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CHAPITRE VI - L’Instant est Présent d’Éternité

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Mado Calot

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CHAPITRE VI
L’Instant est Présent d’Éternité
La Fée des Lilas



***
"Faites silence, Faites silence,
mon histoire commence,
Une fois il y avait,
Une fois il y aura...

Une robe couleur du Temps...
Une robe couleur de Lune...
Une robe couleur de Soleil...*

Elle se souvient, la fée des Lilas, qui coud, assise sur son petit tabouret de bois.

Vêtue somptueusement ou bien simplement, comme chacun imagine une Fée.
Assise dans le jardin un soir et sur le bord de la fenêtre le matin, à la plus haute branche du chêne quand le soleil réchauffe les écureuils puis sur le rocher couvert de lichen, entourée d'ajoncs et de fougères, regardant la mer disparaître à l'horizon. Elle est la où on la rêve.

Elle se souvient, la fée des Lilas, qui coud, assise sur son petit tabouret de bois.

Une robe couleur du Temps...
Une robe couleur de Lune...
Une robe couleur de Soleil...

Autre temps... Qu'elle était belle la Princesse

Aujourd'hui, elle coud pour une autre MonEnfant...

Une Cape couleur de Souvenirs

Une Cape couleur de Douceur, qui réchauffe, pour se blottir dedans lors des grands froids de l'hiver ou de la vie.

Une Cape d’Étoiles de Nuit qui rend invisible telles les capes d'Elfes de la Lorien.

Une Cape Arc en Ciel multicolore pour les jours de gaieté.

Une Cape vibrante de voix, d'odeurs, de goûts, pour se savoir vivante.

Une Cape tissée des fils dorés des rires et des fils argentés des larmes.

Une Cape immense qui recouvre tout quand MonEnfant ferme ses yeux.

La Fée des Lilas met tout son talent à assembler les pièces de matière qui lui donneront vie: une étoile de souvenirs, un rond d'impression, un triangle de musique, un carré de conviction, une forme de visage...

Un détail plus coloré l'attire, retient son attention quelques instants... Elle plonge son regard violet dans le souvenir qui s'ouvre comme une fleur.


SE TROUVER
***
"Cric, crac,
Faites silence, faites silence,
C'est la queue du chat qui danse.

La ruelle ombragée monte sous les palmiers en direction de l’École. MonEnfant pousse tranquillement le landau, encore toute ronde de la grossesse. Elle sourit au nouveau-né endormi, goûtant la paix de cet instant avant de récupérer son autre petite Tornade.

Un pas se presse derrière elle; Une autre jeune femme l'aborde doucement.

- Bonjour j'habite dans votre immeuble et je viens d'arriver. Nous sommes étrangers aussi comme vous.

La conversation s'engage. La sympathie s'installe aux premiers mots, aux premiers contacts.
On parle de tout et de rien, les deux qui font le quotidien des jeunes mamans.
Elles récupèrent leur petit Monstre respectif à l’École des Petits Monstres et redescendent la rue tirant et poussant la Troupe des Petits Monstres.

On se trouve en 5 minutes points communs et fous- rires et l'instinct fait le reste.

- Tu sais, je ne sais pas pourquoi je te le dis maintenant alors qu'on se connaît à peine. Tu es la première, mais j'ai tant besoin de le partager, c'est tant de bonheur... Je viens de faire un test de grossesse et c'est positif !....
Amies pour la vie.

La petite souris fait i i i
Et voilà, mon conte est fini."
***


Rencontre extraordinaire, Confiance aveugle, Intuition.
L’Instant est Présent d’éternité.

La Fée des Lilas reste songeuse, l'aiguille en l'air. Le souvenir brille doucement comme vivant dans le manteau magique.

Elle sait qu'aujourd'hui, ceux qui brillent de cette lueur pour cette MonEnfant-là ce sont les moments passés avec les Absents.
Les Présents elle les vit au quotidien et les Absents l'entourent. Même éloignés et même perdus ces absents sont présents.

MonEnfant a connu et aimé tant de gens, de tant d'endroits différents. Il y a eu tant de rencontres puis tant de Au-Revoir qu'on sait être des Adieux, tant de joies de se trouver puis de déchirements de se laisser, qu'elle a créé en son cœur cette cape que sa bonne Fée des Lilas lui assemble inlassable.

Une cape de voyage pour une voyageuse.


Se Rencontrer
***
"Faites silence, faites silence,
C'est la queue du chat qui danse.
Quand le chat a dansé,
Quand le coq a chanté
Et le silence arrivé,
Mon histoire peut commencer...

Ailleurs encore, au bord d'une piscine d’hôtel sous les parasols à 45 degrés, température de l'air ambiant: un couple, MonEnfant.
Ils papotent pendant que les enfants barbotent.
- Nous, on vient d'arriver. C'est dûr le début. Tout recommencer, les amis, le logement, les coins sympa... Bref vivement dans 6 ou 8 mois.
- Nous. Nous avons trouvé notre maison et on déménage demain.
La jeune femme cite un quartier encore inconnu. Quoique le courant passe, on sait qu'on ne va plus se revoir... une aiguille dans une botte de foin... un grain de sable dans le désert. Dommage. Pas encore de portable, d'adresse à laisser. Trop compliqué.
Le souvenir s'allonge et s’accélère touche FFF...
Une rue écrasée de chaleur. MonEnfant et ses enfants, tout nouvellement emménagés, traversent vers la maison d'en face en direction de la piscine.
Quartier inconnu, visages inconnus, pas la peine de s'attarder aujourd'hui. Il fait trop chaud et de toutes façons il n'y a personne dans les rues... Ne pas penser et se concentrer sur le point d'eau à atteindre avant de mourir desséchés...
Une silhouette familière s'interpose en négatif:
- Eh mais c'est pas vrai !!!??? C'est toi??? En Face de chez nous ??? Vous habitez... ???
Début d'une belle complicité pendant plusieurs mois.
Elle est partie depuis, précipitamment, sans trop se retourner, sans laisser d'adresse, mais leur destin est de se recroiser c'est sur.
Je monte sur la queue d'une souris,
elle fait Tititi,
et mon conte est fini."
***

La jolie fée brode sur l’étoffe les fils dorés; Les fitas multicolores se nouent; Les lacets argentes du chagrin s'entrecroisent; Elle rajoute les perles des pleurs tout autour d'un couple d'arabesques enlacées et le souvenir l'aspire. Elle revit en silence la coupe de tristesse.

PARTAGER UN GRAND MOMENT DE TRISTESSE
***
"Cric, crac,
Ah quel malheur,
Ma p'tite sœur est tombée dans le beurre.

Grand mariage, formel, somptueux, moment social et moment de retrouvailles.
Une amie de longtemps pleure devant MonEnfant. Elle pleure sans larmes, sans traces, sans cris, sans paroles, sans bruits. En effet ToutVaBien. MonEnfant la connaît très bien et avec elle son masque de ToutVaBien. Elle réfléchit bien si elle peut lui enlever le masque maintenant avec la foule autour d'elles. Risque t'elle de voir la statue de marbre se fissurer intégralement?
Mais on n'a pas souvent l'occasion de croiser une amie du BoutDuMonde qui pleure sous son masque de ToutVaBien. Alors vite vite entre deux phrases chuchotées:
-Tu ne peux pas rester comme ça, tu vas te détruire ce n'est pas possible ma Belle...
- Mais je n'arrive pas à le quitter et je me sens si mal pourtant près de lui; Et il y a les enfants, la maison... Mon Dieu, Comment faire...
-Je ne sais pas... Mais tout ce que je sais c'est que tu ne peux pas rester comme ça, tu vas te détruire ce n'est pas possible ma Belle...
Ce qu'on sait déjà, mais dit par une amie intime, ce n'est pas pareil. C'est comme si on s’écoutait soi-même s'adresser à l'autre. Et d'un coup la réalité de la situation prend corps et on réalise.
Le masque a tenu bon ce soir là. Une semaine plus tard il s'est brisé en 1000 morceaux. Elle est partie. Pour de longs mois amers, mais avec la lumière au bout du tunnel.
La nuit est venue,
Le coq a chanté
Et mon conte est terminé"
***

La Fée des Lilas, à la source du torrent, continue son ouvrage, change une bride de souvenir, rajoute un nuage de dentelle.

Elle double la cape du tissu des rêves pour lui donner son toucher incroyablement improbable.
Elle double la cape de moments qui marquent les grands débuts, présents que partagent avec nous nos amis.


VIVRE ENSEMBLE UN GRAND DÉBUT
***
"Cric, crac, écoutez bien,
Je l'entend d'ici,
La fauvette fait cui-cui

Il est là, tout grand, dans l’entrée du luxueux appartement du BoutduMonde, tout insolite avec son sac à dos de routard dans ce cadre familial. Arrivé pour quelques jours, se poser, se faire chouchouter chez des amis de longue date, après 3 mois de baroudage en solitaire, pour mieux repartir.
Les soirées passent. Fine mouche MonEnfant a bien senti le changement. Le Solitaire est tout guilleret, tout chose, tout bouleversé. L’enquête discrète révèle l'idylle... à ses premiers balbutiements... Une jeune femme rencontrée et à revoir bientôt. Le Solitaire frousse, recule,se décommande 1000 fois en pensées, n'en n'a cure, s'en fout, se mure dans le silence, puis discute, papote comme une demoiselle, de ces choses dont les femmes se demanderont toujours si les hommes en parlent entre eux. Transformé.
- Tu crois???
- Oui je crois... Fonce. Au pire tu te prends un mur... C'est pas grand chose un mur...
- OK OK, Je fonce. Mais...? Vraiment...? Tu crois ???
Il a foncé. Pour leur plus grand bonheur.
Trotte la souris,
Mon conte est fini."
***

La fée ce soir est rentrée dans sa cabane de magicienne, au milieu des cerisiers en fleurs. La maison de thé est perchée, cachée dans leurs fleurs roses, à l'abri des regards, invisible... juste de la bonne taille pour une fée et son toit d'ardoises légères l'abrite les soirs de tempête.
En tailleur sur le sol doux, elle contemple son trésor, et lui souffle des mots magiques pour lui donner vie, la faire tourner comme une robe de princesse, la soulever comme habitée d'un esprit.
On dirait presque que l’étoffe précieuse bat de son propre cœur..

SE REVOIR
COMME SI ON S’ÉTAIT QUITTE LA VEILLE
***
"Courou, courou,
Tu passes par le petit trou.

Shanghai - São Paulo - Lille...
Bien peu d'espace commun pour rester en contact.
Et pourtant, elles sont la toutes les 3, attablées en terrasse une belle après-midi ensoleillée. Ça fait bien 5 ans que ça n'est pas arrivé, depuis le mariage. Bien sûr on a gardé contact de loin en loin, quelques emails, quelques appels, mais pas vues en vrai.
L’Équipe de Choc, le Trio des années étudiantes.
On a deux heures, trois heures pour se voir, et tout semble naturel. Ce n'est pas comme si on ne savait pas par quel bout commencer. L'une prend un bout, le déroule, l'autre commente, surenchérit, recoupe avec son vécu, la troisième écoute et synthétise, conclue. Bien sûr on tombe d'accord, on écoute bouche bée, et très vite on reprend les mêmes sujets de conversations inépuisables et toujours autant d’actualité : L’Homme et sa famille, les Marmots et leurs bobos, le boulot un peu mais pas trop.
Et on papote sans s’arrêter comme si on s’était quittées la veille... C'est là qu'on reconnaît les grandes amitiés. De suite on évoque les sujets intimes, les révoltes, les grands joies, on fou-rire, on pleure ensemble.
Tacitement on n’évoque pas les souvenirs du passé, pour ne pas faire "Vieilles Peaux", et de toutes manières on a déjà si peu de temps pour évoquer le présent...
Le sablier est vidé, c'est l'heure de se quitter. On s'embrasse, se souhaite de se revoir bientôt. La tristesse de se séparer est égale à la joie de s’être retrouvée comme si on s’était quitté hier.
On emporte avec soi la certitude de l’amitié, de la présence de l'autre...
Kiki carabi,
Mon histoire est finie
Pour aujourd'hui"
***

La Fée des Lilas connaît bien ces amitiés très chères, très présentes. Elles brillent d'une lueur particulière, plus intense que les visages du passé. Et pourtant...
Sous sa main qu'elle plonge dans son panier de souvenirs elle a tiré comme par hasard le visage d'une amie perdue depuis bien longtemps...


SE RETROUVER APRÈS S’ÊTRE PERDUES
***
"Cric, crac,
Tu danses sur la balance,
Tu t'envoles du pot de colle.

MonEnfant est devant son ordi portable, en train de perdre son temps à mettre à jour des informations dont elle se demande qui ça peut bien intéresser. Pas très convaincue du potentiel de la communication Web... mais bon, après s’être inscrite, désinscrite, elle s'y met quand même, au moins pour voir les photos de ceux qui sont loin... Et Justement...
FaceDeBouc: Vous Avez un Message Mademoiselle Mancunian voudrait être votre amie, Acceptez vous son invitation?
Mademoiselle Mancunian... elle sourit... que de souvenirs... Une année intense en échanges, en émotions, en partage. Une année de celles qui font les grandes amitiés...
Puis plus rien... depuis 15 ans sans aucunes nouvelles, ni possibilités de se retrouver, de part et d'autres.
Alors la, c'est vraiment incroyable !!! C'est vraiment formidable!!!
Bien sur on échange, on se donne quelques nouvelles brèves avec la joie de savoir où en est l'amie retrouvée.
Et quelques mois après, par hasard on se revoit pour un dîner, malgré l’éloignement, coïncidence des hubs planétaires.
Impression étrange.
On se donne des nouvelles chronologiques.
On apprécie de nouveau les mêmes traits de caractères que l'on appréciait avant.
On retrouve dans les traits du visage la familiarité de l’amitié d'antan.
Mais, on a du mal à retrouver le lien.
Il faudrait plus de temps, il faudrait partager de nouveau quelques bons moments pour se refaire une base de souvenirs. Il faudrait habiter proches les uns des autres. Il faudrait aller passer un Week-end chez l'une ou l'autre.
Nostalgie, retrouvailles douces-amères.
Le lien est étiré, reste la certitude que la personne est là dans notre vie, et qu'elle va bien et que peut être un jour les chemins se recroiseront pour plus longtemps.
Cric,crac,
mon conte est dans le sac.
***

La Tête de la Fée oscille, il est temps bientôt de se reposer et de laisser l'ouvrage. Il est temps de s'allonger dans les draps duveteux et de fermer ses yeux violets. Mais elle est entêtée, elle veut finir cet ensemble de souvenirs qui s'accordent si bien les uns avec les autres. Elle sait que quand l’idée est là il faut la saisir pour ne pas la perdre, et aussi pour la révéler et ainsi laisser de l'espace pour la suivante.
Et elle a vu une dernière émotion qui irait si bien avec la précédente, pour parfaire l’œuvre de ce jour. Juste là, maintenant.
Le souvenir est là, il est en train de se construire sous ses yeux bienveillants. Elle voit les fils dorés et argentés se mêler tout seuls, s’intégrer à la trame du tissu.
Présent déjà passé, vivant déjà vécu.
Si elle se penche de l'Autre Côté du Miroir elle peut voir MonEnfant vivre la même scène que celle qu'elle brode de son point léger.
Instantané.

MonEnfant pleure sur le quai des bus, elle pleure de toutes les larmes de son corps, elle fait un petit signe à celle qui la regarde par la fenêtre et s'en va.
MonEnfant se dit qu'elle ne la reverra jamais, qu'elle sait qu'elle va quitter ce pays un jour et qu'elle n'y reviendra peut-être jamais. Elle sait que ce n'est pas cette Tia-la qui viendra la voir dans son froid pays, d'abord parce qu'elle n'a jamais pris l'avion et en a trop peur. Et puis parce que lui faire quitter pour une semaine les limites de l’État de São Paulo a déjà été dur alors entrer dans l’aéroport... Nao

Rageuse elle sèche ses larmes quand le car est hors de vue. C'est tout. Pas la peine de s'apitoyer sur son propre sort non plus. Elle repart de son pas pressé, visage fermé, insondable.

Et puis d'un coup elle se souvient d'un moment partagé, d'un éclat de rire, d'une expression et l'espoir renaît.

Elle sait que ceux qu'on croise un jour seront toujours là. Soit on recroise les chemins, soit ils restent dans sa tête, dans son cœur, dans son souvenir, sur terre, quelque part autour d'elle. Elle les emmène partout avec elle, tel un grand manteau de réconfort, sa cape de souvenirs.
L’Instant est Présent d’Éternité.

Il est temps de laisser l'ouvrage. Pour quelques jours, quelques heures.
La Fée des Lilas pose délicatement la Cape féerique sur MonEnfant qui sourit, bercée de tant de moments d’amitié oubliés, perdus, retrouvés, vécus, partagés, offerts et puis à venir.
La présence douce de ces chers absents l'entoure, bienveillante. MonEnfant en a besoin ce soir...
Cric, Crac, ma cape est dans le sac."
***

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Aluziole · il y a
Comment ai-je pu manquer cet univers de poésie? Je viens de passer un délicieux moment.
Et voici l'intro conte de mon pays:
- Yékri!
- Yékrac!!!
-Yéééééé Listicri!
- Yéééééééééééééééé Listricrac!!!!!!!
- Est-ce que la poule dort?
- Non, la poule ne dort pas!!!!!
- Si la poule ne dort pas, c'est Isidore qui dort sur un tas d'or .......... Cric!
- Crac!!!!!!!!
(Et l'histoire peut commencer)

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Mado Calot · il y a
Merci Aluziole de votre adorable commentaire. Chaque pays a son univers de Contes qui reflete souvent le quotidien du peuple. De quel pays êtes vous?
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Aluziole · il y a
Le most beautiful: La Guadeloupe!!!!!!!!
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Mado Calot · il y a
J'ai eu la chance d'y aller il y a très longtemps et c'était magique!!
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