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Coeur Brisé

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Hervé Mazoyer

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« We only said good-bye with words i died a hundred times »*

2 heures que la chanson tournait en boucle, deux heures que le flot de larmes était intarissable....

Angélique, 19 ans , ne savait plus comment sortir de cette tourmente qui lui broyait le cœur...

Bien sûr, elle savait que les peines d’amour pouvaient faire mal. De là à l’anéantir, à lui retirer toute envie de vivre elle qui il y a encore quelques jours débordait d’énergie et d’assurance...

Retour 3 mois en arrière... Les matins qui se suivent et se ressemblent comme deux gouttes d’eau.

Le réveil qui sonne, les cinq minutes de plus que l’on s’octroie et quand les yeux s’ouvrent à nouveau une demi-heure est passée...

Direction la salle de bain en quatrième vitesse avec l’eau de la douche qui passe subitement du chaud au froid, les éternels nœuds dans les cheveux qui vampirisent encore un peu plus de son temps, le pain au lait rapidement englouti et les dix minutes de trajet à pied jusqu’à l’arrêt de bus direction la fac.

L’autre chose qui ne changeait jamais c’était Thierry. Appuyé contre le mur, il avait toujours pour compagnon un livre.

Une semaine un roman d’aventure, une autre une fresque historique une autre encore un conte philosophique de Voltaire.

- Alors on lit quoi aujourd’hui ?

Thierry releva la tête et sourit à la vue de la charmante jeune femme de 7h21 qu’il avait l’habitude de voir tous les jours.

- Bel Ami de Maupassant où comment
réussir dans la vie avec de bonnes
relations et surtout des talents de
séducteur inégalés

- Je vois.... Monsieur doit avoir beaucoup
d’ambition alors...

Les deux jeunes gens éclatèrent de rire en même temps, tandis que le bus approchait.

30 minutes de trajet pendant lesquelles Angélique ne faisait qu’écouter Thierry parler de sa passion pour la lecture, pour les voyages. Il en dissertait avec une telle appétence que ses yeux brillaient.

Angélique elle était captivée. Elle avait l’impression que le bus allait les conduire dans les endroits merveilleux dont il lui parlait et cela la ravissait.

Thierry avait un physique passe-partout mais quand il devenait cet orateur brillant il prenait à ses yeux une toute autre allure.

Quant à lui, il était ravi d’avoir trouvé une personne qui partageait les mêmes centres d’intérêts et se réjouissait tous les matins à l’avance de ces périples en bus.

Ainsi passait le temps, les deux étudiants se découvrant et se rapprochant un peu plus chaque jour.

Il était devenu son mentor, la source de savoir et de culture auprès de laquelle elle aimait tellement venir s’abreuver.

Un jour lors de leur habituelle rencontre quotidienne à la bibliothèque universitaire, il lui fit part d’un questionnaire qu’il avait lu la veille dans son dernier bouquin.

- Bon je te pose les questions tu réponds
sincèrement d’accord ?

- Promis !

- Alors Angélique si tu étais une fleur ?

- Le myosotis

- Si tu étais une couleur ?

- Le jaune

- Si tu étais un animal ?

- Une gazelle

- Si tu étais l’amour ?

Elle marqua un temps d’hésitation et le regarda droit dans les yeux...

- Toi....

Il y eut un instant d’éternité dans le silence de cathédrale qui régnait dans la pièce et seul le bruit de leurs cœurs battant la chamade à la même cadence pouvait se faire entendre.

Les corps se rapprochèrent, les lèvres se joignirent...
Pour elle, son premier baiser et la cohorte de frissons lui parcourant l’échine qui va avec...

Le printemps qui commençait faisait écho au bonheur indescriptible qu’elle ressentait.
Après les cours, ils restaient souvent tête contre tête silencieux sous les cerisiers en floraison dont la chute des pétales roses formait un écrin idéal à cette idylle naissante.

Deux semaines plus tard, alors qu’ils étaient allongés sur le lit de la piaule universitaire de Thierry, Angélique s’enhardit.

- Fais-moi voyager mon amour

Thierry s’empara alors de son dernier livre sur la route des épices en Inde. Mais elle l’interrompit.

- Non fais-moi faire LE grand voyage.

Elle retira alors son tee-shirt laissant apparaître sa poitrine totalement nue. Puis s’allongea sur le lit en respirant très fort.

C’était la toute première fois qu’elle sentait le souffle d’un homme dans son cou. Avec la plus grande des tendresses, il déposa d’infinis baisers sur ses seins dont la pointe se durcit.

Puis descendit sur son ventre sur lequel la moindre caresse provoquait un choc électrique délicieux .

Enfin la débarrassant du reste de ses vêtements, il atteignit l’endroit que personne n’avait touché avant elle.

Une douce chaleur l’envahit qui gagnait petit à petit en intensité pour finir en apothéose.
Elle tremblait de tout son corps. Le temps de la laisser se remettre de ses émotions et il était de retour à ses côtés nu lui aussi.

Se tenant les mains mutuellement, le temps de la fusion était venu. Il prit le temps de s’assurer que tout allait bien.
Une vive mais courte douleur passée, il était en elle.

Chaque aller-retour provoquait un spasme de plaisir comme une vague dont l’intensité allait croissante.

Et lorsque les deux amants furent au sommet de leur jouissance, ils se serrèrent fort l’un contre l’autre pour ne former qu’un.

Les yeux embués de larmes, Angélique voulait que ce moment ne finisse jamais.
La légère brise qui venait de la fenêtre venait les faire frémir. L’instant était parfait, Angélique était au paradis.

Il restèrent ainsi blottis l’un contre l’autre pendant un long moment. Puis Thierry prit la parole.
- Je dois faire un voyage de fin de cycle
universitaire pour mes études
d’architecture. Si la faculté donne son feu
vert dans un mois je pars pour Rome.

Elle se voyait déjà dans la cité antique pendue à ses bras flânant dans les rues de Rome avec du Bel Canto en fond sonore.

Quinze jours avaient passé. A cause des examens Angélique avait dû se résoudre à réviser intensément et à s’abstenir de voir Thierry. Une éternité pendant laquelle elle crût devenir folle.

C’était le jour des retrouvailles et elle bouillait d’impatience. Il était en retard ce qui ne lui ressemblait guère...

Une tape sur son épaule la fit se retourner. Elle arbora un très large sourire et le serra très fort contre elle.

Mais quelque chose n’allait pas. Il affichait une mine triste et confuse. Déconfit il la regarda dans les yeux, rempli de désespoir.

- Mon dossier a été accepté je vais partir
pour Rome pour quelques mois.

- Et c’est ça qui te perturbe à ce point-là ?

- Angélique... je pars là-bas avec Sophie...

- C’est qui Sophie ?

- La femme de ma vie... Je l’ai connue il y a
un an et nous sommes tombés fous
amoureux.

C’était d’une intensité rare. 6 mois plus
tard, elle m’annonçait son intention de
partir à l’étranger pour quelques années.

En Grèce. Elle me demanda de partir avec
elle mais pour plusieurs raisons je ne
pouvais pas. Je l’ai suppliée de rester mais
elle n’a rien voulu savoir.

Alors après plusieurs disputes, nous nous
sommes séparés.

Jamais je n’ai pu l’oublier complètement.
La semaine dernière elle m’a rappelé. Son
aventure grecque avait tourné court et elle
était rentrée en France.

Nous nous sommes vus il y a quelques
jours et il est évident que nous nous
aimons encore... Je lui ai proposé de
m’accompagner en Italie et elle a dit oui.

- Mais et nous ?

- Je t’ai sincèrement aimée... j’ai passé de
très bons moments avec toi mais celle qui
compte le plus depuis son retour c’est
Sophie.... Je suis désolé. Il faut que j’y aille
maintenant... sois courageuse. Adieu.

Le ciel venait de s’effondrer sur la tête d’Angélique. Elle restait immobile larmes aux yeux en regardant Thierry s’éloigner d’elle.

« You went back to what you knew....you go back to her and i go back to black.... »**

Allongée sur son lit, incapable de s’en extraire, ressentant une douleur atroce, Angélique ne sait rien faire d’autre que de passer ce morceau encore et encore.

L’eau qu’elle boit à le goût de Thierry, les livres qu’elle essaie de lire pour fuir cette tourmente lui rappellent Thierry... En fait tout est Thierry.

Elle essaye de se raccrocher à n’importe quel début de nouvelle. Et si il changeait d’avis ? Et si il revenait soudainement ? Mais les jours qui passent amenuisent un peu plus cet espoir utopique.

Elle avait perdu toute forme d’appétit, de la nourriture aux loisirs. Perdu 5 kg en à peine deux semaines. Elle était droguée, elle était accro mais cette dope-là personne ne pourrait lui en fournir.

Au paroxysme de la crise, elle pensa même à mourir. En désespoir de cause, elle téléphona à sa mère pour lui expliquer la situation.

- Ma petite fille a décidé d’appuyer sur
l’interrupteur... Sa vie est en suspens.

Tout est noir. Plus rien n’a de saveur ni
de relief. Et elle pense que personne ne
peut la comprendre...

Crois-tu que je ne sois pas passée par là ?
Tu as 19 ans toute la vie devant toi,
d’autres garçons à aimer, d’autres
déceptions à vivre et un jour tu sauras
que le bon est arrivé.

Pour ta souffrance actuelle, il ne tient qu’à
toi pour faire repartir la machine.
Courage et volonté seront tes meilleurs
alliés.

Avec la fin de l’été, le rattrapage de Septembre approchait. Angélique avait repris ses révisions, le sport, le cinéma. Et la douleur si elle mit du temps à décroitre en intensité, finit par se calmer.

Elle finit par retrouver le chemin de l’arrêt de bus. Appuyé contre le mur, un jeune homme lisait.

Elle sourit à cette drôle de coïncidence que la vie lui jouait. Mais il était plutôt mignon...

Dans ses écouteurs, la musique avait changé. Et Louis Amstrong y allait de son couplet : « And i think to myself, what a wonderful word... »

* Nous nous sommes dit au revoir uniquement avec des mots. Je suis morte cent fois.

** Tu es retourné vers ce que tu connaissais. Tu es retourné vers elle et je suis repartie dans les ténèbres.
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Image de Georges Marguin
Georges Marguin · il y a
J'ai écrit un poème semblable que l'on peut trouver sur mon profil. Belle histoire, banale en elle, mais qui fait mal, parfois très mal et laisse aussi malgré les apparences, des cicatrices qui s'ouvrent de temps en temps, jusqu'au bout de la vie.
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Dominique Coste · il y a
Encore une belle histoire !! Mon vote !! Je vous invite sur ma page y découvrir "mon peintre"...
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Nadège Gardon · il y a
Wooow on s'y prend ! De l'amour à la peine d'Angélique. De l'addict à la déception. Félicitations !
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Miraje · il y a
À partir de demain, je crois que je vais lire un livre, même si c'est un peu tard ...
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