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Conseils de survie à la machine à café

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Caroline Rota

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J’aime à croire que l’image que je renvoie est celle d’une personne cultivée, réfléchie, posée, intelligente...
Entre nous, je me fous totalement de ce que l’on peut penser de moi.
Ce qui compte, et vous ne m’en tiendrez sûrement pas rigueur, c’est ce que je pense des autres : je n’aime pas les gens. Du coup, peu m’importe que les gens ne m’aiment pas : la boucle est bouclée.

Pour autant, je ne préfère pas les animaux : quelqu’un qui préfère les animaux aux hommes manque à mon avis cruellement d’humanité. Paradoxal, non, pour quelqu’un qui n’aime pas les gens ?
Car si je n’aime pas les gens (et si je le répète un certain nombre de fois, c’est qu’il n’y a pas d’autre façon de le dire), c’est parce qu’ils ont une fâcheuse tendance à me heurter dans mes convictions les plus profondes, les plus ancrées dans mes gênes. Je m’interroge souvent sur cet état de fait : je ne tolère pas l’intolérance, je rejette ceux qui rejettent, je ne crois en rien (ni Dieu, ni Maître, ni politique) et pourtant j’applique benoitement les lois de la république laïque et une morale judéo-chrétienne qui me rassurent. Ah bin oui, vous allez avoir droit à votre dose de paradoxes (sinon, vous connaissez un bon psy ?).

Comme vous, je vis en société. Non, je n’ai pas choisi de vivre en ermite car la solitude m’effraie. Je travaille dans une entreprise privée chargée d’une mission de service public, et pire, je suis dans la communication. Ce qui signifie le plus souvent que je dois faire entendre aux gens des choses auxquelles j’ai du mal à croire. J’ai un rôle à jouer, une position à tenir et une conscience professionnelle à toute épreuve. Par conséquent, une fois mon travail accompli ou dans l’exercice même de celui-ci, je fuis soigneusement toute discussion politique, philosophique ou religieuse. Si je ne parviens pas à m’échapper, je me ferme comme une huitre.

Ce qui ne m’empêche pas d’avoir des interactions sociales plus ou moins choisies. J’essaie de ne pas les subir car j’ai horreur de la bêtise que je juge sévèrement et par-dessus tout, je vomis les généralités, les phrases toutes faites et les lieux communs. Je m’applique donc à m’entourer de personnes de confiance et qui ont un humour capable de comprendre le mien : ce n’est pas chose facile.
Dans une entreprise, le point culminant de la journée quand on parle d’interactions sociales, c’est presque toujours le moment de la pause café.
La machine à café délie les langues, c’est indéniable et je ne chercherai pas à en connaitre la raison. Toujours est-il qu’hier j’ai bien manqué régurgiter le-dit café sur les mocassins de mon collègue.

Nous conversions à bâtons rompus sur une émission de télé anodine, sujet que j’affectionne car il permet rarement d’amener nos propos sur les thèmes que je cherche à éviter.
Comment ça a dérapé, je ne saurais vous le dire... Par manque de mémoire et à cause du choc provoqué par l’intrusion, je ne pourrai vous dévoiler l’exacte teneur des propos tenus. Cependant, je ne pense pas les dénaturer en citant : « Ah mais ça c’est les arabes ! », ou bien étaient-ce les noirs, les juifs, les chinois, le marketing, la société de consommation, les patrons, les gauchistes, les capitalistes, les syndicalistes, l’effet de serre ou je ne sais trop quoi de fatalement et gravement nuisible.
A l’énonce d’une si brillante et incontestable pensée philosophique, je fus prise d’étranges tremblements de la tête et de dysfonctionnements oculaires que mes collègues interprétèrent fort heureusement par un pressant besoin de libérer la place à d’autres éminents penseurs (à savoir : fin de la pause café).

Afin qu’il n’y ait aucune mécompréhension, je tiens à préciser que j’entends parfaitement le droit de cet individu à être raciste, borné, inculte, stupide et pauvre d’esprit, pauvreté qui n’est pas sans rappeler celle en idées pacifistes des roquets hystériques ou celle en hydrocarbures des sols français.
Par contre, ne me demandez pas de le comprendre, de l’excuser ou de le tolérer dans ma sphère. Où l’on en revient à ce fameux paradoxe.

De retour à mon bureau, encore tremblante, je me suis penchée sur le problème
Désespérée par mon manque d’à propos lors de cette intervention brutale et inattendue, j’ai échafaudé plusieurs plans de survie, trois en fait, plus ou moins satisfaisants à tous points de vue.
Afin de vous sauver vous aussi, les voici :
- Premièrement, une méthode très économique mais malheureusement dommageable pour votre amour propre : vous risquez de vous voir assimiler, en pensées et idées, à votre interlocuteur. Cependant, cette recette est très efficace et vous offre une belle porte de sortie. Pour bien l’exécuter, il faut bien articuler : « OUI ». Faites bien attention au ton que vous employez, un ton trop hésitant ou trop approbateur, voire une syllabe de trop, peut relancer la machine à débiter des conneries qui vous fait face.
- Une autre méthode plus acceptable moralement parlant consiste en une longue mais souvent infructueuse démonstration dans laquelle vous prendrez soin de démonter un par un les a priori et arguments qui vous seront opposés, par des contre exemples, un exposé sur la loi de Pareto, une démonstration par l’absurde (en cas de lieu commun, appliquez la posologie maximum) et enfin un catalogue des bienfaits créés par la catégorie en question (en cas de racisme/misogynie/antisémitisme/anti... tout). Attention, ne baissez jamais la garde tout au long du raisonnement, car vous pourriez être amené à utiliser la première méthode, perdant ainsi le temps pieusement investi dans l’amélioration de l’humanité.
- Enfin, la dernière méthode : je vous déconseille fortement de l’employer sur des personnes que vous appréciez, et en conséquence nierai toute responsabilité dans les suites malencontreuses qui ne manqueront pas de survenir si vous ne prenez pas en compte ce conseil. Ce procédé a pour principal avantage, outre celui d’être extrêmement jouissif, de rabattre le caquet du philosophe de comptoir. Dés l’énoncé de la vérité crétine, trouver rapidement la case dans laquelle rentre la personne qui vous fait face. C’est assez facile car en France tout le monde est dans une case, à en croire les « artistes » : bretons, aveyronnais, alcooliques, ouvriers, etc. Et là par surprise, vous répondez à votre interlocuteur : « Non, mais des raisonnements cons comme ça, y a que les [insérer ici la catégorie choisie] pour les sortir ! ».
Ensuite, fuyez et prenez 3 Lexomil pour oublier.
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thierry · il y a
On appelle cela la bétise humaine, Mieux vaut l'ignorer. Bravo
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Maud · il y a
Pas de grande machine a café au boulot !... une cafetière, une bouilloire pour les thés.. et une petite machine à capsules... et pas de propos racistes non plus... on travaille dans la santé... dans une commune ou 72 nationalités cohabitent ☺
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RAC · il y a
Ha, la machine à café...parfois ça me manque ! Je me souviens d'y avoir débité des conneries monumentales, juste pour compter le temps qu'il fallait à mes collègues pour les répéter, les déformer et que la "revisite" après avoir gravi les étages, redescende...toujours autour de cette fameuse machine ! Merci pour ce bon moment de lecture ! A bientôt...
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gillibert · il y a
Sartre dit ." l enfer c·est les autres" mais je ne partage pas son opinion
Je vous invite â lire "des dieux et des chefs" actuellement en comp2tition
Pardonnez l utilisation maladroite d4un clavier espagnol

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Mamiechat · il y a
Café... amer... l' amertume est parfois indigeste... vive le mutisme!
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Michel Allowin · il y a
Comment couper court à la communication par la communication... rude défi
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MCV · il y a
M'en fous, je ne bois que du thé!
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Daniel Nallade · il y a
D'un café, la pause travail c'est mieux! Je suis un décaféinationiste...
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Lilytop · il y a
Des huitres dans le café, je trouve çà bizarre !
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Arno · il y a
He bien ! Je.... "pause"... Un petit coeur à ce.... café!
Arno

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