Cet appel

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Jury

Une bio? Mais qu'est-ce que je vais bien pouvoir y raconter? Non, depuis dix-sept années que mon imaginaire arpente le chemin du rêve nuit et jour en éparpillant idées farfelues, livres dévorés ... [+]

Image de La Matinale des Lycéens - 2017

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« Debout ! »

Un cri. Un seul. Ce cri. J’ouvre les yeux. Je contemple le plafond. L’esprit déboussolé. Tiré brusquement du sommeil. Ce cri, l’ai-je rêvé ? Rien ne bouge. Même les oiseaux sont silencieux. Je dois l’avoir rêvé. Assurément. Certainement. Sûrement. Mais ce cri est resté dans mon oreille. Il s’y est accroché et y résonne. Est-ce qu’un cri rêvé peut faire cela ? Sûrement pas. Certainement pas. Assurément pas.

« Debout ! »

Voilà ! De nouveau ! Je ne rêve pas ! Je l’ai entendu ! Mais qui pousse ce cri ? Qui a tiré mon esprit du sommeil ? Mon cousin? Mon voisin ? Non, ce cri vient de dehors. Un jeune fêtard couche-tard ? Un marchand de journaux lève-tôt ? Non, ce cri vient d’au-delà. Mais de quel au-delà ? L’au-delà du bout de la rue ou l’au-delà tout court ? Je ne sais pas. Et je ne veux pas le savoir. Mes paupières deviennent lourdes. Tout ce que je veux là tout de suite, c’est me rendormir. Tant pis pour ce cri. Je vais refermer les...

« Debout ! »

Quoi ? Encore ? Mais pourquoi pousse-t-on ce cri ? Qui veut-on réveiller ? Moi ? Pourquoi ne peut-on pas me laisser dormir encore quelques instants ? Je n’ai rien demandé à personne, moi. Je veux continuer à rêver en toute quiétude, moi. Si c’est une farce, elle n’est pas drôle ! Quand je me lèverai, je trouverai l’auteur de ce cri et... et... je me vengerai ! Je le traînerai en justice ! Je lui ferai payer ! Oui, c’est ça ! Mais pour l’heure, je vais me rendormir. Mes paupières pèsent maintenant des tonnes. Je vais refermer les...

« Debout ! »

Ce cri est celui qui me réveille définitivement. Enfin non. Ce n’est pas un cri. C’est l’impression qu’il avait laissé sur mon esprit, mais maintenant que ce dernier a retrouvé sa boussole, il galope sur le sentier. Il voit le bout du nuage. Il parvient à sortir des brumes. Plus rien n’est flou. Il voit clair. Plus besoin de se questionner, de chercher des réponses. Il sait. Ce n’est pas un cri.

« Debout ! »

Un appel. Un seul. Cet appel. Et je comprends à qui est destiné cet appel. A moi ! Il est pour moi cet appel ! Impossible de refermer les yeux à présent. Je tourne la tête vers la fenêtre, elle est aussi grande ouverte que mes yeux. Et ce qui y passe pour s’engouffrer dans ma chambre est un enchantement. Le rai de la lumière de l’aube me chatouille les narines. Le parfum des gouttes de rosées caresse mes cheveux. Je ne veux plus dormir. Je veux aller baigner mon corps dans l’aube et nager dans la rosée. L’esprit me montre le sentier et je le suis. Je suis l’esprit. Je sais ce que je veux. Et cet appel est ma boussole.

« Debout ! »

Je rabats les couvertures en un mouvement gracieux et précis. Est-ce cet appel qui me donne des ailes ? Sûrement. Certainement. Assurément. Mes pieds suivent ma tête et je m’élance hors du lit, je vole jusqu’à la fenêtre. Et je vois. Je comprends. Cet appel. Cet appel, il provient de tout ce qui vit, de tout ce qui rit, de tout ce qui pleure, de tout ce qui se meurt. Cet appel entêtant, terrifiant et tentant à la fois, il provient du plus profond de chaque chose et de chaque être. Cet appel, il vient de milles endroits à la fois. De l’extérieur, du bas de ma maison jusqu’à des contrées éloignées, mais aussi de l’intérieur, de la surface de ma conscience jusqu’au plus profond de mon être. Cet appel, il a une seule volonté : que je me lève et que j’agisse !

« Debout ! »

Devant moi, le monde s’offre. Les arbres le long des trottoirs clignotent tandis qu’une légère brise fait tomber les gouttes de rosée. Les câbles électriques surmontent les arcades des rues et sautent de lampadaire en lampadaire. La rue en face, vide et déserte à cette heure, paraît s’ouvrir vers des horizons infinis. Au loin, la silhouette de grands sapins et de collines verdoyantes scintille dans la lumière qui se lève. Le ciel, dégradé de pâles bleu, rose et orange, possède les deux plus beaux joyaux qui puissent exister : la lune me sourit timidement et le soleil m’adresse un éclatant bonjour. Oui, l’immensité du monde est face à moi, et je sais aussi bien qu’elle que je dois faire quelque chose de ma vie ! Je veux vivre, je veux trouver ma place dans cette harmonie brillante. Mais par où commencer ? L’immensité est si vaste !

« Debout ! »

Cet appel. Je l’avais presque oublié. C’est mon guide. Il me montrera le sentier. Alors je monte sur le cadran de ma fenêtre et m’envole. Cet appel me donne des ailes. Je passe au-dessus des immeubles, des lampadaires, des arbres, des passages cloutés, des places et des croisements perpendiculaires. J’aperçois des choses merveilleuses sous moi. Ma tête est légère, mes pieds nus caressent l’air matinal. Mais je commence à m’éloigner de ma rue et l’éclat du monde ternit. Bientôt, je quitte ma ville. Tout est noir. C’est la nuit. Où me mène donc cet appel ? N’étais-je pas bien dans ma chambre, à la fenêtre ? Dans ce four glacial, je parviens à entendre. Des hurlements. Des plaintes. Des pleurs. Des explosions. Des mots que je ne connais pas mais que je comprends. Des hurlements, toujours des hurlements, ceux de milles voix qui s’élèvent jusqu’à moi. Je ne vois rien mais j’entends tout. Cet appel, c’est ces voix. Cet appel, c’est parce qu’on a besoin de moi. Des pleurs. Saurais-je me montrer à la hauteur ? Des hurlements. Cet appel bruyant et muet à la fois. Comment pourrais-je vivre dans l’éclat de ma rue en sachant que toutes ces voix m’appellent ? Comment ? Soudain, tout se tait.

« Debout ! »

C’est ce que crie ma mère depuis la cuisine « Tu vas encore finir par arriver en retard au lycée, viens vite prendre ton petit-déjeuner ! ». J’ouvre les yeux. Je contemple le plafond. L’esprit déboussolé. Tiré brusquement du sommeil. Je suis de retour dans mon lit. Je n’en ai jamais bougé. Mais ce que j’ai vu cette nuit, je sais que ce n’est pas un rêve. Je me lève et marche au radar jusqu’à la fenêtre et regarde dehors. Je peux agir. Je veux agir. Je ne peux peut-être pas voler, mais je peux me lever et suivre cet appel. Sûrement. Certainement. Assurément.

« Debout ! »

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