Chroniques du nouveau monde II

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Le désert à perte de vue, il était environ midi, le soleil était à son zénith. Un soleil de plomb qui tapait sur le sable du désert depuis cinq ou bien six heures ? Chuck ne savait plus très bien. Quarante-cinq degrés à l'ombre... et pas d'ombre, il était dans la merde. Le vieil homme avançait, un pied devant l'autre, tant bien que mal. Il se déshydratait à vue d'œil. Il avait fait le test du pli cutané il y a cinq minutes, mais il avait remis la peau lui-même. La peur sans doute.

Il avait été abandonné là par son groupe. Un groupe de pillards du désert dont il avait été le chef pendant près de quinze. Une reconnaissance à la hauteur des services rendus en soi. Dans tous les cas, il allait devoir trouver de l'eau, un abri et de quoi manger. Et il allait devoir trouver ça rapidement, sinon, c'était la mort assurée.
La vieille ville pointait bien à l'horizon, mais s'y rendre aurait été de la folie. Il n'en était pas encore là. Et quand bien même, elle était beaucoup trop loin. Après toute une matinée de marche, Chuck arrivait au bout de ses forces, il sentait la mort approcher. Il la sentait tourner autour de lui avec insistance, à l'instar de ces rapaces qui le survolaient depuis une bonne heure. Eux avaient trouvés leur déjeuner.

- Dégagez ! Saletés, hurla-t-il. Si on pouvait appeler ça un hurlement.

Mais ils n'écoutèrent pas, ils choisirent de rester, guettant le moment opportun.
Chuck, lui, ne pouvait plus avancer, son corps était devenu trop lourd. Sa tête lui faisait mal, ses yeux le piquaient atrocement et sa gorge était tellement sèche qu'on aurait dit qu'il se la raclait à chaque expiration. Il tombait à genoux, près à faire une prière à qui l'aurait entendu, qu'il se serait damné pour une goutte d'eau.

- Les maudits pillards, se dit-il, plus assez productif ? Mon cul ! Ils auraient au moins pu me laisser une bouteille de flotte.

Il regagna un instant de ténacité alors que l'un des rapaces se posait à moins de deux mètres de lui. Il se leva d'un bon et tenta de s'en saisir. Il allait le saigner et boire son sang comme une bière bien fraiche. S'il l'avait attrapé. Au lieu de ça, il s'écrasa dans le sable et le rapace lui picora la jambe.
Maigre consolation pour ses dernières force qui s'envolaient avec le rapace. Chuck resta un instant allongé, dos au désert, il fermait les yeux pour ne pas les irriter et gesticulait de temps en temps pour éloigner les rapaces. Il les entendait, ils étaient là, à se rapprocher de plus en plus. Sûrement avaient-ils aussi fin que lui.

Ainsi, les heures passèrent. Il était toujours vivant. Coriace. Il se redressa et ouvrit les yeux, le soleil l'éblouit si intensément qu'il dût patienter quelques secondes, bien longue quand on savait ce qui l'attendait. En ouvrant finalement et définitivement les yeux, il constata que les rapaces étaient toujours là, en cercle, autour de lui. Il fut prit d'une colère noire, se leva et gesticula les bras et les jambes dans tous les sens pour dégager tous ces vautours. Son repos l'avait un peu requinqué. Il était de nouveau debout et comptait bien y rester. Mais c'était sans compter sur la soif qui le tiraillait toujours. Pas le choix, il fallait se résigner à prendre la route de la ville.

Trente minutes passèrent et il se trouva de nouveau à bout de force, il était toujours guetté comme un déjeuner. L'heure était au choix, il n'atteindrait jamais la ville, pas dans cet état. Il dégrafa ses bretelles et songea au fait qu'il aurait dû garder sa ceinture, l'utilité de cette dernière aurait été davantage avérée pour ce qu'il comptait en faire. Il fit un nœud et se le passa autour du cou.

- Quelle fin légendaire mes... mes amis ! Cria-t-il au rapaces sur un ton ironique à souhait.

Il serra le nœud quand ses yeux furent attirés par une forme sombre à quelques centaines de mètres. Il tenta plein de peine à se défaire du nœud et cru un moment qu'il allait y passer, mais il finit quand même par réussir. Il se concentrait et au fur et à mesure de ses tentatives, il parvenait à distinguer de plus en plus la forme de l'objet. - Autant tentez sa chance se dit-il. Il vira ses vilaines bretelles et rassemblant ses dernières forces, prit la route de l'objet en question.
Les quelques centaines de mètres qui le séparaient de l'objet lui parurent une centaine de kilomètres. Mais il arriva finalement, pour ne trouver qu'un vulgaire panneau à moitié enfoui.

- « Garage de JoJo, pompe à essences », merde alors, mais il le voit où leur garage ?

Chuck tournait sur lui-même, son regard, plus vif que jamais, chercher de près ou de loin une quelconque ressemblance avec un quelconque garage mais rien. La réponse ne tarda cependant pas à venir. Il était ensevelit. Chuck commença à creuser et n'eut pas à creuser pas bien loin, il trouva une trappe. - La chance, enfin s'esclaffa Chuck alors qu'il s'empressait d'ouvrir la trappe. Un vulgaire trou noir au milieu du désert, Chuck fit ce qu'aurait fait n'importe qui dans sa situation, il sauta dedans. C'était sa dernière chance.

Il faisait noir et le faible halo qui sortait de la trappe suffisait à peine à percevoir ce qui se trouvait dans le garage.
Le plus important dans le garage, Chuck l'avait trouvé dès son entrée, en tombant, il était tombé sur un capot et sur le capot se trouvait un logo. Le logo était celui d'une vieille Buick, un modèle des années 60. À première vue, la voiture était toute pourrie, le résultat de 20 ans d'abandon. Au fond du garage, Chuck parvint à distinguer un bureau. Sûrement celui du boss. La porte était fermée à clé alors un petit coup de coude dans la grosse vitre qui tapissait l'un des murs du bureau et le tour était joué. Le faible intérêt que représentant cette pièce fit légèrement pâlir Chuck qui n'avait toujours rien pour s'abreuver où se sustenter. Mais là encore, la chance lui sourit, un bruit imposant vint sortir Chuck de sa torpeur, la tuyauterie du garage gloussait à haute fréquence dans le calme le plut plat du désert. Chuck se rua sur le premier robinet qu'il trouva. Une eau d'une pureté record en jaillit après qu'il est actionné le tourniquet.

- J'adore ce foutu désert !! Hurla Chuck quitte à en perdre sa voix.

La déshydratation était désormais un problème du passé. Maintenant, il fallait trouver un moyen de sortir de là, son estomac gloussait au moins aussi puissamment que les tuyaux du garage. Par la trappe, c'était impossible, trop haut. Chuck tenta alors d'ouvrir la porte du garage. Il se trouva confronté à un mur de sable.

- On dirait que t'as pas le choix Chuck, va falloir que tu creuses ! Se dit-il alors qu'il se retroussait les manches.


Il lui fallu deux jours complets pour dégager l'entrée du garage, il avait réussi tant bien que mal à chopper un de ces sales piafs et l'avait littéralement dévoré. Il lui fallait maintenant tenter de mettre le contact de la Buick. La carrosserie était dans un piteux état. Maintenant qu'une entrée était accessible, davantage de lumière parvenait à pénétrer dans le garage. Chuck avait tout ce qu'il lui fallait, outils, pièces autos et le bien le plus précieux de ce foutu désert deux jerrycans pleins de carburant. En bon survivant du désert, il ne fallu pas bien longtemps à Chuck pour remettre la vieille Buick en état. Ou du moins, dans un état à peu près potable.
Maintenant, et c'était bien là sa marque de fabrique, il lui fallait ouvrir le capot. Chuck gardait toujours ça pour la fin, il adorait travailler sur les bagnoles, mais si le moteur était tout pourri ou tout simplement absent, où était l'intérêt de s'attarder dessus. De cette façon, Chuck parvenait toujours à prendre un peu de plaisir avec sa passion, les Muscles de la grande époque de la vieille Amérique.

Le V8 de la Buick rugissait encore comme un vrai monstre, même après 20 ans, une mécanique indétrônable... Il était donc temps pour Chuck de retourner dompter les dunes du désert.

Mais c'est la direction de la ville qu'il prit.
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