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CLAIR DE LUNE (1882 a) D’après Maupassant

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Charles Dubruel

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‘‘J’ai un amant. Tu sais comme nous cédons,
Comme nous tombons
Si aisément et si rapidement !
Il suffit d’un rien, d’un attendrissement.

Tu sais aussi que j’ai aimé mon mari
Mais lui, n’a rien compris
À mon cœur de femme,
Aux mélancolies qui passaient dans mon âme.
J’aurais voulu qu’il me saisisse dans ses bras,
Que de tendres baisers il m’embrassât.
J’aurais souhaité qu’il eût des faiblesses,
Qu’il eût besoin de moi, de mes caresses.

En Suisse, le mois dernier, nous voyagions
Au trot des quatre chevaux de la diligence
Mon mari, par son indifférence,
A éteint mes exaltations.
Il a paralysé ma joie.
Quand j’admirais les villages, les bois,
Les rivières, les vallées,
Je battais des mains, emballée :
-Comme c’est beau, Robert, embrasse-moi !
Mais lui, avec un sourire froid,
Haussait les épaules :
-Ce n’est pas une raison, Paule,
Pour s’embrasser chaque fois
Qu’un paysage vous ravit.
J’avais en moi
Tant de bouillonnements de poésie,
Et il m’empêchait de les exprimer.

Un soir, je suis allée seule me promener.
Il faisait une nuit de conte de fées :
Les grandes montagnes coiffées
De neige d’argent, l’air doux, pénétrant...
Oh ! Comme mon cœur était vibrant !
Me vint un insatiable besoin d’amour,
Une révolte contre les mornes atours
Et la platitude de toute ma vie.
N’aurais-je jamais la bonne fortune
De rêver au bras d’un cher et tendre ami
Sur la berge d’un lac baigné de lune ?
Ne sentirais-je jamais descendre en moi
Des baisers doux comme la soie
Qu’on échange dans ces nuits
Créées par Dieu pour les tendresses ?
Je me traitais de pauvresse
Quand soudain j’entendis un bruit
J’étais éperdue.
Un homme se tenait derrière moi.
Mais je l’ai aussitôt reconnu.
Nous l’avions croisé plusieurs fois
Dans le hall de notre hôtel et j’avais noté
Que son regard sur moi s’était posé.
Il m’a dit des vers de Musset.
Je suffoquais d’une émotion embarrassée.
Le chemin, le lac, les monts
Semblaient chanter ineffablement
De mélodieuses chansons.
...Et cela se fit, je ne sais comment.
Pourtant, ma chérie
La pensée de tromper mon mari
Ne m’avait jamais effleurée.
Cela s’est opéré
Sans amour, sans passion, sans raison,
Sans rien. Il y avait seulement
Un beau clair de lune sur le lac Léman.
Tu vois, bien souvent,
Ce n’est pas un homme que nous aimons,
Mais l’amour. Ce soir-là, le clair de lune
Fut mon plus hallucinant amant.

Adélaïde de Rhune’’

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Charles Dubruel · il y a
merci Elena, Yasmina, Dolotarasse, fidèles de Maupassant !
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Elena Hristova · il y a
voilà ce qu'on appelle un amant brillant!
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Yasmina Sénane · il y a
Un amour poétique !
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Dolotarasse · il y a
Il faut de la magie dans l'amour...
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