Cliché(s)

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Image de Automne 2014
Encore ce bruit à l’intérieur de mon crâne !

Foutue journée...

Nulle part où me garer.
Je fais trois fois le tour du pâté de maisons, avant que ce pervers de Joe Connell sorte sa vieille allemande et libère enfin une place de parking.
Sourire forcé quand il croise mon regard.
Chasser cette idée de ma tête...

C’est drôle comme le bruit de mes pas dans la neige me fait penser à des petits os brisés... Déformation professionnelle.

Triple serrure.
Jamais trop prudent !
Manteau.
Bottes.
Salle de bains.
Le sang sur mes mains se mêle à l’eau froide.
Penser à payer les factures...
Besoin d’un verre.
D’abord, nettoyer le matériel.
Méthode.
Le vieux Mikey Thatcher disait toujours que c’est la base dans ce métier.
Jack Daniel’s.
Fauteuil.
Enfin...
Télévision.
Je regarde, mais sans vraiment voir...
Quelques minutes, avant de rejoindre les bras de Morphée...
Abandon...

02h34.
Je me réveille, le visage trempé de sueur.
Je revois son visage...
Putain de boulot...
Les guirlandes électriques de Miss Doherty clignotent comme une vieille enseigne de motel. Pendant un instant, juste une fraction de seconde, j’étais de retour sur les trottoirs de Junction Street.
La vraie jungle, comme disait ce cher Hank.
Mais je suis toujours là, affalé dans ce bon vieux fauteuil, condamné à revivre les mêmes cauchemars, inlassablement...
Je vois encore la forme étrange qu’a prise sa bouche quand la lame s’est enfoncée dans son cœur...
Putain de boulot...
Mais c’est tout ce que je sais faire...
Quelque chose cloche.
Je la vois, dépassant du seuil de la porte.
Une enveloppe blanche.
Je me lève.
Péniblement...
Je la ramasse.
Elle n’est pas cachetée.
A l’intérieur, une simple photographie.
Je flanche.
Sur ce cliché, un homme.
La cinquantaine, bien tassée, les cheveux bruns plaqués en arrière, un grand manteau noir et des bottes de cow-boy.
Il se tient là, droit comme un pylône électrique, face à une femme et son gosse.
Un couteau de chasse dans la main droite...
Moi...
Impossible !
Suivi ?
Vingt-cinq ans de métier.
Extrêmes précautions.
Toujours...
Tout simplement impossible !
Qui a bien pu prendre cette satanée photo ?

Rester calme...
Faire le vide...
Je regarde par la fenêtre.
Rien.
Seulement ces maudits lutins en céramique, et la sculpture de glace du rejeton de Jack Gardner.
Je vérifie la serrure.
Rien n’a bougé.
Encore ce bruit dans la tête !
Epuisé...
Je me rassieds, avant de m’endormir à nouveau.
D’un œil...

07h42.
Il fait encore nuit.
Envie de pisser.
Je passe devant la porte d’entrée.
Une nouvelle enveloppe !
Fébrile, je l’ouvre.
Une autre photo !
Sur celle-ci, j’enterre les deux corps dans la forêt de Small Corners.
Je fais un pas en arrière, complètement sonné.
Quelqu’un, collé à mes basques, durant toute la journée ?
Comment ai-je pu laisser passer ça ?
Erreur de débutant.
Freddy Prince m’aurait descendu pour bien moins que ça !
Mais alors, qui ?
Et pourquoi ?
Par où commencer ?
Téléphoner à Chet ?
Trop tôt.
Ou alors...
Tony Bellafonte.
L’indic qui ne dort jamais.
L’homme providentiel.
Politesses.
Renseignements.
Il me dit de garder mon calme.
D’attendre.
Il est marrant, Tony !
Attendre...
Paroles, paroles...
Révélation.
Paroles, paroles...
Déjà, je n’écoute plus.
Je sais maintenant où trouver mes réponses.
Je raccroche.
Tony parle toujours...

Ne pas se précipiter.
Respirer.
Doucement.
Concentration.
Réfléchir.
Inspirer.
Expirer.
Entraînement.
Préparation.
Physique.
Mentale.

Salle de bain.
Douche.
Froide.
Frissons.
Chambre.
Vêtements propres.
Cuisine.
Un verre.
Double Scotch.
Idées claires.
Equipement.
Bottes.
Manteau.
Ma deuxième peau.
Enfin, je décide d’affronter le froid.
Je hais vraiment l’hiver...

Sunset Station.
Bar de Hunter Smithee.
Un repaire de voyous.
Un véritable nid de vipères.
Venimeuses.
A peine entré, je fonds comme un rapace sur un type, derrière le billard.
Je lui demande où est le patron.
Pas besoin d’insister.
Trop facile.
Arrière-salle.
Smithee m’accueille froidement.
Questions.
Mauvaises réponses...
Sa rencontre avec le mur du bureau ne se fait pas sans douleur.
Cris.
Sang.
Les filles dénudées sur les posters punaisés au mur semblent se moquer de son nez explosé. Visage déformé.
Douleur.
Mêmes questions.
Bonnes réponses.
Il m’explique que ce gars du Michigan, Jenkins, est toujours vivant.
Il m’en veut personnellement, pour le carnage de Hailey’s River...
Sale affaire.
J’avais pourtant cru faire le ménage.
Pas définitivement.
Pour l’instant.

Leather’s Avenue.
Les quartiers chauds.
Une certaine idée de l’enfer...
Trouver Jenkins.
Obsession.
Questionner les filles.
Les filles savent tout.
Toujours !
Monnayer.
Quelques dollars.
Les langues se délient.
Janice dit avoir aperçu quelque chose, la nuit dernière.
Pas beau à voir.
Une bagarre.
Deux gangs rivaux.
Les Fleets contre les Troopers.
Trois morts.
Joli score !
Une piste.
Linda me dit avoir vu Jenkins tirer à bout portant sur un flic, avant de s’enfuir.
Elle a relevé sa plaque.
Juste au cas où...
Cherokee Boulevard.
Centre commercial JFK
Comme par hasard...
Parking.
Deuxième sous-sol.
Toujours ce bruit dans ma tête...
J’attends.
Patiemment.
Caméra de surveillance.
Angle mort.
Une silhouette.
Bruits de pas.
Temps suspendu.
Je bondis.
Un premier coup.
Il esquive.
Crochet du gauche.
Il se débat.
Une méchante droite m’atteint à l’estomac...
Je réplique.
Fort.
Vraiment fort !
Il abdique.
Enfin.
Il est déjà mort.
Il ne le sait pas encore.
L’acier sur sa peau...
C’est fini.
Pour de bon...

Ma vieille Dodge.
Compagne mécanique d’infortune.
Je monte dans la voiture.
Siège du passager.
La place du mort, à ce qu’on dit !
Une enveloppe...
Je frissonne.
Mais pas de froid.
Une photo de Jenkins, un trou béant là où se trouvait autrefois sa gorge.
Je perds mon sang-froid.
Boîte à gants.
Revolver.
Je sors de la voiture.
Montre-toi, sac à merde !
Tu veux jouer ?
On va jouer.
Un peu...
La caméra.
Trop tard...
Démarrage en trombe.
Retour au bercail.
Mal au crâne.
J’ai du mal à réfléchir.
Si ce n’était pas cette ordure, alors qui ?
Impossible de me concentrer.
Je ne me reconnais plus.
Besoin d’un remontant.
Mon amie la bouteille.
Oublier.
Horreur !
Table du salon.
Encore une satanée enveloppe.
Encore une maudite photo.
Moi, dans ma chambre, étendu sur le sol...
Impossible !
Folie ?
Cauchemar ?
Ça n’est pas arrivé...
Pas encore...
Je cours dans la chambre.
Impact.
Violent.
Je vacille.
Je tombe.
Inconscient.

Réveil.
Douleur.
Persistante...
Le monde tourne tout autour de moi.
Je me lève.
Du moins, j’essaie...
Vision trouble.
Envie de vomir.
Je reprends mes esprits.
Table de chevet.
Toujours une enveloppe !
Toujours une photo !
Moi, hurlant de terreur...
Mais où te caches-tu, espèce d’enfant de salaud ?
Je titube.
Je sors mon flingue du tiroir...
Déterminé.
Un bruit dans la cuisine.
J’accours...
Trop tard..
La porte de derrière vient de se refermer...
Violemment !
Le jardin.
Il ne peut plus m’échapper !
Dehors...
La neige.
Le froid.
Morsure.
Atroce.
Je ne sens plus mes pieds.
Douleur.
Je m’écroule.
Lourdement.
Une balle.
Ma cuisse saigne.
Hurlements !
Les miens...
La photo !
Mais où suis-je ?
Qu’est-ce qui m’arrive ?
Mauvais trip !
Et ce bruit qui me vrille les tympans...

Il n’est pas loin.
Il est foutu !
Ses pas dans la neige mènent tout droit à la cabane à outils.
Piégé !
Un insecte dans l’ambre.
Mes forces redoublent.
Je me lève.
Je veux savoir.
Je boite en direction de la cabane.
Vers mon destin.
Souffrance.
Insoutenable !
Mon sang se mêle à la neige.
Drôle de mélange.
Je vais me le payer, cet enfoiré !
C’est bientôt fini.

J’ouvre la cabane, prêt à tirer...
Personne !
Une enveloppe.
Je m’en empare.
La photo m’échappe des mains.
Virevolte...
Un bruit.
Derrière moi.
Chaleur.
Le sang coule.
Abondamment.
Mon sang...
Je chute...

Dernière vision...
Dernier cliché...
Mon corps.
Gisant sur le sol.
La gorge tranchée...

Foutu Noël !

Rideau...

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Image de Lolanou
Lolanou · il y a
Je dirais que c'est un récit palpitant, pas mal.
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Julia Chevalier · il y a
Gun style haletant qui tient en haleine
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Arlo G · il y a
À L'AIR DU TEMPS d'Arlo est en finale du grand prix été poésie 2017. Je vous invite à voyager à travers sa lecture et à le soutenir si vous l'appréciez. Merci à vous et bon après-midi.Cordialement, Arlo
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Utilisateur désactivé · il y a
Si vous aimez les portes, regardez à travers la mienne, elle est imaginaire mais remplie d'imagination :
http://short-edition.com/oeuvre/nouvelles/le-v-a-ntre-de-la-bete

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Utilisateur désactivé · il y a
Découvrir ce site.
Maintenant.
Désolation.
Mon sentiment.
Pur hasard.
Sans doute.
Texte.
D'une belle envergure.
Chet Baker.
Chet Faker.
Merci.

Image de J.M. Gallego
J.M. Gallego · il y a
Si tu veux me lire ici: http://short-edition.com/oeuvre/poetik/allo-docteur . Ton avis m'intéresse. Merci.
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Claire Doré · il y a
Je vote et revote immédiatement pour ce texte percutant , si étonnamment différent des autres et qui m'avait échappé. J'en apprécie grandement l'ambiance et le style.
J'ai aussi deux TTC en .compétition( " Pour dire au revoir" dans Savants fous et "Une bibliothécaire jeune et belle" dans Tribulations en bibliothèque). J'ai l'impression de quémander des lectures et cela est gênant mais si l'on écrit c'est bien dans le but d'être un peu lu.
Quoi qu'il en soit, je réitère ma sincère appréciation pour votre texte en finale et vais voir si vous en avez d'autres sur short édition.

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Jérôme Grenier · il y a
Merci beaucoup Claire ! C'est le premier texte que j'envoie à Short Edition, mais il y en aura d'autres ! :-)
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Jordi Avalos · il y a
J'ai lu ton post Facebbok, j'espère que tu gagneras.
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Jérôme Grenier · il y a
Thanks buddy !
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J.M. Gallego · il y a
Il n'y a pas de mesure à la mesure des mots. (Louis Calaferte) J'aime. Je vote.
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Jérôme Grenier · il y a
Merci beaucoup !
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Zardoz49000 · il y a
C'est original, j'aime beaucoup le style épuré :) mon coup de cœur ^^ (John gornas)
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Jérôme Grenier · il y a
Merci John !!! ^_^

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