Chronique d'une famille ordinaire (5)

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Mère (Presque) parfaite. Disons que j’ai la trentaine (ou plutôt dans ma tête, car j’ai finalement 42 ans). J’ai un métier que j’aime et qui me permet de m’épanouir comme il faut. Il ne  [+]

La SNCF et moi - L'imprévu jusqu'à destination.

Quand on décide d’écrire des billets récurrents, il n’est pas idiot de prendre un peu d’avance : d’écrire quelques billets sur des thèmes assez généraux (du style, les enfants c’est pas toujours “love at first sight”) qu’on ressortirait les semaines où il ne se serait rien passé dans notre vie. Eh bien figurez-vous que j’ai pas le temps. Chaque semaine, dans ma vie (qui n’est somme toute pas des plus passionnantes, j’en ai bien conscience), je trouve des trucs pour alimenter ces quelques lignes destinées à vous distraire.

La semaine dernière, c’était les urgences pédiatriques, cette semaine, c’est mon voyage en train. Oui, j’ai vécu une expérience du troisième type en prenant un train, un TGV qui devait m’amener de Paris, Gare de Lyon, à Modane, Savoie (frontière italienne, ce détail a son importance... et la destination de ce train était Milan).

Donc, je pars dimanche après midi, laissant toute ma petite famille éplorée, pour prendre un train à la gare de Lyon à 15 h 25. C’était un train direct, avec une arrivée prévue à 19 h 25 à Modane, donc, à la frontière italienne. Je me fais une joie de prendre un train qui va en Italie, même sans moi, bercée que je serai par la douce mélodie des mandolines.

15 h 15 : On nous annonce que le TGV ... est en panne. Bon, un TGV en panne, je sais pas si c’est possible franchement. Je trouve ça un peu gros comme excuse : même les voitures ne tombent plus en panne (sauf celle de mon beau-frère qui est du genre à attendre le dernier ml d’essence restant dans son réservoir pour faire le plein, et qui du coup, le paye de temps à autre...), alors un TGV, mon œil ... En plus, dimanche, il faisait un soleil radieux dans toute la France avec des températures quasi printanières : pas de neige, pas d’inondation, pas de verglas, il restait plus que l’excuse de la panne du TGV...

15 h 15 - 15 h 30 : Tous les voyageurs de la rame se demandent ce que la SNCF attend de nous : Qu’on répare ? Qu’on rentre chez nous? Parce que les annonces, à la SNCF, c’est ... comment dire... factuel et laconique. Pas de blabla inutile. Le train est en panne. Voilà.

15h30 : On nous annonce qu’on va devoir changer de train. Ce qui est somme toute une assez bonne nouvelle, vues les circonstances.

15h45 : Nouvelle annonce, on va changer de train dans ¾ heure.

16 h 30 : On part enfin. Bon, rien de grave, une heure de retard : c’est presque normal, à la SNCF.

19 h 30 : Alors qu’on approche de Chambéry, nouvelle annonce : « Chambery terminus du train – Chambery : Capolinea del treno ». Là, tu regardes incrédule les autres voyageurs qui te lancent des regards tout aussi incrédules et tu te dis « merde, on s’est tous trompés de train ou quoi ? ». Une nouvelle annonce à 19 h 31 : le TGV dans lequel vous circulez n’a pas d’autorisation pour circuler en Italie (malin, ça, c’est un train qui part en Italie, et ils nous mettent dans un train interdit en Italie, ils espéraient quoi ? Que la règlementation italienne change pendant le voyage ?), il faut donc changer de train une deuxième fois et attendre, encore 1 heure, le train qui lui sera autorisé en Italie. Dans sa grande mansuétude, la SNCF nous autorise à rester pendant l’heure d’attente dans le mauvais train. Chouette.

19 h 45 : Un contrôleur passe l’air entendu et nous promet un plateau repas offert par le SNCF, quand le train italien sera enfin là.

20 h 30 : Le train “italien” arrive. Il est bondé et visiblement la SNCF ne joue pas qu’avec nous, puisque les voyageurs du train “italien” descendent pour monter dans le nôtre et inversement. Le souk de Marrakech, à côté du merdier qu’il y a sur le quai, c’est le très select Bon Marché un lundi matin. Mais bon, on va avoir droit à un plateau repas...

21 h : On repart, direction l’Italie. J’ai demandé 10 fois au conducteur si le train s’arrêterait bien à Modane : et il m’a répondu 10 fois l’air exaspéré que, oui, il s’arrêterait à Modane. J’allais pouvoir déguster mon plateau repas en toute sérénité.

21 h 05 : Le contrôleur nous distribue des boîtes à chaussures.

21 h 06 : Dans ma boîte à chaussures, il y a ... mon plateau repas. Grande déception. Je ne m’attendais pas non plus au plateau Air France de la classe affaires, mais là, c’était à peu près ce que j’imagine du repas de survie qu’on distribue à l’armée en mission en Afghanistan.

Alors allons-y : pour les âmes sensibles, arrêtez-là la lecture du texte. Pour les plus aguerris :

1 - La boîte à chaussures est scellée par une étiquette que tu ne peux pas louper et qui t’indiques la date d’expiration : 2013 (là avant d’ouvrir, tu te demandes, ce qui peut bien y avoir qui se conserve jusqu’en 2013)....

2 - Les couverts : ... en bois. Non mais, c’est quoi ce délire ? Pourquoi mettre des couverts en bois : c’est dégueulasse, ça a un goût immonde. Je me suis dit sur le moment : ça doit être la folie développement durable qui a atteint aussi la SNCF, mais pas du tout, tout le reste étaient dans des barquettes en alu, tout sauf « biosecure ».

3 - Les micro-barquettes en alu : la première contenait soit-disant du pâté (enfin, je crois, c’était inscrit en italien). Le pâté avait la couleur, la consistance et le goût de la pâte à fixe ; la deuxième (salade niçoise) avait le goût, la couleur et la consistance du Canigou ; la troisième (du taboulé), j’y ai pas touché, j’ai pas pu. Pas parce que je faisais ma chochotte, non, tout simplement parce que je n’ai pas pu, matériellement parlant, décoller le soi-disant taboulé de son emballage avec ma fourchette en bois.

4 - Le dessert, c’était le seul truc mangeable. Une compote de pomme, au goût, à la couleur et à la consistance de la compote de pomme. Sauf que manger de la compote de pomme avec une cuillère en bois, c’est dégueu.

5 - Enfin, le pompon, la cerise sur le gâteau, la petite douceur qui te fait dire qu’à la SNCF, ils ont du savoir-vivre : un petit sachet de bonbons, et pas n’importe lesquels, non, des ...pastilles Vichy ! Qui en France, ou dans le monde, achète encore des pastilles Vichy ? Eh bien, oui : La SNCF. Franchement, moi, j’aurais dit que ça n’existait plus les pastilles Vichy, je pensais que les derniers lots avaient été distribués gratuitement dans les maisons de retraite et qu’on n’en parlait plus : terminé. Eh bien non, pas depuis que la SNCF les utilise pour calmer les nerfs de ses passagers. Du coup, j’ai gardé mon sachet, en souvenir.

Sinon, il y avait aussi des inscriptions sur la boîte à chaussures. Inscriptions tellement à la “one again” que je les ai prises en photos avec mon téléphone (mais comme j’ai un Nokia pas smart pour un sou, je ne peux pas vous faire profiter de ces magnifiques clichés). D’ailleurs, ça a donné des idées à mes compagnons de voyage qui ont tous pris des photos de leur boîte à chaussures. Je pense qu’en Italie, ils se marrent encore.

Donc, comme inscription rigolote, il y avait « Produit interdit à la vente ». Tu m’étonnes !
Et puis surtout, écrit en tout petit, résumé dans une petite phrase de rien du tout, toute la philosophie de la SNCF : « Pour mieux vivre l’imprévu jusqu’à destination ». Quel magnifique slogan, non ? « La SNCF : l’imprévu jusqu’à destination ». On pouvait pas trouver mieux.

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Claire Dévas · il y a
Je poursuis la lecture des aventures d'une famille ordinaire avec délectation !
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Jacqueline Hardy-Jamil · il y a
mieux vaut en rire et j'ai bien ri de ce voyage en absurdie !
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Zalma Solange Schneider · il y a
Excellent petit texte... tout rigolo ! J'aime beaucoup !!

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