Caroline

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CAROLINE


Caroline habitait avec se parents ,au quatrième étage d’un immeuble neuf un peu décalé du centre ville,avec une école primaire à cinq minutes de l’immeuble. Six bâtiments identiques se succédaient le long de cette rue large, ouverte spécialement pour ces bâtiments, avec tous les commerces, pharmacie comprise, ainsi que e cabinet d’un médecin.
C’était avant a guerre d e 1939. Caroline , enfant très sage, adorée de ses parents,aussi bien de la maman que du papa, allait à l’école des filles, puisqu’il y avait une maternelle, une école de filles et une école de garçons. On ne mélangeait pas les torchons et les serviettes à cette époque.
Après l’école, elle rentrait chez ses parents où régnait l’entente parfaite. Après avoir fait ses devoirs, elle descendait dans la cour, où elle savait trouver on petit landau et on poupon en celluloïd qu’elle promenait en compagnie de se copines dont certaines avaient une poussette. Puis la maman l’appelait pour le repas du soir. Joyeuse, elle montait à l’étage en sautant de marches. Heureuse, pleine de vie. Le jeudi, il n’y avait pas école, elle faisait les courses pour quelques personnes âgées du quartier ui lui donnaient une petite pièce qu’elle mettait immédiatement dans sa tire lire. Le jour où elle se faisait le plus d’argent était le jour de rameaux. Elle en faisait bénir pour les personnes invalides qui lui donnaient des grosses pièces, ou parfois un billet. Les billets, sa maman les plaçait sur son livret de caisse d’épargne et Caroline était heureuse de voir augmenter sa petite fortune. Quand je serai grande, avec me sous, je m’achèterai des jolies robes disai-elle.
Oui ma chérie répondait la maman et j’irai avec toi.

Mais des bruits de guerre alarmants circulaient. La guerre était inévitable et imminente. Un beau matin, la France réveilla avec ses murs tapissés de grandes affiches : Mobilisation générale.
Le papa de Caroline fut mobilisé. La séparation entre ses parents fut déchirante, mais il en était ainsi pour toutes le familles. Heureusement, à l’armée, son papa était infirmier, il avait passé son caducée pendant son service militaire, donc il ne serait pas en premières lignes. On est égoïstes dans ces cas là.
Papa écrivait tous les jours des lettres enflammées à sa femme tant aimée et à sa petite Caro à laquelle, il envoyait mille bises par jour. Caro de son côté répondait par de jolies lettres qu’elle postait elle-même afin de s’assurer qu’elle étaient bien parties.
Puis papa envoya des photos d’infirmiers et d’infirmières au repos dans les camps ou en casernes, suivant les cas. En même temps, les lettres se firent pus rares, moins amoureuses, elles ressemblaient plus à des comptes-rendus, c’était normal, les troupes françaises reculaient tellement vite que les soldats n’avaient plus le temps d’écrire ils étaient toujours en mouvement, ce qui était vrai, puisque l’armistice fut rapidement signé.
Papa allait rentrer. Caro était impatiente de revoir son papa, de le voir changé, il s’était laissé pousser la barbe avait-il dit sur une lettre, et surtout de voir comment il allait trouver sa fille chérie. Certainement qu’il allait la trouver grandie. Vite, vite, papa reviens ! Mais les infirmiers avait-il écrit sont retenus, ils ne seraient démobilisés que lorsque le dernier soldat d’active l‘aurait été. Les semaines furent longues, pourtant un jour, ce jour tant attendu, une dépêche annonça le retour du soldat. Maman et Caroline étaient folles de joie. Maman avait préparé un repas avec ds plats dont papa raffolait et avait fleuri la salle à manger. Le bonheur entrait dans la maison !
A la fenêtre depuis presqu’une heure, Caroline et sa maman virent enfin arriver une ambulance militaire pilotée par une infirmière qui amenait papa jusqu’à son immeuble. Il en descendit lentement, puis levant la tête, fit signe à ses deux femmes, dont l’une, la petite, disparut du balcon pour dévaler les escaliers et se jeter dans les bras de papa
-Comme tu es grande ma fille, en six mois, tu as pris combien de centimètres ?
-Cinq centimètres.
-Et bien tu vas rattraper maman dis donc !
-La voilà maman !
Gabriel, le papa regarda sa femme, leurs regards se croisèrent, et ils se jetèrent dans les bras l’un de l’autre. Henriette la maman avait les larmes aux yeux. Retrouver son mari dont tous les jours elle appréhendait de recevoir une mauvaise nouvelle. Mais non, il était là, devant elle bien vivant. Ils montèrent à l’appartement. Gabriel se débarrassa de ses accessoires, musette bidon, vareuse et défit ses molletières.
- Ouf ! Dit-il, c’est fini,mais il y en a quand même cent cinquante mille qui ne rentreront pas chez eux ; saloperie de guerre !
- C’est tout ce que tu as à me dire ? répondit Henriette.
- Que veux-tu que je te dise ? Je ne veux pas te raconter la guerre.
- Et tu n’as rien de pressé à faire ?
- Si mais laisse moi souffler.
- Si je veux dit-elle en décrochetant la ceinture u pantalon, j’ai faim d’amour, pas toi ?
- Oh !que si ! Pendant ce temps Henriette était arrivée à ses fins et entraîna son mari dans la chambre. Les ébats furent bien, mais sans les élans auxquels elle s’attendait ; la guerre avait changé son mari, il n’était plus le même, il était soucieux. Il avait certainement vu des choses horribles, es blessés gravement atteints, de moribonds, des mort, des jeunes fauché à l’aube de leur vie.
Il avait repris le travail, et était toujours ailleurs ;
quand Henriette lui parlait, au moment de répondre, il semblait qu’il n’avait pas entendu et répondait par monosyllabes. Pis, il devint hargneux, répondait mal, les plats étaient pas assez ou trop épicés, il semblait à Henriette qu’il cherchait la guerre dans son ménage.
Caroline, qui avait passé ses quatorze ans voyait ça et ça l’attristait. Elle non plus n’était plus la même,elle avait perdu sa joie de vivre. En plus la famine s’installait dans le pays, plus rien à manger à part les rutabagas et rien pour le apprêter, aucune matière grasse, que de l’eau ! Caroline avait besoin de manger, les adultes, eux, étaient formés, mais les jeunes ados ?
Un soir Gabriel prit Caro sur ses genoux et lui dit :à ton âge il faut manger, tu as ton certificat d’études,tu n’as plus besoin d’aller à l’école, je vais te placer dans une ferme pour garder garder les vaches dans les champs. Au moins tu mangeras normalement et te construiras. Tu deviendras une fille solide.
-Tu veux que je quitte la maison ?
- Il le faut, c’est pour ton bien. Et tu verras à la campagne, on respire bon, on mange sain, on boit du bon lait.et si ça ne va pas, tu n’auras qu’à écrire, on ira te chercher. Alors d’accord ?
- Je vais quitter mes copines ?
-Il te faudra bien les quitter un jour, et puis tu t’en feras d’autres
- Si tu crois...
- J’en suis sûr !
Deux jours après, Gabriel demanda à Henriette de préparer des vêtements pour Caro, car il l’emmenait à la campagne pour son bien, pour qu’elle se nourrisse correctement.
Henriette, à laquelle, l’idée ne déplaisait pas acquiesça, et le samedi suivant, Caroline avait quitté la maison.

Le couple était donc seul et l’atmosphère lourde, l’orage grondait. Gabriel s’absentait souvent sans motif apparent. Il devint hargneux, méchant même, parfois Henriette pleurait. Puis un jour, il lui demanda de partir, parce qu’à la guerre il avait fit la connaissance d’une infirmière, en avait été son amant et avait l’intention de vivre avec elle dans l’appartement.
Henriette refusa, une magistrale gifle partit. Henriette accusa le coup et pensa que si elle partait, il y avait abandon de familles et qu’elle perdait tous ses droits sur sa fille. Elle décida de rester et la vie devint infernale, les coups pleuvaient, les humiliations, rien ne lui était épargné.
Sa fille avait quinze ans, s’était formée la campagne et faisait bien dix-sept ans, une belle plante qui se plaisait à la campagne, elle aimait le travail en plein air, l’ambiance, elle envisageait d’y rester.
Mais un jour elle reçut une lettre de sa maman lui expliquant la situation et lui demandant de se tenir prête, qu’elle irait la chercher et qu’elles partiraient toutes les deux.
Caroline fut effondrée en apprenant pourquoi elle était là, ça n’était pas pour sa santé, c’était pour avoir les coudées franches que son père l’avait placée là. Elle en voulut à son père et jura de ne jamais aller vivre avec lui et une marâtre.
Un lundi matin sa maman arriva, elle avait un œil marqué par un coup de poing reçu le dimanche. Ayant expliqué la situation aux patrons de Caroline, ces derniers l’hébergèrent deux jours pour qu’elle se refasse un semblant de santé.
Deux jours après, donc, elles prenaient un car pour Lyon gare de Perrache. Et de là direction Marseille, avec les risques de voies sabotées, au contraire, tout se passa bien et elles arrivèrent à Marseille où leur employeur, un restaurteur- hôtelier, leur avait retenu un garni à deux pas de son établissement. C’était dans un quartier pauvre, bruyant, pas très propre, mais faute de mieux et étant donné leurs finances...
Dès que la malle d’Henriette et les valises de Caroline(qu’un commissionnaire avait livrées avec une charrette à bras) furent déballées, les deux femmes voulurent voir la mer.
Ouah ! Quel spectacle, le port, ses voiliers(il n’y avait pas d’essence, tout ce monde qui grouillait, ces gens avec leur accent, elles en oubliaient leur taudis. Dans leur contrat(verbal) elles étaient nourries à midi et payées, peu, mais payées, elles avaient calculé qu’au bout d’un an, elles pourraient prendre une location plus décente.
Le trail était harassant, il leur fallait être polyvalentes, cuisine, salle ménage, terrasse le dimanche, il fallait tout faire, mais tant pis, leur liberté était à ce prix.
Un an après, elles virent une annonce, un matelassier cherchait une personne pour coudre les matelas. Elles postulèrent et furent embauchées. Quarante huit heures par semaine, au moins elles auraient leur dimanche ; en plus le matelassier leur avait indiqué un appartement, c’était jour de fête.L’appartement n’était pas très grand, mais assez bien placé, elles prirent la location, donnènt gentiment et poliment leur dédit à leur employeur et heureuses comme des collégiennes, allèrent fouiner dans les bric à bac s’acheter quelques meubles qu’elles se firent livrer et qu’elles installèrent.
Celà faisait un mois qu’elles travaillaient chez le matelassier,très contente du travail et surtout d’avoir un chez elles et un salaire correct.
Henriette le soir sortait toujours après sa fille qui allait préparer le repas. Caro avait le sentiment que sa mère payait de sa personne, involontairement ou volontairement, et les deux emplois et le logement...mais comme le matelassier était beau gosse...Caro commençait à penser qu’elle aimerait bien en faire autant mais chassait vite ces idées.
Un soir, en sortant de l’atelier, elle fut paralysée, son père était là. Il la prit par le col et l’entraîna en disant à la foule : »c’est ma fille »elle,a fait une fugue, je suis venu la chercher.
La foule félicita le père, et se retourna contre Caroline en l’insultant. Comme elle se débattait, son père lui aligna deux paires de gifles sous les bravos de la foule et l’emmena de force à la gare. De là, ils prirent un tain pour Lyon et après un voyage mouvementé arrivèrent à destination
Deux claques bien appuyées eurent raison de son entêtement à ne pas vouloir embrasser la marâtre.
Ayant refusé le repas, elle passa une nuit à pleurer dans sa chambre fermée à clé de l’extérieur. Chambre qui ne s’ouvrit que le lendemain midi pour une toilette sommaire et un repas léger apporté par la marâtre avec des sourires et des mots doux. La décision d Caroline fut vite prise,elle ferait l’âne pour avoir du son. Son manège marcha et une semaine après, elle disparut. Une fois dans la rue, où aller ? comment se diriger vers Perrache ? Et là-bas il y avait des militaires qui allaient l’importuner. Elle commençait à regretter sa fuite lorsqu’elle entendit : Bonjour mademoiselle, vous habitez dans le quartier ? Je ne vous ai jamais vue.
C’était un beau jeune homme, attirant, à l’air bien élevé très respectueux.
Non dit-elle, j’allais chez ma tante, mais elle n’est pas chez elle.
- Comme c’est dommage, je peux vous remmener chez vous.
Surtout pas, je vais vous expliquer. Et elle conta son histoire.
- Quel âge avez vous ?
- Dix sept ans.
C’est assez grave dit-il, nous pouvons vous loger pour une nuit, après on y verra plus clair, parce que je pourrais être condamné pour détournement de mineure. Eh oui, malgré votre air étonné ; ma voiture est là, je suis représentant en matériel pour garagistes. Si j’ai une belle auto, c’est parce que c’est une voiture de fonction,je n’en suis pas le propriétaire ! Montez, vous ferez connaissance avec ma famille.
Caro se demandait si elle ne rêvait pas ; et bien non, elle ne rêvait pas, mise en confiance elle monta dans la voiture et ils prirent une petite route au milieu d’un bois ; pas engageante la route, mais au débouché, une maison. C’est là dit-il voyez il y a ma grand-mère sur le pas de la porte, mes parents sont absents, c’est elle qui entretient la maison et gâte son petit fils... comme toutes les grand-mères.
Elle entra, la grand-mère l’aida à se mettre à l’aise, avec des mots gentils qu’elle n’avait entendu prononcer que par sa maman, qu’elle allait vite retrouver. Et ils passèrent à table. Bien sûr les questions fusèrent et grand-mère et petit fils étaient outrés par ce qu’ils entendaient.
Quel bonheur ! mais il fut l’heure d’aller au lit. Délicatement son compagnon lui passa son bras autour du cou sur lequel il déposa un baiser et elle se sentit transporter dans la chambre.Elle avait l’impression de voler. Les deux tourtereaux dormirent peu, Caro se donnant à fond à son ami qui se révélait un parfait amant. Sa première expérience fut véritablement magique. Il en fut de la sorte pendant cinq jours ; Joannès ayant même parlé mariage.
Au lendemain du sixième jour, Joannès la regarda dans les yeux et lui dit : la fête est finie, demain tu travailles pour moi. La grand-mère qui n’est pas ma grand-mère, va s’occuper de ton éducation et t’apprendre le métier, c’est un bon prof. Puis sortant un rasoir coupe choux de sa poche, il en prit le manche dans la main, retourna la lame sur son poignet et lui caressa la carotide. j’ai pris cinq rendez-vous pour toi demain, c’est le début, après ce sera dix, et si t’es pas sage, ce sera trente avec des handicapés mentaux, baveux et bestiaux.
Elle essaya de se rebiffer, mal lui en prit, la cigarette de Joannès s’écrasa sur son cou, elle poussa un cri de douleur. Joannès s’approcha d’elle nez contre nez, il lui montra sa cigarette sur l’oeil droit en lui disant : tu vois ce qui t’attend, si tu continues, tu vas être borgne ou aveugle.
Le lendemain la pauvre Caro, dut satisfaire cinq clients, Joannès surveillant les prestations derrière un rideau. Puis ce fut six, puis sept. Pour les premières prestations, je prends tout le fric dit-il, quand tu en seras à trente par jour, je t’en donnerai un peu.
Le lendemain, un client se jeta sur elle comme une bête enragée. La prestation terminée, il s’adressa à Joannès : je prends dit-il et il sortit une liasse de billets qu’il lui remit. Caro venait d’être vendue.
Elle passa trois jours calmes et au matin du quatrième, son nouveau protecteur lui annonça qu’ils allaient faire un voyage en amoureux. Nous partons demain.
Le lendemain, Caroline une valise à la main, s’approcha de la voiture à l’avant droit. Non dit son homme, monte derrière, devant j’attends quelqu’un. Monter derrière c’était s’emprisonner, car c’était une voiture à deux portes. Caro commençait à y croire, lorsqu’elle vit arriver le passager avant, c’était la grand-mère maquerelle.
Bonjour dit cette dernière, nous nous connaissons, je profite seulement de la voiture, je ne veux pas m’immiscer dans votre vie privée. En route chauffeur ! La voiture démarra, Caro à l’ arrière ne comprenait pas ce qui se disait à l’avant, d’autant que c’était une décapotable et que la capote faisait un bruit infernal, ça lui rappelait Marseille et le claquement des voiles. Après une pause pipi, le trajet reprit et bientôt le trio arriva à Marseille.
- Marseille !!! hurla Caroline...maman vient me sortir de là.
Elle reçut un coup de cravache en travers de la figure qui coupa comme un couteau ; elle se mit à saigner abondamment et à pleurer.
- Ta gueule! cria Prosper, ta mère habite Marseille ? on pourrait aller la voir, quel âge elle a ?
- Quarante ans répondit-elle entre deux sanglots.
- Quarante ans, c’est l’âge préféré des lépreux, on pourrait la lâcher dans leurs dortoirs. Puis devenu méchant, il hurla : et toi aussi si tu continues tes conneries, hein la mère ?
- Oui répondit la mère maquerelle, six mois chez les lépreux, c’est une variante, ça fait voir la misère du monde, se coucher plusieurs fois par jour avec un lépreux sur le ventre, quel beau geste d’humanité !
Caro se remit à pleurer, ses larmes se mêlèrent au sang de la joue, le mélange tacha sa robe.
- Chiale pas, ça t’apprendra à fuguer de chez papa. Et maintenant, on va descendre dans un hôtel où je suis très connu, et tu te changeras. Oser me répondre, à moi, Prosper. Un Prosper qui arrêta la voiture. Tout le monde descend dit-il, on est arrivé. Puis la mère descendue, il fit basculer le siège et Caroline se trouva face à face avec lui. Il la regarda dans les yeux : n’essaie pas de me fausser compagnie, parce que là, c’est la cigarette, tu connais ! Une brûlure, dix brûlures, cent brûlures, mille brûlures, jusqu’à ce qu’il ne reste plus de peau, il y a des clients qui aiment ça. Parce que même le corps brûlé, ça ne te dispensera pas de travailler. Si tu hurles de douleur, il y’a des sadiques qui adorent, te voilà prévenue.
Caro retint ses larmes, l’hôtel n’en était pas un, c’était le restaurant où elles avaient travaillé, sa mère et elle. Le restaurateur furieux qu’elles soient parties, avait écrit au père en donnant leur adresse de travail et d’habitation. Elles avaient été trop honnêtes et trop bavardes, en un an de confidences, le restaurateur connaissait toute leur vie et il lui avait été facile de se venger. Caro revit ce lieu où grâce à lui, il fallait le reconnaître, elles avaient pu refaire surface. Mais ce qu’elles ne savaient pas c’est qu’elles avaient déjà un pied dans le piège et qu’un jour ou l’autre elles allaient tomber dedans toutes les deux séparément. C’était le lot de toutes les filles qui venaient travailler ici. Elles étaient vendues à Prosper et disparaissaient.
Justement Prosper revenait, voyant Caroline en pleurs, il la prit par les cheveux en disant : aujourd’hui je les tiens, mais demain ce ne sera peut-être plus possible, parce que j’ai envie de te faire raser le crâne. Arrête de chougner, tu vas avoir des copines ; la Fouine, ta prof, va venir avec deux jolies brunes.
En effet, la fausse grand-mère, baronne de son état, connue sous le sobriquet de la fouine arrivait escortée de deux jolies brunes.
-Bonjour dit l’une d’elles, comment tu t’appelles ?
- Caroline !
- Pas pour longtemps, il te faudra oublier ton nom. Ils vont te donner un nom de tapin. Nous aussi on en a un. Elle c’est Ninette, moi, c’est Jaquette. C’est lui qui t’a balancé un coup de cravache en travers de la gueule ? Ton nom est tout trouvé, tu t’appelleras la Balafrée. Mais t’as pleuré, dis pas le contraire, t’as encore des larmes ? T’as de la chance, nous il y’a longtemps qu’on en a plus. La balafre, c’est pour les insoumises, tu ne vas pas être gâtée ! Il t’a certainement achetée, il ne te balancera pas avant de s’être remboursé et d’avoir du bénef, t’as encore des beaux jours devant toi!Si tu veux vivre, A travailles, tu sauveras ta peau. Un conseil : si tes sage, tu soulageras les légionnaires, tu verras il y en de beaux, en principe, ce sont des allemands, ils sont tatoués, baraqués, blonds aux yeux bleus, certains sont tellement bien qu’ils me font jouir, t’as qu’ à voir, et dis toi que t’as de la chance, on prend le même barlu que toi. C’est une idée de la fouine, on était venues à Marseille en renfort pendant les élections, maintenant c’est terminé, on retourne dans le sud tunisien, là encore c’est la guerre avec les tunisiennes, nous, ça passe on est espagnoles, ça se voit à notre gueule, mais toi, française, elles te buteraient. A part qu’il t’envoie chez les noirs, ils raffolent des blanches et en plus, ils veulent se venger de l’esclavage, tu peux être tranquille, tu ne vas pas manquer de clients et c’est une chance, parce que si les recettes ne sont pas bonnes, il t’envoie chez les lépreux pour compléter. Attention le voilà, il n’aime pas les réunions de quartier.
Pas tant de discours lança Prosper, on embarque ! La météo marine n’est pas très bonne, mais j’en ai vu d’autres, Ouste ! d’autant que le trajet est court, du moins la première étape jusqu’à Bizerte. Arrivés, vous deux vous continuerez à dos de chameau, un accompagnateur vous escortera et nous deux, on reprendra la mer, dit-il en désignant Caroline.
Larguez les amarres jeta-t-il et le bateau avança lentement, sorti du port, il prit rapidement de la vitesse et se retrouva vite en pleine mer, c’est là que les choses se gâtèrent. Les filles attachées à fond de cale, étaient projetées les unes sur les autres, contre les parois du bateau, Caroline vomissant ses tripes, Prosper restait maître de la situation en bon marin qu’il était. C’est pourtant à cet instant que la barre du gouvernail cassa et tel un fétu de paille, le bateau désemparé, balayé par les vagues, dansait virevoltait. Lancer un S OS ? Impossible ! Plutôt que mourir au bagne, mieux valait mourir en mer. c’était plus honorable. Et le bateau livré à lui-même, dansait , virevoltait, plongeait, se redressait et prenait beaucoup d’eau, il en prit tellement qu’il coula corps et biens.

A Marseille ce fut la stupéfaction, l’incompréhension, un marin si expérimenté, un homme de coeur. La Presse loua sa loyauté sa droiture etc. Une certitude, il était seul a bord affirma son amie de coeur, la baronne de Jussette qui, au dernier moment avait eu un empêchement. C’est en pleurs(à l’aide d’un oignon) qu’elle avait signé sa déposition.
A Lyon c’était pire encore : La Presse Lyonnaise annonçait la perte d’un gros commerçant plein de bon sens, au grand coeur, Président de plusieurs associations à but non lucratif, comme le sou des écoles, les étoiles volantes, gymnastique féminine qui remportait de grands concours. Les arts du Rhône, peintures, aquarelles, sculpture, chant. Gros bienfaiteur-donateur de la chorale de monseigneur de la Lipe et sera regretté aussi de certaines dames, car très bon danseur, on le voyait évoluer sur toutes les pistes ! Il va beaucoup manquer à Lyon et En Amérique, siège de son entreprise écrivait le journal.
A Marseille, la maman de Caroline persuadée que sa fille était chez son père, avec un léger espoir qu’elle arriverait à reconstruire le ménage, n’osait pas écrire, pourtant...
A Lyon pendant ce temps, le père de Caro, persuadé que sa fille avait rejoint sa mère attendait une lettre qui ne venait pas. Ne voulant pas répéter la même erreur, pour se changer les idées, il décida de partir en couple quelques jours dans la campagne de Tourcoing où sa concubine avait passé des jours merveilleux dans son enfance et adolescence. Mais torturé par la situation, il était rentré au bout de deux jours. Il y avait bien une lettre dans la boîte, mais c’était une lettre de sa femme qui demandait des nouvelles de leur fille. Il dut lui répondre la vérité, leur fille avait disparu.
Des moi d’angoisse dans une ville où elle n’était connue de personne, ayant perdu son emploi, sans amis, sans soutien, la pauvre maman perdit la raison et dut être internée.
Gabriel, lui, se sentant responsable de la situation, fit une dépression, fut hospitalisé, perdit son emploi et son amie, qui profita de son absence pour le quitter
Il en était sorti diminué, affaibli, lorsqu’un matin en ouvrant sa boîte, il y trouva une convocation pour se rendre au commissariat. Reprenant une lueur d’espoir, il s’y rendit promptement et à son arrivée, le commissaire lui lut une lettre reçue la veille. Un «ami » informait la police que Gabriel avait involontairement tué sa fille quine voulait pas lui obéir, et qu’il était allé enterré le corps dans la campagne de Tourcoing.
Stupeur et dénégation de Gabriel. Mais les faits étaient suffisamment graves pour que le commissaire le garde avant d’informer sa hiérarchie.
Une enquête eut lieu et il fut bien prouvé qu’il avait séjourné deux jours dans la campagne de Tourcoing avec sa concubine en faisant soi-disant du camping sauvage au moment de la disparition de sa fille.
A nouveau la Presse s’empara de l’affaire, l’affaire fit grand bruit, etpour enfoncer le clou, à Marseille des témoins affirmèrent qu’en effet ils se souvenaient avoir vu Gabriel frapper sa fille avec force et qu’ils avaient dû intervenir !
Au tribunal, le pauvre Gabriel, abattu sans ressort, ne pouvant rien prouver, écrasé par la plaidoirie de l’avocat général, face à des Jurés se référant aux articles de Presse et qui étaient tous venus avec l’intime conviction que Gabriel était coupable, et n’écoutaient même pas la plaidoirie de son avocat, fut condamné à mort. Son avocat n’eut pas à se déplacer un matin à l’aube, Gabriel fut lynché par des prisonniers de connivence aec un gardien qui se prenait pour un justicier et mourut dans le couloir de la prison, la tête écrasée entre deux portes blindées laissées intentionnellement libres. Quant à sa concubine, elle sauva sa tête, mais fut condamnée à la prison à vie, les juges partant du principe que c’était elle l’instigatrice de l’idée du transport du corps loin, très loin de Lyon, afin d’enterrer Caroline dans une campagne qu’elle connaissait bien et qu’elle avait certainement aidé à la macabre opération. Elle mourut d’une crise cardiaque dix ans après son incarcération haïe des autres détenues, dont elle était séparée. Elle non plus n’avait jamais pu prouver son innocence
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Joëlle Brethes · il y a
Tu nous détailles là une vie bien dramatique, Georges ! Espoirs déçus, amours trahies... Snif ! :( :( :( Il y a vraiment des êtres qui n'ont pas de chance !
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Georges Marguin · il y a
C'était pas une raison pour la mettre sur la voie de garage. J'ai une autre idée qui va encore refléter la vie mais d'une toute autre facette. Comme je ne sais jamais où je m'embarque quand j'écris la première ligne, je ne connais pas du tout le contenu du texte. On verra ! Merci d'avoir relu, mais perso, je n'ai pas pu le relire, je n'ai pas pu aller au bout. Je me suis demandé comment j'avais pu écrire quelque chose d'aussi noir ! Dommage personne ne lira, j'aurais aimé lire les commentaires. Bises