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Compassion piège à con (proverbe énarque)

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Amicxjo

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Le lieutenant colonel saint cyrien (sciences po en cours du soir) Jean Gaétan du Clos de la pomme verte avait été nommé patron du G.I.N six mois avant. Il ne s’était rien passé d’intéressant en six mois juste quelques méchants gilets jaunes à éborgner ou à embastiller pour avoir montré leur majeur aux forces de l’ordre, crime (majeur) bien au dessus du meurtre.
Là, c’était bien plus sérieux : on avait attaqué l’assemblé nationale le plus inconfortable des dortoirs de la République bananière française.
Avant d’analyser plus en avant Jean Gaétan déclencha l’alerte, heureux de quitter enfin six mois de routine.
Les soldats de l’impossible furent prêts très vite ; à pied d’œuvre pour en découdre sous leur bel uniforme :
Chemise de combat UBAS (Under Body Armor Shirt traduction sous son body l’amour reste intact), elle se porte sous le gilet pare balles pour éviter de faire des trous dedans. Un pantalon de combat plein de poche pour être viril sans dévoiler sa virilité, en dessous un joli slip kaki à poche. Des vêtements donc pour dégainer rapidement les armes.
Les armes : carabine à lunettes pour les myopes ; fusil d’assauts famas ; revolver manurhin magnum (rien à voir avec le champagne) ; pistolet allemano autricho suisse de 9 mm (pour la discrétion) ; les grenades offensives, défensives, aveuglantes, assourdissantes, fumigènes, déchirantes, soufflantes, lacrymogènes mais toujours sans vitamines C et difficiles à digérer ; des gilets pare balles avec lesquelles on peut se retourner sans craintes au sujet des trous de balle.
Mais aucune des armes interdites, monstrueuses, abominables, atroces et horribles employées par les manifestants : slogans, banderoles, parapluies, masques, coupes et limes à ongles, masque, œufs et tomates pourries ; panneaux syndicaux ; gilets de sécurité routière ; doigts et bras d’honneur et surtout les dangereux cure dents.

Quand il arriva sur les lieus, avec un peu en retard car il n’avait pas réussi à prendre langue avec sa hiérarchie, le palais bourbon était déjà ceinturé par ses hommes armés jusqu’aux dents et plus haut.
Dans un coin un grand gaillard était en grande conversation avec un de ses chefs de groupe.
— Enfin monsieur, c’est vous qui avez déclenché les secours.
— Pas moi, le gardien, moi je ne suis que le secrétaire général.
— On s’en fout, il y a des terroristes qui ont envahi l’hémicycle combien sont ils ?
— Un seul, mais en réalité... ce n’est pas un homme.
— Je comprends, comment cette femme est elle entrée ?
— Ce n’est pas une femme, c’est un chien.
— Il armé ?
— Je ne sais pas, on va demander au gardien si le chien avait une mitraillette.
— On ne dit pas mitraillette, on dit pistolet mitrailleur.
— Vous savez moi les armes, je n’ai pas fait de service militaire.
— Moi non plus.
— Les gendarmes ne sont plus militaires ?
— Bien sûr, mais le service national n’existe plus en France depuis des lustres...
— Même pour les gendarmes ?
Ils arrivèrent dans le bureau guérite du gardien ou ‘salle de commandement’ en langue militaire.
— C’est vous qui avez déclenché le GIGN ? demande le secrétaire sans gêne qui ralle.
— Oui, monsieur.
— Pour un chien qui ne mord pas ?
— C’est marqué sur la fiche ‘en cas d’intrusion violente appeler le numéro 01.56.28.89.99’.
— Il était violent votre chien ?
— Ce n’est pas mon chien et je ne sais pas s’il est violent... c’est juste qu’il est rentré à toute vitesse et que je ne savais pas quoi faire, en vérité il s’est quand même introduit et j’ai regardé sur le dico en ligne, j’ai même noté ce que dit la dame rousse.
— La dame rousse ? s’étonna le gendarme.
— Il veut dire Larousse, je demande à mon personnel d’être policé.
— Policier comme moi ?
— Vous n’êtes pas policé, vous êtes gendarme !
— Trêve de billevesée, la rousse vous a dit quoi ?
— Je vous lit : Intrusion : ‘Fait de s'introduire de façon inopportune dans un groupe, un milieu, sans y être invité : Son intrusion dans l'assemblée causa une grande gêne’. Vous voyez, ça cause bien de l’assemblée...

Jean Gaétan reprit l’initiative, cette passe d’arme dialectique l’emmerdait.
— Je vais envoyer un maitre chien rechercher votre intrusion violente.
— Habillé comme vous, en pleine assemblé le jour du vote de la loi de finances où une majorité de député sont présents et ne dorment pas.
Le lieutenant colonel prit sa radio.
— D’autorité à tous, envoyez moi un maitre chien sans son chien.
— Sans son chien, mon colonel ?
— Fissa
— Sans son chien à quoi ça sert ?
— Perdez l’habitude de commenter mes ordres, lieutenant.
— J’ai besoin de précisions pour mieux exécuter vos ordres avec zèle et célérité, sinon à vos ordres !
— Connard...
— A vos ordres...
Trois minutes et quarante quatre secondes plus tard, un gendarme d’élite arriva, visiblement il lui manquait quelque chose.
— Ah, Hund, vous allez aller chercher un chien qui se balade au milieu de messieurs les élus du petit peuple mais avant vous allez vous mettre en civil.
— Mes fringues civils sont chez moi, mon colonel.
— Monsieur le secrétaire général, vous n’avez rien pour habiller l’adjudant Hund ?
— Vous êtes à l’assemblée nationale, ce n’est pas Taty ici.
— Vous voulez qu’on vous débarrasse de votre clebs oui ou non ?
Le secrétaire général se retourna vers le gardien.
— Appelez moi Gustavson, ça devrait aller.
Trois minutes et quarante quatre secondes plus tard, un Gustavson huissier à la chaine, arriva.
— Gustavson, vous avez vu le chien ? demanda le secrétaire général.
— Gustafsson, Monsieur.
— Vous avez vu le chien ?
— Oui, Monsieur, il se balade dans les travées.
— Il n’a mordu personne ?
— Pas encore...
— Vous allez le chercher ?
— Et s’il ne veut pas venir ?
— Devant votre bonne volonté dont je me souviendrai, nous allons envoyer un gendarme, ça n’a pas peur des bêtes un gendarme, déshabillez vous !
L’huissier le regarda, effrayé.
— Pardon ?
— Dessapez vous, c’est un ordre.
— Mais je ne vais pas rester tout nu, Monsieur le secrétaire général.
— Vous avez raison, donnez juste votre veste et votre chaine au gendarme, c’est chauffé ici...
L’échange se fit rapidement. L’huissier regarda l’adjudant enfiler la veste et le collier. La veste craqua.
— Hund enlevez votre gilet pare balles, le chien n’est pas armé. Le militaire rectifia sa tenue.
— Voilà, je suis prêt, j’y vais ?
— Enlevez votre casque et vos protège tibias et mettez le nœud papillon blanc.
— Et s’il me mord ?
— Qui ?
— Le chien...
— Vous êtes un soldat, vous ferez comme lui, vous serrerez les dents.
— Je devrais le mordre ?
— Les dents sont des armes comme les autres, et au niveau armement vous ne dépareillerez pas de vos camarades députés...
— A vos ordres
L’adjudant enchainé apparut sur l’écran de contrôle du gardien en réalité, il était invisible comme tous les larbins de la république. Visiblement il cherchait le chien, il monta en haut des travées, descendit, remonta. Il avait l’air perdu. Il revint devant son chef.
— Je suis désolé, ou il n’y a pas de chien ou alors...
Jean Gaétan du Clos de la pomme verte était ulcéré : Il ne passera jamais juteux chef celui là pas capable de trouver un chien dans une botte de député... Il allait le frapper comme il aimait prouver à ses hommes le dicton centriste ‘qui aime bien châtie bien’ quand Gustafsson intervint.
— Vous aller avoir du mal, tous les parlementaires sont presque là aujourd’hui, c’est le premier ministre qui engage la responsabilité du gouvernement, c’est chaud. Donnez moi une laisse, je vais vous le ramener votre chien de berger.
— Vous croyez y arriver, alors qu’un maitre chien d’élite du G.I.G.N, a échoué.
— Le chien a eu peur d’être mordu, rendez moi ma veste, mon nœud et ma queue de pie, je connais bien les visages des députés, je suis ici depuis plus de vingt ans.
Le chef gendarme haussa les épaules et se retourna vers le secrétaire général.
— Vous avez droit à combien comme pourcentage de perte à l’assemblée Nationale.
— Autant que dans la gendarmerie, je suppose !
— Tant que cela ? Comme ça, vous pouvez, comme moi, en sacrifier un de temps en temps.
— Allez y Gustavson, dans la discrétion et dans la dentelle.
— Gustafsson !
L’huissier fit passer son haussement d’épaule pour un tic nerveux et quitta le bureau guérite salle de commandement (PC).
Sur l’écran de contrôle, ils le virent apparaitre derrière le président sur son perchoir.
Gustafsson regardait l’assemblé, l’orateur était écouté attentivement par des paires d’yeux qui ne dormaient pas sur leurs deux oreilles. Sur le zoom de l’écran central sa bouche s’incurva dans un sourire de victoire : il avait repéré le chien. Après un circuit un peu compliqué il rejoignit l’animal.
Dans l’antre du gardien le suspense était à son comble on aurait entendu un député réfléchir. L’huissier se pencha vers le canidé. Il se releva, se retourna et se mit en marche. Le chien se mit à le suivre en remuant la queue. Dix minutes plus tard, l’homme et l’animal étaient dans le PC. Le gardien lui sourit, le maitre chien le caressa et Jean Gaétan du Clos de la pomme verte le méprisa comme il le faisait pour tous les êtres vivants plus intelligent que lui.
— Vous avez fait comment, Gustavson pour distinguer le chien au milieu de tous les regards attentifs des députés ?
— C’était le seul qui avait une lueur de compassion dans le regard, monsieur le Generalsekretär...
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MCV · il y a
Aaaaahhhh! C'est trop bien.
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Amicxjo · il y a
Sinon je profite: je ne reçois plus aucune notifications et vous mes chers abonnés???
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Amicxjo · il y a
je ne pensais pas pouvoir voter pour moi mais l'occasion fait le lardon (cochon qui s'en dédit) et puis tant pis pour mes chaussettes que mes chevilles vont faire éclater: JE M'AIME...

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