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Comment recueillir un enfant étoile

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Ella Della Mara

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Il était une fois, un monsieur excentrique d'une très grande douceur. C'était un homme maigre, au nez aquilin et à la posture légèrement voûtée. Ce grand solitaire aimait à passer la plupart de son temps dans sa tente, installée au milieu de son salon. Certes, je vous l'accorde, c'était un peu inhabituel, mais tellement plus confortable ! En tout cas, c'est ce qu'il pensait.

Ce grand monsieur sortait très peu. Il n'appréciait guère la compagnie de ses semblables, préférant de loin se retrancher dans sa tête où un monde bien à lui l'attendait. Pour tout vous dire, c'était un écrivain. Une personnalité très reconnue dans son domaine. Il écrivait pour les enfants. Des contes de fées, poèmes, nouvelles de toutes sortes et j'en passe.

Tous les matins, juste après avoir pris son « bacon and egg », monsieur Darlove écrivait une courte nouvelle ou un conte suivant la demande du journal. Cette tâche accomplie, il passait le reste de son temps dans sa tente à réfléchir à l'histoire suivante en sirotant son thé et en se mettant sous la dent d'incalculables minuscules biscuits aux amandes.

Les rares fois, où vous pouviez l'apercevoir, c'était en soirée, à une heure très tardive, quand les étoiles commencent à faire leur apparition. Généralement il était là, devant des vitrines de jouets illuminées, plongeant dans le monde imaginaire qui était le sien.

De temps à autre vous pouviez aussi le rencontrer au cinéma. Il aimait s'asseoir dans ces lieux sombres et feutrés. Il se glissait à l'intérieur comme on se glisserait dans une couverture toute douillette.

Il commençait à croire que cette petite vie sans surprises ni événements particuliers allait durer ainsi jusqu'à la fin de ses jours. Il avait pourtant bien tort. Car une nuit où l'insomnie l'assaillait sans trêve, il eut une drôle de visite.



C'était par une nuit de grande tempête, Monsieur Darlove s'était levé du lit, agacé par le sifflement du vent pour regarder consterné par la fenêtre de sa chambre. Il était onze heures. De monstrueuses ombres faites de branches et de feuillages dansaient au dessus des lampadaires jaunâtres. Cette féerie obscure faisait naître dans la tête de l'écrivain de drôles de personnages, monstres tordus formés par tout ce chaos de nature en désordre. Les rares passants emmitouflés jusqu'aux oreilles ne s'attardaient pas plus longtemps dans les rues. Ils marchaient au pas de course pour se mettre à l'abri bien au chaud chez eux. Au-dessus de leurs têtes, de gros nuages volcaniques faisaient la course eux aussi. De temps à autre, l'on apercevait un bout de ciel étoilé, juste un court instant. Très fugitif.

Monsieur Darlove las de regarder cet affligeant spectacle s'apprêta à rabattre le double rideau quand tout à coup un détail étrange lui titilla l'oeil. Un petit détail scintillant juste en-dessous de sa fenêtre. Il se pencha jusqu'à se tordre le cou contre la fenêtre, le nez littéralement collé à la vitre pour voir de quoi il s'agissait.

Oh ! Un petit bambin tout à fait fascinant. Là ! En contrebas, juste à un pas de sa porte tremblant de froid. Il n'était pas bien couvert. L'on avait l'impression qu'il s'était échappé d'un cirque où il y aurait eu une bagarre. Son pauvre habit n'avait plus rien d'attirant. Le lampadaire jaunâtre près duquel l'enfant s'était mis à l'abri éclairait ce qui subsistait des belles paillettes d'or qui recouvraient sans nul doute sa longue veste quelques minutes auparavant. Ses cheveux d'or dégoulinaient autour de son visage. Il crut apercevoir quelques taches de rousseurs aux pommettes. Comme des petites étoiles piquetées dans sa peau. Mais il n'en était pas du tout sûr. Car de sa hauteur et avec toute cette pluie qui martelait son carreau il était très probable que tout cela n'était que le reflet de l'imagination débridée de Mr Darlove renforcé par le mauvais temps qui lui faisait du trompe l’œil.

Monsieur Darlove se dit que quelqu'un allait venir le prendre d'une seconde à l'autre, mais un quart d'heure après, le garçon était toujours là de plus en plus frigorifié.

Mais là, il n'y tint plus. Il devait absolument aider cet enfant. Cette situation lui était tout à fait insupportable. Même s'il était méfiant il n'était pas sans cœur ! Il décida de descendre pour inviter l'enfant à le rejoindre au chaud en attendant que cette tempête passe.

En bas, en marchant vers la porte d'entrée notre cher écrivain remarqua que le clignotement des ampoules se faisait de plus en plus espacé. Mon Dieu ! pensa t-il, je ne vais plus avoir d'électricité ! Il ne manquait plus que ça ! Il eut bien raison, car juste après qu'il se fit cette réflexion, tout fut plongé dans le noir.

Farfouillant fébrilement dans sa poche, il tira une mini lampe torche qu'il alluma pour trouver la poignée et ouvrir la porte. Il passa sa tête dehors pour voir si le garçon était toujours là.

Non seulement il était là, mais en plus, en fort charmante compagnie. Un chat tout blanc et touffu était en train de se frotter à ses jambes en inondant l'enfant de ses ronrons.

Monsieur Darlove l'interpella :

— Hé, p'tit bonhomme ! Es-tu perdu ?

L'enfant, surpris, se tourna vers son interlocuteur. Il avait les yeux aussi noirs que la nuit et aussi remplis d'étoiles qu'une galaxie de planètes. Il acquiesça faisant étinceler ses cheveux d'or à la lumière du lampadaire.

L'écrivain eut un moment de stupeur. De près, l'enfant paraissait encore plus surprenant que de sa fenêtre. Il avait en effet vu juste. L'enfant était un monde à lui tout seul. Quel miracle !

— Viens, n'aie crainte. Viens te mettre à l'abri jusqu'à ce que la tempête se calme. On va voir ce que l'on peut faire pour t'aider.

Le drôle de garçon ne dit mot, se contentant juste d'entrer. L'écrivain très intentionné l'éclaira tout le long du couloir vers son salon où une superbe cheminée en émaux crépitait, propageant dans la pièce les douces ombres d'un feu dansant.

Après l'avoir bien séché et enveloppé dans une grosse couverture en laine multicolore, l'écrivain le fit asseoir dans un gros fauteuil près du feu. Puis, il amena du chocolat bien chaud et des biscuits aux amandes qu'il déposa près du garçon, s'asseyant à son tour, juste en face du petit inconnu. L'enfant était très intimidé et osait à peine regarder Monsieur Darlove. Il s'était blotti en boule dans le creux du fauteuil resserrant plus fort la couverture entre ses petits doigts crispés. Quand l'écrivain lui demanda d'où il venait et quel était son nom, l'enfant, de plus en plus effrayé se renferma comme une huitre se cloitrant dans un mutisme hors norme.

Alors pour le détendre, l'écrivain commença à lui raconter une histoire de sa composition. L'histoire de « l'horloge qui tournait à l'envers ». Le jeune inconnu pris dans les filaments de l'histoire se détendit de plus en plus. À la troisième histoire, l'enfant était gaiement en train de tremper ses petits gâteaux aux amandes dans le chocolat fumant. À la quatrième histoire, la langue de l'enfant se délia. Il s'esclaffait aux passages drôles et faisait ses petits commentaires aux endroits énigmatiques. À cet instant, il était heureux. Ses yeux étaient comme illuminés par des milliers d'étoiles. Il ne pensait plus à ses problèmes ni au monsieur qu'il connaissait depuis peu. Mais ce qui était certain, c'est que le petit garçon l'appréciait bien.

Alors Monsieur Darlove en profita pour poser à nouveau ses questions. Cette fois si l'enfant y répondit sans aucune crainte.

Il s'appelait Asco et vivait... euh... eh bien très en hauteur, juste au dessus de nos têtes.

L'écrivain demanda :

— Dans un aéronef ?

— Non non ! répondit l'enfant, froissé par cette suggestion. Là-Haut ! Au milieu des étoiles ! ajouta t'il en pointant son petit doigt au plafond.

Une personne ordinaire aurait interrompu l'enfant pour lui faire avouer la réalité, mais l'écrivain n'était pas de ces gens là. Monsieur Darlove complètement pris par l'incroyable discours de ce garçon, lui souriait, fasciné de découvrir ce petit être si spécial et merveilleux comme sorti d'une de ses propres histoires. C'était un petit prince tombé du ciel ! Littéralement !

— Dis-moi charmant enfant, pourquoi es-tu tombé du ciel ? Qu'est ce qui s'est passé exactement ?

— Je n'en sais trop rien moi, je ne voyais plus mes parents. D'habitude ils étaient de chaque coté de ma personne. C'est pour cela que j'étais descendu, pour essayer de voir de plus bas, pour pouvoir voir le ciel.

— Mon pauvre garçon... Je suppose que l'orage t'a déstabilisé et tu t'es retrouvé dans cet état.

— J'aurai dû être plus prudent. Il y avait trop de vent. Je m'étais positionné sur un des gros nuages sombres tout bourdonnant. C'est là que le vent m'a cueilli pour me faire valdinguer avec les branches mortes dans la direction de votre maison.

— Tu as dû vraiment avoir peur.

L'enfant hocha vivement la tête. Puis, comme pincé par une pensée parasite il demanda :

— Monsieur ?

— Oui mon enfant.

— Pourquoi les êtres humains sont aussi froids que cette tempête qui m'a fait chaviré ? Mes parents me disent pourtant que les humains ont souvent les yeux plongés dans les étoiles et qu'ils disent de bien belles choses en les regardant. Pourquoi alors sont ils si froids dans les rues ? Ils ne m'ont rien dit de beau, eux ! Pourtant... moi aussi je suis une étoile !

— Sans doute parce qu'il fait froid dehors. Vois-tu, si tu les réchauffes un peu, ils redeviennent très vite lumineux et joyeux, un peu comme toi. Il a suffi que tu te sentes bien entouré pour te sentir joyeux.

— Mais alors ils sont malheureux ?

— Certains oui,...d'autres ce sont les tracas de la vie quotidienne qui les rendent aussi insensibles. Les gens d'ici-bas ont tendance à s'enfermer dans leurs petites boîtes pour se noyer dans leurs angoisses et problèmes de tous les jours.

— Mais c'est affreux !

— Oui mon enfant, c'est certain. Je pense que c'est l'un des plus grands fléaux qui est en train de ronger l'âme humaine.

— Mais que peut on faire ?

— Écrire des histoires... C'est comme du miel dans lequel l'on noie la pilule amère de la vie... pour un temps.

— Mais le malheur finit toujours par revenir n'est ce pas ?

— C'est bien le plus grand drame de ce monde en effet. Mais tu sais, le tout c'est de le détourner en sa faveur. Si tu fait cela tout t'apparaîtra du bon coté.

— Comment ça ?

— Eh bien voyons... hmmm... C'est un peu comme si la vie te testait en t'envoyant à chaque instant des obstacles que tu dois impérativement éviter. C'est comme des échelons qui montent de plus en plus haut. Si tu as peur et que tu t'arrêtes, tu resteras sur place et ne progresseras plus. Par contre, si tu as assez de courage, tu pourras apprendre beaucoup de choses de la vie et ainsi avancer dans tes projets. Disons que c'est comme un jeu de serpents à taille humaine.

Maintenant que tout était dit, l'enfant le regardait souriant, la bouche encore barbouillée de chocolat. La pluie s'était arrêtée et l'orage ne grondait plus. Monsieur Darlove se leva du siège pour voir à la fenêtre. Plus de nuages. Au dessus de ses yeux, se découpait dorénavant un ciel étoilé.

Une cloche retentit. Quelqu'un était à leur porte. Monsieur Darlove se tourna vers l'enfant :

— À une heure si tardive ?! Qui ça peut bien être ?

L'enfant haussa les épaules et reprit un autre petit gâteau.

Les trois coups de cloche retentirent de nouveau.

— J'arrive, j'arrive ! s'éleva la voix de l'écrivain dans le couloir.

Arrivé à la porte, il tourna la clef dans la serrure et ouvrit. Devant lui, se dressait un homme qui faisait le double de sa taille, chapeauté d'un large haut de forme capitonné de velours d'or et recouvert d'une longue pelisse blanche. Des yeux d'or liquide et une longue barbe pailletée dépassant de son écharpe de soie, donna l'impression à Darlove que ce monsieur ne pouvait qu'être le fruit de son imagination, tellement c'était irréel.

— Bien le bonsoir monsieur. Je viens rechercher Asco. Je ne vous remercierai jamais assez pour votre bonté.

— Mais enfin comment l'avez vous deviné ?

— De votre fenêtre, j'ai pu apercevoir une lumière aveuglante. Il devait bien s'amuser !

— Comment ça ? Une lumière ?

— Enfin monsieur, mon fils ne vous a donc rien dit. C'est une étoile ! Plus une étoile est heureuse et plus elle scintille. C'est ainsi que j'ai pu le retrouver. Merci encore mille fois !

Monsieur Darlove avait l'air un peu perdu. Etait ce vraiment son père ? En réfléchissant si intensément, il ne s'était pas rendu compte que le petit garçon était arrivé juste derrière lui. Un cri de surprise de la part d'Asco le fit se retourner.

— Papaaaaaaa ! Tu es venu me chercher ! Oh j'ai eu si peur, si tu savais ! Mais heureusement que monsieur Darlove était là !

Le petit s'était jeté dans les bras de son père entourant de ses petits bras l'imposant buste recouvert de fourrure duveteuse.

Le père d'Asco fixait intensément l'écrivain tout en caressant la douce chevelure de son garçon. Il semblait réfléchir.

Monsieur Darlove mal à l'aise, se triturait les mains ne sachant que faire. Il finit par proposer à court d'arguments :

— Voulez-vous rentrer vous réchauffer prendre quelque chose à boire ?

L'homme eut un large sourire. Du regard, il consulta son fils qui hocha la tête. Ce mystérieux échange fini, le père prit la parole :

— C'est tout à fait charmant de votre part ! Je sacrifierai volontiers un peu de mon temps pour être en votre compagnie à condition que ce soit vous qui acceptiez mon invitation. Après tout, je vous dois beaucoup pour avoir aussi bien pris soin de mon fils. Qu'en pensez vous ?

— Ma foi... Pourquoi pas ! dit Darlove

— À la bonne heure ! Venez ! dit l'homme en se détournant déjà de la porte pour s'avancer dans la rue avec son fils.

— Attendez ! Pas comme ça ! Je dois au moins prendre quelque chose pour me couvrir !

L'homme se retourna, semblant surpris. Mais il se ressaisit bien vite en exhibant un large sourire.

— Toutes mes excuses monsieur Darlove ! Bien sûr ! On vous attend. Mais ne tardez pas trop car les nuages nous recouvrirons d'ici deux minutes et quarante-sept secondes très précisément... faute de quoi, il nous sera difficile de prendre le chemin le plus court vers notre destination, je le crains fort ! dit l'homme après avoir sorti sa montre à gousset.

Mr Darlove hocha vivement là tête ne manquant pas de remarquer le merveilleux objet que le père d'Asco tenait là. Une montre à gousset faite dans le cristal le plus fin et le plus pur dans lequel se mouvaient en volutes hypnotiques des milliards de petits points lumineux. L'on avait vraiment l'impression d'observer une galaxie d'étoiles.

Quelles personnalités fascinantes il avait là devant lui ! Pas une seule seconde l'on pourrait s'imaginer que ces gens là n'étaient que des charlatans qui lui avaient fait cette drôle de farce pour l'attirer dans leur piège. Non c'était bien trop gros ! Bien trop impossible ! Ils se dégageait d'eux une aura tellement spéciale et mystérieuse que cela ne pouvait tenir que de l'enchantement, du merveilleux. Il était donc plus qu'évident à Mr Darlove que ces gens étaient véritablement des sortes d'étoiles venues d'ailleurs. Et cet ailleurs, il voulait le découvrir ! Depuis le temps qu'il attendait ça ! Que quelque chose d'exceptionnel se passe dans sa vie. Ce jour était venu !

Après avoir enfilé en toute hâte son Overcoat et son haut de forme, il sortit en tournant la clef dans la serrure, sécurisant bien l'appartement. Puis il mit la clef dans l'une des poches de son manteau et rejoignit le père et l'enfant. La rue était vide et sans aucun bruit. Seuls les grésillements des flammes contre la vitre des lampadaires faisaient office de chants de Noël.

Ils marchèrent le long de l'allée bordée d'arbres fantomatiques dont les éclairages propageaient leurs ombres. Asco sautillait aux côtés de son père lui narrant joyeusement son séjour chez Mr Darlove. Le père l'écoutait avec attention et de temps à autre quand les propos de son enfant l'amusait, il lançait un coup œil plein de tendresse dans la direction de Mr Darlove qui lui aussi n'était pas insensible a l'élocution de ce petit être.

Quand ils arrivèrent au bout de la longue rue, Asco s'approcha de l'écrivain.

— Il faut que vous me preniez la main Mr Darlove. dit il avec un sourire poli. Mon papa va vous prendre par l'autre main. Pour que vous ne tombiez pas, vous comprenez, expliqua l'enfant en tendant la main vers Darlove.

— Comment ? Mais enfin, mon cher enfant, je sais marcher.

— Il ne s'agit pas de marcher ici monsieur Darlove, dit l'enfant imperturbable, la main toujours tendue vers l'homme.

— Mon fils a raison, vous devez nous donner la main car j'ai de très sérieuses raisons, de croire que vous n'avez encore jamais effectué de voyages chez nous.

— En effet, dit l'écrivain un peu incertain.

— N'ayez pas peur. Vous pouvez vraiment nous faire confiance. Tout ce que vous avez à faire, c'est de nous donner la main, répliqua l'homme en tendant à son tour la paume de sa main vers leur invité.

— Bien, si vous le dites...

Il mit ses mains dans les deux paumes tendues dans sa direction.

— Et surtout ! Tenez vous bien à nous. Ne lâchez sous aucun prétexte.

Darlove hocha la tête. Il se demandait s'il n'aurait pas mieux valu refuser l'invitation... Mais de tout évidence, rebrousser chemin n'était plus à envisager. Il sentit que les étreintes des mains se resserraient alors que la gravitation terrestre se faisait de plus en plus faible. Ses pieds étaient littéralement en train de se soulever du sol. Il décollait du sol, comme un ballon gonflé d'hélium. Il s'élevait de plus en plus haut, encadré par le père et le fils qui, au fur et à mesure de leur ascension, devinrent de plus en plus lumineux. L'écrivain regarda pour la seconde fois. Il était maintenant à plusieurs centaines de mètres du sol ! Il ne voyait plus que de minuscules guirlandes de lumières parcourir en serpentins des milliers d'hectares de terres se confondant avec le néant. Bientôt, il fut tellement haut que si une personne avait pu, par hasard, le suivre des yeux, elle l'aurait depuis longtemps perdu de vue. Car dorénavant, il se confondait avec les autres étoiles.

***

Plusieurs années passèrent sans que l'on ne vit réapparaître Mr Darlove. Tout le monde pourtant pensait qu'il était toujours dans son appartement se terrant du regard des autres comme à son habitude. Pourtant, ils se trompaient. Car l'écrivain ne revint jamais à son appartement. Moi même, j'ignore pourquoi. Voyez-vous, je pensais tout connaitre sur mes personnages et leurs fait et gestes, pourtant j'ignorais cela. Comme quoi, il y a parfois des choses inexpliquées qui arrivent, même dans les contes. Les personnages se rebellent contre leurs créateurs. Les situations glissent entre nos doigts comme des anguilles et les cieux nous restent impénétrables !

Par contre, je sais une chose. Je sais qu'il est redescendu un an après être parti avec Asco et son père. Il s'est installé à quelques pas de son ancien appartement, près d'une boulangerie qui est la seule à faire de succulents petits pains à la guimauve. Je le sais, car j'étais entrée dans cette boulangerie pour demander des renseignements à propos de mon personnage. J'en ressortis croulant sous ces fameux petits pains mais par contre sans aucun renseignement sur Mr Darlove. C'est seulement en pénétrant dans un charmant cottage qui faisait salon littéraire, juste à deux pas de la boulangerie, que je découvris où se cachait mon personnage. Car il se terrait bien là: dans cette surprenante boutique dans laquelle chaque parcelle de murs était recouverte de minuscules petites étoiles taillées dans des cristaux aux reflets azurs.

Quand je passai le seuil, il me reconnut tout de suite. J'en avais perdu ma mâchoire inférieure. Non mais vraiment, comment se fait il qu'un personnage bien à nous, inventé dans notre propre tête, puisse nous connaitre, pouvez vous me l'expliquer ?

Il m'avait emmenée à une petite table pour me servir du thé avec ses éternels petits gâteaux aux amandes tout en m'expliquant la situation. Et apparemment, il m'avait connue depuis le jour où il avait pris de la hauteur, si vous voyez ce que je veux dire. Il m'avait prédit que de là haut, l'on voyait bien plus de choses que ce que l'on pouvait voir d'ici. C'était donc ainsi qu'il avait découvert mon existence. J'avoue que j'ignorais que les étoiles pouvaient fournir ce genre d'informations. Après tout, ce genre de choses doit rester très confidentiel. Hum... Bizarre de chez Bizarre ! C'est ainsi que mon cher Darlove avait pris l'initiative de s'émanciper un peu. En somme de disparaitre de mes écrans radar !

Aujourd'hui, il s'est installé comme libraire sous le faux nom de Mr Anderson. Apparemment, c'est le jeune Asco qui avait eu l'idée, de lui offrir cette boutique. Et comme vous pouvez vous en douter, un cadeau de la part d'une étoile n'est jamais un cadeau quelconque. En effet, sa boutique a quelque chose de plutôt exceptionnel. Ou plus exactement, un rayon de livres un peu spécial. Les livres de ce rayon s'appellent des Livres-Portifoïdes. C'est à dire des livres dans lesquels nous pouvons pénétrer. Comment ? Oh et bien c'est très simple, il vous suffit d'approcher l'un de vos doigts vers l'une des pages de votre choix et hop ! À partir de votre doigt, il vous gobe tout entier ! Génial non !?! Et quand vous voulez en ressortir, il vous suffit juste d'y penser très fort et hop le livre vous recrache ! Oui vous l'avez parfaitement lu, il vous re-crache ! C'est bien pour cette raison qu'il y avait des sols matelassés sous les rayonnages WAz 2000 dx. Par contre, un détail à ne pas négliger, c'est le livre qui vous choisit et non vous. Ah, pour le coup, ce n'est plus très amusant, n'est ce pas ?

Encore une dernière chose. En ce moment, il a de vrais soucis avec ce rayonnage ! Car voyez vous, tous les clients qui jusque là, avaient pénétré un livre, ressortaient quand ils le voulaient, mais certains restaient plus longtemps qu'il ne le fallait... ce qui dans ce dernier cas, posait pas mal de problèmes, puisque les familles commençaient à se poser des questions et à venir faire du scandale dans la boutique clamant qu'il se tramait ici des choses bizarres.

Mais cela n'est rien par rapport aux problèmes plus récents. Car, en effet, les gens absorbés par les livres ne reviennent plus. Plus personne. Quand à la page qui les avait absorbés, elle devenait vierge. Comme si rien n'avait jamais était inscrit avant. Ça fait froid dans le dos !

J'espère néanmoins avoir encore des nouvelles de Mr Darlove et de ce mal étrange dans lequel son commerce est plongé. J'espère vraiment le suivre encore un temps et élucider cette affaire avec lui avant qu'il ne se décide à s'émanciper définitivement !

PRIX

Image de Hiver 2019
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Samia.mbodong · il y a
C’est votre texte fantastique qui me happe.
Je suis restée scotchée avec votre écriture agréable à suivre.
Votre imagination est telle que je pourrais entrer sans problème dans vos Livres-Portifoïdes.
J’ai apprécié.
 
Bravo c’est une magnifique histoire très sympa merci à vous.
 
Samia

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Keith Simmonds · il y a
Une œuvre bien écrite, passionnante et qui nous laisse sur notre faim ! Mes voix ! Une invitation à découvrir “Le Vortex” qui est en FINALE pour la Matinale en Cavale 2019, et vous ne serez pas déçu ! Merci d’avance et bon week-end! https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/le-vortex-1
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Keita L'optimiste · il y a
Votre oeuvre est l'une des plus rares et bonnes oeuvres dans cette compétition,pour ce faire,je vous offre toutes mes voix.veuillez découvrir la mienne sur https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/apparait-maintenant je compte entièrement sur vos voix. Merci d'avance.
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Lyriciste Nwar · il y a
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JACB · il y a
J'ai mis le doigt dans le texte, y suis restée longtemps (13mn) et il ne m'a pas recrachée. C'est une délicieuse histoire et le destin de monsieur Darlove mérite qu'on s'y attarde. Attendons la suite ?*****
Ma cavale est en bleu et jaune mais il me tiendrait à coeur d'avoir votre soutien pour:
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-femme-est-l-avenir-de-l-homme#
Merci Ella et bonne chance à vous.

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Jusyfa · il y a
Bonsoir Ella, je découvre avec plaisir, une nouvelle de qualité portée par une plume, elle aussi de qualité. Je vous souhaite bonne chance pour ce prix. Bravo,mon soutien et mon vote +5*****
Julien.
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/pour-un-dernier-sourire
Si ce n'est pas encore fait, ce texte est en finale, merci de bien vouloir le soutenir.

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AKM · il y a
Bravo et bonne chance
Je vous invite à lire ma nouvelle et à apporter vos critiques :
« ...- Il m’a embrassé par surprise, je me suis laissée faire comme pour voir jusqu’où il voulait aller, il m’a déshabillé mais avant que le pire ne se produise je me suis sauvée.
Au fur et à mesure qu’elle me décrivait la scène, une peur grandissait en moi, la peur de l’entendre sortir les mots : « J’ai couché avec un autre homme », et à la fin elle laissa bientôt place à des suspicions... »
https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/les-mots-du-coeur-1
Merci

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La Plume · il y a
Très joli !! J'aime beaucoup. Un conte pour tous les âges...
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MESSOMO · il y a
interresant
je suis tres emu

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Eddy Bonin · il y a
Je lis rarement de nouvelles pour enfant, mais celle-ci m'a convaincue. Merci. Toutes mes voix, du coup :)
N'hésitez pas à en faire de même si, seulement, ma nouvelle vous plait :) Un voyage au Japon en 3 minutes chrono : https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/une-main-tendue-4

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