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FINALISTE
Sélection Jury

Cécilia grimpa dans le car, résolue. Elle s’installa à une place inhabituelle : au fond, contre une vitre grêlée par les marques du temps. Le fauteuil était à moitié décousu, l’odeur de transpiration des passagers de la journée imprégnait le vieux tissu, le vrombissement des roues était assourdissant. Mais peu lui importait, ce voyage devait être inconfortable. Cela l’aiderait à rendre le destin plus acceptable. Plus réaliste. Destination : l’autre bout du pays. Plus chaud, plus aride, plus loin. L’inconnu. Le grand Ouest. Elle fixait son passé avec un regard critique : un défilement de maisons de bonne famille américaine, des copies de copie de copie de pelouses, des panneaux STOP bien plus efficaces sur les conducteurs que sur ses parents. Pourquoi elle ? La question était revenue maintes et maintes fois. Question sans réponse, ou alors bien trop alambiquée pour être vraie. Elle s’autorisa un maigre sourire à la sortie de sa ville natale. Dans une soixantaine d’heures, un bon mal de dos et des courbatures : une nouvelle ville pour nouvelle vie ! La jeune fille souffla un coup pour détendre ses muscles, ses épaules meurtries. Elle déposa son sac à dos d’étudiante à ses côtés. Le fauteuil émit un couinement. Lui aussi aurait bien besoin d’une nouvelle vie. Cécilia trouva l’idée amusante. Alors, pour éviter de ressasser encore et toujours, elle sortit un cahier, quelques feutres noirs et commença un nouveau dessin. Celui-ci serait sans larmes ni sang, sans peur ni colère. Elle traça d’abord les contours du vieux siège du car 78223. Un peu bancal, robuste mais usé, avec son tissu décousu, ses boulons apparents et quelques tags de nature obscène. Évidemment. Elle ajouta un large sourire narquois, une langue tirée, deux yeux globuleux, et des grand bras qui sortaient de dessous l’assise. Un vrai personnage animé et grotesque. Pourquoi ne pas ajouter un décor ? Mais alors lequel ? Elle grignotait machinalement le bouchon du stylo feutre. Elle réajusta son sweat de son ancienne fac, et reprit son dessin : quelques palmiers, un grand soleil, une mer limpide et quelques tortues. Voilà un paysage parfait pour un vieux siège de car.

— Pas mal pour une ado !

Cécilia sursauta sur son siège et enfonça son poing dans la face du nouveau venu. Réflexe. Ce dernier s’écroula dans l’allée centrale du véhicule en secouant les bras telle une poule coincée dans un grillage. Le conducteur haussa ses sourcils broussailleux, l’air mauvais. Les doigts maculés du sang du jeune homme, Cécilia déposa ses affaires en catastrophe pour attraper la main de sa pauvre victime. Elle tira de toutes ses forces pour qu’il puisse s'asseoir sur le vieux siège précédemment parti en vacances. Des cheveux roux foncés ébouriffés, des mains blanches recroquevillées sur un nez rougi, un visage pâle sur un corps élancé, une chemise à carreaux sur un t-shirt où figurait un smiley géant, un jean ajusté et des boots d’une grande marque. La poule se transforma très vite en une chouette étrangement élégante.

— Ça va la chouette ?
— A part mon nez défoncé, je dirais que oui. Je voulais te signaler que ton dessin était cool, Michel-Ange.
— Ouais j’ai cru comprendre. On dit bonjour avant de balancer un compliment tu sais.
— Je prends note. Je peux rester là ou tu comptes continuer à me prendre pour un punching ball ?
— Tu peux rester là si tu lèves ton cul de mon sac à dos.
— Oups. pardon.

Cécilia reprit ses affaires et laissa un peu d’espace au nouvel arrivant. Une fragrance agréable se dégageait du cou du nouveau venu. Une odeur de sous bois et de marron grillé. Elle fit la moue un instant. Son calme voyage accompagné seulement de ses pensées moroses avait brusquement muté. Elle ne savait pas qui il était, ce qu’il voulait, ni même où il allait. Un compagnon d’un instant, d’une aventure. C’était un peu comme une rencontre d’une nuit : surprenante, pimentée, sans complexe. Elle souriait de cette pensée libérée de contraintes. Avant de reprendre en paix son dessin burlesque, elle prit le temps de trouver un paquet de mouchoir pour la chouette. Il était primordial qu’aucune tache de sang ne vienne rougir ce chef d’œuvre en noir et blanc.

— Tiens monsieur surprise. Éponge ton nez et le voyage se passera bien.
— Merci. Je dois t’appeler comment ?
— Michel Ange c’est parfait

La chouette sourit avant d’enfoncer le morceau de tissu dans sa narine encore rouge. Cécilia reprit petit à petit son dessin aux allures grotesques. Elle ajouta quelques ailes aux tortues, puis un regard suspicieux sur le lumineux roi soleil.

— Et pourquoi pas ajouter un crayon dans la main du fauteuil ?
Pour faire comme si c'était lui qui dessinait ses propres vacances ?
— Par exemple oui. Il a l’air fatigué d’avoir été un siège, le pauvre. Alors il invente sa nouvelle destinée, une belle métaphore de nos vies.
— J’aime bien l’idée.

Sans attendre, Cécilia reprit son feutre et transforma une main libre comme l’air en main tenant fermement un pinceau d’artiste. Elle ajouta une flèche sur le côté en indiquant une description « plume de cul d’oie ». La meilleure qualité ! La chouette rit joyeusement et captura un crayon de sa co passagère. Il prit le soin de dessiner dans le coin gauche du cahier, en dessinant deux grands yeux entourés de belles plumes soyeuses. Cécilia le laissa faire, puis, quand il eut terminé son chef d’œuvre, elle ajouta un épi sur ce nouveau visage.

— J’aime bien.

La feuille était remplie de droites et de courbes entrelacées, de coloriage et d’explosions d’encre. La feuille était remplie de vie. Le garçon rangea les crayons empruntés et tenta tant bien que mal de trouver une position confortable. Cécilia l’observa un moment, sans dire mot. Elle ouvrit la bouche puis la referma, un air interrogateur sur son visage. Après de longues minutes silencieuses rythmées par la circulation, elle se lança.

— Quel est le but de ton voyage ?
— Voir ma famille.... oh, ne fais pas cette tête déçue. Ce n’est pas parce que mon objectif est d’une banalité affligeante que mon voyage doit l’être également !
— Ah. Moi qui pensais que tu partais conquérir le pays ! Me voilà bien déçue en effet.
— Je pourrais déjà conquérir un hôpital pour mon nez déboîté . En ton honneur bien sûr.
— Ahahah ils te renverront en disant que tu n’as rien. Je n’ai pas tapé si fort..
— Mon cartilage n’est pas de ton avis Michel Ange.
— Il ne fallait pas...
— Te surprendre ? Je pense que si. Nous n’aurions jamais dessiné ensemble si je n’étais pas venu squatter la place à tes côtés.
— Si tu le dis la chouette. Tu es bien philosophe tout à coup !
— Cela m’arrive à chaque fois avant une bonne sieste. D’ailleurs...

Cécilia le regarda bailler d’un air attendri. Elle s’imaginait un petit chiot qui se roule en boule à ses côtés pour sa sieste d’après repas. Elle remit les feutres dans sa trousse d’école décolorée et referma son cahier décharné par les années d’études. Ses quelques affaires ne cessaient de lui rappeler son douloureux passé. Elle observa un moment le paysage de l’Est américain défilant sous ses yeux. Routes et villes. Motel et panneaux. Béton et béton. Monotone. Le car roulait alors à vive allure, telle une grande frégate élancée sur une eau calme portée par un puissant vent favorable. Elle en était la capitaine, bien décidée à découvrir de nouvelles terres propices à l’épanouissement de sa conscience et à la sauvegarde de son âme esseulée. En avant toute matelots ! Haranguait-elle. Son second, barbe hirsute grisée par le temps et le regard fixe, tenait la barre avec une fermeté exemplaire. Expert en nids de poules cachés et carrefours dangereux, il menait le bâtiment en lieu sûr. La dame aux nattes d’or s’occupait des blessés et des vomiteux, tandis que le couple de jeunes hommes gagnait en expérience à chacun des nœuds contrôlés. Le reste de l’équipage était fort diversifié et encore trop mystérieux pour Cécilia : une négociante d’épices rares et lointaines, un homme chauve aussi fort qu’un bûcheron dans la fleur de l’âge, un jeune homme vêtu à la mode gothique qui chassait les fantômes du pont, des parents attentionnés qui s’occupaient autant du confort de leur enfant en bas âge que du reste de la troupe, une femme sans âge perdue dans un livre sur l’océan, et enfin, lui. Une belle chouette rousse endormie, l’artiste du groupe, l’interprète des dauphins. Le messager des signes divins. Le bastingage du navire était usé, les voiles rapiécées, et les canons coulaient au fond de l’océan sans fin de l’imaginaire de la jeune fille. Ici, les armes avaient toutes disparus. Seules les plumes avaient droit de blesser, vexer et sauver les âmes. Mais fort heureusement, aucun bâtiment anglais aux gyrophares bleus et rouges à l’horizon. La voie était libre à son interprétation sans fin. Tandis que les paysages défilaient sans réalité concrète, Cécilia s’imaginait déjà découvrir son île paradisiaque, là où les bleus n’existeraient pas, là où les os ne se briseraient pas, la où les parents ne lèveraient jamais la main sur leurs propres enfants. Finalement, il lui était impossible de ne pas ressasser son passé. Alors, elle essuya ses quelques larmes, passagères clandestines, et posa sa tête contre l’épaule ronflante de son camarade de voyage. Elle s’endormit, son cœur un petit peu plus léger.

— Il faut se réveiller Michel Ange.

La chouette rousse l’effleurait doucement afin qu’elle ouvre les yeux. Les lumières étaient basses, les bruits sourds, le jour envolé. Son compagnon était debout, elle allongée sur les deux sièges décrépis. Cécilia se frotta les yeux et suivit la voix de la radio  : arrêt de nuit : on faisait le plein du car, on allait chercher quelques cafés et gâteaux secs, on allait aux toilettes. Elle s’y dirigea sans réfléchir, sans même admirer le ciel étoilé au dessus de leurs têtes. Une fois de retour sur le parking, ses mains froides dans les poches, elle retrouva sans peine celui qui veillait sur elle. La tête en l’air, la chemise plissée, les membres allongés, les cheveux tombant dans l’air frais nocturne. Une seule lumière éclairait le vaste complexe autoroutier. Et encore, elle grésillait trop pour éclairer correctement. Alors Cécilia alla se placer aux côtés de son gardien, leva le nez, lui prit la main doucement. Elle oublia tous ses problèmes, tous ses souvenirs. Pour la première fois depuis une éternité, elle contempla sans limite les constellations éphémères. Ces étoiles qui brillaient, ces étoiles qui mourraient. Ces étoiles qui faisaient rêver l’humanité depuis la nuit des temps. Qui la faisait rêver, elle, l’américaine un peu trop meurtrie. La chouette lui embrassa les cheveux. Elle resta immobile. Puis, dans un consentement commun, il laissa glisser sa main et s’en retourna au car tranquillement. Elle ne dit mot. Elle sourit. Quand la troupe de voyageurs retourna dans le bus, Cécilia avait perdu les contours du navire. Les voiles étaient remplacées par de puissantes ailes d’acier. Les hublots cerclés de bronze par des fenêtres bombées en aluminium. Le gouvernail par un tableau de bord ultra futuriste. Il était temps d’atteindre la lune ! Le capitaine avait perdu son vieux tricorne, remplacé par un casque de combat de l’espace. Des tuyaux sortaient en tout sens pour alimenter l’homme d’air pur. Contact enclenché. Un voyant orange clignotait. Feu à volonté ! La fusée se propulsa, gronda, vibra de toute part. Cécilia saisi au vol ses feutres et ses feuilles et ses dessins. Quant à sa chouette de voyage, elle préférait dormir une nouvelle fois, les transports de nuit n’étant apparemment pas très intéressants. Et pourtant, Cécilia restait émerveillée par cet extraordinaire vaisseau qui l’invitait à la découverte : des cartes de voyages pendaient aux portes bagages, des signaux lumineux provenaient des sièges de chaque passager, la vue sur le désert étoilé était magnifique. Envoûtante. Il ne manquait qu’un seul détail : pas de cabine de cryogénisation. Et comment dessinait on ça d’ailleurs ? A moins qu’elle ne fût cachée dans la soute du transporteur stellaire 78223...

Le vaisseau avançait à vive allure, laissant le contour des campagnes américaines dans le flou, ses détails noyés dans le passage d’autres véhicules stellaires. L’autoroute spatiale était déjà chargée malgré l’heure matinale, et Cécilia s’amusait à dessiner quelques détails attrapés au hasard. Des bagarres entre passagers trublions, des traînées de lumières bleutées, des vols d’oiseaux nocturnes. Des visages sans noms, des voyages sans paroles, des histoires sans réalité. La jeune fille déposa alors sa main dans les cheveux incoiffables de son compagnon. De quoi rêvait il ? Pensait il lui aussi être un cosmonaute qui traversait l’espace ? Elle sourit à cette pensée enfantine.Ses jolis cheveux faillirent être entièrement roussis sous les tirs lasers ennemis. Il s’en était fallu de très peu ! Le capitaine chouette se cachait derrière la carcasse encore fumante de son ancien vaisseau spatial. Les choses allaient de mal en pis : il allait bientôt être à court de munitions, encerclé par des pirates de l’espace et sans aucune aide pour le seconder. Il rechargea son fusil à particules, prêt à en découdre. Il jeta un coup d’oeil par dessus son rempart de fortune. Trois flibustiers se trouvaient sur une pente rocheuse surélevée, deux autres se tenaient en embuscade vers une jeep, et le dernier restait introuvable. Sa position le plaçait dans un désavantage certain. Seul un effet de surprise conséquent pouvait encore faire pencher le combat de son côté. Tout allait être une question de chance. Un son strident traversa la zone de conflit, terminant sa course sur le cri suraigu d’un homme qui perd la face. Au sens propre. Un second tir traversa les airs afin de frapper un autre pirate de l’espace. Sans attendre davantage, le capitaine sortit de sa cachette pour attaquer les malotrus en pleine confusion. Le vent avait tourné, et au bout de seulement quelques tirs, le combat touchait à sa fin. Résultat sans appel : les hors-la-loi furent vaincus.

— Qu’est-ce que tu regardes comme ça ?
Cécilia se raidit et gigota sur son siège, toujours aussi inconfortable, les mains en l’air, le visage coupable.
— Tes cheveux... juste tes cheveux.
— On pourrait croire que tu es tombé amoureuse de moi, jeune demoiselle. J’ai rarement vu un regard aussi passionné que le tien, alors même que tu pensais que je dormais toujours.
Cécilia rougissait comme la plus belle des pivoines.
— Voyons, tu exagères la chouette ! J’observais simplement un joli reflet dans tes cheveux.
— Il fait nuit.
Rien à faire, le rouge s'intensifiait sous le faible halo des lumières artificielles du car.
— Oui... Et alors ? Je n’ai pas le droit de regarder tes cheveux roussis ?!

Son compagnon l’observa un moment, étonné, puis éclata de rire, faisant se retourner plusieurs passagers réveillés dans un sursaut d’énervement. Plusieurs « chut » lassés retentirent entre les parois métalliques et grinçantes du véhicule. Cécilia lui posa l’index sur la bouche. Ses lèvres étaient fines, et douces. Il sourit, ne dit mot et la fixa de son air le plus sérieux possible. Les joues de la jeune fille reprirent quelques notes rosées et elle finit par se retourner sur son siège, en boule, le visage collé à la fenêtre. Quel étrange voyage. Elle entendait son compagnon prendre des feuilles, des crayons, et gratter, gratter, gratter encore. Cécilia résista à la tentation de se retourner. Par vanité. Par fierté. Par bêtise. Plusieurs heures passèrent dans le calme de la radio musicale du véhicule, trop éloignée de leurs sièges pour être appréciée. Finalement, alors que le voyage commençait à devenir ennuyant, la jeune fille se retourna. Et quel ne fut pas sa surprise lorsqu’elle découvrit un véritable univers de feuilles, de tiges, de troncs et de... plantes carnivores.

Le conducteur s’était mis au vert : des grandes feuilles larges et épaisses en guise de mains, un corps longiligne et duveteux, quelques épines pour se protéger le cou, une coiffure de lianes et de pétales colorés couvrait son visage. Cette fois, il menait au grand galop une gigantesque jardinière sur roue. Tous ses habitants s’étaient retrouvés transformés en belles plantes carnivores qui dodelinaient leurs têtes de gauche à droite, de droite à gauche. Le jeune couple formait un entrelacement complexe de tiges amoureuses où la sève coulait avec vigueur. La commerçante possédaient de grandes dents acérées : aucune chance pour les insectes. Cependant, les plus belles plantes restaient à découvrir et se trouvaient au fond du bac : l’une à pétales rousses, l’autre à pétales brunes. La première était constituée d’épaisses tiges et portait fièrement une couronne de fleurs flamboyantes : un pétillant mélange jaune safran, orange corail et rouge feu. Une espèce rare, assurément. Un détail attira l’attention de Cécilia : une partie des tiges de son compagnon formait une grande barrière protectrice autour du siège voisin. Autour d’elle. Elle était une toute petite fleur : couronne rosée brodée d’un blanc nacré, un cœur nuit noire, une tige simple épurée et quelques feuilles à sa base. Un des plus beaux hibiscus que la vie lui ai donné de voir. Gracile. Élégant. Discret. L’ensemble du car était époustouflant.

— Et quelles mouches manger, mon ami ?
— Celles-ci ! rétorqua la chouette du tac au tac.

Et la chouette s’empressa de dessiner une nuée de mouches grosses, noires et velues autour du car et de ses habitants végétaux. Et clac ! Une mâchoire se referma. Et clac ! Une seconde. Et slurp. D’autres mouches avalées par des langues jaillissantes.

« Beerk ! » Cécilia mima une moue de dégoût tandis que son compagnon était mort de rire. La jeune fille n’avait auparavant jamais voulu prêter ses affaires de dessin à quiconque, et encore moins à des garçons. Et pourtant, fort était de constater que son talent n’avait d’égale que sa volonté de déranger la tranquillité de sa compagne de route. L’idée d’une forêt exotique aussi belle qu’affamée dans un grand car à moitié vide d’Amérique la réjouissait. L’espace entre elle et la chouette s’amenuisait au fil du temps, au fil des lignes tracées sur ses feuilles blanches. Son carnet se remplissait aussi vite que le trajet se raccourcissait. Quelle joie de pouvoir s’exprimer avec quelqu’un sans gêne, sans limite. Cécilia attrapa le feutre du grand jardinier en maître, le planta sans prévenir et récupéra le carnet de brouillon. Sans plus attendre elle ajouta à la jardinière quelques puissantes racines avec doigts et griffes, un tronc plus épais avec des canons à fleurs, un mât baobab qui couvrait la structure de ses épaisses branches, et enfin des fanions fait de tissus organiques représentant la tête d’une chouette rousse.

— Voici ton navire amiral : l’Amaryllis !
— Trop classe ! Voguons dans les flots verts d’une forêt millénaire pour rejoindre notre nid douillet !
— J’aime ton enthousiasme monsieur la grande chouette.
— Qui ne l’aimerait pas ? Ah ! Ne fais pas cette mine déconfite, Michel Ange. Mon trajet touche à sa fin, et je ne veux voir que ton sourire.
— Mais...

Et la chouette, dans un mouvement aussi rapide que surprenant, déposa un long baiser sur les fines lèvres de la jeune fille. Comme paralysée, elle fut submergée un court instant sans pouvoir rien dire. Sans pouvoir réfléchir. Sans pouvoir le détester. Sans pouvoir se détester. La chouette reprit ensuite sa place avec un crayon, et continua de gribouiller, sourire rayonnant et yeux brillants.

— Quand descends-tu ? Fut la seule question que put poser Cécilia. Elle savait depuis le début que ce n’était qu’un inconnu, qu’un passager, qu’un compagnon d’un temps.
— Dans une heure si le conducteur retrouve la pédale de l’accélérateur.
— Je devrais te cogner une nouvelle fois.
Cette fois, le garçon leva son nez de la feuille et plongea son regard dans celui de Cécilia. Il était beau, aucun doute. Ses taches de rousseur ressortaient avec le soleil du matin, ses boucles s’emmêlaient et donnait à son regard une grâce naturelle, presque juvénile. Il rapprocha son visage de la jeune fille et tendit sa joue droite.

— Vas-y.

Sans se faire attendre, elle enfonça son poing dans le visage du garçon, d’une force contrôlée, mais suffisante pour le surprendre et le repousser un petit peu. De nouveau dans un équilibre précaire, il éclata d’un rire sonore tel quel tous les voyageurs se retournèrent, l’air consterné par autant de bruit. Cécilia rit de concert avec lui et l’aida à se replacer, une fois de plus, sur son siège.

— Merci. Je n’oublierai pas.
— Que tu as frappé à deux reprises un inconnu dans un car ? J’espère bien ! Ahah ne tire pas la tête Michel Ange. Le voyage n’est pas encore terminé, et je suis certain que tu as le temps de me raconter une dernière aventure pleine de mystère.

Cécilia acquiesça et se saisit du compliment. Ce dernier voyage serait celui des chapeaux pointus et baguettes en bois d’orme ! Pour l’occasion, elle s’empara d’un vieux pinceau trouvé au fond de sa trousse décousue. Fond de tiroir oblige, les poils était dans un état douteux, le manche tâché et la peinture presque sèche. Elle utilisa le rebord du véhicule comme palette. La chouette s’amusait de la débrouillardise de la jeune fille. Pas de couleur pour ce dernier dessin : les esquisses noires et blanches transmettaient un air de magie supplémentaire. Le bus magique partait en direction de la plus prestigieuse école de sorcellerie du pays. Il ne fallait plus traîner. Plusieurs hiéroglyphes et symboles ésotériques apparurent sur les côtés du car, reflétant le pouvoir de ses passagers. Tous faisaient partie de familles de magiciens, de génération en génération. Le conducteur dirigeait son navire comme un chef d’orchestre : la baguette en l’air, des mouvements contrôlés, des murmures doux et un pied qui rythmait les paroles des sorts de bonne conduite. Son attitude reflétait un art longuement travaillé, et son regard dur exprimait sa grande concentration. Quant à son humeur, il n’y avait là rien de magique. Juste de la frustration du à son couple.

La vieille dame était une professeur aguerrie et respectée par ses pairs. Elle portait une grande robe noire agrémentée de quelques broderies en forme de chats. Un peu cliché pour l’époque, mais la sienne était révolue depuis si longtemps qu’elle n’y prêtait plus guère d’attention. Son regard lançait des éclairs – des vrais – en direction du jeune couple que formait les deux garçons près d’elle. Ceux-là jouaient aux apprentis sorciers sur les sièges de devant et sur quelques objets à leurs portées. Transformer un parapluie d’un innocent en lampe de chevet leur avait paru d’une ingéniosité sans limite ! Le grand homme quant à lui caressait de sa large main calleuse les écailles d’un bébé dragon. Un dragon ! Petit mais allongé, au moins huit pattes pleines de griffes, une longue queue qui finissait sur une belle pointe affûtée, et une gueule tout aussi charmante que le reste du corps. Un vrai cuirassé d’une beauté rare. Personne n’aurait envie de déranger une armoire à glace de deux mètres de hauteur et son compagnon le dragon aux dents plus tranchantes que n’importe quelle lame. Les parents quant à eux portaient des tenues simples, un peu raidies par les plis du temps, et emmenaient sans aucun doute la petite fille vers sa première année de magicienne. Le début d’une aventure. L’envol de l’enfant avec l’aide de sa famille. L’accompagnement empli d’amour, de fierté et de sourires radieux.Le crayon s’arrêta net, et la chouette essuya une larme sur le coin de l’œil de Cécilia. Comprenait-il ? Elle lâcha ses affaires et se réfugia dans ses bras, lâchant ses muscles, sa volonté de résister, d’oublier. Elle pleurait à chaudes larmes, et la magie s’évapora aussi rapidement qu’elle s’était infiltrée dans ce vieux car des États Unis d'Amérique.

— S’il n’y a pas de réponse à la question « Pourquoi », il y en a toujours une à « Qui je veux être ». Tu peux rester dans mes bras autant de temps qu’il faudra Michel Ange.

Et Cécilia pleurait.

Inventer, imaginer une réalité alternative n’était-il pas une fuite en avant ? Cécilia ne savait plus quoi penser, ni quoi dire. Elle laissait aller, tout simplement, dans les bras de cet inconnu, ce beau rouquin aussi rêveur qu’elle. Voyageur d’un temps qui serait bientôt révolu. Compagnon de cœur d’un instant, d’une étincelle de vie. De vie sans souffrance, sans douleur, sans passage à tabac. Alors le moment était finalement venu de se décharger. Avouer l’inavouable. Expliquer que ses parents étaient des monstres, des brutes sanguinaires, des êtres maléfiques. Des humains comme tant d'autres, pour qui l’apparence , l’argent et surtout le temps passait avant tout. Avant elle. Avant son amour. Son père était le plus fort, mais aussi le plus lâche des deux. Il préférait la tenir pour ne pas qu’elle s’enfuie ou qu’elle se débatte. C’était sa mère la principale tortionnaire. Elle était profondément jalouse de sa fille et voulait détruire sa beauté infantile, son innocence d’enfant, sa vie. La vie qu’elle avait eue petite et qu’elle n’aurait plus jamais. Elle la battait pour n’importe quelle raison, tant qu’elle pouvait lui faire mal. Mal. Elle appréciait particulièrement les moments où elle lui brisait le mental, où même les larmes ne voulaient plus couler. Alors elle continuait un peu, tel un Inquisiteur en transe, avec une soif toujours plus grande de contrôle sur l’autre, de décharge des émotions incomprises. La seule partie immaculée par la violence de sa mère était sa virginité. Jamais elle n’avait osé, jamais elle n’avait atteint, jamais elle n’avait détruit le futur potentiel de sa propre progéniture. Par conscience ? Par peur de vengeance ? Par peur de jugement dans l’au-delà ? Nul ne savait. Nul ne saurait. La chouette ne dit mot, car nulle parole ne peut réconforter un corps brisé par tant d’années de tortures. Il était là, bienveillant, l’entourant d’amour simple. Pur. Cécilia avait arrêté de pleurer. Elle se sentait transie de froid, vidée d’une crispation qui jusque là lui demandait un effort considérable et restait bloquée dans son cœur et dans son âme meurtrie. Son voyage en car se terminerait bientôt : la côte ouest approchait rapidement. Cécilia visait Los Angeles. Peut être que les anges seraient plus favorables avec elle que les êtres humains. Son compagnon trouva cette pensée drôle, bien qu’il doutait de la bienveillance de cette ville axée sur tellement de vices.

— Que vas tu faire quand tu descendras du bus Michel Ange ?
— Trouver de quoi manger, aller au cinéma voir un film niais et puis aller à la fac.
— A la fac ?
— Oui, je me suis inscrite à une fac pour le dessin. Les cours commencent demain.
— C’est un bon début. N’oublie pas de viser la célébrité, de faire des autographes sur le corps de tes fans torse-nus et de casser une ou deux gueules pour les journalistes et foules en délire.
— Ahah je n’y manquerai pas. Et toi, viendras tu me voir quand je serai célèbre ?
La chouette sourit, prit la main de Cécilia entre les siennes, et opina délicatement la tête les yeux fermés, comme pour prêter serment. La promesse était faite. Cécilia fouilla son sac une dernière fois et en sortit une petite chaînette de cuivre usée et franchement pas très jolie. Elle l’accrocha autour du poignet du jeune homme.
Que mon avenir se réalise et que ta promesse soit tenue. Merci à toi.

Elle ébouriffa les cheveux roux de son compagnon. Le bus ralentit. Il souriait gaiement, et prit ses affaires. Le bus pénétra sur un parking. Elle lui rendit son sourire, sans larmes cette fois, sans peur ni même remords. La chouette lui déposa un baiser sur le front. Il veillerait. Le bus s’arrêta. Cécilia se mit debout pour le saluer, encore une dernière fois. Le bus ouvrit les portes. La chouette se retira de la scène le cœur léger, avec un petit pincement. Une pincée de bonheur pour une vie plus claire. Plus juste. Il sortit. Le bus redémarra : destination finale : Los Angeles. Cécilia se plongea dans les dessins de son voyage pendant de longues heures : des magiciens d’un autre temps, des plantes carnivores dans une jardinière roulante, des aviateurs de l’espace dans un vaisseau dernière génération, des matelots dans un puissant bâtiment de bois et de poudre, et enfin, un peu de soleil, un ciel azur et des plages paradisiaques autour d’un vieux siège usé, seul, les bras grotesquement longs et élastiques, et deux grands yeux globuleux. Elle prit son stylo feutre noir fin, et prit le temps de dessiner les contours d’une fière petite chouette sur le dossier du vieux siège. Ancien et renouveau. Passé et futur. Cécilia prit soin de bien dessiner les airelles et le regard vif de l’animal. Vêtu de plumes longues et soyeuses, la fierté ressortait de son poitrail rouquin. Une fierté animée par la bienveillance envers sa compagne de voyage. D’un voyage unique. La pointe du feutre se déposa tout près de la chouette. Cécilia hésitait sur son ressenti. Que fallait-il dessiner ? Que voulait-elle dessiner ? Finalement, après de longues minutes passées dans le silence vrombissant du car 78223, Cécilia dessina les contours d’une magnifique étoile. Son étoile du berger, rien qu’à elle.

Terminus dans quelques minutes. Les contours de la cité des anges s'étendaient déjà à perte de vue et l’autoroute défilait à une allure folle. Sons et lumières s’entremêlaient pour offrir un tableau d’une vie citadine mouvementée, toujours éveillée, toujours en activité. Cécilia rangea ses quelques affaires éparpillées çà et là sur les deux sièges du car. Elle observa une dernière fois le vieux siège décousu et se dit qu’il devait vraiment être très inconfortable. La chouette... pourquoi ? Elle se mit debout, prit son sac sur le dos et traversa l’allée. Désormais, une nouvelle vie s’offrait à elle. Cécilia descendit du car 77228, résolue.

PRIX

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JigoKu Kokoro · il y a
Bonjour Draënor ( ^_^),
Je suis venue lire cette nouvelle sur les conseils d'Aurélien Azam qui m'a vanté les mérites de ce texte qu'il a fortement apprécié. Son conseil fût bon. Dès le début, il y a cette capacité à attirer l'empathie du lecteur sur le personnage principal dont on se sent très vite proche. Puis vient La Chouette et le ton s'allège, exactement comme le moral du personnage tout au long de sa présence lors des dialogues. De l'humour assez bien distillé le long du texte entre les moments ou la réalité rattrape le personnage principal dans ces pensées. Enfin le point le plus intéressant ce sont ses phases de dessins très onirique qui nous invite à imaginer tout autant de choses que ce qui nous est proposé sur le papier. C'est une sorte de danse étrange avec ses différents rythmes du lent triste réel au rythme léger des dialogue en passant l'euphorie graphique endiablé. Ce n'était pas évident de construire une histoire de cette manière et d'emboiter tout cela du moins. L'effort le plus conséquent était de bien réussir ses transitions afin de ne pas perdre le lecteur ou casser le rythme de lecture. Une lecture avec laquelle je n'ai, tout comme les personnages, pas vu passer le temps. Pourtant, j'en suis ressortie avec une impression d'envie d'aller plus loin comme le personnage principal. Dommage, le texte s'arrêtait là…
( ^_^)

·
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Daënor Sauvage · il y a
Bonjour JigoKu !
Je met beaucoup de temps à répondre ces derniers temps - à croire que je suis coincé dans un bus ! :)
Merci beaucoup pour ton chaleureux commentaire, il confirme parmi d'autres que le texte a bien touché mes lecteurs ! Et leurs connaissances. J'en suis fort ravi. Tu n'es pas la première personne à me demander une suite, un espoir de voir l'aventure de Cécilia après sa rencontre avec la Chouette. J'espère de tout cœur le faire, même si pour le moment ma plume est occupée par une nouvelle Fantastique et le début de réécriture d'un de mes anciens romans ! Beaucoup de projet donc.
N'hésite pas à lire mes autres textes et à me faire tes retours, où même à me transmettre toute idée que tu peux avoir sur Cécilia !
Mes salutations,

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Fred Panassac · il y a
Une histoire vraiment ensorcelante qui mêle rêve et réalité. Cécilia est ce personnage déroutant et attachant qui tente d’échapper à ses cauchemars. joli prénom pour un univers très personnel. Bravo et mes votes !
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Daënor Sauvage · il y a
Bonjour Fred,
Merci pour ce commentaire chaleureux. Cécilia a je trouve une âme plaisante à contempler, à appréhender, à découvrir pour s'y perdre le temps d'une lecture. Je pense que ce ne sera pas le seul texte sur cette héroïne qui est entré dans ma vie tout à fait par hasard, mais qui n'y ressortira peut-être jamais.
Mes salutations,

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Champolion · il y a
Et moi qui voulait me changer les idées parce que j'étais un peu cafardeux ce matin...C'est gagné!
Mes voix pour ce formidable uppercut dont on sait qu'ils n'assomment pas toujours.Certains réveillent de manière salutaire et celui-ci en fait partie
Champolion

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Daënor Sauvage · il y a
Bonjour Champolion,
Merci pour votre commentaire fort combatif ! Et au plaisir de vous envoyer d'autres droites littéraires pour vous réveiller hahaha.
Mes salutations,

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Ginette Vijaya · il y a
Mes votes renouvelés .
Je vous souhaite bonne chance et une bonne finale .

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Daënor Sauvage · il y a
Bonjour Ginette,
Merci pour votre souhait. Cécilia n'a pas atteint le Palmarès final mais a fait très bonne route ! :)
Et puis peut-être y aura-t-il une suite ? Qui sait ce que l'avenir peut réserver aux pauvres mortels que nous sommes.
Mes salutations.

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M. Iraje · il y a
Superbe. Et j'ai failli passer à côté ☺☺☺ !
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Daënor Sauvage · il y a
Bonjour Miraje,
Merci pour ce petit commentaire très plaisant ! :)
A très vite sur d'autres textes. Mes salutations,

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Pascal Gos · il y a
votre histoire me fait penser à la chanson de Linda lemay ....
"""L'homme était français, la femme était russe
Tout 2 en voyages aux Etats-Unis
Tout 2 attendaient le meme autobus
Presque sans bagages, comme des sans-abris.""
https://www.youtube.com/watch?v=w5Z4TNtf-uw
Bravo pour ce voyage plein de sentiments..
Daënor,je vous invite à déguster mon hamburger de Noël en lice pour la finale du GP hivers 2019
https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/le-hamburger-de-noel-1

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Daënor Sauvage · il y a
Bonjour Pascal,
Merci pour ce partage d'émotions et de musique, très plaisant !
Je vais aller jeter un œil à votre texte même si la Finale est à présent terminée.
Mes salutations.

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Utilisateur désactivé · il y a
Je connais bien ces mondes imaginaires empruntés de réalités....merci pour vos partages. Une longue lecture où je suis restée émerveillée.
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Daënor Sauvage · il y a
Bonjour Brunella,
Merci pour votre retour :)
Mes salutations.

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michel jarrié · il y a
Plaisante lecture. Bonne finale.
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Daënor Sauvage · il y a
Bonjour Jarrié et merci pour le commentaire.
Mes salutations.

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JD Valentine · il y a
Un voyage initiatique où la processus créatif se mélange à une réalité qui semble bien plus noire. Le dessin est l'échappatoire de votre héroïne. Votre univers est vraiment à découvrir. Mes voix pour ce bijou original et fort bien mené.
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Daënor Sauvage · il y a
Bonjour Jijinou,
Merci pour ce très beau commentaire et cette analyse courte mais très précise ! J'espère que vous irez perdre un peu de temps sur mes autres textes :)
Mes salutations.

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Gécé · il y a
Bien écrit, très agréable à lire, une belle histoire romantique et moderne. Bien trouvé!
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Daënor Sauvage · il y a
Bonjour Gécé,
Merci pour votre commentaire, en vous souhaitant une belle journée.
Mes salutations.

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