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L’ÉPREUVE (D’après Maupassant)

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Charles Dubruel

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(I)

Un bon ménage, les Baril.
Bien qu’ils se querellaient
Pour des causes futiles,
Ils se réconciliaient
Très vite. Ils louaient à Meudon
Un joli petit pavillon.
Lui était un homme sans surprise
Dont les idées bien assises,
Ne se levaient que difficilement.
Il pensait rarement
Et ne prenait ses décisions
Qu’après de nombreuses réflexions.

La femme de Baril était très belle
Mais possédait une nature rebelle.
Il lui demanda un matin :
-Connais-tu nos nouveaux voisins
Qui habitent la maison,
À l’angle de la rue de Paris ?
-Oui et non.
-Hier, j’ai rencontré le mari...
-Il court à son sujet des potins...
-Potins ou non, je l’ai trouvé fort bien.
-N’empêche qu’il est cocu.
-Comment le sais-tu ?
Et d’ailleurs qui peut l’affirmer ?
-Comment, qui peut l’affirmer ?
-Mais tout le monde le dit !
Son mari l’interrompit :
-Tout le monde a bon dos, ma foi
On lui fait raconter n’importe quoi.
Mais moi, j’ai de la clairvoyance.
À supposer que je sois cocu
Je m’en apercevrais, entends-tu
Et te rosserais d’importance.

(II)

En sortant, Baril rencontra le voisin
Qu’il avait croisé le matin.
Ils causèrent. Chacun paraissait contenir
Un secret qu’il n’osait dire,
Un aveu pénible mais imprécis
Sur les êtres associés à leur vie.
C’est le voisin commença le premier :
-Vrai, on pourrait supposer
Que nos femmes ont contre nous
De l’hostilité pour la seule raison
Que nous sommes leur époux.
Par contre, si ma femme chérie
Montre à l’un de mes amis
Plus de confiance et d’abandon
Qu’à moi, j’en ressens
À l’âme un douloureux bouillonnement.

De son côté, Baril cherchait celui
Qui aurait pu le faire cocu, lui.

Il songea à un jeune homme avantageux
Qui venait dîner chez eux
Une ou deux fois par semaine :
‘‘Mais oui, c’est ce cochon de Dumaine.
Car depuis un mois, ce garçon,
Ne vient plus nous voir, sans raison
Apparente. Serait-il fâché
Avec ma femme ? M’aurait-elle caché
Quelque chose ? Suis-je cocu ?’’

Baril décida de se rendre rue Daru
Chez Dumaine. Il prétexta que l’humeur
De son épouse était bien meilleure
Et qu’il venait donc l’inviter à dîner.
(Tout en se promettant de bien l’observer.)

(III)

Dumaine lui répondit :
-Quand je lui ai donné mon avis
Sur l’attitude de Mme de Cossé
Qui avait bel et bien
Insulter son mari pour un rien,
Ta femme m’a chassé
J’en ai ressenti une telle affliction
Que je n’osais venir quémander mon pardon.
Le lendemain soir à Meudon,
Dumaine entrait dans le salon
Des Baril. D’une petite voix émue,
Mme Baril l’accueillit :
-Je suis si heureuse que vous soyez venu
Merci, mon cher, mon très cher ami...

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Image de Charles Dubruel
Charles Dubruel · il y a
madame est trop bonne avec monsieur ! merci héléna
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Image de Elena Hristova
Elena Hristova · il y a
bénis soient vos vers divins et les esquisses d'amour entre voisins
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