Cécile.

il y a
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Peintre du dimanche, scribouillard de petits textes 1,2 maxi 4 pages, drôle en société, ai beaucoup aimé R.Lamoureux puis le grand Coluche, aime la lecture SF, Thriller ainsi que des plus anciens  [+]

Et si pour commencer mon récit je faisais un peu comme au théâtre après
les trois coups, une tirade pour lancer la pièce....hein ! pas bête ?
Tiens !, par exemple :
_ Elle est bien bonne celle-là ! je suis furieux mais ne peux m'empêcher
de me tordre de rire, c'est comment vous dire...ah oui ! comme le soleil
qui pointe le bout de son nez au loin pour vous faire la nique alors que
vous, vous êtes sous des cordes et que celles-ci vous tombent sur la tête
en plus, le comble... pas de parapluie...
Enfin bref (comme disait Pépin = parapluie, jeu de mots) revenons en à
mon récit, qui aurait pu un jour prédire que je me marierais à cause d'un
orage, moi auguste Clampin, célibataire endurci, coureur de jupons et
ennemi juré du mariage et des belles mères... Il ne faut pourtant juré de
rien me direz-vous, un poète a même dit et écrit ce proverbe, si mes
souvenirs sont exacts, ne s'agissait-il pas de monsieur Alfred de Musset,
en plus, à sa décharge, il avait bigrement raison le bonhomme...
Nous serions au café du coin, ou nous avons l'habitude de nous retrouver
ou bien chez moi devant une bonne bouteille et quelques amuses bouches,
là je vous prierais de vous installer confortablement, juste le temps de vous
raconter mon étonnante histoire, plutôt ma drôle de mésaventure, et pour
cela je serais le plus bref possible, je ne tournerais pas autour du pot, que
nous allons boire...trait d'humour.
Comme vous savez, j'habite un immeuble de caractère, dans un appartement
ayant plus de pièces que de femmes dans la smala d'Abdelkader, situé au 6°
étage avec une vue imprenable sur les Halles de Paris sans compter les cris
des marchandes de quatre saisons et le brouhaha incessant des camions qui
vont et viennent pour décharger ce qui fera vivre la Capitale pendant
quelques jours, logement que je loue une bouchée de pain.
Au rez-de-chaussée, une blanchisserie tenue par Marguerite Lecharme, et son
mari Adolphe, lui travaillant aux halles de Paris, ils ont une fille de vingt et
un printemps avec une frimousse d'une grande beauté, ce qui la rend plus que
jolie, Cécile Lecharme, et qui de plus, n'en manquait pas...
Ce sont eux qui s'occupe de mon linge et de mon raccommodage, alors comme
je dois impérativement, me rendre à une messe de mariage, mon patron mariant
sa fille et me priant de faire acte de présence à celle-ci, impossible donc pour
moi, d'échapper à la corvée de présenter au défiler mes condoléances attristées...
pardon, excusez-moi ce lapsus, je voulais dire mes sincères félicitations aux
jeunes époux...
Après cette averse mon unique veston étant un peu fripé, je le déposais pour
un rafraîchissement ainsi qu'une chemise de grand-père, que je porterais avec
un petit gilet boutons or, une montre à gousset, et un faux-col pour faire riche,
me disant que ce serait parfaitement parfait, hein ! mon petit...
Donc la veille au soir je passe à la blanchisserie récupérer mon bien.
Et le lendemain jour du mariage et de ma présence obligatoire...
Vous voyez, rien que d'y penser j'en tremble encore, lorsqu'il me fallut passer
ma chemise et poser mon faux-col, ce fût un supplice, une véritable séance
sado-maso, les boutonnières étaient si consciencieusement (ouf) empesées que
je me cassais trois ongles, sans arriver à les mettre...
Vous me connaissez, comme je suis plutôt du genre gus obstiné, étant comme cet
abonné des bains de vapeur qui disait toujours « j'y sue, j'y reste »* au bout d'un
très long moment et n'étant pas que la moitié d'un idiot ayant un peu de jugeote
je me suis servi de la clé qui me sert à ouvrir les boîtes de pâté Hénaff et ça à
tellement bien marché que j'en ai agrandi les trous, ce qui fait que dès que c'était
boutonné devant, ça fichait le camp derrière et vice-versa, j'ai beau être calme et
quelqu'un de patient, il y a des moments dans la vie d'un célibataire où l'on se trouve
à bout...Et là j'étais arrivé à la limite de l'explosion...
Un truc que je vais vous dire mais que vous ne devrez jamais répéter, c'est qu'en me
voyant par hasard dans la glace de la salle de bain, je me suis faits une de ces peurs,
les yeux hagard et injectés de sang, les veines du cou et du front gonflées, la face
congestionnée...oui, j'ai eu peur.
Avec le temps qui file dans ces moments-là, toujours plus vite qu'à l'habitude, l'aiguille
des minutes tournant à une vitesse exponentielle, affolé, voyant arriver l'instant
fatidique où le temps devient votre ennemi pour vous jeter à terre en vous faisant
avec un sourire de diable, arriver en retard pour assister à la cérémonie...
Là, je me dis :
_Tout, plutôt que de me signaler par une absence qui serait préjudiciable à mon
avancement et à ma prime de fin d'année !
Après m'être excité comme une puce et invectivé comme un charretier, je courus
à la porte et quatre à quatre je dévalais comme les skieurs en slalom géant les six
étages, enfin les deux premiers puis les autres à califourchon sur la rampe pour
aller plus vite, je passais comme un fou devant notre concierge qui me regarda
avec un air terrorisé, arrivant ensuite en trombe dans la blanchisserie avec la voix
entrecoupée par le manque d'air et à demi en apnée, je suppliai mademoiselle
Cécile, seule dans la boutique à ce moment-là, de bien vouloir mais en urgence
m'attacher mon faux-col...
en éclatant de rire, elle me répondit :
_ Avec plaisir, mais je vais vous changer le faux-col que je vous ai donné hier, car
je me suis trompé, ce n'est pas le vôtre, mais celui du vieux monsieur du troisième,
vous savez l'Académicien...Oh, vrai c'que vous avez chaud ! vous en faites une
figure !
Et tandis que Cécile me boutonnait mon faux-col, ses parents revenaient dans la
boutique, et la mère Lecharme qui d'une voix de baryton en vint à dire à son époux :
_ Regarde Adolphe comme il est rouge ! on dirait qu'il va éclater notre petit locataire
du sixième...mais qu'est-ce qui peut donc bien l'émoustiller ainsi ?
L'erreur fut dans ma réponse pour ma défense :
_ C'est rapport au mariage....là l'erreur, la non-réflexion, ne pas avoir tourné sept fois
ma langue dans ma bouche, je venais sans m'en rendre compte de me glisser la corde
au cou...Oui, que n'avais-je pas dit là, le père Lecharme sauta sur l'occasion pour me
baptiser d'une phénoménale claque dans le dos, une bourrade de bucheron Canadien
qui me fit chavirer en disant :
_ Un petit farceur notre jeune ami, vous y avez mis du temps à vous déclarer, et moi
qui depuis longtemps avais prévu ça hein Marguerite ?
Et c'est pas la peine de rougir avait-il renchéri avec un sourire et sa grosse voix de
marchand des halles, embrasser Cécile, un petit baiser de fiançailles et ce soir repas
à la maison nous en profiterons pour fixer la date de vos épousailles, ça vous va ?...
alors toper là mon garçon...pardon mon futur gendre...
Ah ! les amis pour vous dire la galère, là j'étais complètement absent, une drôle
d'impression, j'étais présent mais absent oui, comme sur un autre continent, chez les
Papous par exemple ou les Aborigènes d'Australie, enfin sur une autre planète, de
vivre la vie d'une autre personne, d'être l'acteur d'un film de série B !
Sans vraiment m'en rendre compte je venais de serrer la main du père Lecharme et
sa femme de me sauter au cou et de m'embrasser comme faisant déjà partie de la
famille ou comme on peut se régaler d'un éclair au chocolat, goulûment, puis, elle
me propulsa vers Cécile que sans m'en rendre compte, j'embrassais à mon tour...
Ensuite allez donc expliquer qu'il y a mal donne, que ceci n'est qu'un regrettable
concours de circonstances, surtout après une si grande fricassée de museaux, alors
au bout du bout je me suis résigné à accepter ce que je ne pouvais plus éviter...
Dans un mois et dix jours je suis bon pour la corde, moi le célibataire endurci que
vous connaissiez, Cécile Lecharme deviendra Cécile Clampin, tout ceci devait être
écrit quelque part, et tout cela à cause de faux-emblants, et d'un faux-col trop
rébarbatif qui de plus n'était pas le mien, une erreur de transmission qui me coûte...
mon célibat,...
Comme quoi, il est difficile d'échapper à sa destinée...
Alors vous mes amis, si vous n'êtes pas satisfait de votre blanchisseur, je vous
présenterais mes beaux-parents, j'aurais bientôt des intérêts dans la maison...
lu un jour...
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Isabelle Lambin · il y a
Il aurait pu tomber plus mal.
Beaucoup de bonheur aux futurs mariés !

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Alain Derenne · il y a
Oui Isabelle, merci pour eux, bonne soirée
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Serge Debono · il y a
Une belle narration pour une fin à l'ironie douce. Sous le charme (Cécile !) de ton histoire... désolé, j'étais obligé de la faire ;-)
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Alain Derenne · il y a
Merci à toi Serge.
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Sylvie Neveu · il y a
hi hi hi , à quoi ça tient la vie, tout de même !!!
bravo pour ce petit bout de vie qui pourrait se jouer sur scène dans un de tes théâtres préférés.
tu as un vrai talent de conteur et presque j'entends le son de ta voix et c'est très agréable.
merci alain

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Alain Derenne · il y a
Merci à toi de me lire et de me laisser un petit mot comme une visiteuse d'une expo sur le livre d'or... Merci

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