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Corinne B612

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Sur la ville moite, la nuit étouffante étendrait sous peu son emprise, l’air était devenu irrespirable. Les maigres mesures contraignant les automobilistes à circuler en alternance selon les immatriculations étaient devenues illusoires face à la pollution à l’ozone.

L’hôtel était situé dans le quartier de la Joliette, près des docks refaits à neuf, transformés avec succès en galerie commerciale élégante. Les docks dataient du XIXème siècle et l’architecte, Gustave Desplaces, était adepte de numérologie. Les bâtiments mesuraient trois cent soixante-cinq mètres de long, comportaient quatre cours, cinquante-deux portes, sept niveaux. L’hommage de l’espace au temps, c’est la réflexion qu’ils se firent.

Ils avaient choisi de se retrouver à Marseille pour être précisément à égale distance de leurs domiciles respectifs. Elle ne reprendrait pas le travail avant plusieurs semaines, lui pourrait parer au plus pressé depuis la chambre d’hôtel.

La chambre 77 recevait le soleil de fin d’après-midi. Découpée par deux hautes fenêtres, la lumière tombait sur le lit Queen Size qui était rapidement devenu le cœur sensible de l’oubli du réel, l’arche des émois émerveillés, le plus précieux endroit du monde à cet instant-là pour eux.
— On a de la chance.
— On a de la chance, merci.
C’est la confidence qu’ils échangeaient en une phrase dont ils pressentaient qu’elle deviendrait l’offrande au rite amoureux.

Le papier peint turquoise aux motifs géométriques évoquant les années 70 faisait ressortir le mobilier noir. À côté de la bouilloire étaient échoués deux petits biscuits en forme de sardine, clin d’œil à celle qui, parfois, bouche le port dans les récits truculents des marseillais.

À cet instant, les bruits de la ville en sueur s’estompèrent jusqu’à disparaître étrangement, comme si tout s’était figé à l’extérieur.

De son long pied fin, il repoussa le drap. Elle songeait à la façon dont elle pourrait dire la douceur de la peau, l’amplitude des épaules, le regard doré. Les mots seraient vains, pensa-t-elle. L’angoisse qui la saisit était traversée par la nécessité du mutisme. Tout ne pouvait pas être dit, trop de mots étaient interdits. Elle s’accrochait furieusement à la phrase de Barthes : « Ce que le langage ne peut pas dire, nos corps le disent. »
Mais elle, une fille de mots, elle voulait dire, elle voulait libérer son souffle, déchaîner sa parole, ne plus se censurer !

La ville battait de nouveau sa cadence, klaxons, sirènes d’ambulances et de bateaux, frottement du caoutchouc sur l’asphalte fondant, et plus près, les portes qui claquaient, quelques voix étouffées.

D’où lui venait cette sensation sans contour, cette impression que quelque chose à l’extérieur de leur sanctuaire n’allait pas selon le cours attendu du jour, de ce mardi après-midi de début d’août ?

L’heure du rendez-vous nocturne approchait. Ils s’y rendirent en utilisant la confortable voiture dont les lumières bleutées du tableau de bord évoquaient le cockpit d’un avion. On leur avait transmis l’adresse par mail, ainsi que le code d’entrée.

Pour l’occasion, elle arborait cette robe sexuée, décolletée et serrée à la taille qu’elle avait déjà portée un jeudi en quittant à l’aube l’hôtel Ottero à Nice. Ainsi vêtue, elle pourrait mieux l’allumer. Bientôt, il poserait ses mains larges et belles un peu partout et elle pourrait en sentir la pression à travers l’étoffe du vêtement.
Sa chemise blanche s’ornait d’un liseré parme de végétaux entrelacés, il la laissait hors de son Levi’s, probablement conscient du charme qu’il dégageait.

— C’est là, je crois, cette boutique de produits artisanaux. J’aime bien cette idée, c’est drôle et surprenant, lui confia-t-il.

Aux alentours de la boutique à la devanture innocente, les rues étaient désertées. Elle éprouva de nouveau une impression étrange. La ville devrait grouiller de touristes dans ce quartier proche de la cathédrale ; or, tout était vraiment vide et calme.

— J’ai mémorisé le code. Je ne veux pas que l’on puisse nous reprocher d’être imprudents, ajouta-t-elle en souriant.
— Vite, vite, entrons avant d’être repérés, dit-il, manifestement grisé par la situation.

La boutique n’était pas bien profonde. Quelques objets étaient disposés sur des présentoirs, ils n’y prêtèrent pas la moindre attention. L’armoire seule les captiva. On les avait prévenus qu’il faudrait la traverser, en écartant les vêtements suspendus, avant de trouver un couloir enténébré qu’il ne faudrait pas avoir peur de parcourir à l’aveuglette.

— On y va ! lança-t-il avec l’enthousiasme dont il était coutumier.

Elle eut un moment d’hésitation. Cette entrée, l’armoire faussement naïve qui aurait pu évoquer Narnia, la boutique factice, le code secret, tout cela l’aurait surexcitée et amusée s’il n’y avait pas eu ces moments étonnamment suspendus et silencieux dans Marseille la frénétique... Qu’avait-elle perçu dans ces silences inhabituels ? Était-elle simplement plongée dans ce trouble à cause des festins amoureux ? Elle savait son odorat sur-développé mais son ouïe défaillante. S’emparant de cette conviction, elle renonça à ses appréhensions.

— Après toi, lui dit-il en lui montrant la penderie ouverte sur des chemises pâles et des robes noires qui bougeaient légèrement puisque le fond du meuble était ouvert sur le couloir obscur.

Une petite peur sourde roulée en boule au creux de son ventre, elle entra dans l’armoire.

La lumière jaune au bout du couloir l’éblouit un peu, elle suivit de la main les murs au revêtement flétri. Il gardait fermement son autre main serrée dans la sienne. La musique jazz lui parvint, mêlée au son des verres s’entrechoquant et de conversations animées. Elle se détendit, se promit de s’amuser dans cet endroit insolite, en la compagnie de la seule personne avec qui elle souhaitait partager ce moment.

Ils débouchèrent dans une salle de dimensions modestes, mais qui laissait voir des passages vers d’autres salles. Encore un peu aveuglée par le retour à la lumière, elle ne perçut pas immédiatement l’étrangeté du lieu. Pourtant, elle fut d’emblée émerveillée par les flacons qui s’alignaient sur toute la hauteur des murs au long des boiseries vernissées de lumière. Des flacons pansus ou carrés, parfois hauts, à l’encolure élégante, emplis de liquides colorés, d’autres élancés et facettés, soufflés dans un verre blanc laissant à peine distinguer le contenu, mais reflétant la lumière avec force. Tous paradaient, comme autant de sentinelles gardiennes de la liberté de s’enivrer.

Elle réalisa enfin que lui s’était arrêté sur le seuil de la salle. Il l’enlaça et la serra contre lui.

— Regarde, c’est incroyable ! souffla-t-il. Tu ne m’avais pas dit qu’il fallait respecter un dress code ! Et cette fumée ! On a de nouveau le droit de fumer dans les bars ? s’amusa-t-il.
Malgré son trouble, elle ne put s’empêcher d’apprécier une fois encore son sens de l’adaptation et son esprit joyeux en toutes circonstances.

Assis dans un profond Chesterfield brun, un homme en pantalon large, chemise blanche, bretelles et borsalino sur la tête, tenait sur ses genoux une brune en robe lamée, le front ceint d’un bandeau orné d’une plume. Elle fumait au travers d’un fume-cigarette en bakélite noire. De la vraie fumée sortait de sa bouche ! Ce n’était pas une de ces énormes cigarettes électroniques au réservoir imposant, qui exhalaient des senteurs de fruits rouges ou de réglisse.
Elle vit enfin le nuage de fumée et sentit l’odeur du tabac, auxquels elle n’avait pas prêté attention tant ses autres sens avaient pris le dessus.
Tous les occupants du bar étaient vêtus comme dans les années 30. Les femmes, juchées sur des talons carrés, bavardaient ou buvaient en riant. Les hommes portaient tous des bretelles et fumaient aussi. Tous paraissaient totalement absorbés, personne ne sembla leur prêter la moindre attention.

Enfin, un serveur s’approcha d’eux et leur lança :

Welcome to the Carry Nation Speakeasy. Please, take a seat and order whatever you’d like to drink.
Thanks a lot ! We’re happy to be here, répondit-il malicieux. Pour elle, il ajouta : dis-donc, la maison ne néglige aucun détail : anglais parfait pour les serveurs, costumes d’époque, c’est fantastique !
Et il l’attira vers le comptoir de zinc derrière lequel un barman talentueux faisait couler avec une incroyable dextérité d’un récipient à un autre un liquide laiteux.

Ils s’assirent et on leur fit lire la carte des boissons. La liste des cocktails était réduite mais celle des whiskys leur parut interminable.

Après Ella et Louis chantant Cheek To Cheek, sans transition, un chant de Noël se fit entendre. À l’extérieur, dans la ville, on était le 7 août 2018. Ils n’étaient plus à une incongruité près.
Un bref instant, ils revinrent à eux, à cette attirance qui les happait régulièrement hors du réel. Il glissa une main sous sa robe, remontant sur le bas légèrement résillé, s’arrêtant lorsqu’il vit qu’elle retenait sa respiration, funambule suspendue à la sensualité de leurs échanges.

L’homme au borsalino s’extirpa du fauteuil et s’approcha d’eux.

— Vous êtes nouveaux par ici ? demanda t-il en anglais.

Entrant dans le jeu, elle répondit en anglais aussi.

— Nous arrivons en ville, nous logeons près des docks. Pourriez-vous nous recommander une boisson ?

Il éclata de rire.

— Vous pensez vraiment que tout ce qui est écrit sur cette carte est en vente dans ce bouge ? Si vous n’êtes pas trop suicidaires, prenez donc ce whisky, le dernier sur la liste. C’est peut-être celui qui vous fera le moins mal.

Et il retourna à son fauteuil.

— Je ne comprends pas, dit-elle. Les vêtements des clients, l’autorisation de fumer, le fait que tout le monde parle anglais, cette histoire de carte restreinte et de boissons dangereuses, ils poussent un peu loin les détails réalistes, non ?
— La prohibition, Poulette, glissa t-il avec malice. Faudrait pas que t’oublies c’que ça veut dire !

Puis, adoptant un ton presque menaçant, il ajouta :

— Dites-moi, ma jolie, qu’est-ce que vous êtes venue chercher ici ? Seriez pas une de ces pisse-copies envoyées par les Ligues de Vertu pour poser des questions sur mon bar ? Parce que si c’est ça, moi, je vais vous faire passer l’envie de poser des questions, et pour longtemps.

Mi-amusée, mi-inquiète, elle répondit :

— Pt’êt bien que je suis journaliste, et donc ? Vous allez me faire quoi ?
— Les gens de ton espèce, on n’aime pas beaucoup ça, par ici. Regarde, tu vois, à la table qui est dans l’angle, là-bas, le gars seul ?

Il désignait un homme au visage rond et presque débonnaire marqué sur la joue gauche d’une double balafre. Ce client portait un costume trois pièces noir, avec une cravate rayée.

— Ben tu vois, ma jolie, ce gars, son blaze, c’est...

Elle l’interrompit, cette fois, elle n’avait plus du tout envie de plaisanter.

— Ce mec, punaise, ce mec, c’est Al Capone !
— On ne peut rien te cacher, ma pt’ite, sourit-il en glissant un regard très appuyé dans son décolleté.

Fébrile, elle sortit son smartphone. Sans en être vraiment surprise, elle constata qu’il n’y avait pas de réseau.

— Arrête, je ne rigole pas. Ce type est le portrait craché d’Al Capone, c’est tout simplement impossible de lui ressembler autant. Cette cicatrice sur le visage ! Scarface ! C’était son surnom. Viens on s’en va, je ne comprends pas cet endroit, je suis mal à l’aise.
— Et moi, ma chérie, je suis Eliot Ness. J’aimerais bien goûter quand même à leur whisky frelaté. Et je passe une incroyable soirée ici, c’est tout simplement stupéfiant.

Cela dit, il se tourna vers le barman et commanda deux whiskys. Le jeune homme au regard absent posa sans ménagement les deux verres sur le comptoir.

— Et deux verveines d’Écosse ! Enfin, on peut toujours rêver, ajouta t-il pour lui même.

L’ambiance dans le bar était de plus en plus animée, les clients se pressaient au comptoir pour voir les cocktails s’épanouir dans les verres, le jazz semblait à présent venir d’un orchestre qui aurait été dans la pièce à côté, et non plus d’enceintes numériques. La musique enfiévrée, le clinquant des conversations, dont plusieurs se tenaient en anglais, la fumée épaisse lui donnèrent le tournis.

Le sosie d’Al Capone s’était levé et venait vers eux. L’homme au visage rond et plutôt jovial leur souriait ; il n’avait pas ôté son chapeau et s’avançait avec assurance. Se sentant au comble du malaise qui l’assaillait depuis un moment, elle s’agrippa à la main de son amant et lui demanda une fois encore de quitter au plus vite le bar.

C’est à cet instant qu’un fracas violent se fit entendre. C’était un mélange du son sec de plusieurs coups de feu tirés depuis l’autre côté de l’armoire, et de voix fortes hurlant des ordres en anglais.

La panique s’empara de tous, clients et serveurs. La musique cessa, les bruits d’une intense confusion la remplacèrent : bris de verre, cris, chutes d’objets se mêlèrent aux voix brutales venant du couloir, et à présent très proches. Certains semblaient chercher une issue vers la salle du fond, d’autres tentaient de se dissimuler derrière le comptoir du bar. Emportés dans la bousculade, Hugo et Marina se retrouvèrent plaqués contre l’une des cloisons de bois du fond du bar, coincés au milieu d’autres clients, entre la femme au fume-cigarette et le sosie d’Al Capone. Tous deux avaient désormais perdu toute légèreté. Ils n’échangèrent pas, soucieux avant tout de ne pas être séparés, totalement stupéfaits. Plus aucun doute ne subsistait quant à la tournure inhabituelle que prenait cette soirée.

Du couloir, surgirent cinq hommes, tous portant les mêmes costumes de tweed sombre. Quatre d’entre eux arboraient les mêmes borsalinos que les clients du bar, le cinquième, qui paraissait les diriger, était tête nue, ses cheveux luisaient, partagés par une raie impeccable. Tous braquaient des fusils mitrailleurs.

— Thompson 1921 semi-automatiques, souffla Marina.
— Comment tu sais ça ? demanda Hugo.
— Une recherche que j’ai faite sur l’époque de la prohibition aux États-Unis. Et, mon chéri, je ne sais pas comment c’est possible mais l’homme qui est nu-tête, c’est bien Eliot Ness, l’incorruptible !
— Je crois que je n’ai plus trop envie de plaisanter, reconnut-il.

Plus tard, ils se remémorèrent cet échange, et durent en admettre l’étrangeté.

Leur groupe fut immédiatement poussé, sans ménagement, vers le couloir pendant que trois des hommes qu’ils avaient désormais identifiés comme étant des fédéraux ou leurs avatars jetaient au sol toutes les bouteilles, tous les verres.

Marina se dit qu’à la sortie du bar, la mascarade allait cesser, qu’ils allaient retrouver la moiteur de la ville, que sans doute, sur le trottoir devant le bar clandestin, des caméras indiscrètes filmeraient leurs réactions à chaud à la sortie de l’établissement où ils avaient été piégés par une quelconque caméra cachée. Elle songeait déjà au soulagement, aux rires, au récit que tous deux se feraient de cette stupéfiante soirée.

La bousculade se fit étouffante dans le couloir, étrangement parcouru d’un air glacial.

Au sortir du bar, à la place de la petite rue en pente douce montant vers la Bonne Mère qui les avait accueillis à leur arrivée, ils débouchèrent sur une immense avenue glacée par la neige et un vent mordant. C’était la nuit aussi, mais une nuit ailleurs, dans un décor qu’ils reconnurent tous deux aisément. La silhouette du pont de Brooklyn émergeait d’un brouillard gelé et noir.

— J’ai peur, dit-elle d’une voix étranglée.
— Pas mieux, concéda Hugo.

Ils furent embarqués dans le même fourgon cellulaire que Scarface, qui les regardait :

— Alors, toujours envie de s’encanailler, toujours envie de se frotter à la prohibition ? demanda t-il goguenard.

Interdits et glacés, ni l’un ni l’autre ne purent répondre. Que faisaient-ils au milieu d’une nuit d’hiver new-yorkaise, dans un fourgon cellulaire des années 30, elle en robe estivale et sandales compensées et lui en chemise légère ? Quel gouffre les avait happés depuis cette paisible et sensuelle après-midi marseillaise pour les projeter dans cette réalité effarante ? Tous deux étaient, certes, friands de récits, de contes, de fictions en tous genres, mais à cet instant, ils doutaient profondément de leur santé mentale.

Au travers des vitres grillagées, ils purent distinguer les rues de Brooklyn, plusieurs sapins enguirlandés les renseignèrent sur l’époque de l’année. Le fourgon s’arrêta devant un commissariat à peine éclairé, ils durent descendre et se ranger sous les ordres d’Eliott Ness. Désormais, aucun doute n’était plus possible sur l’identité de l’homme au regard limpide et à la posture déterminée.

Une interminable attente dans les locaux enfumés et humides du commissariat débuta alors. Blottis l’un contre l’autre, hébétés, ils lisaient les gros titres du New York Times du 26 décembre 1926 qu’ils avaient sous les yeux : « Indict Capone men on 5 000 charges ». L’article évoquait toutes les accusations de violation des lois de la prohibition qui pesaient contre Scarface.
Plus loin, ils lurent une interview de Charles Norris, médecin légiste à New York. Les urgences des hôpitaux de la ville avaient été débordées par une arrivée massive de personnes en état de démence avancée. Le médecin prenait le risque d’incriminer le gouvernement, qu’il accusait d’avoir lancé la production de whisky empoisonné au méthanol. Mille-deux-cents buveurs avaient été intoxiqués, quatre cents avaient succombé.

Au milieu de la nuit, on leur demanda de sortir leurs papiers d’identité. Les petits rectangles de plastique verdâtres aux photos moroses plongèrent les fédéraux dans un abîme de perplexité. Les échanges eurent lieu en anglais, que tous deux maîtrisaient suffisamment pour s’exprimer. Mais comment pouvaient-ils expliquer qu’ils étaient entrés quelques heures plus tôt, un soir d’août 2018 dans un bar clandestin de pacotille, avec l’idée de passer une joyeuse soirée à Marseille ? Qu’ils étaient français, que, certes, ils connaissaient la clandestinité, mais pour d’autres motifs ? Que ces documents de plastique avaient bien une valeur ? Qu’ils ne naîtraient que quarante ans plus tard ?

Excédés et embarrassés, ne sachant que faire d’eux, et contre toute attente, les fédéraux finirent par les laisser partir.

Sur le trottoir givré, totalement ébahis, ils s’enlacèrent, avides de trouver un espace familier et sécurisant, toujours étreints par la peur et l’incompréhension.

— Il nous faut trouver un hôtel et attendre le jour pour tenter d’échapper à ce cauchemar. Viens, dit-il. Ne restons pas là.

Au cœur d’une errance dénuée de tous repères, ils parvinrent à ce qui leur parut être un hôtel dans lequel ils auraient au moins chaud. Le Gustav Palace offrait une façade lépreuse, mais ils entrèrent sans hésiter. Le réceptionniste les considéra à peine et leur tendit la clé de la chambre, leur annonçant qu’ils devraient la laisser avant dix heures.

La chambre était au premier étage. Ils durent insister pour entrer, la serrure était rouillée. Elle songea brièvement à la clé magnétique de l’hôtel marseillais, près des docks, au confort de cette époque qu’elle appréciait, dans laquelle on pouvait communiquer si simplement et si instantanément avec ceux que l’on aimait.

L’obscurité était totale lorsqu’ils entrèrent dans la pièce. Très troublée, elle décela un parfum qu’elle mit quelques secondes à identifier. Les effluves boisés et élégants de ce savon qu’elle avait utilisé quelques heures plus tôt, ou une éternité plus tôt, en se préparant pour le bar clandestin, c’est à cela qu’elle pensait. Elle glissa sa main le long du mur et remonta jusqu’à l’interrupteur en laiton qu’elle baissa.

L’éclairage très vif dévoila un papier peint turquoise, les meubles noirs luisaient dans un confort paisible.

Il lui montra le numéro inscrit sur le porte clé en bois usé : ils se trouvaient dans la chambre 77.

PRIX

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Pascal Gos · il y a
Une nouvelle plein de rebondissement, que je relis avec plaisir. Je découvre la ville de Marseille. Belle écriture.
Corinne, je vous invite à déguster mon hamburger de Noël en lice pour la finale du GP hivers 2019
https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/le-hamburger-de-noel-1

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Samia.mbodong · il y a
Une très belle nouvelle où Marseille est presque la vedette jumelée avec New York (et pas Chicago puisque on y voit le pont de Brooklin) par ces chambres 77.
Les personnages sont bien décrit, et l’intrigue est bien amenée. Le tout est très agréable à lire.
Une belle nouvelle.
Bravo et merci à vous.
 Samia

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JACB · il y a
Eh! Bien vous êtes comme Marina, "une fille de mots", quelle imagination, quelles péripéties !
Ma cavale est en bleu et jaune mais il me tiendrait à coeur d'avoir votre soutien pour:
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-femme-est-l-avenir-de-l-homme#
Merci et bonne chance à vous.

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Eddy Bonin · il y a
Très beau style. Bravo Corinne. J'ai eu peur des 11 minutes au début (c'est vrai que je préfère les nouvelles plus courtes), mais Marseille m'a donné envie d'aller plus loin. Finalement, je me suis laissé attraper jusqu'à la fin et j'y ai pris beaucoup de plaisir. Alors, je vous ai tout simplement donné toutes mes modestes voix. En route pour la joie !
N'hésitez pas à en faire de même si, seulement, ma nouvelle vous plait :) Un voyage au Japon en 3 minutes chrono : https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/une-main-tendue-4

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Corinne B612 · il y a
Merci Eddy ! Un passionné de rock a forcément un avis éclairé !
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Adjibaba · il y a
Très belle production.
J'ai beaucoup apprécié le style mais j'ai particulièrement aimé la richesse du fond. Et pour cette raison je vous accorde mes voix avec plaisir et je m'abonne également.
Si l'envie vous prend, passez donc soutenir mon oeuvre en compétition : https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/entre-justice-et-vengeance

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Corinne B612 · il y a
Merci Adjibaba. Bon voyage littéraire !
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Dimaria Gbénou · il y a
Félicitations pour cette merveilleuse œuvre. Je vous donne mes voix. Je vous invite à lire et à soutenir si cela vous plaît, mes deux œuvres en compétition " Sous le regard du diable ". https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/sous-le-regard-du-diable

https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/malchance

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Corinne B612 · il y a
Merci Diamaria. Je vous souhaite un joli chemin en littérature.
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Corinne B612 · il y a
Merci Dimaria.
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Dimaria Gbénou · il y a
Merci Corinne B612 !
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Felix CULPA · il y a
This is Felix to the Carry Nation Speakeasy, I'd like to give you 3 points ! Excellent récit, ça fait du bien aux yeux !!!
Je vous invite à découvrir mes deux textes en concours !
https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/les-droits-de-lame
https://short-edition.com/fr/oeuvre/poetik/le-braquage-poetique

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Corinne B612 · il y a
Thanks a lot Felix, I appreciate and will for sure discover your texts.
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Odile Duchamp Labbé · il y a
La petite astéroïde ( telle que vous vous définissez vous même) poursuit son bonhomme de chemin. Bravo pour ce texte+5. et si le monde d'ici-bas vous intéresse un peu, si vous avez un petit moment, je vous propose une nouvelle très courte dans le cadre de l'anniversaire la déclaration universelle des droits de l'Homme : https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-tournee-des-grands-slaves
je vous souhaite de belles fêtes de fin d'année!

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Corinne B612 · il y a
Merci Odile.
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Dyonisia · il y a
J'ai adoré le style et l'atmosphère fantastique et un peu glauque ! Bonne chance ! Dyonisia
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Corinne B612 · il y a
Dyonisia, vous savez à quel point vos avis comptent pour moi, merci .
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Zouzou · il y a
des retours en arrière fort bien menés , mes voix !
en lice Poésie Hiver 18/19 avec ' De sa vie en rose ' , si vous aimez

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