Chronique d'une famille ordinaire (2)

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Mère (Presque) parfaite. Disons que j’ai la trentaine (ou plutôt dans ma tête, car j’ai finalement 42 ans). J’ai un métier que j’aime et qui me permet de m’épanouir comme il faut. Il ne  [+]

Moi et le sport.

Pour ceux qui ont vécu les dernières semaines isolés du monde, perdus dans les montagnes et/ou qui ne lisent pas la presse influente, le « it » sport depuis quelques temps, c’est ... la danse classique. Tout ça à cause du film « Black swan » interprété par une Natalie Portman qui avoue la prouesse d’être devenue une danseuse étoile, en partant, à 30 ans, de rien... Ca me rappelle quelqu’un...

Bon, Nat, elle a fait ça pour les besoins d’un film, moi, j’ai pas encore complètement identifié ce qui m’a poussé dans ce sport...de l’extrême. Enfin, si j’en crois l’article à 2 balles de ELLE, c’est parce que j’ai peur de vieillir, que je ne veux pas quitter le monde merveilleux de l’enfance, et tout et tout. Foutaise ! Le monde de l’enfance, je suis ravie de l’avoir quitté parce que l’enfance, c’est « struggle for life » : à coté les bisbilles qu’on peut avoir avec son chéri ou avec son chef, c’est de la guimauve. Style, dans le monde si merveilleux des enfants : on partage son amoureux à plusieurs, on se fait voler ses barrettes ou son stick à lèvres par sa meilleure amie (le cartel de Médellin à côté du trafic de sticks à lèvres de la maternelle de ma petite chérie : c’est le monde des bisounours) et on se bat à coup de tirage de cheveux et de coups de pied, ceci pour le moindre morceau de gâteau. Alors, honnêtement et quoi qu’en dise ELLE, je suis assez contente d’avoir quitté, ça, moi !
Mais c’est pas le propos du jour.

Aujourd’hui, je vais vous décrire comment j’essaie, comme Nat, de gravir le chemin pentu qui m’amène pas à pas vers le Lac des cygnes. Comme Nat, j’affronte ou j’ai dû affronter :

1 – les premiers cours, où j’ai cru mourir tellement ça fait mal de faire fonctionner des muscles qui n’avaient JAMAIS fonctionné auparavant. Quand je dis ça, ne croyez surtout pas qu’on se met à faire des « pirouettes » et des « jetés » 25 ans après avoir arrêté, et que ça fait mal de reprendre : non, pas du tout ! la moindre posture est douloureuse. Alors, initier n’importe quel mouvement un tant soit peu gracieux n’est même pas envisageable pendant les... allez, disons les 5 premiers mois. Après ça va mieux, on a moins mal, enfin, on n’est plus sous morphine.

2 – la prof ... qui m’ignore royalement. En même temps, on n’a pas idée quand on a comme idée, avec mon bas niveau, de vouloir faire croire à une ancienne danseuse de l’Opéra de Paris que, si si on a fait beaucoup de danse quand on était jeune, alors qu’on en a fait 1 heure par semaine de 5 à 10 ans...

3 – les horaires, complètement irréels : la danse classique, c’est en général fait pour les enfants, à part pour les quelques adultes professionnels. Alors, lorsque des dingues mais happy few de 40 ans comme moi ont envie de faire de la danse : c’est après tout le monde, c’est-à-dire tard. En ce qui me concerne, je dois prendre sur moi pour sortir tous les mercredis à l’heure où, d’habitude, je me couche, pour ne rentrer qu’au milieu de la nuit (enfin la mienne), et passer le reste de ce qui reste de la nuit à souffrir et à me demander pourquoi je m’inflige ça.

4 – le regard des autres danseuses, et là il faut perdre tout sens du ridicule parce que reprendre la danse classique à mon âge, c’est accepter de se ridiculiser à faire des semblants de diagonales de "piquets" au milieu de danseuses quasi-professionnelles et qui, de ce fait, tournent bel et bien en diagonale sans manquer se casser la figure à chaque tour. Je sais, le niveau de mon cours n’est pas du tout adapté à mon niveau à moi, mais j’ai pas le choix. Ca n’existe pas des cours de danse classique pour les nuls.

5- il faut aussi ne pas avoir peur de passer pour une demeurée : je me suis aperçu qu’il était sans commune mesure plus facile de se souvenir de la table de Mendeleïev que d’une chorégraphie d’à peine 30 secondes. Et ça c’est humiliant, surtout qu’aucune de mes copines de danse ne sait que je connais par cœur cette foutue table et que je n’ai donc aucun problème de mémoire dans la vie normale...

Mais je noircis le tableau, il y a aussi des bons cotés : toute cette souffrance n’est pas totalement vaine, on peut faire des progrès. Oh ! Pas énormes, hein ? Je n'arrive toujours pas à faire une diagonale de piquets sans m’écraser contre un mur, ni à bouger les jambes en synchronisant avec les mouvements de bras plus de 15 secondes d’affilée. Quant à faire tout ça en rythme avec la musique... mais je progresse : une fois que j’ai le dos droit, les pieds en 5ième, les jambes en dehors, les coudes un peu surélevés par rapport aux avant bras, eh bien, je peux bouger et tenter un mouvement sans tomber.
Et puis je commence à pouvoir communiquer avec ma prof, enfin, c’est elle qui daigne communiquer avec moi et maintenant elle lâche des « c’est pas mal... » d’un air plus étonné qu’admiratif, mais bon, c’est un début...
Et puis j’ai découvert que même si je n’en connaissais pas d’autres comme moi et Natalie qui partent de rien en espérant arriver loin, il en existait forcément plein d’autres. Vous savez pourquoi ? Vous connaissez tous les éditions « .... pour les nuls » ? Eh bien, il existe un « La danse classique pour les nuls ». Ce qui signifie qu’il y a des acheteurs potentiels, et donc que je ne suis pas toute seule. Et savoir ça, me fait un bien fou.

Si on revient à Natalie Portman, qui a mis un an à devenir une quasi danseuse étoile, j’ai lu, toujours dans ELLE, qu’elle s’est entraînée 5 heures par jour pendant un an pour arriver à ce résultat. Elle était partie de (presque) rien comme moi, et le résultat est vraiment bluffant. Puisque je ne peux pas tout laisser tomber pour me consacrer à cette passion naissante, je me dis qu’à raison de 4 heures par semaine, il me faudra ... 5 ans pour jouer Odette dans le Lac des cygnes...c’est jouable.

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Claire Dévas · il y a
Voilà qui engage à renoncer à ce projet qui me trottait dans la tête :-D

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