5
min

Comment Amir

Image de Niama

Niama

5 lectures

1

Comment, Amir? Comment on est-on arrivés là?

Ta famille a emmenagé non loin de chez de ce domicile de Cartierville auquel nous avions grandis. Somme toute faite, j'ai grandi un peu plus en quartier-là que toi certes (rires) .

Par ta gentillesse, ton sens de familiarité et un peu en raison aussi du fait que tu vivais dans ce qui fût longtemps le foyer de ma tante et ses enfants, je t'appréciais comme un frère - cela est un peu bizzare à poser ce détail tel qu'il se présente mais bon assez parlé de mes penchants excentriques - bref... comment exprimer de manière constructive ce que j'ai récemment sur le coeur depuis à peine neuf minutes sans avoir à m'auto-flageller verbalement, pulvériser quelques murs, tenter d'arracher le premier poteau de parc venu, ou simplement ne PAS m'apitoyer sur ma petite personne simplement... pour... ne pas avoir à assimiler ÇA. Ne pas avoir à assumer ÇA...avoir envie de me coucher et de me dire le lendemain que tu te rends à je-ne-sais quel parti de foot auprès de ton petit frère au parc Mesy, à continuer ton train quotidien, à manger ton pain quotidien, à respirer encore et encore - à propos, comment va la famille? Et le jeunôt, ah qu'il est adorable!
Je ne sais pas, ne pourrait t-on pas recommencer l'hier, lorsque nous en étions rendus à nous ignorer? À nous éviter? À se forcer l'un envers l'autre tous ces muscles de nos machoires lors des rares cas où l'on se croisait dans la rue em pittoresque souvenir de nos moments fraternels? Serait-ce trop demandé : en revenir à ce《 on en est rendus là 》à nouveau?
Comment ça, Amir? Comment?

Et TOI, chacal. TOI, ô embaumeur qui rôde dans les méandres du voisinage, telle une vieille arachnide tissant son usure dans une pièce esseulée, pourquoi lui? Deux fois j'ai hûmé ton haleine nauséabonde, deux fois tu faûchas de ta mélancolique prophétie, deux fois le dos tourné... et puis il eût cette nuit. Cet hier. Il devait être trois heures du matin lorsque cet éclair d'un blanc bleuâtre éclaira la fenêtre de ma chambre, que cet écho lointain du sud murmura avec fracas la pénombre lavaloise. J'étais pourtant content! : ma soeur revenait d'un court voyage en santé, nul ami ne connût de connaissance une dangereuse buverie. Et pourtant, mon âme ne ressentait plus cette si savoureuse paix que nous procure la somnolence prometteuse : la Canicule Vengeresse entonnée par nos patriarches et matriarches des âges d'antan rugissait à l'agonie, alors dans la brume de l'épuisement une mélopée subliminale s'écrie《 diable! Quelle tragédie aura ravie à la Lionne Lointaine ses petits? Qui sera le prochain à rejoindre la vallée ombrageuse des hommes sans peur? 》
Comment Amir? Comment?

Je me lève tard, en plein midi. Un vide auquel je ne peux m'expliquer voile mes sens. C'était un vide à la fois familier et inconnu : comme lorsqu'on croit se réveiller du plus merveilleux des songes sans être incapable de se rappeler son contenu, ni la hantise vicieuse qu'il vous ait véritablement submergé. Deux heures plus tard, je prends ma douche et emballe le peu d'affaires que je possède, sommé de rendre visite à ma mère.
Ce fût alors que je la vis, virevoltant furieusement dans ma chambre. Une grosse guêpe bien élancée, la seconde travailleuse du miel à vouloir ardamment me piquer en dix jours, depuis jamais.
Étais-ce parce que j'étais encore enivré par cette brumeuse confusion? Étais-ce en raison de son audace? Ou étais-ce simplement en raison encore une fois de cet échantillon d'eau-de-toilette auquel je venais tout juste de m'essayer?
Il importe que, choqué par son avancée, ma volonté fléchit pour l'une des rarissimes fois façe à une membre de son espèce - et pour tout vous dire, j'ai déjà heurté à de multiples reprises ces nobles créatures, reçue l'une d'entre elles en plein sur mon oeil et jamais, au grand JAMAIS n'ont-elles démontrée la moindre impatience à mon égard jusqu'alors alors soyez indulgents tout comme un sage le serait envers le néophyte - et je m'accourus en-dehors en garçonnet froussard et éploré, si ébranlé que la pris pour une moustique, quémandant la sollicitation de ma soeur par le peu de langage qu'il serait permit à tout homme s'évertuant à faire voeu de silence depuis dix jours, d'exprimer. Mais en vain, du moins jusqu'au moment où la laborieuse fit précipitamment son envol au salon. Agaçée, elle se mit d'abord à tenter de chasser la fausse moustique de fenêtre en fenêtre, peu de temps avant qu'elle ne retourne dans ma chambre. Reprenant mon sang-froid, j'attendis le moment propice avant de fermer rapidement la fenêtre.
Piégée entre vitrine et moustiquaire, ma soeur alors incapable de trouver la moindre faille ayant pûe permettre à un si gros insecte de se faufiler à domicile, tenta d'abord de trouver le moyen d'entrouvir la vitrine sans moustiquaire d'à côté en sorte de pouvoir la faire délivrer de sa misère sans risquer qu'elle se fasse piquer par un dard qui pourrait s'avérer pour elle mortelle. Alors, elle me héla puis me somma de l'entrouvrir : j'ai échoué. Nous nous résigneâmes tous deux à la laisser périr. Un mauvais préssentiment m'assailit les nerfs, me rappelant ce que ma mère m'enseigna sur cette race de laborieuses protectrices, sur des vieilles histoires de famille remontant à Katako-Kombé : celles de rois anciens, de colères d'outre-tombe, puis d'abeilles. Dans mon silence impuissant, je me retapais en boucle ces paroles lugubres attribuées à un empereur romain dans un de ces péplums populaires qu'il m'arrive de visionner une Pâque par an, qui disaient 《 dis-moi ce qui se bourdonne, petite abeille : ou tu m'en verras obligé d'arracher jolies ailes [...] 》.
Comment Amir? Comment avoir sût?

Une terreur paranoïde tonna en mes entrailles. Le moindre automobile se refusant de démarrer me paraissait susceptible d'exploser. La moindre virée en route était un risque contigü de tamponnade. Le moindre arbruste à l'entrée d'un pont me paraissait à deux doigts de faire fleurir spontanément d'étranges fruits. Le moindre courant d'eau semblait me tendre leurs bras de mariée. Je frottais nerveusement l'ankh autour de mon cou comme entendant l'aboiement de coyotes ayant festoyés sur leurs proies..
Arrivé chez ma mère encore endeuillée par la perte de sa bien-aimée tante et où j'appris la mort récente d'un de ses voisins, je rompis mon voeu afin de pouvoir la faire part de mes angoisses, mes préssentiments funestes de ces derniers mois, la mésaventure de la guêpe, ce qu'elle m'évoqua... elle tenta d'abord de me rassurer en me disant qu'il en est rien, jusqu'au moment où ma tante lui téléphone, affolée. Quelqu'un était entré dans le domicile de mon frère et sa fiancée, laissant pour seules preuves de son passage une maison saturée d'humidité et une trace de main sur une fenêtre prêt de la toiture. J'en étais soulagé.
Comment Amir? Comment?

Ma mère et moi passâmes la soirée à discuter de tout et de rien. L'un de mes frères, nihiliste et narccisique à souhait, nous reprocha de ne parler que de《 fantômes 》. Je pouvais comprendre son attitude tendu même s'il ne l'admettait pas lui-même : il venait après tout de s'épurer de son existence de multiples cercles d'amis tout juste après que l'une d'entre elles manqua de faire asphysier notre mère à la santé ambivalente.

La nuit tomba. Je me sentais enfin prêt à tirer une coche à tous ces signes lorsqu'un trait du pouce sur mon téléphone, je l'appris.
Un accident de voiture. Une lumière éteinte. Lar fin prématurée d'une si jeune et brillante vie.
(Ricanements) Le téléphone. 《 parole portée à distance 》en langue hellène. Tu vivais à cent pas de ma mère et il aura fallût que je l'apprenne comme on porte nouvelle à un étranger.

Car voici comment je t'ai traité Amir : en étranger.

Je me sens incapable de t'honorer posthumement comme le doit la convenance car de mémoire je ne garde de toi que des lanières mnémotiques comme d'une vie antérieure.
Je ne peux parler de tes vertus ou de ton sens du savoir-vivre car différents chemins avions-nous emprunté.
Je ne peux même me laisser m'effronder sur ton sort cruel : car ni de frères ni d'amis ne tient lieu.
Je ne saurais être cet ami si amitié même eût : car je t'ai trahi ici-bas. Je t'ai laissé tomber, rejeté, excommunié car en vérité voici fût exactement mon tout dernier geste à ton encontre. Et je me sens toujours sans regret.

Ah, comment! Comment cela se fait-il
que les meilleurs d'entre nous doivent nous quitter si tôt? Nos destins demeureront-ils jusqu'à la dernière nuit des Hommes
De vivre le long de nos heures en mortels bénis
Comme d'expérimenter la quintessence de chacun de nos moments les plus chéris en immortels de douleur?

Je n'implore pas ta miséricorde. Ni ta comprénhension. Ni même l'impossible... seulement que tu puisses trouver la Paix par-delà les étoiles de nos illustres prédesseceurs, et baigner dans la Bienvaillance sans fin, briller comme il se doit, marquer de ta plume sagace les consciences des braves... vivre.
1

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lisez la charte !

Pour poster des commentaires,