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Coeur en sang

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Steph Sagne

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L’inspecteur de police gara la voiture devant le commissariat central de Bonanjo, à Douala.
Son coéquipier se précipita pour m’ouvrir la portière, je descendis hésitante, menottes aux poings.
Il m’attrapa brutalement par le bras et m’obligea à avancer tout en me conduisant vers ma nouvelle maison. Je fus le centre de tous les regards... Certains me regardaient avec mélancolie, dégoût, d’autres avec haine. Je me fichais de ce qu’ils pensaient à mon égard, ce qui est sur j’avais réagi comme une lionne blessée. Seules les prisonnières me souhaitaient la bienvenue, leur comité d’accueil était des plus chaleureux :
- Bienvenue dans le monde des femmes courageuses ! Le flic ouvrit la cellule et me poussa violement à l’intérieur.
- Bienvenue dans ta nouvelle cage ! Tache de faire connaissance, ma poule.
Je jetais un coup d’œil dans la pièce. Pas de lit ni de meuble excepté un drap étalé sur le sol, celui de ma codétenue. C’était une femme hommasse, je suppose qu’elle avait entre quarante ou quarante cinq ans, elle s’avança vers moi et me tendit la main droite.
- Emilie et toi ?
Je mis du temps avant de répondre :
- Eva.
- Eva ! Comme la femme d’Adam, celle qui a trompé son mari. J’espère que ce n’est pas ton cas.
- C’est plutôt le contraire, répondis-je. C’est lui qui ma trahi.
Elle parut intéressée.
- Qu’est ce que t’as fais pour te retrouver ici, Eva ?
- J’ai fais quelque chose de grave. Crois-moi, s’en valait la peine, ce fils de pute a eu ce qu’il méritait. Et toi pourquoi es-tu là?
- Oh ! Pour complicité de vol.
Elle me regarda avec stupéfaction :
- T’es si jeune et tu parais inoffensive. Quel âge as-tu ?
- Vingt huit ans.
-Vingt huit ans, tu es encore très jeune, tu as la vie devant toi. Mais sais-tu que tu pourrais passer le restant de ta vie dans ce trou.
Je haussais les épaules.
- Je m’en fiche éperdument.
Elle fronça les sourcils :
- Tu t’en fiche ! Tu ne regrettes pas de l’avoir fait ?
- Je ne regrette pas et jamais, je ne regretterais.
Je m’écroulai au sol avant de poursuivre :
- Il a gâché ma vie, il a rendu mon père paralytique et a fait de moi une criminelle. Que son âme aille brûler en enfer.
Elle s’approcha tout près de moi et me caressa l’épaule.
- je comprends ce que tu ressens. Que s’est-il passé exactement?
Vas-y raconte moi ton histoire.
Je levai les yeux.
- Raconte moi tout, ma petite après tu seras soulagée tu verras.
Je respirais profondément :
J’ai rencontré, Steve lors d’une exposition d’art. J’avais à peine vingt ans, je venais de perdre ma mère. Elle avait trouvé la mort dans un accident de voiture, Steve fut la seule personne qui me consola. Il était là quand j’avais besoin de lui, toujours prêt à m’apporter de l’aide, il était génial. Je suis fille unique, mon père était commerçant tout ses espoirs se reposaient sur son commerce, il avait travaillé très dur pendant des années pour économiser une somme assez considérable qu’il conservait chez lui. Mon père n’aimait pas les banques, il disait que ce n’est pas fiable, il se méfiait de tout, il était du genre parano. Il n’avait confiance en personne, il disait que tout le monde est né pour tromper son prochain. Par contre moi, je faisais exception, il me disait presque tout, il avait confiance en moi et croyais en moi.
Il ne m’avait jamais confié son secret mais je finie par le découvrir. Mon père était malin, il avait caché toutes ses années de souffrances dans le mur du magasin. J’en parlai à Steve, je lui disais tout, j’avais totalement confiance en lui, il était l’homme de ma vie, nous étions très amoureux. Tout le monde nous encourageait et nous admirait excepté mon père.
Il n’appréciait pas Steve, il disait qu’il était pauvre comme une sourie d’église. Mon père voulait que je me marie avec un bourgeois, je n’étais pas du même avis, j’aimais Steve peu importait ce qu’il était. Je souhaitais passer le reste de ma vie à ses côtés entourée de nos enfants. Comme, j’aurais du écouter mon père.
Un matin, Steve me fit appel de manière pressante :
- Qu’il y a-t-il de si urgent à me dire, Steve ? Je suis venue aussitôt que j’ai reçue ton coup de fil.
Il était nerveux :
- Eva, il faut que tu m’aide et très vite.
Je paniquai :
- Tu me fais peur, Steve. De quoi s’agit-il ?
- D’ici trois jours, un avion d’étudiants va décoller pour la Suisse.
Exaspérée je demandai :
- Tu m’as appelé juste pour me dire qu’un avion va bientôt décoller ?
- Ne te fâche pas, Eva. Le problème est que je dois à tout prix être à bord de ce vol.
Je le regardais surprise :
-Tu veux m’abandonner ?
Il me prit dans ses bras :
- Jamais je ne t’abandonnerais, Eva.
Je me détachai de lui :
- De quoi parles-tu exactement ? En quoi puis-je t’aider ? S’il te plait, chéri va droit au but sinon je finirais par perdre patience.
Il poussa un soupir :
- Chérie, une opportunité se présente, des étudiants qui vont enfin réaliser leurs rêves. Ils partent étudier dans la plus grande école de Suisse pour devenir plus tard des ingénieurs en télécommunications, en bâtiments, en ponts et chaussées etc....
Je voudrais faire partie de cette vague.
- Tu veux me quitter pour aller étudier en Suisse ?
- Ecoute chérie, je fais ça pour nous. Pour notre avenir, une fois devenu un grand ingénieur, je reviendrais t’épouser et t’emmènerais avec moi. Tu deviendras la mère de nos enfants, seule la
mort nous séparera.
Je l’examinais attentivement :
- Tu n’as pas tout dis. En quoi puis-je t’aider ?
Il se mit à arpenter la pièce, il était très nerveux.
- Eva, pour étudier dans cette grande école, il me faut payer une caution.
- Quelle caution ? Je croyais que tu avais tout planifié.
- Si ! Tout est planifié, il faut juste la caution.
Je le questionnai :
- Si tout a été organisé. Pourquoi avoir attendu si longtemps avant de m’informer ?
- Parce que je n’étais pas au courant, c’est hier soir que j’ai appris la nouvelle.
Je le regardais abasourdie :
- C’est quoi cette histoire ? Je ne saisie plus rien.
Il reprit la parole :
- Je vais remplacer Kevin mon meilleur ami avec qui nous avions étudié la même filière à l’université.
Il se tue avant de poursuivre :
- Ca fait une semaine qu’il est malade, il ne pourra pas se déplacer.
- Donc il t’offre une opportunité de saisir ta chance seulement, il a retiré sa caution.
Il eut un demi- sourire
- Oui, Eva tu as tout compris. C’est pourquoi, j’ai besoin de ton aide.
J’envalai la salive
- Combien coûte t-elle ?
- Dix millions de francs CFA.
Je laissais échapper un cri d’effroi.
- Quoi !
Il me prit les mains :
- Eva, je sais que c’est trop te demander mais tu es la seule personne qui puisse m’aider.
Je le repoussai avec violence.
- T’aider ? Comment ? Je ne suis qu’une simple fleuriste.
Il leva les yeux vers moi et me supplia du regard.
- Eva, s’il te plait ne me laisse pas tomber, tu es mon unique espoir.
C’est une grande chance pour nous, il faut la saisir. Je te rembourserai je te le promets, je jure sur la tête de mes aïeux, je sais que cet argent ne t’appartient pas. Jamais je ne te ferai du mal, jamais je ne te trahirai, je veux juste nous apporter du bonheur, te rendre heureuse.
Si je reste ici, je ne le ferais jamais et puis je voudrais que ton père soit fier de moi, qu’il m’accorde la bénédiction de t’épouser.

- Je ne peux pas voler mon père, il sera très furieux quant- il le découvrira, il piquera une crise. Je suis désolée c’est trop me demander.
Il m’attira tout contre lui, déposa un léger baiser sur mes lèvres.
- Eva, tu m’aimes ?
Je ne pus m’empêcher de l’admirer :
- Evidemment, je t’aime.
- Alors si tu m’aimes fais le au nom de notre amour.
- Non ! Tu ne comprends pas, Steve. Mon père me tuera, il a passé plus de vingt années à épargner cette somme.
- Ton père ne te fera rien crois moi. C’est vrai il sera très en colère, il fera l’une de ses crise mais il s’en remettra.
- Tu penses que c’est aussi facile. Jamais il ne me pardonnera.
- Il te pardonnera parce que, je lui rembourserai avec un surplus.
- Qu’est ce que t’en sais ?
Il confirma :
- Je suis sûr de moi, je serai un grand ingénieur, je rembourserai ton père et je ferais de toi la femme la plus heureuse au monde.

Je ne saurais décrire le regard d’Emilie.
- Putain ! Ne me dis pas que tu l’as fait ?
- Si je l’ai fait, Emilie. Je suis rentrée dans la cachette de mon père et je lui ai remis les dix millions de francs CFA.
Elle secoua la tête et me demanda :
- Pourquoi as- tu fais cela ?
- Parce que je l’aimais, j’étais folle de lui, j’avais confiance en lui.
- Et que s’est-il passé après ?
Mon père a découvert que je l’ai dérobé un mois après le départ de Steve.
Il est entré dans une colère folle, une rage incontrôlable, il a piqué une crise.
Quand je suis venue le retrouver il était méconnaissable, il respirait à peine. Vite j’appelais un médecin.
Je respirais profondément avant de continuer.
- Mon père est cardiaque, il ne me l’avait jamais dis de peur de m’affoler, le moindre mouvement de tension pouvait l’entraîner vers la mort. C’est une chance qu’il soit encore en vie bien qu’il ait perdu l’usage du langage et qu’il soit immobilisé dans une chaise roulante.

-Et Steve ? Demanda t-elle.
- Steve ! J’eu un long soupir.
- Nous sommes restés en contact durant un an, je lui avais dit pour mon père. Il se sentait très coupable, il était désolé. Il disait également qu’il sera bientôt de retour et tout finira par rentrer dans l’ordre.
Je fermai les yeux, elle me tapota l’épaule.
- Ne t’endors pas, vas-y termine l’histoire.
J’ouvris la bouche pour bailler
- Allez, vas-y !
- Je suis fatiguée, Emilie.
- Je sais mais ton histoire est fascinante. S’il te plait ne me laisse pas insatisfaite, tu as déjà presque terminée. Juste un petit effort après tu t’endormiras tranquillement.
Elle me supplia du regard.
- Un soir, Steve me téléphona :
- Eva, j’ai quelque chose à te dire mais je ne voudrais pas que tu prennes ça mal.
- Qui y’a-t-il, Steve ? Tu me fais peur.
- Eva ne cherche plus à me joindre, oublie moi. J’ai une nouvelle vie à présent, j’ai rencontré une jeune femme formidable et c’est du sérieux entre nous.
Je demeurai silencieuse pendant un instant incapable d’articuler le moindre mot. Le ciel venait de me tomber dessus, Steve m’avait planté un couteau en plein cœur. Je n’arrivais pas à le croire. Steve, mon Steve, l’homme de ma vie. Celui qui avait juré ciel et terre était entrain de me quitter pour toujours.
- pardonne-moi, Eva ! Je n’ai souhaité que ça ce termine ainsi, je te suis très reconnaissant pour tout ce que tu as fais pour moi. Crois-moi, je ne l’oublierai jamais. Malheureusement le destin en a décidé autrement, on n’était pas fait pour vivre ensemble, j’espère que tu me comprendras.
Le salaud ! C’est tout ce qu’il trouvait à dire. Il ne se rendait pas compte du mal qu’il était entrain de me faire, il avait détruit ma vie, ruiné mon père. Je jurais au nom de ma défunte mère que je me vengerais, certaine qu’un jour Steve reviendrait pour mettre toutes ces connaissances au service de sa patrie.
Je ne m’étais pas trompée après sept longues années d’absence, Steve était de retour chez lui, accompagné de sa femme.
- Que s’est-il passé ensuite ?
Elle m’encouragea à achever le récit.
- Il avait beaucoup changé, il n’était plus le Steve que j’avais connue, il respirait la classe et le luxe. Sa femme était très belle c’est peut être l’une des raisons pour laquelle il l’épousa. Il avait eu le culot de revenir s’installer dans le quartier où je résidais, notre quartier. Je l’espionnais nuit et jour, afin de mieux préparer mon coup...
- Elle écarquilla les yeux:
- Comment l’as-tu tué ?
-  Tout simplement, avec un revolver.
Elle tressaillit.
- Ce jour là, j’ai attendue que sa femme disparaisse. Je me suis introduit chez lui par la porte arrière.
Il était assis tranquillement devant la télévision, il sursauta au son de ma voix.
- Eva ! Qu’est ce que tu fais là ?
- Je suis venue pour t’abattre sale chien !
Je sortis le revolver de mon sac, la panique l’envahit aussitôt, il se mit à me supplier.
- Eva, je t’en prie ne fait pas ça.
- Fais ta dernière prière, Steve car tu vas mourir.
Je pointais le revolver sur lui prête à appuyer sur la détente.
Il se mit à genoux et me supplia de plus belle.
- Non ! Eva, je t’en supplie ne fais pas ça. Je te donnerai tout ce que tu voudras.
Qu’est-ce que tu veux, Eva ?
J’étais folle de rage, la colère m’envahit. J’avais devant moi l’homme qui avait détruit ma vie et celle de mon père.
- Ferme ta gueule, Steve ! Tu as bouleversé ma vie, tu as enterré mon père vivant, tu as fait de moi une femme insensible et aigrie. Va au diable !
- Eva tout peut s’arranger, je suis de retour.
Il bougea d’un pas :
- Reste ou tu es bâtard, un pas de plus j'éclate la cervelle.
Il pensait que je plaisantais, ce fils de pute a eu le toupet de me désobéir mais avant qu’il ne m’atteigne j’appuyai sur la détente, une balle dans la tête.












































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