Ce n'est pas à cause de moi.

il y a
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Peintre du dimanche, scribouillard de petits textes 1,2 maxi 4 pages, drôle en société, ai beaucoup aimé R.Lamoureux puis le grand Coluche, aime la lecture SF, Thriller ainsi que des plus anciens  [+]

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Une drôle d'histoire.
Moi quand même, petit écrivaillon devant l'éternel, modeste mais sans excès
qui vient d'atteindre un âge disons avancé de 65 ans sans que ma notoriété ne
dépasse le cercle de mes amis, bien que j'eus publié une bonne douzaine de
brochures d'érudition profonde que personne n'a jamais lues, hélas !
Aussi, ce fût avec une véritable épouvante, peur, trac, appelez cela comme vous
voulez que je constatais, oh ! stupeur, que du jour au lendemain j'étais devenu
célèbre...
Parfaitement ! même si vous n'y croyez pas, cela avait commencé avec un article
de revue, d'une de ces puissantes revues qui règnent sur les lettres, les sciences
et lézards (les arts) et qui dans leurs articles ne daignent parler que des personnes
qui sont arrivés et des talents reconnus. (alors moi, pensez bien, une erreur de...
de nom peut-être, enfin).
Le lendemain de cet article, mes fameuses brochures faisaient prime chez les
libraires qui durent les ressortir de leur placard, de plus, à la suite de cette ruée,
plusieurs éditeurs m'appelèrent au téléphone, m'envoyèrent des courriers, pour
obtenir de moi, le privilège d'une réimpression, si bien que je pûs grâce à cette
aubaine soudaine, traiter avantageusement.
Un bonheur n'arrivant jamais seul dit-on, proverbe ne faisant pas partie de mon
top10, mais là pourtant je dus changer d'avis, car dans la foulée, je recevais une
lettre d'un ami écrivain, égaré depuis plusieurs années dans la politique, ministre
le bonhomme, de la culture en plus et qui par cette missive me demandait au
nom de notre ancienne amitié d'accepter une place d'attaché à son cabinet.
Alors, à mon âge et avec mon manque d'habitude de ce monde aux langues
obscures j'avais refusé ce poste au grand dam de mon ami, seulement intéressé
par ma fulgurante notoriété, et mes écrits (je le pense aujourd'hui)...
Si bien, que même de grandes villes étrangères célèbres par leur renommée
scientifique ou littéraire m'adressèrent de mirifiques diplômes de citoyen
d'honneur, même des académies et des clubs savants des nations les plus diverses
me décernèrent les titres de membres honoraires, je fis la une des plus grands
quotidiens, ma photo en première page, des écrits dithyrambiques par les plus
grandes plumes journalistiques me désignèrent comme l'homme du jour, et
même de l'année (allons donc...).
Enfin, suprême consécration, le secrétaire perpétuel des inscriptions et belles-
lettres m'avisait qu'à la suite d'une mûre délibération la docte assemblée me
choisirait en troisième ligne pour la prochaine élection de ses membres, c'était
pour moi, un fauteuil assuré.
J'avais eu à l'époque une véritable crise de ravissement, mais n'en étais que plus
terrifié, toute cette chance qui me tombait dessus, que me réservait la suite des
évènements, je me disais qu'il y avait quelque chose de pas clair...
À un journaliste venu m'interroger pour la revue « lire » j'avais tenu ces propos :
_ Ce ne sont pas mes quelques écrits non structurés qui valent la peine de tout
ce tintamarre, eux que l'on laissait si bien dormir au fond des armoires dans
l'ombre depuis un nombre exponentiel d'années, personne ne les lisait, mes amis
eux-mêmes les gardaient par pure amitié, n'y attachant aucune importance,
allons, avouez, vous ne le ferez pas par politesse, je ne me fais aucune illusion
là-dessus.
Il n'avait pas eu le temps de me répondre ni de me poser une autre question que
la sonnette retentissait violemment dans la pièce, j'allais ouvrir, il voulait partir,
mais je l'avais retenus :
_ Non, non, restez, j'ai encore bien des choses à vous dire...et puis.
Mon visiteur (nous étions mercredi) * entra, face à moi, un homme d'aspect plutôt
lugubre (style monsieur Gru) vêtu de noir, une silhouette de malfaiteur bien tenu,
il s'excusa poliment de venir me déranger et déclara d'une voix rauque vouloir
m'entretenir en particulier.
_ Parlez monsieur, ce monsieur ici présent est de mes amis...
_ Il m'est venu aux oreilles que vous étiez possesseur d'un grimoire rarissime sur
la magie, attribué à un moine du Moyen Âge, et contenant des choses inconnues
du vulgaire. Et ce journal m'intéresse...
_ Mais comment êtes-vous au courant de ceci, car en effet monsieur je possède ce
manuscrit mais ne désire nullement m'en séparer.
_ Je peux vous proposer 1000 euros ?...1500 ?...2500 ?...10000 ? ou plus.
_ Inutile monsieur, il n'est pas à vendre, c'est une des perles de ma collection, et
pour l'instant l'argent ne me manque pas.
Le visage de mon visiteur du jour s'était assombri et il m'avait murmuré :
_ Tant pis, cela dit en exhibant et ricanant une liasse de billets à faire pâlir un cheik
Arabe, il me le faut impérativement pour une personne qui en a un besoin capital,
et par là-même vous lui rendriez un énorme service en me le cédant, puis il partit.
_ Voilà une figure bien sinistre pour un collectionneur s'il en est, m'avait dit mon
visiteur journaliste.
_ Oh, vous savez, je connais ce genre de collectionneur, c'est un personnage un
peu drôle comme Balzac en a caricaturé dans son écrit sur la « recherche de
l'absolu » et qui dépense toute leur fortune et leur vie à la poursuite de la pierre
philosophale ou la transformation des métaux en or, ce grimoire s'était retrouvé
entre les mains d'un tas de chercheurs et d'alchimistes mais jamais rien dans leurs
travaux n'avait apporté une solution à toutes ses formules plus curieuses les unes
que les autres et même dont certaines monstrueuse dans leurs conceptions.
J'ai eu ce manuscrit à une vente à Drouot, la vente D......., ce riche armateur Grec
qui se tua lors d'une course au large, son corps et son bateau n'aillant jamais été
retrouvé...
Eh !...mais, tenez... mais, oui, c'est curieux autant qu'étrange, il me faut cet
événement et cet acheteur un peu agaçant pour attirer mon attention sur ma situation
actuelle...a vos yeux je ne veux pas passer pour un fou, mais il est curieux que ce
soit effectivement au lendemain de l'achat de ce manuscrit que ma célébrité fait
son apparition dans ma vie... vous en riez ? soyez aussi convaincu que moi que
l'olibrius qui vient de nous quitter est plus informé que moi des vertus cachées de
ce grimoire.
_ Oh ! Cher ami, vous vous rabaissez à plaisir m'avait répondu mon interviewer
journalistique en riant, je vous laisse pour ne point en entendre davantage en
vous remerciant de votre accueil et en vous souhaitant la bonne soirée.
Le lendemain matin, je prenais mon café et j'eus la visite de mon nouvel ami
journaliste, il passait m'apprendre une nouvelle qui devait me surprendre :
_ Vous n'êtes pas au courant mon ami.
_ Mais de quoi voulez-vous que je sois au courant ?
_ Il s'est pendu...
_ Qui ?
_ Mais votre ami ministre de la culture, il s'est pendu chez lui dans la soirée
d'hier, c'est inimaginable.
C'était inimaginable , en effet.
Et devant mes yeux était passé l'image de mon visiteur de la veille, de l'homme au
manuscrit, qui de sa voix mystérieuse m'avait dit une chose un peu drôle qui me
revenait en mémoire, « eh bien ! monsieur, il me le faut impérativement......»
Le temps a passé, je n'ai plus eu la notoriété de cette époque, et suis toujours à
me demander s'il y avait une relation de cause à effet entre le manuscrit et la
mort de mon ami...
J'ai toujours mon manuscrit et me sens bien avec lui.

* clin d'oeil à une émission télé, les visiteurs du mercredi (mon enfance).
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Marie · il y a
Lafée a tout dit. J’ai bien aimé ce texte à double détente et l’appartion du grimoire donne un ton mystérieux à l’ensemble, d’abord inquiétant puis étonnant.
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Alain Derenne · il y a
Merci Marie, bonne journée.
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Sylvie Neveu · il y a
Bonjour Monsieur le non-petit-écrivaillon, je l'aime bien ton récit et l'écriture qui va avec.
Oui et j'aime bien le titre, un peu grave, qui précède ta première phrase, un peu désinvolte, un peu légère. Ce contraste est une belle amorce.
Ah, la célébrité !
La crise de ravissement est une belle trouvaille et le grimoire introduit une ambiance trouble, magique et irrationnelle. La visite est une rupture, dans ton texte, c'est elle qui va déclencher les questionnements et qui va justifier ton titre. La coïncidence apporte une fantaisie dans mon imagination qui se met à pédaler sur tes mots et s'arrête sur la sensation de ton confort personnel lié à la possession du manuscrit bizarre.
Tu vois, Alain, je t'ai lu et j'aimais te lire alors je te remercie
Dyilvie

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Alain Derenne · il y a
Grand merci à ma petite fée, je suis gâté par le commentaire, merci et merci bis

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