Conscience

il y a
6 min
31
lectures
0

C'est normal de pas avoir d'inspiration pour une présentation de trois lignes alors qu'on a comme projet d'écrire un recueil d'une vingtaine de nouvelles toutes différentes  [+]

« Arrêtez... »
Ma tête semble remplie de plomb. Les sons autour de moi me paraissent lointains, j'ai l'impression d'être enfermé dans une bulle de coton. Il me semble qu'un marteau-piqueur me vrille les tempes. Ma vision est floue, le monde tourne autour de moi. Je serre mes côtes des dernières forces qu'il me reste pour ne pas vomir. Je suis déjà secoué de hauts-le-cœur depuis plusieurs minutes déjà.
« Allez, Arthur ! Amuse-toi, un peu ! »
C'est Tom qui me parle. Il est mon meilleur ami, avec Anthon, lui aussi assis à côté de moi.
Nous nous sommes réunis dans une vieille baraque abandonnée à l'écart de la ville. Il fait sombre. Il est tard, pas loin de minuit, je pense. Quoique je n'en sais trop rien. J'ai perdu notion du temps depuis longtemps.
« Déconnez pas... Je vais pas bien... », articulai-je d'une voix qui se voulait ferme.
« T'inquiète pas, reprends-en peu. Tu verras, en te réveillant, ça ira mieux. C'est Julian qui me l'a dit », me répondit Anthon.
Je grimaçai, agité par un haut-le-coeur particulièrement puissant.
Julian est le grand frère d'Anthon. Il a vingt-cinq ans, et je serais prêt à parier que c'est lui qui lui a fournit... notre amusement de ce soir.
« Nan... Vraiment, ça suffit.
- Tsss... siffle Tom. T'es vraiment qu'un gosse.
- Il faut que j'arrête tout de suite, c'est pas bon pour la santé ! minauda Anthon d'une petite voix suraïgue.
- Belle imitation, mec ! »
Ils éclatèrent de rire ensemble.
« Vous êtes cinglés...
- Non mais t'es pas sérieux, Arthur ? Une fois de temps en temps, ça va pas te tuer... »
Ma vision floue me permettait juste de voir Tom de regarder d'un air cynique, etAnthon me souffler un grand nuage de fumée à la figure. Maintenant, je suis secoué d'une quinte de toux.
Génial.
J'ai encore plus mal à la tête.
Mon regard se promène sur le sol de la baraque. Une vingtaine de bouteilles jonchent le sol. Entre nous trois, un cendrier, avec plusieurs mégots encore fumants écrasés.
« Tiens. »
Tom me tend ce qu'il a dans la main avec un sourire narquois.
« De toute façon, le pire qu'il puisse t'arriver, c'est que tu te réveilles avec un mal de crâne. »
A contrecœur, j'accepte et tire une bouffée de fumée.
Cette fois-ci, un affreux vertige s'empare de moi, et un voile noir tombe devant mes yeux.



* * *



Un souffle glacial souffle dans mes cheveux. Je m'asseois, puis me recouche, assailli par un mal de crâne persistant. Je regarde autour de moi. Je me trouve toujours dans la vieille baraque. L'intérieur est éclairé par une ampoule de lumière jaune. Je suis seul. Une des fenêtres est ouverte.
Je me relève avec précaution, titube, m'agrippe au mur de pierres à moitié défoncé. Je marche à pas très lents vers la fenêtre. Je la ferme, mais sens toujours le vent siffler dans mes cheveux.
Je regarde autour de moi, une nouvelle fois. Toutes les autres fenêtres sont fermées, la porte calfeutrée. D'où vient ce vent ?
A côté de la porte, un sac poubelle percé contient les bouteilles vides.
J'appelle Tom et Anthon d'une voix faible. Un vertige m'oblige à m'asseoir.
Le vent souffle toujours. Je grelotte. Sous mon T-shirt, ma peau est recouverte de frissons.
J'entends un bruit derrière moi. Je tourne la tête aussi vite que je le peux. C'est la porte qui s'ouvre doucement, en grinçant légèrement.
Anthon apparaît.
Quelque chose semble avoir changé en lui, mais je ne peux pas dire quoi.
« Anthon ?
- Je savais que tu ne te réveillerais pas... »
Je hausse les sourcils. Anthon s'est exprimé d'une voix traînante, qui ne lui ressemble absolument pas.
Il entre dans la pièce, ses pieds traînant sur le so, puis s'effondre devant moi.
« Qu'est-ce que tu veux dire ? »
Il ne me répond pas, un immense sourire béat figé sur le visage.
« Nous... »
Je guette ses paroles.
Il s'approche de moi. Ses yeux semblent écarquillés.
Un immense sourire illumine ses traits.
Mais pas un sourire sympathique.
Non, un affreux sourire cynique.
Démoniaque.
« A... En... ion...
- Euh... Quoi ? hasardai-je. »
Anthon éclate de rire. Un rire fou.
Complètement cinglé.
« Nous... t'attendions... »
Il se remit à rire devant mes yeux horrifiés.
Je me lève. Mon cœur bat fort.
« Ah... ahaha... Nous t'attendions ! »
Je fais un pas en arrière.
« Nous t'attendions ! Nous t'attendions ! »
Je recule jusqu'à la porte, me plaque contre la pierre froide.
« Je savais... Tu... pas réveil... Nous... t'attend... ions... »
Il reprit sa litanie, puis sa voix se mua en un gargouillis infâme. Sa tête tomba sur le côté, sa nuque émit un craquement. Il continue à me regarde, ses yeux fous roulant dans leurs orbites comme des billes. Un sourire est figé sur son visage. Ses lèvres s'entrouvrent ; et un mot paraît :
« Mort ! »
Je pousse un hurlement, et me rue hors de la pièce. Une sueur froide descend le long de mon dos, le sang bat à mes tempes. Je manque de trébucher, me jette sur la porte et me rue dehors.Je referme la porte derrière moi. Je tente de reprendre mon souffle et attend que mon cœur reprenne un rythme à peu près normal. Mon mal de tête n'est plus qu'un lointain et agréable souvenir. Le vent souffle comme une tempête.
Je repense à Anthon. Que lui est-il arrivé ?
Je n'ai pas le temps de me poser plus de questions.
Devant moi s'étale un paysage de désolation. On ne fait plus la distinction entre le sol et le ciel, tous deux d'un gris anthracite.
La végétation se fait extrènement rare. Notre bicoque est perdue au milieu de nulle part. Il n'y a rien d'autre à des lieues à la ronde. Plus rien à voir avec la bordure de la ville.
Une brume étrange se forme à l'horizon. Figé, je regarde ce nouvel étrange phénomène.
Le brouillard se rapproche de moi, lentement, jusqu'à englober tout mon champ de vision. Je fais un tour sur moi-même.
Et, avec horreur, je m'aperçois que la brume comme à engloutir la maison. Les briques et les tuiles tommbent les unes après les autres, puis se font haper par le brouillard vorace. Je pousse un long hurlement. Je suis cerné. Le brouillard avance lentement vers moi. Dans quelques temps, il me dévorera. Puis, plusieurs points noirs commencent à émerger de la brume. Je tends la main vers cette aide inconnue. Les points m'entourent, se réunisent, grossissent jusqu'à prendre forme humaine. Je retire ma main vivement, comme si je m'étais brûlée.
Cheveux rouxondulés, immenses yeux ourlés de longs cils noirs, taches de rousseur et affreux sourire cynique. C'est bien Tom qui me dévisage. Il expire lentement un nuage de fumée à l'odeur âcre qui me fait tousser.
Il fait un pas en avant. Ses gestes sont terriblement raides, comme s'il n'était fait que de fer. Ses yeux sont inhumainement agrandis, et fixes à en faire peur.
Ou, devrais-je plutôt dire leurs yeux. Ils sont des dizaines de Tom, tous avec leur démarche raide et leurs yeux globuleux comme des boules de billard.
De plus en plus de Tom apparaissent derrière les premiers.
Ils tendent une main vers moi, une main horriblement pâle, d'une pâleur cadévrique, d'une pâleur presque translucide.
Je recule ; des mains m'empoignent, je tente de me dégager, mais d'autres me rattrappent, et bientôt je suis englouti par un tourbillon grouillant de Tom, qui m'empoignent de leurs mains de fer. La fumée m'assaillit, je me remets à tousser.
Je meurs de peur, je suis englouti dans un maelström de ténèbres et de mort.
Un murmure germe dans ma tête. S'amplifie, s'amplifie jusqu'à devenir un hurlement qui déchire l'ombre, le jour, les ténèbres et la lumière.
Plusieurs voix hurlent dans ma tête dans un gargouillis inintelligible.
« Nous t'attendions ! »



* * *



Mes muscles se détendent d'un coup. Je me redresse vivement.
Je suis de nouveau allongé par terre.
Le vent ne siffle plus. Tout semble redevenu normal. A quelques mètres de moi se tiennent Anthon et Tom. Ils me dévisagent.
« Tout va bien, Arthur ?
- Je...
- Tu es tombé dans les pommes.
- Je crois que tu as déliré pendant quelques heures.
- J'ai fait un de ces cauchemars... marmonnai-je. »
Anthon et Tom levèrent le regard.
« Qu'est-ce qui te dit qu'il s'agissait d'un cauchemar ? »
Je recommence à flipper. Une question me turlupine. Je la pose, sur et certain d'avoir l'air d'un débile fini.
« Sommes-nous dans la réalité ? »
Aucun d'entre eux ne répond.
« Arthur, sais-tu ce qu'est l'autre monde ?
- Arrêtez de déconner, les gars. C'est plus drôle.
- Nous sommes sérieux. »
Cette phrase me glaçe le sang.
Pas à cause de son sens. Plutpot de la façon dont ils l'ont prononcé. En choeur. Sans un regard. Les paroles rebondissent à l'intérieur de mon crâne.
« Tu ne comprends donc pas ? »
Je me lève et court jusqu'à la fenêtre. Ma petite ville est revenue. Avec ses champs, son petit kiosque à journeaux et sa petite baraque paumée. Les gros titres sont trop lointains pour que je puisse les apercevoir.
La porte de la baraque s'ouvre. Deux personnes entrent. Des adultes, en larmes.
Je les reconnaît tout de suite, bien sûr.
Ce sont mes parents. Ils ont l'air triste, leurs yeux ruissellent de larmes.
« Arthur... Pourquoi... »
Je marche vers eux, leur fait signe, les appelle, mais ils ne semblent même pas m'entendre. Je leur touche le bras, les appelle plus fort. Ils ne réagissent pas. Ma mère dépose un article de journal par terre.
« C'est donc ici... »
Elle fonf en larmes. Puis, suivie de mon père, sort de la pièce.
Indécis, je ramasse le papier. Le titre attire mon attention.
Je tombe des nues.
Je lâche le papier, me retourne vers Tom et Anthon.
« Qu'est-ce qui te dit que ce que tu n'as vécu n'était qu'un banal cauchemar ? »
Ils me sourient. Ils parlent en choeur.
« Nous sommes venus te chercher, Arthur. »
La terreur s'empare à nouveau de moi.
« Mais qui êtes-vous ? je hurle. »
« Nous t'attendions, Arthur. »
Je tente de m'échapper de la maison.
Dehors, le gris a remplacé ma ville.
La fumée me fait touser. Les mots rebondissent dans ma tête, martèlent chaque recoin de mon crâne.
« As-tu compris? »
« Nous serons ensembles pour l'éternité. »
« Sais-tu pourquoi? »
« Tes rêves deviennent des cauchemars... »
« Tes cauchemars deviennent la réalité... »
« Parce que nous sommes morts, Arthur!... »

0

Un petit mot pour l'auteur ? 0 commentaire

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,