13
min

Celle qui donne du rythme.

Image de Stellae

Stellae

4 lectures

0

Célibataire depuis plus de deux mois, je me focalisais sur le travail.
Après mes études, j'avais passé environ trois ans à assembler des extraits d'émissions de télé-réalité, ce qui n'était pas le top de ma carrière. Des heures et des heures de visionnage d'engueulades et de potins, qui pour une amoureuse de cinéma comme moi, étaient une véritable torture.
D'ailleurs, j'avais eu peur que ça me ferme des portes, mais il fallait bien manger et payer son loyer. Heureusement, l'équipe de la nouvelle boîte où je bossais en tant que monteuse était totalement compréhensive.
Quand enfin, j'appris que j'avais l'opportunité de travailler pour une maison de production de longs-métrages, je sautai au plafond de mon mini appart du vingtième arrondissement de Paris. Et ça n'avait pas plu à mes voisins du dessous.
La passion et la création allaient retrouver une place primordiale dans ma vie. M'émerveiller devant des comédiens talentueux, des décors somptueux, des costumes délicatement confectionnés et me délecter de répliques soigneusement distillées seraient une vraie partie de plaisir.
Avec les outils dernier cri et un logiciel d'édition vidéo recommandé par tous les professionnels mis à ma disposition, j'avais été servie. Deux écrans plats de vingt-quatre pouces, un clavier spécialement conçu pour le montage avec des raccourcis et des touches de toutes les couleurs, des disques durs : pour moi, c'était le paradis.
C'était comme se retrouver dans sa boutique préférée en pleine période de soldes ou encore dans un salon de thé avec une déco romantique et des cupcakes tout colorés.
Il fallait un cadre idéal pour être efficace et bien concentré : trouver le bon moment où couper la vidéo, l'instant parfait entre deux images - où l'actrice ne bouge pas d'un poil - pour que ce ne soit pas flou ; laisser le souffle se finir à la fin d'une réplique avant de passer au gros plan d'un autre personnage.
Monter un film, c'est comme composer une symphonie : aucune fausse note n'est permise. Chaque détail compte, chaque seconde, chaque image. Un geste trop différent d'un plan à l'autre, ou bien le ton d'un comédien à l'opposé de celui qu'il avait dans la séquence précédente, et c'est la catastrophe. Plus rien n'est cohérent. Ça demande une réelle minutie.
Et parfois, l'amour peut donner cette impression aussi quand tout est savamment dosé : un moment complice, un moment sensuel, un moment d'écoute. Malheureusement, ça venait surtout de mon côté, car de la part des hommes que j'avais connus jusque-là, le minimum d'effort avait été fourni.
Enfin bref, revenons-en à nos nouvelles technologies.
Dernièrement, j'avais eu la chance de travailler sur le film de l'un de mes réalisateurs préférés. Un célèbre cinéaste moitié français, moitié anglais.
De temps en temps, il venait donc voir où en était la post-production. C'était un homme d'une soixantaine d'années dont la filmographie était longue comme le bras. Quelqu'un d'humble et de très sympathique avec un fort accent british.
J'étais ravie de voir qu'il appréciait mon travail, puisqu'il constatait qu'il y avait peu de modifications à faire à chacune de ses visites.
Après plusieurs mois de travail, j'eus la surprise d'apprendre que j'étais nommée pour un prix dans un grand festival. Lors d'une matinée comme les autres, en passant devant l'accueil, la secrétaire, Rose, m'interpella.
— Olivia, devine quoi ? m'interrogea cette grande blonde de quarante-six ans.
— Hum, Ryan Gosling va nous rendre visite ? tentai-je, pleine d'espoir.
— Non, pas encore. Je serais en train de me rouler par terre dans ma bave si c'était le cas. Ça te concerne, en fait !
— Moi ? Qu'est-ce que j'ai fait ?
— Tu es nominée au Festival du film d'époque en tant que meilleure monteuse !
— Non, c'est pas vrai ?
— Si, si, je te le dis ! Regarde !
Elle me tendit le courrier nous annonçant les différentes catégories dans lesquelles le film pouvait être primé : meilleur réalisateur, meilleur scénario, meilleure actrice, meilleur second rôle masculin et meilleur montage.
C'était bien la première fois qu'on me faisait un tel honneur.
L'un des aspects agréables de ce métier : la reconnaissance. Moi qui n'avais jamais rien gagné de ma vie. Le prix du meilleur monteur, je n'en revenais pas.
Oui, du meilleur monteur tout court, car il était rare de voir une femme en lice, et apparemment, j'étais la seule dans cette catégorie cette année.
Enfin bref, en attendant la grande sauterie qui aurait lieu dans plusieurs mois, j'avais un nouveau film à monter : une comédie romantique.
Et que se passait-il les soirs où je sortais, me direz-vous ?
Eh bien, j'avais beau rencontrer d'attirants jeunes hommes, il n'y en avait aucun qui souhaitait aller plus loin qu'un simple coup d'un soir. Une situation qui avait fini par me lasser, d'où le fait que je préférais me centrer sur le boulot et les sorties entre amis.
Je n'attendais plus impatiemment l'appel d'Aurélien ou le SMS de Jérôme. Ni l'hypothétique invitation en week-end de Yani ni l'improbable présentation auprès des parents de Romain.
Je n'attendais plus rien et ça faisait un bien fou de ne plus me soucier de ma vie sentimentale. J'avançais tellement dans la sphère professionnelle que j'avais l'impression de ne rencontrer aucun obstacle en général.
Les relations amoureuses, j'y reviendrai plus tard, me disais-je. Et puis, une longue pause dans ce domaine, ce n'était pas une mauvaise idée.
Ça me laissait du temps pour profiter de ma famille. Au moins, ils ne pouvaient pas dire que je ne leur rendais pas visite assez souvent comme quand j'étais encore à la fac.
Oui, l'époque folle où l'on fait de multiples rencontres. Où les partiels sont révisés la veille au soir après avoir passé plusieurs jours à danser et boire et cumuler des nuits blanches à un festival de rock.
Il y a de ces moments où l'on néglige son entourage, alors autant profiter du creux de la vague pour être plus présent.
Finalement, le temps s'écoula si vite que le jour J pointa déjà le bout de son nez.
Ce fut à cet instant que mes ovaires se réveillèrent après d'innombrables semaines d'hibernation.
Eh oui, vous avez déjà ressenti cette excitation en vous rendant à une soirée ou une cérémonie ?
Il y a quelque chose d'enivrant, on se met sur son trente-et-un, on est plongé dans une atmosphère particulière que l'on ne croise à aucun autre moment dans notre vie quotidienne. C'est le type d'occasion où l'on a vraiment envie de plaire et où l'on peut rencontrer quelqu'un de nouveau. Peut-être une personne exceptionnelle, peut-être l'amour.
C'était ce que je commençais à ressentir. Autant dire que si je faisais la rencontre d'un charmant jeune homme ce soir-là, prolonger la nuit dans des draps de satin ou de coton ne serait pas de refus.
Je ne m'habille pas de manière sexy tous les jours. En fait, j'ai franchement la flemme de me pomponner. En plus, à mon boulot, la présentation n'a aucune importance, et tant mieux.
Là où je bosse, comme je suis enfermée toute seule entre quatre murs face à des écrans, la tenue de rigueur est plutôt jeans-baskets-chignon.
Mais ce soir, je me ferai plaisir, j'avais envie de séduire et d'être séduite.
J'avais envie qu'on me lance un regard brûlant et un sourire ravageur. Et je ne serai pas la dernière pour faire tourner la tête à ces irrésistibles inconnus. J'avais envie de jouer aussi.
J'avais opté pour une robe couleur corail à épaules nues. Les voiles superposés virevoltaient à chaque petite brise, j'adorais cette impression de légèreté. Comme si j'étais insaisissable, prête à me volatiliser en un clin d'oeil. Il valait mieux ne pas me quitter des yeux ou je pourrais disparaître.
Le festival se déroulait dans une salle de spectacle titanesque. De l'extérieur, l'architecture ultramoderne avait de quoi dépayser. Le bâtiment ressemblait à trois gros cubes emboîtés les uns dans les autres avec des vitres immensurables qui laissaient passer la lumière, et franchement, celui qui avait pour tâche de les nettoyer devait s'arracher les cheveux.
Un interminable tapis rouge nous menait jusqu'à l'entrée : un hall vertigineux éclairé de mille spots aux lumières aveuglantes.
Il y avait tellement de monde qu'il fallait piétiner pour avancer.
Les murs de la salle de réception étaient d'un blanc immaculé, comme si le bâtiment venait d'être inauguré. Un pan de mur végétal et une petite cascade artificielle apportaient un peu de vie à ce lieu très sophistiqué.
Je me dirigeai vers le comptoir pour prendre mon premier verre et aperçus deux beaux bruns en costards très chics en train de discuter.
L'un d'eux me remarqua et, vu son expression, je ne le laissais pas indifférent. Il me déshabilla du regard et me détailla des pieds à la tête. Pour une fois, ça ne me dérangeait pas, car je m'étais déjà occupée de son cas bien avant qu'il ne me prenne en flagrant délit.
Il délaissa son ami pour s'approcher de moi. Rien que l'odeur de son parfum boisé m'envoûta. J'aurais pu lui sauter dessus immédiatement devant tout le monde, un peu comme l'aurait fait Ally McBeal.
— Laissez-moi deviner... vous êtes actrice ?
Je ris, on me pose toujours cette question. Comme si une femme ne pouvait pas travailler derrière la caméra.
— Non, pas du tout, dis-je en aventurant mon regard sur son torse.
D'après les formes qu'épousait sa chemise, il avait sûrement un corps d'Apollon.
— Alors, maquilleuse ?
— Non, répondis-je en souriant, le laissant s'enfoncer.
— Assistante réalisatrice ? demanda-t-il avec hésitation.
— Non plus.
— D'accord. Je l'admets, j'ai perdu, se résigna-t-il.
— Je suis monteuse. Celle qui coupe et colle les morceaux. Celle qui donne du rythme à l'histoire. Et vous ?
— À vous de deviner, dit-il avec un grand sourire, sûr de lui.
— Réalisateur ? me risquai-je.
Il lâcha un petit rire nerveux.
— Vous êtes bien plus douée que moi à ce jeu, acquiesça-t-il.
— Pour tout avouer, j'ai hésité avec acteur. Mais vu que vous êtes très entreprenant, il y avait plus de chances que vous soyez celui qui dirige, qui met en scène, ajoutai-je avant de boire une gorgée de mon cocktail.
Il répondit par un sourire à demi caché dans sa barbe de quelques jours et haussa les épaules.
Derrière lui, j'aperçus les serveurs qui apportaient des plats et des seaux à champagne.
— Tiens, le buffet vient d'être servi. Vous voulez prendre quelque chose ? demandai-je.
— On peut peut-être se tutoyer maintenant ?
— Oui bien sûr, je n'osais pas demander. Je m'appelle Olivia, dis-je en tendant la main.
— Mathieu, ravi de faire ta connaissance, dit-il en me faisant un baise main.
— Carrément, lâchai-je, étonnée.
— Les bonnes manières se perdent de nos jours, sourit-il.
— C'est vrai, c'est dommage, répondis-je.
Nous nous dirigeâmes vers la longue table noire recouverte de flûtes à champagne et de petits fours.
J'en piochai une bonne poignée, Mathieu fit de même.
— Tu as l'air gourmande, Olivia, me taquina-t-il.
— Tout à fait, répondis-je en prenant une bouchée d'une manière très suggestive.
Il ne me quittait pas des yeux, et je fis descendre les miens lentement jusqu'à son entrejambe. Lorsque je revins à sa hauteur, il esquissa un petit sourire en coin. Le message avait été clair.
Je m'imaginais déjà en train de dénouer sa cravate, ouvrir son col de chemise et y déposer mes lèvres. Ensuite, bien entendu, je la déboutonnerais entièrement, touchant et admirant sa plastique. Je m'attarderais sur ses abdos et leurs reliefs, m'amuserais à faire naviguer mon doigt entre ses tablettes de chocolat en le regardant droit dans les yeux. L'excitation monterait et je me réjouirais de son impatience.
Je laisserais glisser ma robe jusqu'au sol, dévoilant mes formes et mes sous-vêtements rouges en dentelle. Il aurait un besoin fou de poser ses mains sur moi, et j'empoignerais ses fesses bien fermes.
Tandis qu'il finissait de déguster ses derniers petits canapés, tout en me lançant des regards insondables, je me préparais à relancer nos échanges. Il ne semblait pas désintéressé, mais un peu à court d'idées.
— J'attends les indications, chuchotai-je.
— Pardon ? demanda-t-il, comme s'il venait de sortir de sa rêverie.
— J'attends les instructions du metteur en scène, plaisantai-je.
— Oh, d'accord. Je crois que tu t'en sors très bien, je suis sans mots.
— C'est vrai, il y a un temps pour les dialogues, et un temps pour l'action, susurrai-je en me rapprochant de lui.
— On est en plein dans le premier acte, murmura-t-il, en humant le parfum dans ma nuque.
Je posai ma main sur son avant-bras, il saisit mon coude et le contact de ma peau avec la sienne m'électrisa. Je sentais la chaleur de son corps, j'en avais besoin. J'avais envie de partager du bon temps avec un homme charmant, tout du moins, en apparence.
Tout était désirable chez lui : son regard ténébreux, son large sourire, son corps bien bâti, ses mains puissantes et bien entretenues.
Seulement, le présentateur de la soirée monta sur scène et lança le début de la cérémonie. Il était temps de s'installer à nos places.
Des sièges nous avaient été attribués, nos noms figuraient dessus et il aurait été difficile de demander aux autres invités de prestige de se déplacer. Nous devions donc nous séparer momentanément. Chacun se dirigea dans son allée.
La soirée défilait, tout comme les présentations, les hommages et les remises de prix sur le podium.
Peter remporta la statuette du meilleur réalisateur. La récompense lui fut remise par une présentatrice météo et un chanteur de variétés.
Le prix de la meilleure actrice fut également remporté par notre film, en revanche celui du meilleur second rôle masculin alla à un acteur de soixante-dix ans qui le méritait tout amplement.
Le trophée du meilleur scénario nous passa sous le nez également.
Vint le tour de la catégorie dans laquelle j'étais nommée. Mon cœur battait à tout rompre, l'angoisse montait. Allais-je recevoir mon premier prix officiel ? Allais-je entrer dans l'histoire de ce festival ? J'espérais entendre mon nom suivi des applaudissements.
Roulement de tambour dans la salle pharaonique, les intervenants ouvrirent l'enveloppe.
— Et le prix du meilleur monteur revient à...
La présentatrice laissa la place au suspense. Puis, son binôme prit le relais.
— Quentin Mallet pour le film « Un Souvenir de toi » !
Tout le monde se leva et claqua des mains. Je restai scotchée à mon siège quelques instants. Tout s'était déroulé si vite et je n'y avais pas été préparée. Entre la montée de stress, puis l'incertitude, et enfin, l'acceptation du résultat : ça faisait beaucoup à digérer d'un coup.
Je repris mes esprits et me levai à mon tour pour célébrer le gagnant. Notre film n'aurait pas de statuette supplémentaire et je ne serai pas celle qui remporterait un prix dans une catégorie où elle était la seule représentante du sexe féminin.
Mais ce n'était que partie remise, il ne s'agissait que de la première fois. C'était déjà un exploit d'avoir été en lice à un tel événement et à un âge aussi jeune dans une classification où la plupart des primés avaient autour de quarante ans. L'important, c'était que ça m'avait permis de faire davantage connaître mon travail.
Je me penchais de temps à autre pour tenter de repérer Mathieu dans les rangées, mais il y avait trop de monde. Impossible de le retrouver.
Une bonne heure passa, et la cérémonie toucha à sa fin. Tout le monde se leva, puis la foule se dispersa en de petits groupes.
Comme tout le monde, je tentais de discuter avec quelques personnes histoire de me faire de nouveaux contacts et d'enrichir mon répertoire.
Une réalisatrice, des producteurs, des comédiennes : plein de discussions passionnantes qui ne demandaient qu'à être poursuivies autour d'un verre dans les jours à venir.
Puis, je me faufilai entre les invités à la recherche du beau brun avant qu'il ne se dérobe.
À mon grand désarroi, je le découvris bien occupé avec une autre demoiselle.
Elle était grande et rousse avec de sublimes yeux clairs, elle riait à gorge déployée et s'accrochait à son bras. Il buvait ses paroles. Il avait les yeux encore plus rivés sur elle que sur moi quelques heures plus tôt.
Apparemment, il avait trouvé une autre partenaire pour l'after. Ils sortirent de la salle de spectacle ensemble, sans se retourner.
Déception.
Oui, c'était une déception.
Il n'avait rien d'exceptionnel, finalement. L'âme sœur, ce sera pour plus tard. Même si je ne me faisais pas trop d'illusions, il pouvait toujours y avoir une once d'espoir, un miracle.
J'étais un peu triste de me retrouver seule. Personne d'autre n'avait retenu mon attention ce soir-là, et personne d'autre n'était venu m'aborder.
Il ne me restait que ce souvenir, cette étincelle que j'avais ressentie dès le début de la soirée. Celle qui aurait pu se transformer en un feu brûlant, torride. En l'union charnelle de nos deux corps. Un feu que l'on aimerait attiser le plus longtemps possible. Quel dommage qu'il n'ait pas souhaité l'entretenir avec moi.
Ça aurait pu être une nuit d'ivresse, ou ça aurait même pu durer tout un week-end. Une occasion d'oublier tout le reste et de profiter de l'instant, faire parler nos désirs et nos sensations.
Tout ça m'avait provoqué une ardeur qui me laissait rêveuse.
Pourquoi les relations d'aujourd'hui sont-elles aussi foireuses ? Nous sommes à une époque où nous avons la chance d'être indépendants, où le mariage arrangé a quasiment disparu, où l'on peut aimer qui l'on veut, être heureux avec qui l'on veut. Et pourtant, tellement de personnes se mettent encore des barrières inutiles.
Quand serons-nous vraiment libres ? Qu'est-ce qui peut retenir quelqu'un d'accepter le bonheur à ce point ?
Bien sûr, moi aussi, je peux avoir un peu peur au début d'une relation. Peur de l'échec, peur d'être trompée, peur qu'on me mente sur une longue durée. Mais il faut aussi savoir prendre des risques. Si on ne tente rien, on ne vit pas.
On peut se faire de fausses idées aussi. On ne connaît jamais quelqu'un aussi bien qu'après un certain moment. Ce n'est pas dès le premier rendez-vous ni dès la première semaine que l'on sait si l'on supportera l'autre vingt-quatre heures sur vingt-quatre ou que l'on pourra vivre ensemble sans se prendre la tête parce que l'autre a oublié d'acheter la salade.
Mais tout ça, ça semble avoir été perdu de nos jours. Les relations sont trop instantanées.
Si dès les premières minutes, quelque chose, un tout petit détail insignifiant nous déplaît comme ce grain de beauté au coin de son nez, on laisse tomber. On n'essaye pas de creuser. Alors que le plus important, c'est quand même que l'autre soit respectueux ou à l'écoute, non ?
Après, ça m'est arrivé de le faire aussi, c'est vrai.
Parfois, on ne le sent pas. On ne sait pas pourquoi, c'est instinctif. Parfois, on ne sait pas trop, on aimerait se sentir transporté en une fraction de seconde, mais tout ce que l'on ressent, c'est de l'ennui. Or, ça peut être trompeur. La première rencontre peut être maladroite, et puis au bout de plusieurs tête-à-tête, on se sent plus à l'aise, on cerne mieux son rencard.
Et quand j'ai compris ça, je crois que je suis devenue la spécialiste dans le domaine. Même lorsqu'un rendez-vous était quelconque, je donnais toujours une seconde chance pour être sûre que ce n'était pas à cause de l'appréhension.
Oui, mais voilà, comme la plupart de mes amies, je me retrouvais donc souvent à être la seule à aller jusqu'au bout. Soit je n'avais pas la chance de tomber sur les hommes qui souhaitaient approfondir les choses comme moi, soit j'étais trop optimiste. Ce qui ne serait pas surprenant.
Je divaguais donc sur le chemin du retour, seule au volant de ma voiture, avec un peu de musique électro dans la radio. Il fallait bien occuper cette longue heure de route jusqu'à Paris.
Une fois rentrée, je me mis à l'aise.
Je me démaquillai, puis pris une bonne douche délassante. Enroulée dans une serviette, je me dirigeai dans ma chambre pour passer une nuisette en satin, toute légère tant la chaleur d'été était pesante. C'est un peu tout ce que j'aurais fait si Mathieu ou un autre m'avait accompagnée jusque dans mon antre.
J'entrouvris la fenêtre pour laisser entrer un peu d'air frais, puis je m'allongeai dans mon grand lit pour deux. Ça ne me dérangeait pas d'être seule de temps en temps, je n'avais pas à tout prix besoin d'avoir un homme dans ma vie. Mais parfois, quand on pense au bien qu'on pourrait ressentir, qu'on pourrait se faire à deux, ça pourrait être si beau.
Alors, j'ignorais ce qui ne lui avait pas plu chez moi, j'ignorais s'il la connaissait déjà depuis longtemps. Ce qui est sûr, c'est qu'on plaît tous à quelqu'un. Le plus difficile, c'est de trouver cette personne.
Puisque je n'aurais pas de partenaire ce soir, j'allais me faire du bien toute seule.
J'ajustai mon oreiller pour m'installer confortablement, puis j'effleurai l'intérieur de ma cuisse, prête à m'offrir les jouissances que j'attendais depuis un moment.
J'aventurai mes doigts sur mon pubis pour titiller l'envie. Ensuite, je les fis glisser vers mes lèvres pour les masser délicieusement.
Prêt à être vivifié, j'atteignis mon clitoris. Du bout des doigts, en le frictionnant tout doucement de haut en bas, puis par des mouvements circulaires, des décharges électriques se répandaient jusque dans mon bas-ventre. Je fis durer le plaisir au maximum.
Connaître son propre corps, se connaître soi-même, c'est important pour avoir une sexualité épanouie.
L'excitation montait, mon cœur battait de plus en plus vite et de plus en plus fort. Mon souffle devenait de plus en plus court.
Le plaisir se diffusait jusqu'à mon vagin qui se détendait de plus en plus. J'écartai les jambes et introduisis un de mes doigts, l'intérieur était déjà bien gonflé et sensible, répondant immédiatement aux stimulations.
Tout mon corps était en transe.
Je me malaxais le bout des seins de mon autre main, sollicitant toutes mes zones érogènes pour ressentir tous les délices auxquels j'aspirais.
Les va-et-vient pouvaient durer indéfiniment. Enfin, presque. En ajustant la cadence.
Un coup plus rapide, un coup plus lent. J'ondulais mon bassin sous les mouvements, mes hanches suivaient le rythme, me procurant davantage de sensations.
Les glissements harmonieux frôlaient à merveille les parois de mon vagin. Un petit passage au niveau du point G, sur lequel j'insistais, et comme à chaque fois, j'eus bien l'impression de déclencher un séisme.
Je sentis le feu d'artifice arriver. Je me cambrai par réflexe. Tous mes muscles se contractèrent, surtout ceux de mon sexe, en demandant plus, beaucoup plus.
Le septième ciel m'ouvrait ses portes, tous mes membres étaient tendus. De plus, je commençais à avoir mal au poignet. Eh oui, comme les hommes au final.
Les parois se resserrèrent, en réclamant encore, et là, l'extase était à son paroxysme, m'obligeant à m'accrocher au bord du lit de mon autre main.
Je me retins de ne pas crier pour éviter que les voisins ne participent à mon moment intime.
Un profond bien-être m'envahit, j'étais épuisée. Je me sentais femme, je me sentais bien.
Bien dans ma peau, bien de connaître mon anatomie et ses moindres recoins.
Il n'y a pas à dire, j'attends encore un partenaire qui serait assez attentionné et qui aimerait découvrir toutes ces subtilités avec moi.
Mais en attendant, j'étais là pour me procurer cette volupté. Il n'y a pas plus bénéfique que d'être en harmonie avec son corps.
0

Un petit mot pour l'auteur ?

Bienséance et bienveillance pour mot d'encouragement, avis avisé, ou critique fine. Lire la charte

Pour poster des commentaires,