Coalescence

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A l'avenir,

Ils oublieront leurs pères et leurs mères,
Plus personne ne vivra pour démarrer une guerre,
Ils commenceront à disparaître,
car la race humaine n'en n'aura plus rien à faire.

Ils seront contrôlés par la destruction,
Guidés par le mal,
Innés d'une passion brutale.
Mais Je les remodèlerai.

Blâmez l'humanité,
Blâmez-les tous



















C.O.A.L.E.S.C.E.N.C.E



Elle entra dans la pièce. Ses paumes vinrent se poser sur mes épaules et les caresser doucement. Les miennes allèrent chercher son dos nu. Un souffle de braise s'extirpa de sa bouche lorsque je décrochai sa robe, qui tomba lentement sur le parquet. Les bougies laissaient leurs flammes s'exprimer, qui semblaient prendre leurs crayons et esquisser nos ombres sur le pan de mur derrière nous. Mes mains glissaient le long des hanches embrasées d'Emma, suivant le rythme des siennes désormais sous ma nuque. Un souffle léger passait par la fenêtre, amenant à mes narines l'odeur de la pluie. Emma approcha ses lèvres des miennes, qui brûlaient d'impatience. Elles se rencontrèrent en un baiser ardent.

« Je t'aime Matt »

« moi aussi Emma »

Nos ombres se donnaient à une danse enflammée au rythme des va-et-vient frénétiques.
Une dernière embrassade nous tira hors du lit.
Je saisit d'une main mon manteau et mon parapluie de l'autre. Le pistolet de Grand Père attira mon regard, à peine caché sous la commode du hall. Mon poignet tourna la poignée de la porte d'entrée et j'arrivai dehors, prenant soin de glisser le revolver dans la poche de mon veston.
19h30. Emma n'était toujours pas sortie de la maison. Un banc non loin de là attira mon attention. Je pris place et ouvris mon parapluie.
Les gouttelettes artificielles martelaient le tissu me protégeant d'un tempo lent et saccadé, donnant naissance à un semblant de mélodie presque narcoleptique. L'air était pris d'un parfum nauséeux, mélange de vaporisations industrielles et d'essence mal raffinée. Un frisson parcourut mon échine lorsque je levai les yeux. Le '' ciel '' noir laissait mon esprit plonger dans ses plaques synthétiques et s'y perdre un instant. Une petite voix lointaine m’appela, heureuse de me retrouver.

« Matt ! »

Un rictus timide mais sincère répondit à Emma. Ses cheveux d'or vinrent chatouiller mon cou, me sortant de ma transe pensive. Mes bras entourèrent sa taille et, après s'être décroché de la voûte ébène, mon regard croisa le sien, une mer de saphir aux flots parfois argentés dans laquelle je me laissais dériver. Mes paupières papillonnèrent frénétiquement puis mes yeux se fixèrent à nouveau sur le '' ciel ''.

« C'est l'heure... Regarde Emma... »

Les plaques s'allumèrent en un éclair rouge éblouissant. La Porte s'ouvrit progressivement, laissant apparaître l'ascenseur gigantesque.
Nous marchâmes longuement dans les rues poussiéreuses, pressant légèrement le pas à chaque détour. Les gens erraient tristement en direction de la place centrale. Emma me tenait par le poignet et tirait, se retournant par moments, une expression désabusée et horrifiée dessinant les traits de son visage pâle. Une alarme retentit soudainement, vrillant nos tympans.
Tout le monde demeurait déjà aligné parfaitement lorsqu' Emma et moi-même arrivâmes, nous rangeant alors aux côtés des autres. L'alarme sifflante se stoppa net, laissant les panneaux formant le ''ciel'' se replacer et s'accoler afin de former un unique mais gigantesque écran. Des grésillements déchirèrent ce dernier avant d'afficher l'image clairement.
Des yeux rouges sang, presque hypnotisant, nous observaient en silence. Des cheveux d'une noirceur incomparable cascadaient sur des épaules cybernétique aux finitions d'une précision sans pareille. C'était elle, L'Alpha Oméga en personne.
Aussitôt que l'ascenseur heurta le sol dans un bruit sourd, sa voix monotone et mécanique emplit l'atmosphère.

« Chers habitants du Puisard,

En cette soirée du 6 avril 2108, Coalescence a la joie de procéder à sa 19ème moisson mensuelle.
Veuillez rester calme et faire preuve de civisme auprès de notre nouveau personnel. 
Vous n'avez aucun soucis à vous faire, nous ne moissonnons que les personnes inutiles à votre bien-être ici bas. Ainsi, les hommes et femmes concernés se verront offrir une nouvelle vie, une vie sans peur ni regrets, une vie sans douleur ni rejets. Une vie qui ne profite plus seulement qu'à eux, mais également à nous tous.
Je suis l'Alpha et l’Oméga.
Que la moisson commence !»
L'ascenseur ouvrit ses portes. Une vingtaine de Siphonnés en sortirent, braquant déjà leurs scanners sur les personnes les plus proches. Un silence mortel planait au-dessus de nos têtes, ne laissant dans l'air que l'écho des pas lourds des androïdes. Emma serrait ma main et la plaquait contre sa poitrine.

« Ne t'inquiète pas, ils ne prennent que les femmes enceintes et les gens instables psychologiquement. Tout va bien se passer Emma je te le promets ! »

Des larmes coulaient sur son visage alors qu'elle faisait glisser son avant bras sous la paume de ma main.

« J'ai si peur Matt ».

Mes membres se mirent à trembler lorsque mon pouce passa sur les entailles cicatrisées couvrant le dessous de son poignet. Plusieurs minutes passèrent ainsi, minutes qui me parurent durer une éternité. Le siphonné n'était plus qu'à une dizaine de mètres désormais. Les hurlements et les pleurs des gens sélectionnés pour la moisson s'assemblaient pour ne former plus qu'une lamentation perpétuelle. Je fermai les yeux et priai lorsque l'androïde s’arrêta devant Emma. La caméra plongea dans son iris puis le rayon vert balaya son corps. Je serrai sa main aussi fort que possible, espérant peut-être camoufler les entailles.

« INSTABLE »

« Matt ! »

Le Siphonné saisit Emma violemment et la propulsa dans la file de moissonnés. Je ne la voyais déjà plus, perdue dans la foule. Son cri brisa mon âme. On m'avait déjà enlevé mon grand père, cela n'allait pas se reproduire.
Je pris une grande inspiration. Ma main vint glisser dans la poche arrière de mon veston, en tirant lentement l'arme. Je plaquai rapidement le canon contre ma tempe, regardant le Siphonné droit dans les yeux. Une incompréhension se lut dans sa façon de réagir ; Il resta planté là, comme perdu.

«  Mettez moi dans cette putain de file ou je me fais sauter la cervelle ! » lui lançai-je avec toute l’agressivité imaginable.

Aucune réaction.

« Très bien »

Je saisis le capteur accroché à son épaule et le retournai afin qu'il scanne mes yeux. Un flash m'éblouit brusquement.

« STABLE »

Mon esprit se torturait. Chaque seconde passée m'éloignait un peu plus d'Emma et la rapprochait de l'ascenseur. Le Siphonné passa son chemin et s'arrêta devant la personne suivante, juste à ma gauche. Ma main se crispait sur la poignée de mon arme et mon index effleurait la queue de détente, comme attiré par un aimant surpuissant. Des gouttelettes translucides roulaient sur mes joues alors que mon bras s'éleva brutalement. Mon pouce arma le chien. Mon index pressa. Puis plus rien.
Un voile obscur obstrua ma vision et dans mes oreilles sifflait encore la détonation. Le vieil homme s'écroula lourdement sur le sol, le corps pataugeant déjà dans une mare aux eaux vermeilles. La nuque du Siphonné pivota et ses lèvres laissèrent échapper une voix grave, froide, vide de vie.

« CODE ROUGE »

Son bras vint frapper violemment le mien et le revolver voltigea quelques mètres plus loin, mon avant bras le maintenant encore. La douleur fut insoutenable. L'androïde attrapa le col de mon manteau, et d'un mouvement aussi rapide que précis, me cloua au sol. Un autre accouru, extirpant de son unité centrale un outil indescriptible. Une chaleur surhumaine vint cautériser ce qu'il me restait de bras, puis on me releva et m'envoya valser dans la queue défilant jusqu'à l'ascenseur. Je poussai les gens, me frayant un passage, essayant d'atteindre l'avant de la file.

« Emma ! »

Je hurlais à pleins poumons au milieu des pleurs et des cris, espérant une réponse. Rien.
La douleur irradiait dans mon bras et mes jambes commençaient à lâcher. Ma vision s'estompait progressivement sur les côtés. Derrière les gens me poussaient tant je traînais. Mes genoux ne tardèrent pas à céder et je m'étalai tout du long. Une force me releva à nouveau. J'avais si mal...

« Matt... mais qu'est-ce qu'il t-es arrivé ? Mon dieu... »

Des yeux saphir s'ancrèrent dans les miens.
Mon esprit débuta sa dérive dans une mer aux flots argentés.
Un chuchotement me dérangeait. Presque inaudible, mais il était bien présent. De puissants faisceaux luminescents m'éblouissaient par saccades régulières. Une sensation étrange me prenait au cœur et me forçait à reprendre mes esprits. Le sol s'élevait constamment, troublant mes sens et mon équilibre.

« Matt ? »

Emma maintenait ma tête vers le haut et me regardait ardûment. Au dessus, à travers la vitre, je pouvais apercevoir le haut de l’ascenseur, la porte menant '' là-haut ''. Des larmes perlaient magnifiquement le visage d'Emma et un sourire nerveux s'y affichait. L'ascension, incessante, commençait à peser sur le plan psychologique. Certains s’apitoyaient sur leur sort pendant que d'autres se demandaient constamment comment ils feraient pour se sortir de là. Emma et moi nous serrions l'un contre l'autre.
L'arrêt fut brutal. Les Siphonnés relevèrent les personnes et nous poussèrent à l’extérieur. Un gigantesque couloir se divisait en deux autres tout aussi longs. Toujours à la file indienne, les femmes enceintes étaient séparées du groupe et redirigées sur la droite. Une odeur de neuf prenait l'air ambiant. Après quelques nouvelles minutes d'attentes, nous arrivâmes au bout du couloir. Un androïde nous y attendait, tenant dans sa main un dispositif doté d'une immense aiguille. Emma s'avança vers lui. La machine semblait patienter, la regardant comme si elle devait lui dire quelque chose. Un signe de tête vertical fut suffisant. Un sas se positionna juste devant elle, ouvrant automatiquement une porte vitrée. Je n'eus pas le temps de réagir. L'androïde enfonça l'aiguille dans le bras d'Emma et le sas se referma, emportant la capsule dans laquelle elle venait de s'installer.
Le Siphonné remplit la seringue à nouveau et reprit l'exact même position qu'auparavant, paraissant attendre ma réponse. J'approchai mon visage du sien et, feignant l'incompréhension, lui demandai de quoi il s'agissait.

« SEDATIF » me répondit une voix effroyablement mécanique.

« Ton machin tu peux te le garder ».

Je pénétrai le sas. La porte vitrée se ferma juste devant mes yeux, ne me laissant aucune marge de manœuvre. La capsule se rangea derrière celle d'Emma, tel un train aux wagonnets macabres. J'observais, impuissant, ceux de devant s'ordonner perpendiculairement à moi, tel des voitures garées sur un immense parking. Celle d'Emma se tourna et je la vis, endormie. Un bras articulé saisit l'arrière de sa capsule et la plaça dans le dernier compartiment. Une alarme retentit et un compte à rebours s'enclencha. Les portes s'ouvrirent en synchronisation parfaite. Alors que les chiffres défilaient et marquaient les secondes par un son semblable à une horloge, d'autres wagonnets arrivèrent en trombe. Mes yeux ne pouvaient s'empêcher d'alterner frénétiquement entre le compteur et Emma.
Un zéro s'afficha et les capsules s'ouvrirent. Un spectacle horrifique s'offrait à moi et j'y assistais contre mon gré, impuissant.
Un bras articulé saisit Emma à la taille pendant que trois autres se positionnaient autour de son corps. Une scie circulaire, tournant à une vitesse inimaginable, vint s'introduire dans son thorax. Des coupes d'une précision chirurgicale donnèrent accès à son cœur, battant encore entre les griffes acérées de la pince l'extirpant de sa cage thoracique. Un haut le cœur me prit lorsque elle fut retournée. La chair, ensanglantée, pendait piteusement par ce qu'il restait au niveau des hanches. La pince vint attraper la moelle épinière, et d'un mouvement lent et contrôlé, la décrochait de la colonne, vertèbre après vertèbre. Tout était synchronisé à la perfection. Une perceuse immense s'enfila dans la tête d'Emma, débloquant la pince qui put tirer brusquement et libérer le cerveau. La porte vitrée se referma. La capsule s'avança avant de disparaître dans une salle de cet abattoir macabre. Une seconde capsule prit sa place et ouvrit son compartiment. La mienne se mit soudainement en mouvement et vint se poser juste en face de cette dernière. À l'intérieur demeurait un corps noir, dessiné finement. Des yeux opaques me regardaient, perdus, éteints. La terreur me prit lorsque je vis les pinces à nouveau, tenant fermement les organes encore sanguinolents entre leurs serres mécaniques. Le corps cybernétique s'ouvrit d'un coup et les bras se plièrent en arrière, laissant aux machines la place pour manœuvrer. Le cœur battait à peine, crachant péniblement de petites quintes de sang. Les deux organes vinrent se brancher à l'intérieur du pantin métallique et désarticulé. Une vague de panique me traversa lorsque les yeux s'allumèrent d'une teinte rubis. Des larmes noires glissèrent de sous les paupières mécaniques et une voix, aussi grésillante que dérangeante, résonna dans l'abattoir.

« MATT ! MATT C'EST TOI ? 

QU'EST – CE QU'IL M'ARRIVE ? »

« Je t'aime Emma... »

Un air terrifié s'afficha sur le visage de l'androïde, désormais peinturluré par les gouttelettes noires cascadant sur ses joues.
La capsule se referma. Elle s'en alla.
La mienne s'ouvrit et se tourna...
Sous mes paupières closes, une frénésie incontrôlée dirigeait mes yeux. Autour vrombissaient déjà les machines, comme affamées à la seule vue de mon corps. Des doigts d'acier froid me saisirent aux hanches, coupant ma respiration l'espace d'un instant. La scie tournait devant mon torse, son cri strident résonnant à travers l'abattoir et vrillant mes tympans. La souffrance fut intolérable et je faillis tomber à la renverse. Ma nuque s'était cassée vers l'avant, m'offrant une vue imprenable sur les cascades sanglantes jaillissant de ma cage thoracique. La pince s'approcha. Je sentis l'acier traverser et se stopper net. Les griffes tirèrent brusquement sur la chair et les côtes puis un voile noir couvrit mes paupières. Un silence mortel parvint à mes oreilles. Je ressentis les dernières bouffées d'air s'extraire de mes poumons, les dernières effluves de sang titiller mes narines.
Je ressentis les derniers battements de mon cœur, les derniers...

La griffe mécanique tira brutalement puis tout s'éteignit...
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Mireille Bosq · il y a
Les récits d'épouvante sont rares ici.Celui-ci n'est pas sans sous entendus. Impossibilité d'inscrire l'amour dans la durée physique et, peut-être bien une notion de spiritualité. Car, si le personnage peut décrire ce qu'il ressent au delà de la mort, il introduit une notion d'âme?