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Cinq-heures du mat’ Gédé frissonne

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Ted

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Cinq-heures du mat’ Gédé frissonne (Il n’a pas le souvenir d’avoir rejoint son lit). Qui l’a ramené chez-lui ? Qui l’a déshabillé ? Il a mal au crane... l’a-t-on matraqué ? Une main sur la tête, l’autre sur son paquet, il vérifie lentement les dégâts : aucune bosse au touché. Une blonde va le détendre (même dans l’obscurité, sa main sait où trouver de quoi l’allumer). Deux lèvres qui aspirent, un bout en incandescence, un plaisir sans nom, deux minutes de bonheur payé à prix fort : il vient de fumer sa première cigarette.


Trois mégots écrasés la veille tombent de l’assiette à dessert pendant qu'il écrase le dernier arrivé. La nicotine aidant, Gédéon reprend peu à peu conscience. Ça lui revient : lui et Zinedine ont passé la soirée ensemble. N’allez pas croire qu’ils sont en couple : Laura et Marie les accompagnaient. Laura a rencontré Zinedine il y a huit ans, puis elle s’est acoquinée avec Gédé au bout de quatre ans. Marie a consolé Zinedine peu après le départ de Laura (C’est Gédé qui la lui a présentée). Les années ont défilé tandis que l’envie se défilait au sein des deux couples. Ces quatre-là ne sont plus liés que par l’amitié.


« Libère Terre ». Le nom de ce club pourrait porter à confusion. On n’y entre qu’accompagné (sauf quand on est une femme). Il est mitoyen d'une bibliothèque sur sa gauche et d'une boulangerie sur sa droite. Rien n’indique qu’il s’agisse d’un club privé. L’aménagement intérieur est bien pensé : au rez-de-chaussée on discute, au premier étage on s’acoquine et au second on échange ce qu’on est venu échanger. Gédé et Zizou ne sont plus en couple, mais le patron feint de ne pas le savoir (il a du bon champagne à vendre et Gédéon a un bel héritage à dépenser). Il vient de s’allumer une autre blonde et d’autres bribes de la veille lui reviennent. Une très jolie femme l’a allumé en début de soirée. L’intrigante avait des yeux bleu-ciel dans lesquels on aimerait s’envoler ; des lèvres fruitées que l’on voudrait goûter ; quatre collines galbées que l’on grimperait volontiers à mains nues (deux collines à l’avant, deux autres à l’arrière) ; et ce qui ne gâche rien : une capacité à discuter. Il a tout de suite vu en elle une candidate au mariage (à la fois amie, amante, parlante et défiante).


Gédé est un homme blasé. Il vit en automne toute l’année : les filles mortes (intellectuellement parlant) se ramassent à la pelle. Pour lui c’est sûr : Estelle est une fausse blonde (elle sait parler). Deux heures qu’ils discutent. Au rythme où ça va, il sera bourré avant d’avoir fini la discussion. L’apollon reprend le dessus en tentant d’abréger le débat : ils auront tout le temps de finir cette discussion demain matin. Il envisage de passer la nuit à battre des records et il se lance : « Tu m’plais !!! ». Estelle : « Toi aussi !!! ». L’embrassade qui suit intrigue Gédéon : il a l’impression d’embrasser son propre frangin (auraient-ils trop fraternisé ?). Estelle : « Je veux être franche avec toi Gédéon !!! ». Gédé la langue estourbie : « Dis-moi tout ma déesse !!! ».


Elle lui dit être un homme.


Le menton trop lourd pour garder la bouche fermée, Gédéon remue les lèvres dans un effort surhumain : « Ton vrai prénom... c’est quoi ? ». Elle (ou lui) lui répond : « Didier ». Le dragueur déconfit : « Comment te dire Distel... euh Estelle... ou qui tu veux nom de dieu !!! Je... ». Didier l’interrompt : « Je sais ce que tu vas dire : Tu n’aimes pas les hommes déguisés en femme ». Gédé est un brave mec : il se commande un autre whisky pour quitter sa future épouse sans la frapper. Son ami Zizou n’est qu’à quelques mètres de lui. Qui sait ? De là où il est, il n’a peut-être pas vu la scène !!! Gédé le rejoint : « Oh mon Zizou !!! Ça farte ? ». Zinedine : « Pas vraiment mon Gédé... j’ai beau faire le beau gosse, le racisme prédomine. On va faire comme d’habitude : tu m’en présentes une et je l’emballe dare-dare ». Gégé (rassuré et l’esprit farceur) : « J’en ai repéré une qui pourrait bien te plaire. Tu aimes les blondes ? Y en a une là-bas... elle te reluquait y a pas cinq minutes ».


Gédé pointe Estelle du doigt (tel un chien fou allant chercher la baballe, Zinedine l'aborde dans la seconde). Elle l’a reluqué : il y va franco « Bonsoir !!! J’ai eu le malheur de vous voir. Vous me plaisez et je redoute un râteau. Est-ce que je vous plais ? ». La blonde galbée aux yeux bleus attrape la main de Zizou et l’entraine au bar. Gédé se mord les lèvres pour ne pas s’esclaffer (sa blague semble fonctionner). Suivent une demi-heure de discussion, trois minutes de galoches et un clin d’œil destiné à Gédé au moment de sortir du bar. Gédéon les regarde partir les bras ballants. Il se revoit se morfondant assis au bar en attendant le retour de Zizou : deux, quatre, six puis huit verres (il ne se souvient pas d’en avoir bu un neuvième).


Gédé s’est donc réveillé en frissonnant. Ce frisson (il le sait maintenant) n’était dû qu’à l’angoisse de voir un ami virer de bord. Estelle a-t-elle avoué son identité ? Lui a-t-elle dit qu’elle (ou il) s’appelle Didier ? Le téléphone de Zizou sonne occupé... Dix-huit mégots et six expressos vont l’aider à se décider : il doit aller s’excuser. Son pote habite à trois immeubles de chez lui. Il est sept heure du mat’, Gédé frissonne encore. Trois tocs sur la porte, Zinedine l’entrouvre d’un air réjoui. Il est en peignoir : le mal est fait (ou défait si l’on considère que Zizou est un mâle).


Zizou les yeux brillants de bonheur : « Eh mon Gédé !!! Entre donc !!! Estelle m’a tout raconté ». Gédéon : « J’suis désolé Zizou... j’voulais pas t’mettre dans d’sales draps. C’était juste une blague. J’aurais jamais cru qu’tu plongerais... euh... ça va sinon ?... la santé ?... t’as mal nulle part ? ». Zizou : « Je n’me suis jamais senti aussi bien !!! Joins-toi à nous, on vient de se réveiller et on allait prendre le petit déjeuner ». Gédé n’a pas déjeuné, il accepte l’invitation. Didier est là, dans la cuisine. Il boit fiévreusement son bol de chocolat chaud. Lui aussi est en peignoir. Ses yeux bleu-ciel défient l’ami de Zizou. Gédéon : « Bonjour Didier... ».


Dix minutes qu’ils discutent. Zizou a un sourire malicieux (tout comme Didier). Gédéon joue le rôle de l’arroseur arrosé : celle qui disait s’appeler Didier est entrée dans ce club par hasard. En tant qu’humanitaire, elle s’attendait à une soirée débat sur le thème de la paix. Dix minutes lui avaient suffi pour comprendre que les mots « Libère Terre » parodiaient le mot « libertaire ». Soucieuse de profiter de l’occasion pour ne pas rentrer seule, elle s’était décidée à se donner au premier mec potable assez ouvert pour ne pas s’offusquer d’être dragué par un homme (elle évite de fréquenter les cons).


Aucune morale à cette histoire si ce n’est celle-ci : « Acceptons les différences, ne serait-ce que pour nous différencier des cons ».

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Guy Bellinger · il y a
Bien écrit, drôle et dérangeant, de la relève pour Bertrand Blier.
Si vous avez une minute à perdre je vous propose la lecture de "Haooy end" (http://short-edition.com/oeuvre/tres-tres-court/happy-end)

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Ted · il y a
La comparaison me touche. Je manque de style, mais ce texte lu par vous sept mois après sa parution semble vous avoir interpelé. Ça aide quand on publie sans concourir (et à l'occasion pour concourir avec pour objectif raté la validation du comité de lecture).

Je pars lire de ce pas votre texte très très court...
Merci pour ce commentaire Guy.

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Guy Bellinger · il y a
J'aime bien farfouiller parmi les textes peu lus et un peu oubliés. On y trouve, tout autant que parmi les adoubés, de petites pépites. Et celui-ci en est une. Ce qui me permet d'affirmer, en tant que lecteur, que non, vous ne manquez pas de style. Le langue est vive et inventive, sous-tendue par un humour noir réjouissant. Quant à avoir été blackboulé par le comité de lecture, il ne faut pas trop vous en inquiéter. Les quatre cinquièmes de mes textes ont été rejetés malgré de très bons commentaires de la part de nombreux lecteurs. Ce n'est qu'un indicateur mais nullement la bible.
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Chironimo · il y a
pour la morale de cette histoire: +1
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Ted · il y a
Tu as noté des imperfections dans le texte (vu que tu ne pointes que la morale)
J'accepte la critique et je gagnerais à t'entendre me dire où ça a coincé ;)

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Chironimo · il y a
pas du tout, tout est bon, y'a rien à jeter. c'est juste que les commentaires pour justifier un vote m'emmerdent un petit peu... c'est que ça... :-)
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Ted · il y a
Pas de problèmes Chironimo O))
Heureux d'apprendre que tu limitais ton commentaire à la conclusion.
Connaissant ton talent pour l'écriture, j'ai cru que tu faisais l'impasse sur le texte en ne commentant que la conclusion.
Mon anxiété me tuera O))

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Chironimo · il y a
C'est le piège du bouton "j'aime cette oeuvre"! si tu cliques dessus, sans dire pourquoi, le bénéficiaire se dit: "c'est parce que il m'aime bien... ou il veut me garder comme abonné pour ses propres textes... ou je suis sûr qu'il ne m'a même pas lu...ETC..." et si tu ne cliques pas, c'est pire: tu condamnes l'auteur à l'oubli! Merdouille!
pour me résumer: si j'ai cliqué, c'est 1) que j'ai TOUT lu, et 2) que j'ai au minimum "pas mal aimé".
Ensuite, autant j'aime LIRE les commentaires sous mes textes, autant je coince quand il s'agit de les ECRIRE sous les textes des copains, car à ce moment tu tombes dans ce paradoxe: Au lieu d'écrire tes propres textes (c'est du travail et ça prend du temps), Short devient un site où principalement tu écris plus en réaction à ce que tu y lis, sans avoir le temps de t'occuper de ta production personnelle ... Or, Short est avant tout un site d'écriture...re-merdouille, on ne s'en sort pas!!
je voulais faire de cette idée un sujet de réflexion sur le Forum, mais il aurait alors fallu que je gère les discussions... j'ai préféré renoncer... si le coeur t'en dit....

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Ted · il y a
Merci pour ces précisions Chironimo ;)
Je le saurai pour la prochaine fois.

J'ai deux fils de discussion à gérer sur le forum ^^
Mais le sujet est intéressant.
à +

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Chironimo · il y a
je t'ai repéré sur le Forum... je suis l'affaire de loin, mais je la suis.
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Emma · il y a
Mais c'est que cela devient de plus en plus affûté ! Tu gardes cette imagination et inventivité, mais les intrigues se clarifient et ton côté "brouillon" ou plutôt bouillonnant se canalise sans perdre l'originalité. J'aime même tes parenthèses maintenant !
Et puis ce plaidoyer pour la différence, j'aime.

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Ted · il y a
Entre mes sauts de joie devant mon clavier (vu ce commentaire qui me touche), je touche une à une ses touches pour te répondre que ton commentaire me touche énormément (a tel point qu'il me fait sauter de joie ^^).

Un grand merci Emma

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Emma · il y a
Et bien tu vois, j'ai lu tous ces échanges sur le forum à propos des critiques constructives. Tu es l'illustration de l'auteur qui aime en recevoir et travaille, travaille...
Faut que je m'y remette ! Arrêter de tout reprendre longtemps et proposer mes textes à la critique...
Continue, hein !

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Ted · il y a
Je me souviens avoir lu le "lamaneur".
Tu as fait voyager tes lecteurs.
Fais nous en d'autres Emma ;))
De mon coté je continue....
A te relire

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Joëlle Brethes · il y a
Bien amené et drôle ! :-) J'ouvre le score !
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Ted · il y a
Merci Joëlle ^^
un "j'aime" dans mon escarcelle ;)

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Joëlle Brethes · il y a
Un jour de Saint-Valentin, il eût été dommage que tu n'en récoltes pas un ! ;-)
Je t'en souhaite beaucoup d'autres demain !

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Ted · il y a
Tu ne crois pas si bien dire O))
Le pire étant que j'ai écris "un "j'aime" dans mon escarcelle" sans même y penser.
Faudrait que j'apprenne à maitriser mon subconscient

A + Joëlle ;))

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