Coeur Patraque

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L'écriture une passion, qui me dévore tel un poison. Bien qu’Etudiante en médecine, J’ai toujours aimé écrire sur moi, sur les autres, sur tout. J’adore inventer et rêver. Alors êtes  [+]

Chaque matin, je me levais ivre d’espoir qu’il me remarque. Hélas, mes rêves et mes efforts en ce sens, n’étaient couronnés que d’insuccès. Eddy, n’avait jamais prêté attention à moi. Toute cette année scolaire, j’avais tout fait pour me rapprocher de lui. Je m’étais arrangée pour qu’il soit mon binôme pour le projet de Chimie, je m’étais mise au basket pour assister aux entrainements en même temps que lui ; j’avais même imploré le principal pour avoir mon casier près du sien. Bien-sûr, il l’avait autorisé parce que j’étais la meilleure élève du lycée. Je m’étais aussi abonnée à tous ses comptes sur les réseaux sociaux. Il avait machinalement accepté mes demandes sans pour autant me connaitre, comme le font toutes ces célébrités sur ces différents sites populaires.
Un jour, je m’étais connectée sur un de ses profils et avait vu cette note : « Ah ! Qu’est-ce que j’aime les filles brunes ! Elles sont “canons “. » Directement, je me suis dirigée vers le miroir de ma chambre pour m’observer. J’espérais de toutes mes forces, voir une autre image de moi sur la glace. Malheureusement, j’étais toujours aussi blonde. A la manière dont je me scrutais, on aurait dit que je n’avais pas vu un miroir de toute ma vie. A 17 ans, je n’avais presque pas de complexes, je me trouvais jolie. Du haut de mes 1m60, j’appréciais les galbes plutôt généreux de mon corps, ainsi que mes yeux vert émeraude en parfaite harmonie avec mon teint mate. Ma chevelure était sur le point de gâcher tout ce beau décor. J’avais l’impression que l’univers m’envoyait un message. Une multitude d’interrogations hantaient mon esprit : « Est-ce que si je teignais mes cheveux j’aurais plus de chance auprès d’Eddy ? » « Passerait-on d’un bonjour forcé par la politesse à un bonjour amical et pourquoi pas à une relation amoureuse ? » Je devais arrêter de réfléchir et agir. Je n’avais plus que 3 semaines pour le conquérir avant la fin des cours prévue le jeudi 28 mai.
Illico presto, je fouillai mes tiroirs et tombai sur une boite de teinture, que j’avais antérieurement utilisée sur les cheveux de mon amie Yvana. Le flacon du produit entre les mains, je n’étais plus aussi sûre de mon choix. Tout compte fait, je ne serais pas la seule fille brune de ma promotion. Je n’avais rien à perdre. Je passai à l’action rassérénée par cette perspective. Le résultat fut plaisant. Je me reposai ainsi, joyeuse et satisfaite de mon nouveau “look “.

Lundi 11 mai
Le lendemain, je me réveillai de bonheur. Je m’apprêtais en me penchant minutieusement sur l’aspect de ma coiffure. Mes parents ne voyaient aucun inconvénient à ce changement inopiné. Ils en rirent même. Pour eux, tant que je ne faisais pas de tatouages, ce ne serait pas bien grave.
En franchissant les portes du “bahut“, je me sentais plus enivrante qu’une déesse. Je rencontrai Yvana dans un des couloirs. Elle était stupéfaite par ma métamorphose, néanmoins, ravie de la similitude actuelle de la couleur de nos cheveux. Par contre, elle n’approuvait pas que l’élément déclencheur de cette métamorphose fût Eddy. Elle me le reprocha vertement, en m’exhortant comme d’habitude à avouer tous mes sentiments à mon “crush“(amoureux). Je lui répétais : « J’aimerais d’abord qu’il ait conscience de mon existence, avant de tout lui balancer. Sinon, je passerais à ses yeux pour une parano. »
Je pris congé d’elle et allai à mon casier. Eddy se pointa lorsque j’étais sur le point de l’ouvrir. Je me mis alors à le contempler furtivement. « Qu’il est charmant ! » s’exclama ma conscience à l’intérieur de moi. Ses cheveux de jais, mi- longs, contrebalançaient avec son teint bronzé et encadraient son visage aux contours marqués. Ses yeux marron accentuaient l’intensité de son regard. En plus de sa musculature large, qui le rendait assez imposant, il était très élancé. Je n’étais pas attirée que par son physique. J’aimais les fluctuations de sa voix selon ses humeurs et son altruisme. Il aidait des camarades en difficultés diverses et j’avais appris qu’il servait à “HeartSide “, la soupe populaire de son quartier. Bref, je l’aimais simplement, et ces choses vous savez, on ne les explique pas. Tout à coup, il s’adressa à moi. Je me tournai vers lui tout émoustillée.
- « Dis, moi c’est Eddy.
- Oui, je le sais. Tu es mon partenaire en cours de Chimie. C’est moi Alma. Ai-je déclaré hésitante
- Ah oui ! Excuse-moi, je ne t’avais pas reconnu. Murmura-t-il l’air contrit
- Ce n’est pas de ta faute. Avant j’étais blonde, je me suis teint les cheveux récemment...
- Driiiiiiing Driiiiiiing (bruit sourd de la sonnerie annonçant le début des cours) »
Il prit ses affaires en disant : « Au fait Alma, chouette ta nouvelle couleur de cheveux. »
Je fermais mon casier, excitée par cette phrase qui résonnait telle une douce et mélodieuse symphonie dans mon subconscient.
A la fin de la journée, je parcourais le chemin du retour avec Yvana. Je lui fis part de l’extase que j’ai ressentie en parlant à Eddy. Les attitudes et postures que je prenais tout au long de mon récit, suscitèrent son hilarité. Pour elle cet amour me rendait : « cruche ». Aucun de ses propos moqueurs n’altéra mon enthousiasme qui se prolongea toute la soirée jusqu’à mon sommeil.

Mardi 12 mai
« Bon Dieu ! Je suis super à la bourre ce matin » grognai-je en pénétrant dans les bâtiments du lycée. Je ne voulais surtout pas rater la séance de travaux pratiques (TP) de chimie. J’hâtai le pas pour rapidement atteindre le laboratoire. Par chance, le professeur m’admit en classe sans problème. Je pris place à côté d’Eddy, assis sur la table placée au milieu de la pièce. Il chuchota : « Le réveil n’a pas sonné apparemment. » Je soupirai en hochant la tête.
Le professeur donna les instructions avec véhémence. Munis de nos lunettes et gants de protection, nous nous attelions aux expérimentations. Eddy n’était pas très habile avec les fioles. Il les estimait trop petites pour ses mains de sportif. J’arborai un sourire railleur chaque fois qu’il faillit en casser une. Cependant, nous évoluions plus vite que les autres grâce à ma dextérité. Il déclarait entre deux réactions chimiques :
- « Tu vois, je déteste l’odeur nauséabonde de ces composés organiques. Je donnerais tout pour être en ce moment au “Melchato“, devant un pot de glace, entouré des délicieuses effluves de “donuts“ et croissants.
- Oui ! Ce serait mieux ! J’adore toutes les saveurs de ce glacier. Nous sommes coincés ici. Contentons-nous de rêver. Ai-je rétorqué
- Qu’est ce qui te passionnes en général ? renchérit-il »
Sa question, nous plongea dans une discussion guillerette. Je lui parlai de ma passion pour l’écriture, de mes styles musicaux. Quant à lui, excepté le basket en première position sur sa liste, il m’expliqua son amour pour la cuisine. Etant l’aîné d’une famille nombreuse et ayant des parents hyper occupés, il se chargeait de nourrir la maisonnée. Il mettait d’ailleurs ses talents au profit de “HeartSide“. Son discours me surprit et renforça mon admiration pour lui. Nous étions tellement emportés par ce sujet et ceux qui en découlèrent, que nous oubliâmes de sortir du laboratoire à l’arrêt du « TP ». Si le bipeur de ma montre ne s’était pas déclenché, me rappelant mon rendez-vous mensuel de 16 heures chez le dentiste, nous aurions assurément continuer notre causerie. Au moment où je pris mon sac à dos pour partir, Eddy me tendit un bout de papier avec son numéro inscrit dessus. Il avait affirmé gaiement : « Appelle-moi tout à l’heure, et raconte-moi ta visite de routine, pour que je puisse me moquer de ta douleur. » Estomaquée par son geste, je filai sans dire un mot.
Ce soir-là à 23 heures, assise sur le rebord du lit, mon téléphone tenu d’une main et le numéro d’Eddy de l’autre, je pianotais sur le clavier de l’appareil. J’écrivais, supprimais, réécrivais en boucle depuis près d’une heure. Je cherchais toujours le message approprié à lui envoyer, les notes musicales de ma chanson préférée, perçant les micros baffles de mes écouteurs. Je devais être assez neutre afin qu’il ne puisse nullement deviner mes élans pour lui. Je rédigeais définitivement le texte, et appuyai sur la touche envoyer.
L’attente de sa réponse était un supplice. Voici bientôt trente minutes que je fixais mon téléphone à l’affut d’une réaction sonore. Je m’interrogeai : « N’est-ce pas inopportun de lui avoir confier que j’ai aimé partager mes passions avec lui ? Aurais-je dû écrire Bonsoir Eddy au lieu d’Hey Eddy ? Comment ai-je pu croire qu’il voudrait qu’on discute en dehors du bahut ? » Je sombrais dans un flou total et seul son message pouvait m’en extirper. Brusquement, une notification raviva la lumière de mon écran et mon espoir qui s’évanouissait : « Hey Alma. Contente que ta visite se soit bien déroulée. Désolé du retard, je rentre d’un match de basket inter-quartier. Il en va de même pour moi, c’était “cool“ de te parler. Je suis exténué. A demain. »
Je me jetai sur mon lit, envahie d’une extrême ferveur et m’endormis instantanément.

Jusqu’au 28 mai, les jours défilaient à vive allure. Eddy et moi ne cessions de nous découvrir des tas de points communs. De temps en temps, lors des entraînements de baskets, il me prodiguait des conseils de jeu ou me rectifiait en cas de fautes. J’étais allée une fois également chez lui, pour réviser en vue des évaluations finales. Nonobstant les recommandations d’Yvana qui m’invitait à ne pas me précipiter, parce que pour elle, nous n’étions que de « bons potes », je m’attachais à ces moments passés avec mon adonis. Toutes ces semaines, je flottais sur un petit nuage, escortée par les anges aux portes du paradis.


Jeudi 28 mai
Aujourd’hui, c’était le dernier jour de classe, le dernier jour d’une longue année de première.
La veille, je consultais Yvana à propos de mon désir de révéler mon amour caché et hardi à Eddy. Elle m’en encourageait activement en clamant : « Vas-y ma belle ! Il faut que tu cernes ses sentiments à lui. Fini d’être la bonne amie avec qui on garde un mètre de distance, sois la petite amie qu’on embrasse et tient par la main. » Eddy serait au terrain de basket du gymnase. Il pensait terminer cette journée par son sport favori.
En salle de cours, mes idées flânaient dans tous les sens. Je me concentrais sur le propos que je lui tiendrais, en imaginant tous les scénarios possibles. Au premier retentissement de la sonnerie, je sortis en trombe ; une seule direction en tête : le gymnase. Malheureusement, à mon arrivée, il était vide. Je m’installai sur les gradins histoire d’attendre mon futur petit copain. Cinq minutes plus tard, j’entendis la voix d’Eddy et une autre plus féminine s’approcher. C’était Mae, une fille de la première littéraire, cramponnée aux bras d’Eddy. J’avais tout planifié sauf ça. Aussitôt, je me dissimulai sous les sièges des gradins. Je n’avais pas l’intention de déclarer ma flamme en présence d’yeux indiscrets.
« Pourquoi est-il en sa compagnie? » telle était la question qui me turlupinait. Ils s’assirent non loin de ma cachette. De là, je pouvais les voir et les entendre. Mae entama la discussion :
- « C’est à ton tour de proposer un repas pour la soupe populaire de ce jeudi. J’en ai besoin pour établir une liste et faire les courses.
- On pourrait préparer une ratatouille. C’est rapide et facile à concocter. Recommanda-t-il
- Ah oui, te rappelles-tu ? Nous l’avions cuisiné il y a deux mois. Ils s’étaient tous régalés, il n’y avait pas eu de restes. J’affectionne le service qu’on leur rend depuis plus de deux ans. Continua-t-elle
- C’est le moins que l’on puisse faire. Dit-il
- Tu sais... Bizarrement, s’il n’y avait pas eu cette expérience, nous ne nous serions pas connus, et nous n’aurions pas vécu tous ces merveilleux moments ensemble. Non pas que je me réjouisse du malheur des autres, mais avouons qu’il semble faire notre bonheur. Ajouta -t-elle sur un ton mélancolique et tendre à la fois. »
Ils se mirent alors à évoquer tous leurs beaux souvenirs avec enjouement.
Leur complicité m’effarait et m’effrayait. Je ne pouvais concevoir qu’il soit plus attaché à elle qu’à moi. Heureusement, ils ne s’éternisaient pas à blablater. Eddy se leva pour jouer.
A cet instant précis, elle le supplia pour qu’il l’accompagne au supermarché.
« Oh Mae ! Ai-je un accoutrement à faire des emplettes ? Comme tu le vois, je porte une tenue de sport et je suis venu faire quelques paniers. »
Elle prit sa mine la plus triste pour le persuader, et esquissa un sourire béat lorsqu’ il céda. « Donne-moi au moins dix minutes, avec mon ballon. » lâcha-t-il vaincu.
Les échos du ballon cognant sur le sol, étaient les seules fortes crépitations qui emplissaient le large espace. Mae griffonnait sur un carnet et moi je mourrais de rage et de désespoir dans mon “trou à rat“. « Présentement je n’ai pas la possibilité de m’entretenir avec Eddy. Il serait donc plus judicieux de lui proposer un rendez-vous au MELCHATO dans la soirée. Ce serait mon plan B » avais-je songé pour me rassurer.
Soudain, Mae bondit de sa place et se planta dans le dos d’Eddy alors qu’il venait de réussir son dernier panier. Elle lui tapota l’épaule. Il eut à peine le temps de se retourner, qu’elle lui sauta au cou et l’embrassa fougueusement. J’étouffai un cri en me mordant vigoureusement la lèvre. A cet instant, j’enviai le sort des malentendants autant que celui des malvoyants. Le spectacle que m’imposaient mes sens, brisait puis éparpillait mon cœur en mille morceaux. Mais aurais-je pu dire que je ne l’avais pas cherché?
- « Qu’est-ce que tu fais? Demanda Eddy à Mae, plutôt surpris que choqué.
- J’exprime en lettres de feu ma flamme perpétuelle pour toi, mon amour! Lui répondit-elle tout naturellement. »
Il y eut un moment de silence.
J’attendais la réaction d’Eddy à présent que ma rivale effrontée s’était dévoilée. C’était certes méchant mais je priai qu’il les refoule, elle et son sentiment. Cependant tel ne fut pas le cas. Sa bouche articula les cinq mots que redoutait le tréfonds de mon être: « je t’aime moi aussi! »
Leurs lèvres se joignirent de nouveau comme pour sceller et célébrer leur alliance. Alliance scélérate à mes yeux. Je n’entendis plus que le bruit de leurs pas qui diminuaient progressivement, au fur et à mesure qu’ils s’éloignaient, tout heureux.
Le monde s’était écroulé et m’avais projeté six pieds sous terre. Je ne percevais plus que le pincement de mon cœur et le torrent de larmes qui inondait mon visage. Eddy était désormais avec Mae et je n’étais pas intervenue pour l’en empêcher. L’aurais-je pu d’ailleurs ? Elle m’avait devancée ! Et même si j’étais en partie responsable de mon malheur, en pensant à tous les efforts que j’avais fournis pour le séduire, mes pleurs redoublèrent d’intensité. J’avais mal à la poitrine, mal partout. Je ne voulais pas bouger ! Je demeurais cloitrée sous les sièges, pleurant à chaude larmes.

Je restai plusieurs minutes à me languir dans le gymnase avant de me décider à rentrer chez moi, affligée et dépitée. Quelques semaines plus tard, en plus d’avoir enterré mon chagrin, j’avais fait le deuil de mes sentiments pour Eddy. Le cœur moins brisé, j’entrepris de m’amuser et faire de nouvelles rencontres ces vacances. Je ne vivrais pas d’idylle de rêve avec Eddy, mais peut-être tomberais-je sur un garçon dont je captiverais seule l’attention, surtout sans artifices.
Les plaisirs de la romance m’attendaient certainement quelque part cet Été.
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