trois collègues avalèrent leurs dernières gorgées de café et se séparèrent.
Myriam gagna son bureau et alluma son ordinateur. Elle s'étira avant de jeter un coup d’œil à son agenda. Pas de réunions en ce 3 Novembre 2015. Elle ouvrit sa messagerie, vingt mails attendaient son attention, son lot habituel. La journée pouvait commencer.

* * *

Cinquante-deux mails en ce lundi 19 Novembre. Myriam soupira. Contrairement à certains qui les détestaient pour la forme, elle avait une raison toute particulière de détester les lundis matin. C'était la matinée la plus longue en terme de traitements des mails, ceux-ci s'étant entassé tout le week-end. De mauvaise grâce, elle ouvrit un post-it numérique en vis-à-vis de sa messagerie sur lequel elle établirait sa to-do list.
Son post-it s'était transformé en feuille bristol quand elle ouvrit son vingt-septième mail.

De : aymerick.sevrart@selvane.fr
A : myriam.gochet@selvane.fr
Le 16 Novembre 2015 à 16h36

Objet : Archives Sevenzic

Pièces jointes : facture_Sevenzic_2015.11.16

Bonjour,

je viens de recevoir une facture de la compagnie Sevenzic. Elle nous facture 700kg de sable sillicieux mais au regard des stocks, il semble que 500kg seulement n'aient été rentrés. Pourriez-vous vérifier qu'il n'y a pas eu erreur lors de la rentrée des stocks ?

Je vous joins la facture.

Cordialement,

Aymerick Sevrart.

Elle se souvenait de sa rencontre avec Aymerick, quinze jours plus tôt. Ils ne s'étaient pas recroisés depuis, hasard d'emplois du temps et la taille de l'entreprise n'aidant pas.
Elle inscrivit sur son post-it-Bristol :
- facture Sevenzic Aymerick
et ouvrit le vingt-huitième mail.
Vingt-six mails plus loin (ce que ce pouvait être encourageant d'en voir d'autres arriver quant on n'a pas fini les premiers), Myriam fit le point sur son post-it-Bristol tendant vers le A4. Le ballet de mails pouvait pleinement commencé.
D'abord, en introduction, les affaires les plus rapides, notes légères pour entrer dans la danse avant les gros dossiers, imposantes phrases musicales qui constitueraient l'essentiel de la mélodie, dictant les pas à suivre.
Myriam, au principe de ce ballet numérique s'arrêta bientôt sur cette entrée :
- facture Sevenzic Aymerick
Six minutes plus tard exactement, elle lui renvoyait :

De : myriam.gochet@selvane.fr
A : aymerick.sevrart@selvane.fr
Le 19 Novembre 2015 à 10h52

Objet : Re : Archives Sevenzic

Bonjour,

j'ai transmis votre mail à Hector Grangier. Il saura mieux que moi vous dire exactement combien de sacs de sable il a rentré. De mon côté, je vérifie le bon de commande que nous leur avions passé et je reviens vers vous.

Cordialement,

Myriam Gochet.

Le rythme reprit, monotone et imposant jusqu'à ce qu'elle renvoie dans l'après-midi :

De : myriam.gochet@selvane.fr
A : aymerick.sevrart@selvane.fr
Le 19 Novembre 2015 à 14h16

Objet : Re : Archives Sevenzic

Re-bonjour,

j'ai eu la réponse d'Hector. Il a revérifié les stocks : seulement 500 kg sont rentrés hier. Il n'y a donc pas erreur dans la tenue de la base de données.

De mon côté, j'ai revu le bon de commande : nous ne leur avions bien commandé que 500 kg. J'enverrai un mail au fournisseur. Je vous tiens au courant.

Cordialement,

Myriam Sevrart.

Ce à quoi il répondit :

De : aymerick.sevrart@selvane.fr
A : myriam.gochet@selvane.fr
Le 19 Novembre 2015 à 15h08

Objet : Re : Archives Sevenzic

Bonjour,

merci beaucoup, en espérant que cette histoire ne traîne pas trop en longueur. ;)

Cordialement,

Aymeric Sevrart.

Le Smiley la fit sourire. Enfin un petit peu de sympathie dans ce monde cordial. L'envie lui prit de rédiger un mail bourré d'emojis divers et variés. Elle imagina la tête de son patron s'il voyait ça. Ça n'était pas raisonnable, ni productif. Elle regarda l'horloge. Encore une heure. Se résignant, elle ferma le mail d'Aymerick et se plongea dans une nouvelle entrée de son post-it-Bristol-A4 redevenu Bristol et tendant petit à petit vers le post-it.

* * *

Une nouvelle journée inversa la tendance de la to-do list avec sa vingtaine de mails supplémentaire. Parmi eux, la réponse de Sevenzic. Myriam écrivit :

De : myriam.gochet@selvane.fr
A : aymerick.sevrart@selvane.fr

Objet : Re : Archives Sevenzic

Bonjour,

j'ai eu la réponse de la société. Elle conteste et assure que nous lui avons bien commandé et qu'elle a bien expédié 700 kg.

Myriam s'interrompit. Elle détestait ce genre de situations. Un petit problème avec un fournisseur, une petite erreur (800kg de bleu 6 par exemple) était monnaie courante, mais ce genre de problèmes se réglaient d'ordinaire rapidement après un petit mail à la société en question. Les contestations étaient rares.
Que dire d'autre ? La vérité était qu'elle ne savait pas quoi faire. C'était exactement le genre de situations qu'elle redoutait. Un différent entre son entreprise Selvane, et une autre. Myriam détestait les conflits, et stressait facilement.
Elle hésitait sur le mail à écrire à Aymeric. Ne rien rajouter et attendre la réponse ? C'était risqué de ne pas en avoir, Aymeric considérant qu'elle avait l'affaire en main.
Elle écrivit :

Je ne sais pas quoi faire...

Les points de suspension rendaient la phrase trop suppliante.

Je ne sais pas quoi faire.

C'était sec, franc. Elle hésita encore. Non. Son orgueil se rebellait. Elle ne voulait pas avouer ses doutes aussi franchement. Elle ne le connaissait pas assez.

Je fais quoi ?

Non, ça n'allait pas. Trop familier.

Qu'est-ce que je fais ?

Mouais, ce n'était pas à lui de lui dicter son boulot.

Que faisons-nous ?

Aymeric était ainsi impliqué dans la formule. C'était pas trop mal. Mais c'était quand même lui renvoyer la balle sans faire de propositions.

A ton avis, que faisons-nous ?

La phrase semblait étrange.

A ton avis, que devrions-nous faire ?

Du conditionnel ?!

A ton avis, que devons-nous faire ?

Même problème du renvoi de balle sans propositions. Et des propositions, Myriam était bien en peine d'en trouver.
Elle soupira. « Que faisons-nous ? » semblait encore la meilleure formule. Elle opta pour celle-là, conclut son mail d'un « Cordialement » tout à fait classique et envoya.
Elle leva les yeux vers l'horloge. Il lui avait fallu un quart d'heure pour un message aussi court ! Tentant de chasser de son esprit Sevenzic et leur facture, Myriam passa à autre chose.
11h45, bientôt l'heure de la pause ! Myriam actualisa une dernière fois sa boite mail. Son cœur fit un bond dans sa poitrine, il lui avait répondu !

De : aymerick.sevrart@selvane.fr
A : myriam.gochet@selvane.fr
Le 20 Novembre 2015 à 11h32

Objet : Re : Archives Sevenzic

Bonjour,

comment ça ils contestent ? Ce serait quand même étonnant que le bon de commande ET les tenues de stock soient fausses !

Dans le doute : n'est-il pas possible que les 200 kg de sable soient déjà partis en production quand vous avez demandé à Hector de revérifier ?

Cordialement,

Aymeric Sevrart.

Elle stressait décidément beaucoup trop facilement, pensa-t-elle. Elle répondit :

De : myriam.gochet@selvane.fr
A : aymerick.sevrart@selvane.fr
Le 20 Novembre 2015 à 11h58

Objet : Re : Archives Sevenzic

Bonjour,

si c'est peut-être possible... On pourrait trouver un moment pour mener notre petite enquête à la production cet après-midi ?

Cordialement,

Myriam Gochet.

Au moins, elle n'était pas seule dans cette affaire songea-t-elle en sortant de son bureau, sa fréquence cardiaque redevenue calme et un léger sourire aux lèvres.
Quelques heures plus tard, Myriam attendait son collègue dans le hall, bon de commande sous le bras. Elle vit une porte s'ouvrir et il s'avança, veste et pantalon noirs sur chemise bleu pâle, mince et grand. Son compagnon de galère songea-t-elle tandis qu'un sourire lui échappait. Un grand sourire. Un sourire qu'elle aurait bien voulu réprimer. Un sourire qui restait ostensiblement plaqué sur ses lèvres, malgré ses efforts pour contrôler ses muscles.
Tant pis, il arriva et commença par lui tendre la main. Elle allait la saisir quand il se ravisa :
« Je peux vous faire la bise ?
- Bien sûr, et on pourrait se tutoyer entre collègues ? » répondit-elle son immense sourire toujours soudé à son visage.
Il accepta et, les salutations échangées, ils se dirigèrent vers les services de production. L'entreprise était grande et les bureaux éloignés des ateliers de fonderie.
« Tu... t'intègres bien ? » articula Myriam pour briser le silence qu'elle commençait à trouver gênant.
« Très bien, merci, répondit-il dans un sourire poli. Je prends mes marques doucement. L'ambiance de travail est agréable.
- C'est quelque chose que j'avais aussi apprécié à mon arrivée, même si tout n'est pas toujours tout rose bien sûr.
- Chaque entreprise a ses travers. Ça arrive souvent des problèmes comme celui-ci ?
- Non heureusement ! On essaie d'avoir des relations de confiance avec nos fournisseurs. Ça ne fait pas longtemps qu'on traite avec Sevenzic... On tourne à droite ici. »
De fait, ils étaient arrivés.
Audrey, chef de service aux alliages, les fit entrer dans un petit bureau auxiliaire aux ateliers.
« Le sable de Sevenzic vous m'avez dit ? »
Elle tourna quelques pages de l'épais classeur qui trônait déjà ouvert sur son bureau.
« Alors, on en a utilisé 80kg le 16 en fin de journée. C'était lundi dernier.
- Les dates ne collent pas, remarqua Aymeric.
- J'ai rien depuis désolée. »
Les deux collègues remercièrent et sortirent du bureau.
« Il semblerait donc bien que l'erreur vienne d'eux.
- J'aurais préféré qu'elle me dise avoir effectivement passé les 200kg en prod, soupira Myriam. Je vais leur renvoyer le bon de commande, on verra bien.
- Oui, on pourra aussi contacter le transporteur. Il est cinq heure, vous envoyez le mail tout de suite ou ça attendra demain ?
- Demain je pense, ça ne fera pas grande différence. »
Ils se dirigèrent vers la sortie, descendirent ensemble les marches du perron, se saluèrent et se quittèrent.
Myriam, le rose aux joues et le pas plus léger que d'ordinaire regagna sa voiture. Aymerick était sympathique et autant appliqué qu'elle. Ils finiraient par démêler cette histoire.
En sortant du parking, ses phares éclairèrent brièvement le café d'en face, encore peu fréquenté à cette heure.
Pourtant, deux personnes y étaient déjà, assis au bar, un homme et une femme. L'un en costume-cravate, l'autre en tailleur, c'était deux collègues qui se retrouvaient là, après leur journée de travail.
Souriants, charmeurs, ils faisaient connaissance autour d'un verre. Un peu plus tard, ils quittaient le bar ensemble, leur soirée se poursuivit au cinéma, avant de se clore par un timide premier baiser.

* * *

Le lendemain matin, à 9h06 très précisément, Myriam envoya le mail à la société Sevenzic, bon de commande en pièce jointe et Aymerick en copie.
La journée s'écoula. Puis le lendemain. Et le surlendemain. Le ballet numérique des mails suivait son cours sans aucune nouvelle de Sevenzic, le post-it variant de taille et le commandant en chef d'orchestre.
C'est vendredi qu'un message dissonant coupa net la monotonie de la mélodie :

De : aymerick.sevrart@selvane.fr
A : myriam.gochet@selvane.fr
Le 23 Novembre 2015 à 11h19

Objet : Re : Archives Sevenzic

Bonjour,

nous n'avons toujours aucune nouvelle de notre ami Sevenzic ?

Cordialement,

A.S

Bientôt le mail de réponse partait :

De : myriam.gochet@selvane.fr
A : aymerick.sevrart@selvane.fr
Le 23 Novembre 2015 à 11h23

Objet : Re : Archives Sevenzic

Bonjour,

non, je relancerai lundi si nous n'avons toujours pas de réponse.

Cordialement,

MG.

Échange rapide et anodin, cette petite phrase musicale s'insérant dans la symphonie complète eut pourtant un effet notable sur l'ensemble. Le ballet se poursuivit toujours identique mais désormais doté d'un empressement plus grand, d'un élan de gaieté inexplicable et bien indécelable rationnellement mais qui avait coupé la rigueur et le rythme posé de la tâche.
C'est cette même note qui vint clore le ballet à 17h.

De : aymerick.sevrart@selvane.fr
A : myriam.gochet@selvane.fr
Le 23 Novembre 2015 à 16h37

Objet : Re : Archives Sevenzic

D'accord, bon week-end à toi aussi.

A.S.

Myriam sortit de son bureau souriante pour entamer ce nouveau week-end.

* * *

Se retrouvant à la sortie de l'entreprise, le jeune couple opta pour un restaurant italien du centre-ville. L'homme et la femme discutaient cinéma, se tenant discrètement la main sur le parking. Quelques heures plus tard, blottis l'un contre l'autre, ils regardaient un film.

* * *

La nouvelle semaine commença par la traditionnelle rédaction du post-it-Bristol-A4. Le trente-et-unième mail venait de Sevenzic. L'ayant inscrit sur sa liste, elle y revint une heure plus tard, et rédigea à l'adresse d'Aymerick :

Bonjour

Un sourire qu'elle ne s'expliqua pas lui monta aux lèvres. Songeant au temps qu'elle avait passé la semaine précédente à rédiger un simple mail, elle s'efforça de se calmer.

Pas besoin de relancer, Sevenzic m'a répondu ! Ils m'ont envoyé une facture corrigée (que je te joins) avec bien 500 kg de sable mais assure en avoir envoyé 700kg et réclament le rapatriement des 200kg manquants.

Sans plus se laisser le temps de réfléchir à la conclusion du message, elle écrivit :

Cordialement,

MG.

et envoya.
Elle souffla un bon coup pour se calmer. C'était fait et ça n'avait pas duré trop longtemps.
La réponse vint quelques heures après. Myriam l'ouvrit, soudainement fébrile.

De : aymerick.sevrart@selvane.fr
A : myriam.gochet@selvane.fr
Le 26 Novembre 2015 à 11h19

Objet : Re : Archives Sevenzic

Bonjour,

je pense qu'il faudrait saisir le transporteur. Tu pourras aussi avertir Sevenzic que je règle bien les 500 kg de sable.

Cordialement,

AS.

Quelques minutes plus tard, les mails vers le transporteur et Sevenzic partaient.

* * *

Ce soir, le café du coin organisait une soirée dansante, le jeune couple tournoyait sur la piste, au gré des musiques.

* * *

Les jours s'écoulaient, les notes dissonantes dans le ballet des mails s'égrenaient, amenant chacune leur lot d'émotions chez celle qui représentait à la fois le principe et l'auditoire de cette symphonie. Son cœur accélérait, ses mains devenaient moites, elle se sentait soudainement enjouée et énergique, s'étonnant de ces sensations sans vouloir rien s'avouer.

* * *

Comme ils le faisaient souvent, l'homme et la femme regardaient un film. Mais cette fois-ci, quand l'écran s'obscurcit pour laisser place au générique de fin, la femme se tourna vers son amant, l'embrassa tendrement puis de plus en plus fougueusement tandis qu'il étreignait passionnément, cherchant le contact charnel.

* * *

L'envolée lyrique du ballet allait pourtant cesser. Il avait été conclu une rencontre entre Selvane, Sevenzic et Fèdre (le transporteur) au siège de ce dernier. Selvane devait être représenté par Aymerick et Myriam.

De : aymerick.sevrart@selvane.fr
A : myriam.gochet@selvane.fr
Le 7 Décembre 2015 à 12h01

Objet : Re : Archives Sevenzic

Bonjour,

j'ai une mauvaise nouvelle pour toi : je viens de recevoir ma mutation vers la nouvelle antenne de Selvane à Marseille, et je pars la semaine qui précède la réunion avec Fèdre et Sévenzic. Je ne pourrai donc pas t'accompagner. Désolé. :/

Cordialement,

AS.

C'est ainsi que Myriam partit seule au siège de Fèdre pour clore cette histoire. L'explication fut trouvée : Sevenzic avait bien envoyé par erreur 700kg mais suite à un défaut sur le camion, 200kg s'était tout simplement écoulé sur la chaussée le long des 800 km de trajet.
Le jeune couple, lui, avait volé en éclat : la jeune femme restait seule. Elle se prénommait : Myriam.

Il n'avait manqué à cette belle histoire,
Que le peu de courage initial,
De sortir de l'échange cordial
Par l'invitation au café tout proche un soir.
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Guy Bellinger · il y a
Vous savez faire battre le cœur de vos lecteurs avec un simple échange de mails internes à une entreprise. Et naître le regret avec le dernier message reçu par l'héroïne comme le provoque la fin de "Brève rencontre" de David Lean ou de "La Route de Madison" de Clint Eastwood.
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Jean-Jacques Michelet · il y a
Le premier d'une longue série
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MadeleineK · il y a
Merci, j'espère bien !