Clean avec les yeux rouges

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Je suis un artiste. Je suis un fœtus mort. La vie me snobe. Je nage dans un océan de merde. J’essuie la merde des autres. Les autres. Je suis l’oiseau de proie qui tourne autour de la créature agonisante. Le soleil qui dévore. La pluie qui noie. Je suis une mouche contre un pare-brise. La vie me viole. Je suis un mantra usé. Une chemise en loques. Un autodafé. La vie me brûle. Je suis une cigarette qui se consume. La neige qui tombe. Un nuage constipé. Et qui recouvre tout. Je suis une aquarelle. Vide. Un grand tourbillon de folie. Sale. De folie et de foutre. Je barbote dans les limbes de mon manque de tout. De toi. De ton corps. De l’idée de l’amour. Dans le silence. Et dans le vide. Je suis un oiseau sans ailes. La vie me vole. Je suis un corps sans âme. Amnésique. Je suis le vide. Je m’y perds. Je m’y noie. Et éternellement ivre. Je suis un chien lépreux. Je suis la peste. Et éternellement ivre je rampe entre les lampadaires. Plus assoiffé que Tantale. Plus fatigué que Sisyphe. Je suis l’hybris. Je suis le fruit trop mur. Le poison mirifique. La vie me tue. Je n’ai rien fait, pourtant. J’ai le karma plus clean que la culotte d’une sainte. Pourtant, je suis la haine des autres. Un grand tourbillon de haine hurlante. Je suis un monstre. Je suis leur monstre. Je m’immisce dans leurs rêves. Et je les mange. La vie me mange. Je suis une tablette de chocolat noir Lindt soixante-dix pourcent. Je coule dans vos veines. Je suis le sang. Je suis le Christ. La vie me martyrise. Je suis un blasphème flemmard. Un flamand-rose noir. Je suis un cavalier dans la nuit. La rose fanée du désespoir. La vie me vie. Dans le vice, ce n’est pas moi. Dans la recherche du rien : la quête du Triste.
Comme un vendredi matin huit heures. Nos corps encore endormis. Les yeux cavés. L’écume aux lèvres. Nos âmes silencieuses perdues dans le vague et pendues à tes lèvres. Jun. Non. Une corde imaginaire. On aimerait bien. Comme un réveil difficile. Comme un éternel bâillement. Bourdonnement sourd. On se ronge les ongles pour vérifier que l’on est bien vivant. Depuis hier – des lustres. On vit dans nos rêves. On rêve surtout la nuit. La nuit on se réveil et le matin on s’endort. L’écume aux lèvres. Les lèvres bleues. Il fait si froid dehors. Dehors, il pleut. Ça sent l’humide et le parfum de mauvaise qualité. Non. Ça sent le shampooing et la clope. L’humide, le shampooing et la clope. Les vêtements sales. Les restes encore fumant d’hier. Comme une fleur qui s’ébroue et la rosée qui valse. Comme l’encre qui perle à l’extrémité de nos mots. Délires fiévreux de gueules de bois. On est tous drogués quelque part. Quelque part on est tous quelqu’un d’autre. Et aujourd’hui surtout.
Aujourd’hui, l’écume aux lèvres. Le zob en feu. La vie me suce. Aujourd’hui je suis une statue de moi-même et je me perds dans ma placide impuissance. Je suis le vide. Je me perds dans les faubourgs de mon absence de volonté. Le vide. Sur une plage, ma plage, les vagues déferlent et se fracassent contre mon marbre. Le temps s’écoule et tout autour tout s’écroule lentement. Sur une plage, cette damnée plage, je suis encore debout. Je suis debout pour toujours. Ô que j’aimerais m’effondrer au milieu de leurs ruines – et de leur ruine sentimentale. Ô que j’aimerais pouvoir m’allonger et dormir. Dormir. Au creux du vide. Dormir un peu. Dormir toujours. Les yeux me piquent. Les paupières lourdes. Silence. Rien ne changera à rien. Jamais. Je resterai toujours debout. Les paupières lourdes. Mais impossible de fermer les yeux. Je veux pleurer. Les yeux me piquent. Et rien pour me rincer les yeux. Un ange passe. Très haut. Très vite. Je suis toujours debout. Debout. Mon glaive pendouille. La vie me suce. Et je ne ressens rien. Rien n’est jamais acquis à l’homme et surtout pas à moi. Je suis le vide. C’est le vide dans ma tête. Tout le monde cri, autour ; tout le monde danse. Une farandole formidable. Pleine de vie. De la vie, partout, en abondance. Je la contemple de mon socle. Tout le monde crie. On s’assoit sur mon socle. On me tourne le dos. Je suis couvert de fientes. Et, rien. Silence. Rien. Silence. Il n’y a rien. Nulle part. Rien ne changera jamais rien. Jamais. Rien. Jamais. La vie me suce. Et je ne ressens rien. Et je ne ressens rien. Je sais que c’est tropical. Tropical. J’imagine que c’est tropical. Mais je ne ressens rien. Jamais. Ni la peau de tes doigts qui s’amusent ô ma muse. Ni ta muqueuse contre mon gland. Je suis un soldat d’argile que Ptolémée a oublié dans son labeur funeste. On lui pardonne. On n’y peut rien. La vie me suce. Un tas d’argile. Ou de marbre, peu importe. Un tas de vide. Mon âme souffre. La vie m’épuise. La vie se désaltère de mon essence. La vie me vampirise. Je ne suis qu’une enveloppe vide et craquelée prêt à voler en poussière. Une poussière sale. A me confondre dans un cocktail de poussière et du foutre originel – mon propre foutre. La boiserie m’envole dans les caniveaux – ma vie, mon tombeau. Je suis un chien lépreux qui se traîne dans la boue de mes propres cendres. La vie me brûle. A me confondre dans les cendres des autres. Et il ne reste rien. Jamais. Rien qu’un chien lépreux qui vagabonde. A la dérive, dans l’absolu et au-delà. Entre les ruines des esprits silencieux. Silence mortel. Empoisonné. Du poison de mes rêves. De la frustration de mes fantasmes inassouvis, assassins anonymes. La bite me tyrannise. La vie me suce. Je la repousse. Non. Je voudrais la repousser. Je ne le fait pas. Jun. Quand nos regards s’enlacent je m’oublie peu à peu. Quand nos regards s’enlacent, hélas, ça ne dure pas. Jamais. Il y a mon marbre ou mon argile peu importe et la vie qui me suce. Et rien d’autre à l’horizon. Rien. Je suis un chien errant. La vie me suce. Un chien damné. Un dalmatien. L’écume aux lèvres. Le vide me dégouline par les oreilles. J’attends l’overdose. Je peux attendre longtemps – éternellement peut-être. L’odeur de l’habitude me colle à la peau. A mon marbre lisse poli par l’eau. L’eau des vagues de l’océan-ciel. Avec le temps va, tout s’en va. Sauf que là, il n’y a rien. Je suis perché sur un pan de falaise. Enchaîné à la pierre endormie. Et il faut que je saute. La nuit, je rêve d’une fille nue à qui je puisse murmurer que je rêve d’elle la nuit. La nuit je rêve de basculer dans le vide. Changer de vide. C’est déjà ça. La vie me suce. Eternellement. Et je ne jouis pas. Parce que la vie elle ne sait pas y faire, la vie, elle n’est pas belle la vie. On lui pardonne. On n’y peut rien. Jamais. Pourquoi moi ? Je n’ai rien fait, pourtant. J’ai le karma plus propre que la chatte d’une none. Je la lave tous les jours. La haine ne vient pas de moi. Je nage dedans avec les autres. La haine, ce n’est pas moi. J’aimerais bien mais je ne peux pas. Mon corps nu. Son ombre. Je ne peux toujours pas. Ses cheveux contre mon torse. Ma bite qui enfle. On se sert de moi. J’essaie de penser à autre chose mais la vie me tourmente. Dans la tempête les survivants s’égorgent. Il ne reste presque plus rien ; jamais. L’aube pâle aux doigts de rose est un conte de fée. Son dos quand elle se cambre. Et tout ce sang. Partout. Des corps entremêlés autour d’un petit tas de poudre blanche. L’aube aux doigts de rose ne se lèvera pas. Le graal moderne. Inaccessible ou que dans l’au-delà. Un cadavre presque mort se jette à l’eau et disparait, engloutit par la haine. La haine des autres. Et la sienne. Et pourtant. Voilà l’aube acérée aux doigts d’argent. Ton ombre s’évapore et me laisse comme un arrière-goût de verre, et de l’acier sous la peau. Et de l’écume aux lèvres. Je suis un clebs qui se traîne contre le macadam froid. Eternellement ivre. Et éternellement seul. Dans un garage sous un delay énorme, je plane entre les corps des camés dont il ne reste rien – ou presque. Jamais. Je me ronge les ongles pour vérifier que je suis bien vivant. Je ne ronge pas les ongles des autres car leur sort ne m’émeut pas beaucoup. Une fille fait un coma – l’écume aux lèvres. Tant pis pour elle. Je me vautre dans un océan-ciel de coco, voyez comme mon vide change de couleur. Il ne se ressemble pas, c’est pourtant bien toujours le même. Je ne me ressemble pas, tous les matins, quand je me réveille. Et ce matin surtout. La vie me suce. Ça me fait une belle jambe. Je suis un oiseau de proie qui tourne en rond dans le ciel-océan. Les courants me promènent. Si je veux aller quelque part, je ne peux pas. Le vent m’emporte et derrière moi il ne reste rien. Jamais. Il y a cette femme effrayée sous un delay énorme avachie dans un canapé éventré – elle s’est réveillée. Il faut que je la rejoigne. Que je m’assois à côté d’elle. Que je la rassure. Mais je ne peux pas. Elle appartient à quelqu’un d’autre – à un autre monde. La vie me suce. Ce serait la trahir. Jun, ce soir c’est toi que je veux. Non. Je ne lui dois rien puisqu’elle n’existe pas. Elle ne peut pas m’en vouloir, de toute façon, elle n’y peut rien. Vous allez où ? Jusqu’au bout de l’arc-en-ciel. Fais-moi rêver. Fais-moi oublier la vie. Fais-moi m’oublier. Et fais-moi oublier que je rêve. Je t’aime. Non. Je suis amoureux de l’idée de l’amour – ce qui ne m’empêche pas de te chuchoter que je t’aime. Et un peu de ton corps. Dans le silence. Et dans le vide. Dans l’idéal on ne parle pas. C’est comme un rituel. Dans les pogroms j’accuse les coups. Et dans l’obscurité j’accuse tes pleurs sans comprendre pourquoi. Jamais. Rien. Démuni devant le monstre de tes sentiments. Jun. Je suis comme dans ces rêves où je me rends compte que je rêve et que je peux faire n’importe quoi sauf échapper à ce qui me poursuit. La vie me suce. Je ferme les yeux. C’est un bon jour pour mourir. La vie me suce. Je suis encore plus le vide que d’habitude. La vie chargée d’embruns a emporté tout le reste. Je suis le dernier occupant d’un bateau en détresse, c’est à mon tour de sauter. Les eaux noires m’appellent – je les imagine m’appeler. Le vide à l’infini. C’est à mon tour de sauter. Avant que la coque ne s’enfonce. Et qu’il ne devienne insoutenable. Que le siphon m’emporte et qu’il ne reste rien du reste de rien. Jamais. Un café frappé pour tout le monde. Jusqu’où le vide peut-il être vide, si on le mystifie encore ? Et toujours ? Toujours rien. Un bouquet de sensations fanées déjà depuis des lustres n’émet aucune odeur et loin de l’idée de l’amour, on n’en peut déjà plus. Les lumières disparaissent une à une sous la surface glacée dans une pluie d’étincelles. Avec un peu de chance, on va voir des dauphins. Jun me reprochait de rêver de la vie et d’oublier de la vivre. Si seule-ment elle savait. Vivre, c’est mourir. Elle s’appliquait à me faire redescendre sur Terre. Il n’aura manqué que d’un peu de dynamite, finalement, pour que mon rêve se réalise. Pour qu’on s’envoie enfin en l’air – et pour toujours, dans un long orgasme, éternel. Et loin de l’idée de l’amour, je ne l’oublierai pas, ce serait trop facile. Vers elle iront mes dernières pensées. C’est à elle que j’enverrai mes derniers chrysanthèmes, les fleurs des rives du Styx. Le Styx. Ses eaux nous rendront immortels. Les pieds dans les eaux du Styx, on coule, je confusionne, on sait jamais, peut-être que je vais mourir après tout. N’ai-je pas le droit à une dernière cigarette ? C’est le moment de commencer à fumer. Quand tout s’éteint alors on craque une allumette. Histoire de laisser à la lune le temps de réapparaitre ; de contempler une dernière fois ses traits. On sait jamais. Prière. La vie me suce. J’ai peur du vide. La vie me suce. J’ai peur de m’endormir et que mes feuilles ne s’envolent et qu’à mon réveil tu ne sois plus là, Jun. Et qu’il n’y ait plus rien, Jun. Jamais. Rien. Jun. Je n’ai pas peur que le bateau coule. Prière.
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