VI/1 Chose promise

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Un livre jeté à la mer... " LE RÊVE DU BATTEUR DE GRÈVES " >>> Chapitres I à VI ci-dessous. >>> ou accessible par le lien suivant:  [+]


Mon nom n’a aucune espèce d’importance et – je tiens tout de même à vous rassurer – à l’heure où je pose ces derniers mots, je ne pense pas sincèrement que tout ceci puisse advenir. On me prête un naturel plutôt optimiste, et je graverais volontiers sur mon blason cette formule, qui je crois, résume assez bien ma pensée : « Au diable les prophètes de malheur ! »
Je sais, je sais bien ce que vous allez me jeter en pleine figure :
« Arrête un peu tes balivernes et ouvre tes oreilles nom d’une pipe ! Tu ne les entends pas d’ici ? Ils ne sont peut-être pas assez nombreux à te l’avoir crié haut et fort ? Et toi pendant ce temps ?
Toi ? Tu fais toujours et encore semblant de ne pas les entendre, de pas y croire ! »

Qui peut vraiment prévoir ?

Mais revenons à Al – s’il n’est pas déjà trop tard...
Lorsque libéré de toute contrainte, lorsque ses pensées même s’évanouirent, lorsqu’enfin il se sentit basculer, tel un funambule cosmique au bord du temps, juste avant ‘’l’instant d’après’’, il ressentit le besoin irrépressible d’emporter avec lui une image apaisée de notre monde ; un espace même infime de recueillement, pour supporter l’idée même d’un tel désastre, de ce chaos désormais imminent, et tenter – pourquoi pas après tout – de lui donner un sens.
A l’instant précis où il sentit la terre gronder sous ses pieds, son regard s’en alla instinctivement rejoindre le bout du promontoire ; à cet endroit précis, la roche brûlée s’arrête et s’enfonce à la verticale dans la mer – jusqu’au niveau de l’antique métropole de Marseille –, où l’attendait, il en eu la lumineuse intuition, ce lit de sable fin en forme de croissant doré. Une petite crique sauvage blottie au pied d’une haute falaise, qui faisait la joie et l’orgueil de ses riverains, à une époque où l’on n’y croyait pas encore, ou peut-être pas assez.
Au petit matin, fasciné par la trace de mes propres pas sur le sable, j’avais là-bas heurté du pied un étrange équipage de verre ballotté par les flots, le discret messager d’un moment d’éternité. L’ai-je jamais vraiment heurté ? Comment démêler à présent le rêve de la réalité ? Le doute – encore lui –, s’est à présent solidement incrusté, accentué même. Phénomène classique, erreur de débutant – on m’avait pourtant prévenu.


*

Il est plus que temps à ce stade de poser enfin la question centrale : « Faudrait-il, pour mieux appréhender la réalité s’interdire de rêver – et surtout éveillé ? »
Très mauvais calcul ! Ne demandez ja-mais cela à un batteur de grèves – un pur, un dur, entendons-nous bien. Il pourrait bien vous rire gentiment au nez, s’il n’en vient pas dans une version beaucoup moins édulcorée, à vous éjecter sans ménagement de sa réalité, ou de son rêve, à vous de choisir. On a toujours le choix, pas vrai ? Tenez, la phonétique elle-même vient à sa rescousse, c’est pour vous dire !« Grève/rêve, rêve/grève... » Vous voyez une différence vous ?
Allez-y, pensez donc tout haut, qui vous retient ? « Des fous, des insensés ! », c’est bien ça ?
Vous avez parfaitement raison, la preuve :

Un jour, quelqu’un – encore un fou sans doute –, s’est mis en tête de rêver pour tous ceux qui ne voulaient, ne savaient, ne pouvaient plus – ou n’en pouvaient plus tout simplement. Une balle a atteint son cœur, pas son rêve. Ce n’était pas le premier, d’autres insensés notoires avaient bien avant lui donné l’exemple :
Prenons au hasard, ce vagabond idéaliste – un prince dans sa spécialité –, celui-là voulait nous réapprendre à rêver, rappelez-vous : il se disait éternel, alors bien sûr, on a voulu vérifier, on l’a dézingué, écartelé et mis en pièces ; de sales gosses pourris/gâtés n’auraient pas fait mieux ! Bien entendu ensuite, on l’a regretté ferme, mais – trois fois hélas –, il était déjà trop tard !
Une poignée de privilégiés, de sacrés veinards ceux-là, ont prétendu l’avoir rencontré les jours suivants, rôdant par les chemins autour de la ville, à la poursuite de son ombre. Ils l’ont trouvé plutôt hagard, vidé, rincé ; normal il avait TOUT donné – et peut-être beaucoup plus encore. Là, il leur a expliqué qu’il n’était ni d’ici, ni de nulle part, une sorte de S.D.F en somme – le premier peut-être ; qu’il était attendu ailleurs, là-haut, dans une autre dimension et que de toute façon, il reviendrait bientôt nous faire rêver et tenter de réanimer ce qui nous reste de semblant de vie, mais – et sans connotation péjorative aucune – en Super Star cette fois !
Ces pauvres naïfs ! Ils l’ont cru sur parole et l’on laissé partir seul, aussi nu et démuni qu’à son arrivée ; il s’est fondu dans la poussière du chemin comme un caméléon. On a parlé à son sujet d’un mendiant illuminé et mythomane.
Nous, on veut y croire encore à ses histoires de mythomane, à ce grain de lumière – une bombe au phosphore larguée dans nos ténèbres –, d’ailleurs on l’attend toujours, on l’attendra le temps qu’il faudra. Il parait qu’il s’invite de temps en temps – histoire de garder le contact –, sous la forme de vagabonds, de bannis, de rejetés, de déracinés, d’exploités, de pestiférés, de contaminés, de condamnés et même de damnés – des deux sexes, de tous âges nationalités et confessions, au passé, au présent et jusque dans l’avenir, ça fait un sacré paquet de monde –, le débusquer ? N’y pensez même pas, oubliez !

Nos noms n’ont au fond aucune espèce d’importance, pas plus que l’âge où nous vivons ou les rivages réels ou imaginaires sur lesquels nous cheminons. Ne sommes-nous pas – à des degrés et à des titres différents –, acteurs et spectateurs de la même pièce sans prologue ni épilogue, du même songe tour à tour lumineux et cruel, dont les rebondissements et les intrigues nous dépassent, et parfois – plus rarement – nous inspirent ?
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