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Conte à rebours

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Marie Vincent

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FINALISTE
Sélection Public

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Elle est née un beau matin dans un berceau La Roche-Bobois. Ses parents, étonnés, n’en revenaient pas. Ce petit être malingre n’était pas du tout conforme à l’image qu’ils s’étaient faite du bébé idéal. Un peu déroutés, ils mirent donc un certain temps avant de s’accorder sur un prénom qui siérait à cet oisillon à la peau flétrie et translucide. Son père voulait l’appeler Jeanne (comme Jeanne d'Arc), sa mère Sandrine (comme sa cousine). L’entrée en scène miraculeuse d’une tante au second... ou au troisième degré, les sortit de ce terrible dilemme. C’était une vieille dame à la mise parfaite mais dont la couleur de cheveux n’était pas sans rappeler les tons explosifs de la lave en fusion. Telle une bonne fée providentielle, elle s’était approchée du berceau, et après avoir baptisé l’enfant de quelques postillons bien dirigés, avait pointé le bout de sa canne sur son minuscule torse. D’un ton prophétique, elle s’exclama :
« Cette enfant n’a pas l’air en bonne santé, regardez comme elle a la peau blanche ! On pourrait presque voir le sang couler dans ses veines ! »
Puis, s’adressant à la mère : « Ma petite, il ne faut jamais suivre de régime pendant la grossesse. Il est beau, le résultat : une gosse anémiée, future anorexique ! »
Elle se pencha ensuite sur l’enfant et, d’une voix assez forte pour être entendue, elle ajouta : « Elle est bien trop blanche, bien trop chétive.... Ce n’est pas sûr qu’elle passe l’hiver. Mon Dieu, qu’elle est blanche ! »
« Blanche... Et pourquoi ne pas l’appeler Blanche ? » se dit la mère, épuisée mais comblée. Blanche. Blanche Denège. C’est vrai qu’elle était blanche, et alors ? Il faut de tout pour faire un monde... de toutes les couleurs... Et, se répétant ce joli prénom, Madame Denège se dit que plus tard Blanche serait la plus belle des jeunes filles, une véritable princesse. Avec une infinie précaution, elle caressa le crâne encore très tendre et s’extasia devant le fin duvet noir de jais. Elle se promit alors de tout faire pour protéger ce petit trésor qui déjà, pour elle, était le plus beau et le plus précieux de tous.
Mais tous les bébés ne sont-ils pas les plus beaux aux yeux de leur maman ?

Le bonheur de Madame Denège fut cependant de courte durée. Une semaine après, elle mourut. Une vilaine hémorragie que les savants docteurs de la clinique privée – pourtant réputée – n’avaient pas su anticiper. Louis-Charles, le père, notaire de son état, décida de porter plainte pour non-assistance à personne en danger. L’affaire dura plusieurs mois et eut même droit à une page entière dans le journal local. Il faut dire que les Denège n’étaient pas n’importe qui. Implantés depuis des siècles dans une petite ville bourgeoise de Normandie, ils appartenaient à la famille du plus grand producteur de pommes de la région, Arnaud Lagolden, le propre père de la défunte épouse.
Louis-Charles ne mit pas longtemps à se remettre de son chagrin. Lorsque Blanche eut trois ans, il épousa sa belle-sœur, Reine Golden. Malgré sa grande beauté, Reine n’avait pas encore trouvé chaussure à son pied de bourgeoise. On disait que cela était dû à son caractère. Un peu trop trempé. Il faut croire que Louis-Charles ne lui en tint pas rigueur, car en lui passant la bague au doigt, il se dit qu’il n’y perdait pas au change. Sa future épouse comblait le seul critère qui l’intéressait : la beauté. Et à ses yeux, Reine était assurément la plus séduisante femme de la ville, si ce n’est de la région. N’avait-elle pas été élue Miss Normandie 1995 alors que Louis-Charles était lui-même membre du jury ? Louis-Charles était persuadé d’avoir fait le bon choix. Le décolleté plongeant que Reine arborait le jour de son mariage devant monsieur le Maire (un ami) en était la preuve irréfutable.

Le temps passa. Blanche grandit, Reine vieillit.

Un jour, Reine dit à son mari qu’elle allait une semaine en Tunisie en compagnie de quelques amies proches. Sans aucune autre précision. Une semaine passa. Pas de nouvelles. Reine n’avait même pas dit à son mari à quelle heure il fallait venir la chercher à l’aéroport. Cela n’inquiéta pas Louis-Charles outre mesure. Il avait en effet l’habitude de ces fréquentes escapades. Il se souvint alors du jour où Reine était partie avec son meilleur ami, Ernest, ami avec qui il partageait sa passion de la chasse et des gros gibiers. « Nous allons à la Biennale de Venise ! » avait-elle dit à son époux, l’œil pétillant. Louis-Charles ne pipa mot mais s’étonna de l’engouement soudain de sa femme pour l’art contemporain.
Un soir, alors que Louis-Charles et Blanche étaient à table, la sonnerie de la porte retentit. Reine, sans doute ! Louis-Charles se leva pour aller ouvrir et recula, stupéfait. Devant lui se tenait Reine... mais elle semblait différente ! Blanche cependant ne sembla pas remarquer quoi que ce soit et, en s’approchant de sa belle-mère, lui demanda poliment si cette dernière lui avait ramené un cadeau. Cette dernière, sans un mot, ouvrit son sac Vuitton (n’ayant jamais eu l’intention de se laisser aller à éprouver ne serait-ce qu’un peu d’affection envers sa belle-fille, elle s’évertuait néanmoins à toujours faire bonne figure en présence de son époux) pour en sortir un miroir de poche orné de petits cristaux en diamant. Puis, tentant de masquer son impatience, elle tendit le miroir à Blanche et lui intima l’ordre d’aller dans sa chambre. « Maman doit parler à Papa ! » Sa voix était à la fois ferme et doucereuse.
— Bon, mon grand benêt (Reine avait l’habitude d’appeler son notable de mari par ce petit nom charmant). Ne me trouves-tu pas superbe ? J’ai rajeuni d’au moins dix ans, non ?
C’était donc ça ! Effectivement, Louis-Charles avait l’impression d’être revenu quelques années en arrière. Il bredouilla :
— Mais... Quel est ce miracle ?
— Tu es vraiment trop bête ! (Elle le singea). Mais quel est ce miracle ? Lifting, botox, injections ! Le voilà le miracle !
— Nooon !
Il n’en croyait ni ses oreilles ni ses yeux.
— Ma chérie... Tu as toujours été belle, mais là... là tu es vraiment la plus belle de toutes les femmes de la ville.
Et il rajouta :
— De toutes les femmes de ton âge, bien sûr.
Trop occupée à contempler dans le miroir de l’entrée le chef-d’œuvre qu’avait accompli sur elle le docteur Mohamed Azerian, Reine ne releva pas cette dernière remarque... Heureusement, car son époux aurait eu à subir un courroux qui, comme il se doit, serait terrible. Car, elle, ce qu’elle voulait, ce qu’elle désirait le plus au monde, c’était être la plus belle de toutes les femmes, les vieilles, les jeunes...
Toutes !

À nouveau le temps passa (la pluie fait passer le temps plus vite en Normandie). Plus Reine vieillissait, plus son image la préoccupait et plus son mari devait débourser afin de lui payer toutes les opérations et injections qui lui permettraient de conserver son éternelle jeunesse. Éliminer les rides, lisser la peau afin d’avoir le teint aussi frais qu’une pêche au printemps devenait une obsession, la seule chose à laquelle elle consacrait son temps libre... en plus de ses visites régulières à Ernest, le chasseur un peu bourru avec qui elle pouvait partager sa passion pour l’art contemporain.
Blanche, de son côté, fit ses premiers pas dans ce que l’on appelle de nos jours l’âge ingrat. Elle avait quatorze ans et venait de redoubler sa quatrième. C’était malgré tout une enfant charmante, quoique un peu encline à la mélancolie (en langage psy, elle souffrait de dépression légère). Ses yeux étaient bordés de longs cils épais et ses cheveux soyeux étaient d’un noir aussi profond qu’une nuit sans étoiles. Elle avait toujours la peau aussi blanche que la neige (un peu trop, au goût de sa belle-mère qui lui conseillait d’essayer l’autobronzant pour avoir meilleure mine) mais malheureusement son visage était défiguré par un nez trop busqué et une acné sévère. Quant à son corps, autrefois si chétif, il accusait le poids des kilos de bonbons qu’elle avait ingurgités au cours d’une enfance placée sous le signe d’un cruel manque d’affection. Le gentil psychologue qu’elle voyait trois fois par semaine avait eu beau lui faire comprendre que ce n’était pas de cette manière qu’elle allait s’en sortir, Blanche ne pouvait consciemment refréner ses envies de fraises Tagada et bonbons Haribos.
Bref, Blanche Deneige était loin d’être belle ; si nous osions, nous dirions qu’elle était carrément moche.
Un jour qu’elle s’ennuyait ferme, Blanche se mit en tête de ranger sa chambre. Elle aurait bien voulu la relooker complètement mais Reine avait refusé.
— Tu n’aimes plus ta tapisserie à fleurs ? Tu n’aimes plus les roses ? Ma petite, tu sais, nous ne sommes pas aussi riches que les autres le pensent, depuis que ton père a perdu une grosse somme d’argent en bourse, finies les dépenses inutiles.
Reine prit un air pincé. Elle tripotait, tout en parlant, un pot d’une crème antirides qu’elle venait juste de recevoir, une crème à base de pectine de pomme rouge censée redonner un teint de jeune fille. Elle enleva l’étiquette en grattant un peu avec ses ongles manucurés et la colla sur le rebord du lit.
— C’est pour moi ? demanda Blanche.
— Toi ? Mais Blanche, mon enfant, voyons, tu es bien trop jeune pour mettre de la crème antirides et puis de toute manière, pour toi, il faut quelque chose de bien plus efficace... une formule magique à la limite !
Et, fière de son bon mot, Reine Deneige se mit à rire, d’un rire blessant, fort déplaisant. Se ressaisissant, elle dit à Blanche d’un ton ferme et sans concession :
— Va mettre ça à la poubelle, s’il te plaît.
Elle sortit ensuite de la chambre en faisant claquer ses talons Louboutin sur le parquet ciré. Blanche, en décollant l’étiquette – sur laquelle elle put lire « 350 euros » – se dit que tant pis, elle ferait appel à Valérie Damido. Elle, au moins, transformerait cette chambre de bisounours attardés en vraie chambre d’ado branchée, d’un coup de pinceau magique. De rage elle ouvrit alors tous les tiroirs et commença à jeter ce qui pouvait lui rappeler de près ou de loin une enfance faite de roses et de bonbons.
Mais alors qu’elle s’apprêtait à renverser le contenu d’un tiroir dans la poubelle en plastique, son œil fut attiré par un scintillement au milieu d’un tas de feuilles de papier. Quelque chose brillait parmi des princes et des princesses hybrides que Blanche s’amusait à dessiner, des êtres mi-humains mi-crapauds... ou grenouilles selon le sexe. Elle reconnut le miroir de poche que lui avait offert sa belle-mère, quatre ans plus tôt. Blanche l’ouvrit et lorsqu’elle y vit son reflet, elle ne put empêcher une larme de couler sur sa joue. Une joue déjà très irritée par des petits boutons rouges, blancs et noirs.
— Pourquoi suis-je aussi laide ? Suis-je vraiment la plus laide de toute cette ville ?
Elle entendit soudain une petite voix lui répondre :
— Euh... tu veux vraiment la vérité ?
Rêvait-elle ? Le miroir était-il en train de lui parler ? Par quel miracle ? (Comme son père, Blanche utilisait souvent cette expression désuète).
— Blanche, il y a une chose que tu dois savoir, les princesses ne sont pas forcément toutes belles, magnifiques, resplendissantes... tout ça, c’est dans les contes. Certes il y en a de mieux loties que d’autres, celles que la nature a gâtées, mais rassure-toi, leur beauté parfois décline plus vite.
— Moi, je voudrais ressembler à ces filles dans les magazines. Pourquoi suis-je si moche ?
Et disant cela, elle sanglota et renifla de plus belle. Le miroir pensa alors qu’il fallait qu’il adopte un langage plus actuel.
— Tu rigoles ? Sais-tu que la plupart de ces filles sont au régime sec toute la journée ? Qu’elles ne mangent que des pommes et de la salade ? Et puis tu as vu comme elles ont l’air triste ?
— Elles n’ont pas l’air triste, elles se concentrent, c’est tout.
— Ouais... Je dirais plutôt qu’elles tirent la gueule ! Alors que toi... toi, tu as...
La voix eut un moment d’hésitation. Ce que Blanche ne savait pas, c’est que le miroir magique avait été conçu pour être diplomate et ne pas froisser les susceptibilités de celles ou ceux à qui il s’adressait. Au fond de lui, il savait que le cas de Blanche était à la limite du désespoir. Un cas très lourd.
— Tu as un sourire charmant !, dit-elle, encourageante.
Blanche ébaucha un sourire, dévoilant à contrecœur un appareil dentaire rutilant. Elle se mit à pleurer de plus belle.
— Ecoute Blanche, tu ne me rends pas la tâche facile, c’est vrai que tu as plus l’air d’un vilain petit canard que d’un gracieux cygne..., avoua-t-elle, compatissante.
— Même ma belle-mère est plus belle que moi ! Tu trouves ça normal, toi ? Dans la logique des choses ce sont les filles qui doivent être plus belles que leur mère, pas le contraire ! Si tu savais comme ça me déprime !
Et elle enfouit sa tête dans son coussin Barbie.
Le miroir sembla réfléchir. Ce qu’il faisait très bien. Après tout, c’était son job. Il n’avait nulle envie de perdre son temps avec une ado geignarde. Il se creusa la tête... ou le tain si vous préférez et, au prix d’un immense effort, brouilla l’image de Blanche. Son idée ? Montrer à Blanche à quoi elle ressemblerait à vingt ans. Et hop ! Le tour était joué ! Blanche n’en revenait pas. Quoi, cette belle jeune femme, à la peau diaphane, parfaite, ce serait elle ? Le miroir fut satisfait. Il ne lui restait plus qu’à encourager Blanche sur la voie de la transformation en lui délivrant une ordonnance concoctée spécialement pour elle.
— Tu vois ! Le changement est possible. Tu crois que ta belle-mère aurait conservé sa beauté sans toutes ces opérations ? Tu parles ! Elle est tombée sur un pro ! Et tout ça, grâce à qui ? Hein ?
La voix attendait que Blanche lui réponde mais celle-ci restait muette comme un cercueil en cristal. Agacé par son manque de réactivité, le miroir poursuivit :
— Grâce à moi ! Eh oui... Je lui appartiens... enfin pour être plus précis, je lui appartenais, avant qu’elle ne se débarrasse de moi comme un vieux bijou démodé. Elle ne m’a pas acheté en Tunisie, oh non ! Ce jour-là elle avait préféré garder ses sous pour acheter des parfums de luxe dans les magasins de détaxe, juste avant de prendre le vol Tunis-Paris. Une fois dans l’avion, cette vieille radine était tombée sur moi en fouillant dans son sac en quête de quelque babiole potable à t’offrir. Tu me diras... ce n’est pas plus mal pour elle. Il vaut mieux que je ne lui présente pas le reflet de sa future image... ça risque de ne pas être beau à voir... l’abus de chirurgie esthétique. Brrr... si je pouvais, j’en frissonnerais de dégoût.
Blanche sembla alors se réveiller de la léthargie dans laquelle elle était plongée. Ses yeux, d’habitude aussi vides que ceux d’un bovin qui regarde les trains passer, brillèrent soudain d’un éclat nouveau.
— Ma belle-mère, franchement ! Qu’elle aille brûler en enfer ! Je la déteste ! Moi, tout ce que je veux, c’est un moyen rapide et efficace pour ressembler à la belle jeune fille que vous m’avez montrée.
Blanche était désormais déterminée. Elle allait se prendre en main. Afin d’être la plus belle !
— Je ne vais pas te mentir, le changement est possible mais pas maintenant, pas du jour au lendemain, les coups de baguette magique, ça n’existe que dans les contes de fées. Oui, j’ai une solution, mais pour ça, il va falloir craquer ton PEL.
Et le miroir lui expliqua que de nos jours il était très facile de s’arranger un peu. Traitement-choc au Roaccutane pour se débarrasser de son acné, passage chez le rhino-plasticien, léger régime, quelques exercices et l’affaire était dans le sac. Après lui avoir fait l’inventaire de toutes les solutions qui s’offraient à elle, il se dit que, quand même, les temps avaient bien changé. Il se voyait désormais plus comme un coach en développement personnel et relooking que comme un miroir magique qui, par le passé, n’avait qu’à se contenter de débiter quelques phrases bien senties. À l’heure de la mondialisation et du progrès, il devait s’adapter aux femmes qui devenaient de plus en plus exigeantes.
— Et mon appareil ?
Ah oui... zut... son appareil dentaire. Le miroir réfléchit une fois de plus, et de la voix la plus encourageante possible lui dit :
— Ma chère Blanche, il faut parfois savoir prendre son mal en patience... Rome ne s’est pas construite en un jour...
— Hein ?
Blanche fit une petite grimace. Elle ne comprenait pas. Il faut dire qu’elle n’avait pas trop suivi les cours d’histoire, chapitre antiquité gréco-romaine.
Exaspéré, le miroir répondit :
— Bon il va falloir y mettre un peu du tien, je veux dire par là que le crapaud que tu es ne va pas se transformer en belle princesse du jour au lendemain.
— Oui, bien sûr... (elle sembla se creuser la tête à son tour) Je sais ! Je vais arrêter l’école.
— Comment ?
— Ben oui, je vais arrêter l’école, rester chez moi. Je réapparaîtrai quand tout sera fini. C’est pas génial comme idée ?
Le miroir resta sans voix. Il n’arrivait plus à réfléchir. Il en perdit son latin et s’éteignit.

Et c’est ainsi que Blanche, la fille la plus laide de la ville, se cloîtra pendant trois années consécutives dans la belle demeure de son père et de sa belle-mère. Elle se mit à manger des pommes toute la journée, des jaunes, des vertes, des rouges, et ne sortait que pour ses divers rendez-vous chez l’orthodontiste, le dermatologue, le diététicien, le psychologue, le chirurgien plasticien et bien sûr (car elle était en âge) le gynécologue. S’ennuyait-elle ? Apparemment non, car elle avait une bonne amie pour lui tenir compagnie et ce n’était ni un chat ni une souris. Sa seule amie était une télévision Panasonic 65 pouces avec qui elle passait le plus clair de son temps.
Enfin, le jour de ses vingt ans arriva. Son père, enfin soulagé de savoir que sa fille allait pouvoir mettre le nez dehors et rencontrer des jeunes gens de son âge, l’autorisa à sortir en boîte. Blanche choisit de revêtir pour l’occasion ses plus beaux atours, inspirés par ceux qu’elle voyait porter par les jeunes femmes qu’elle admirait dans les séries de téléréalité. Mini-jupe en skaï, nombril apparent et soutien-gorge push-up. Elle s’était aussi maquillée avec soin. C'est-à-dire beaucoup.
Et le miracle se produisit. Quand elle arriva en boîte, sur son passage, nombreux furent ceux qui se retournèrent. Certains jeunes hommes allaient même jusqu’à la féliciter pour son degré très élevé de bonté... « Qu’est-ce que t’es bonne, toi !... » Blanche était aux anges. Ces paroles n’étaient-elles pas la preuve que les traits de caractère se jugeaient à l’aune de l’apparence physique ? Désormais elle se sentait comme une véritable princesse, une princesse à la peau resplendissante et aux cheveux d’un noir aussi profond qu’une nuit sans étoiles.
On raconte même que ce jour-là, malgré son peu de conversation, elle réussit à conquérir le cœur de sept jeunes hommes à la fois. L’histoire ne dit pas s’ils se marièrent et eurent beaucoup d’enfants.
Quant à Reine, elle partit s’installer à Venise avec Ernest. Blanche la revit un jour, à la télévision, elle témoignait dans un documentaire dénonçant les abus de la chirurgie esthétique... à ses côtés, elle crut reconnaître Donatella Versace.

PRIX

Image de Printemps 2015
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J.H. Keurk · il y a
La recherche du regard de l'autre... La moral est qu'après avoir abusé, on est désabusé.
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Kofrancoise · il y a
Décidément ce miroir est une sacré source d'inspiration !
http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/vanite-7 (texte qui met en scène ce même objet mais qui n'est pas en compétition. Je ne racole pas !)

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Mohabdel · il y a
J'aime bien votre style d'écriture ça me rappelle les anciens classiques​.Bravo .
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Joëlle Brethes · il y a
Pauvre Grimm, Pauvre Perrault qui doivent se trouver bien ringards et ronger leur frein en découvrant leur héroïne ainsi "dépoussiérée"... Bonne soirée. Bises :)
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Daënor Sauvage · il y a
Bonjour Mapie ! Un joli texte qui fait sourire, tant par sa fausse naïveté que par son ironie bien sentie ! Le texte adopte un bon rythme avec un changement de personnage qui se fait en douceur. Seul bémol pour moi : citer toutes les marques ne me semblait pas nécessaire. A bientôt pour d'autres lectures ;)
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Marie Vincent · il y a
Merci pour ce passage et commentaire très utile :)
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Morane Bob · il y a
Revisiter les contes! J'adore! Vous avez dépoussiéré celui de Blanche-Neige et remis à la mode avec les problématique d'aujourd'hui ! Bon en vrai Blanche-Neige m'agace un peu et ça ne fait pas défaut dans viotre conte revisité...mais cela ne m'a vraiment pas gêné pour apprécier !
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Marie Vincent · il y a
Merci pour ce passage dans mon univers !!! Cela me donne envie de poursuivre ! J aimerais votre avis sur un autre contre revisité celui de Cendrillon, le titre est enfin de compte il faut dérouler la page pour accéder à l'œuvre je suppose.
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Morane Bob · il y a
Derien ! J'adore ça ! (J'ai revisité Cendrillon et Barbe Bleue mais les romans ne sont pas retravaillés encore). Je passe dès que je peux sur Cendrillon ! Je saurais trouver !
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JadeGo · il y a
Amusant mélange d'un conte enfantin et d'un phénomène de société. J'aime beaucoup !
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Marie Vincent · il y a
Merci de ce passage :)
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Arielle Maidon · il y a
Ça me rappelle une réplique qui m'avait fait rire dans un épisode d'Ally McBeal ( ce qui ne me rajeunit pas) :" Miroir, miroir...pourquoi ça foire? "
Encore une excellente parodie. Comment ça se fait que je n'avais pas lu tout ça plus tôt? Bon, il n'est jamais trop tard pour se régaler!

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Marie Vincent · il y a
Merci de votre curiosité , ah que de souvenirs cette série ! Des personnages et des situations bien loufoques ... Je vous invite à lire " en fin de conte" si vous en avez le désir , cendrillon sous un autre jour .
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Arielle Maidon · il y a
D'accord, j'y vais mais à une condition: on se tutoie maintenant!
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Granydu57 · il y a
Avec du retard je vote un j'aime. Beau conte de "fait".L'éternelle jeunesse est plus que jamais d'actualité.Mois aussi je suis une 'Grany' qui n'a pas envie de prendre une ride de vielle pomme alors je me pommade...Lol.
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T.L. · il y a
Lu et j'approuve toutes les idées que tu dénonces et toutes les valeurs que tu souhaites faire passer!
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