Chronique d'une famille ordinaire (7)

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Mère (Presque) parfaite. Disons que j’ai la trentaine (ou plutôt dans ma tête, car j’ai finalement 42 ans). J’ai un métier que j’aime et qui me permet de m’épanouir comme il faut. Il ne  [+]

Le ridicule ne tue pas, heureusement pour moi.

Plus je vieillis, moins j’aime prendre le métro. Je n’aime pas parce que ça sent mauvais, et parce que quand il fait froid dehors, on a chaud dedans (et inversement). En résumé, on n’est jamais bien dans le métro. Donc, je trouve toujours un prétexte pour ...
1- Prendre la voiture ; ce qui, soit dit en passant, devient de plus en plus compliqué... Vous avez remarqué que dans Paris, le sens de circulation des voitures change sans arrêt ? Un coup on roule à gauche, un coup on roule à droite, sans aucune logique. Et quand je dis que ça change, c’est pas une semaine à gauche, une semaine à droite, c’est encore plus relou : c’est en fonction des rues. Du coup, je me retrouve très souvent sur la voie des bus et des taxis, ou pire à contre-sens.
2- Donc l’autre possibilité pour échapper au métro (et à la police), c’est le taxi. Bon, là, outre le fait que ça coûte un tout petit peu plus cher qu’un ticket de métro, c’est pas non plus le paradis : il faut juste espérer tomber sur un taxi mal-aimable (pas trop compliqué quand même, c’est la majorité) qui te fout la paix pendant le trajet, parce que discuter de la pluie et du beau temps, avec les taxis : pas trop ma tasse de thé... Donc dès que je rentre dans ledit taxi, je ne décroche pas de sourire, j’articule à peine là ou je veux aller, et je baisse la tête. Ensuite, ça va, en général ils me fichent la paix.

Donc, hier, je devais me rendre dans Paris (métro Pasteur) et j’avais donc le choix de m’y rendre en prenant...
1- la voiture (considérant mes chances d’arriver à l’heure, sans contravention pour circulation en sens inverse, et en trouvant une place pour me garer sur place, j’ai laissé tomber l’affaire)
2- le taxi (j’ai pas encore passé le cap de me dire « je prends le taxi quoiqu’il arrive » en général, il me faut une excuse, du style : il fait nuit et le métro c’est dangereux la nuit ; là il était 9h du matin, et le soleil était déjà levé, hélas)
et 3- le métro.
Par élimination, j’ai donc choisi le métro et j’ai même positivé à l’extrême en me disant : chouette : de Nation à Pasteur : il y a une bonne vingtaine de stations, ce qui va me permettre de lire mon « Jonathan Coe », pendant 20 minutes sans être interrompue par quelqu’un qui veut boire, ou me dire quelque chose d’hyper hyper important, ou qui vient de se cogner la tête dans une porte, ou...

Donc, à Nation, je m’installe tranquillement, face à une dame qui lit son « 20 minutes » et je sors mon livre, m’apprêtant à me plonger dans l’Angleterre de Tony Blair pour découvrir s’il allait (enfin) se passer un truc entre le parlementaire travailliste véreux, Paul et sa jeune assistante Malvina. J’étais à peine rentrée dans l’histoire que je sens une forme s’asseoir à mes cotés, me poussant un peu et s’excusant. Du coup, je me sens obligée de lever les yeux (erreur fatale) vers cette personne et je découvre, un jeune homme, charmant, et visiblement 3 de ses amis debout, à côté de nos sièges tenant tout un fourbis de caméras et micros. Je lui souris poliment pour lui faire comprendre que je l’excusais et replonge dans ma passionnante lecture.

Et là j’entends ce même jeune homme me dire :
— Excusez-moi de vous déranger, Mademoiselle. ...

Alors, là j’arrête instantanément ma lecture, je relève la tête vers ce délicieux jeune homme qui m’appelle « Mademoiselle ». Parce que ça fait quand même un bail qu’on ne m’a pas appelé Mademoiselle, sauf certains très vieux messieurs qui n’y voient plus très clair, et parce que m’appeler « Mademoiselle » moi, ça me rend hystériquement joyeuse.

Et il continue en m’expliquant que lui et ses copains sont étudiants en école de journalisme et qu’ils font un « reportage » sur ce que lisent les gens dans le métro. J’acquiesce d’un mouvement de tête, toujours souriante et surtout toujours sous l’effet euphorisant du « Mademoiselle » et là, il me demande (bravo, pour l’entrée en matière, quand même, il ira loin ce jeune homme) toujours aussi gentiment, si j’aurais la gentillesse d’accepter de me lever et de lire quelques lignes de mon livre à haute voix...

Silence, tout le wagon, qui avait assisté à la scène (ben, oui, pour une fois qu’il se passe un truc, avec caméra, micro et tout, tout le monde regarde et écoute) était suspendu à mes lèvres : et ils se disaient tous la même chose : quels naïfs ces jeunes ! Elle ne va pas accepter aussi facilement de se ridiculiser, quand même. Malheureusement, j’étais toujours sous l’effet de ce putain de « Mademoiselle » qui avait fait le vide dans mon cerveau envoyant se balader mon sens du ridicule.

Et j’ai dit Oui...

Mon sens du ridicule est revenu alors que j’étais debout, dans la rame, hurlant, mon texte pour couvrir le bruit des portes qui s’ouvrent et se ferment. Bon, voilà. Depuis...
1- je me demande si c’était pas un élève de Jean-Yves Lafesse qui était en apprentissage...
2- j’ai pas osé ré-ouvrir le livre et je me demande si je serai capable de relire à nouveau
et 3- je ne refous plus JAMAIS les pieds dans le métro, JAMAIS !

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