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Carnet de bord d'un chat domestique jour 3

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Audelmi

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Carnet de bord d’un chat domestique jour 3

Bonjour ! Je commence à prendre gout à vous raconter ma vie! Mais je n’ai que cinq jours... Alors autant en profiter au maximum !
Cette fois, je ne pus dormir que quelques heures. Pour cause, je m’étais réveillé et, penché vers la vitre,je vis, grâce à ma vision nocturne, une magnifique chatte écaille.
- Julie ! J’étais tellement joyeux de la voir ! De plus, la jolie chatte se dirigeait en trottant gracieusement... Vers moi ! Tout excité de cette merveilleuse nouvelle, je me débarbouillai vivement le museau et courus le plus vite possible vers elle. Au passage, je me cognai à plusieurs reprises sur les murs, ne pouvant freiner à temps. Quand je fus dehors, je vis Julie, assise devant mon portail, en train de faire sa toilette pour enlever les quelques taches de boue sur son pelage soyeux. Qu’est-ce qu’elle était belle sous la clarté de la lune, et avec cette douce brise qui faisait onduler son pelage qui fait tant d’envieux ! Je m’élançai vers celle qui faisait battre mon cœur. Pour faire une entrée magistrale, je voulais sauter du haut des escaliers jusqu’à elle, atterrir merveilleusement, et, ce, dans le plus grand silence. C’est ce que je fis, à un détail près, mon saut ne fut pas assez long pour dépasser la dizaine de marches qui nous séparait, et j’atterris lamentablement sur les fesses, dévalai les marches en me tortillant dans tous les sens pour essayer de me rattraper... Je vis les moustaches de Julie frémir, et je devinai que c’était à cause d’une petite crise d’hilarité féline due à ma chute. Pour rattraper cette erreur, je me relevai en vitesse et fis comme si de rien n’était.
- Tu voulais me voir ?
- Oui.
- Et quelle est la raison bénie de ta visite ? dis-je en rigolant.
- Et bien... Tu sais, je t’aime beaucoup, et je voulais t’inviter à un rencard... dit-elle, gênée. Je faillis tomber dans les pommes à l’annonce de cette merveilleuse invitation. Il fallut que je fasse un énorme effort pour ne pas sombrer. Avant que je ne puisse répondre, elle m’avoua :
- Mais tu n’es pas le seul... Là, par contre, c’est un effort héroïque que je dus fournir pour ne pas m’évanouir !
- Mais, qui... qui est l’autre ? Balbutiai-je.
- C’est... Gérôme... Mon cœur fit un bond tellement haut qu’il faillit sortir de ma poitrine. Mais, je n’avais pas tellement de quoi m’étonner, Gérôme est grand, beau, sportif, riche, mais par contre... ce n’est vraiment pas une flèche !
J’avalai ma salive pour essayer de répondre quelque chose, mais Julie m’évita de dire des mots, qui, de toutes façons, n’auraient servi qu’à me ridiculiser.
- Si c’est possible pour toi, on se revoit demain soir au restaurant «  Au trou de lapin » ? Proposa-t-elle. Ce restaurant est l’un des plus chics de notre région campagnarde. Comme son nom l’indique, il se trouve dans un terrier de lapin, ce qui ne dérange personne pour apprécier pleinement le chic du restaurant. Mais, qui dit chic dit : cher. Ce qui n’arrangeait pas le pauvre petit chat infortuné que j’étais. Je n’insinue pas que je sois plus riche maintenant, loin sans faut... Mais, pour la note, j’avais trouvé la solution.
Ce serait chose stupide de décliner une invitation venant de celle que l’on aime, donc, je répondis sans réfléchir un petit :
- Oui ! Pas de problème pour moi. Je serai là.
- Bon, je suis rassurée, soupira-t-elle en se décontractant. Donc, on se voit demain, « Au trou de lapin » à 18h.
- C’est ça ! Attends... Tu as bien dis 19h ?
- Non ! 18h !
- Je blaguais, je blaguais... Une petite voix dans ma tête me fit : « Ce n’est pas bien de mentir ! »
- Tu seras à l’heure hein ? Je dis ça car quelques membres du conseil des chats m’ont rapporté que la ponctualité n’était pas ton fort.
- Moi ? En retard ? Jamais !
- Ca, c’était du sarcasme, je l’ai bien vu !
- Ah ah. Oui, je ne peux me retenir d’en faire, mais, la plupart du temps, cela fait rire les gens !
- Il faudra plus que ça pour faire rire une chatte telle que moi !
- Diable ! Mais pour qui vous prenez vous ?
- Pour l’élue du conseil !*
Nous échangeâmes un petit clignement d’œil, symbole d’une blague chez nous, les chats.
« L’élue du conseil », c’est la chatte qui dirige tous les conseils du continent. C’est un peu comme vos « présidents » à vous.
- Bon, et bien je vais te laisser, sinon mon maître va encore râler que « Je le réveille au plein milieu de la nuit pour qu’il remplisse ma gamelle ».
- D'accord, donc on se dit à demain soir !
- Oui, à demain ! C’est sur ces mots que ma belle repartit en trottinant, toujours aussi gracieusement et avec autant de délicatesse. J’appréhendais pour la soirée de demain, ce qui m’empêchait de dormir.

Le lendemain matin, j’étais fin prêt, non pas physiquement, mais mentalement, pour le soir. J’avais passé la nuit à cogiter pour ruiner toutes ses chances à Gérôme. Je rigolais d’avance.
J’avais prévu de le faire passer pour un voleur, pour un abruti, pour un castagneur, et surtout, pour un énorme égoïste.
Après m’être soigneusement toiletté, et comme il était 17h, je m’apprêtais à partir. J’étais prêt à toute éventualité possible et imaginable, sauf une...
- Stritus ! Fit mon idiot de maître. Viens mon chat. J’obéis, car j’avais quelques temps d’avance.
- Qu’est-ce que tu me veux ? Je n’ai pas beaucoup de temps !
- Aujourd’hui, j’ai un rencard avec une fille ! dit-il comme s’il m’avait compris. La seule chose qui nous lie, cette fille et moi, c’est notre amour pour les chats ! Donc, j’ai décidé de t’emmener avec moi pour avoir plus de chance ! En plus, tu as passé la journée à te lécher, et ton poil et resplendissant ! Elle va être conquise !
- Moustache arrachée et coussinet cassé !!** Moi aussi j’ai rencard, je peux pas venir !

*Les humains diraient : « La reine d’Angleterre »
**C’est le juron que Charles utilise en cas de très, très gros problème

- Allez, monte dans la cage ! La cage dont il parlait était miteuse et puante. Mais c’était le cadet de mes soucis.
- Oh non, non , non, NON !! Mais je n’avais pas le choix. Jean me prit par la peau du cou, de façon à ce que je ne puisse pas m’échapper, et m’enferma dans la cage à chats.
- Alors toi, quand on a besoin de toi tu t’en fous, mais quand il ne faut pas que tu viennes fourrer ton nez, tu ne te gènes pas de venir nous faire c.... !!!
Quelques minutes plus tard, j’étais déjà dans ce que vous appelez « coffre ». Le voyage fut long, même très long. Je n’en revenais pas de ne pas être avec Julie, pour ruiner toutes les chances de l’autre prétendant. Pendant que je croupissais là dedans, Gérôme était sans aucun doute en train de conquérir le cœur de celle que nous aimons tout les deux. A la fin du trajet, Jean me fit sortir et me posa à coté de lui, par terre, au restaurant.
- Bonjour Elise ! fit mon maître, droit comme un piquet, ce qui faisait ressortir ses cotes d’une façon ridicule.
- Bonjour Gérôme. Mais, moi c’est Mélinda... C’était une... je ne sais pas si on pouvait lui donner le nom de « dame », tellement elle ressemblait à une sorte de poisson-castor mutant... Je disais que c’était une dame qui n’avait aucun style, ou, si elle en avait un peu, il ne devait pas venir de cette planète... Même un chat pourrait mieux habiller un humain !
- Ah bon ? il se tourna vers moi et me chuchota : Merde, c’est pas la personne que j’avais prévu de voir !! Vous imaginez bien, que je ne pus retenir un énorme remuement de moustache.

Evidemment, à la fin de ce rencard, Jean était encore célibataire, même avec ce poisson-castor. Je fus pris d’un énorme remuement de moustache en voyant mon maître, sortir tout triste de ce restaurant.
Le lendemain, je partis voir ma bien-aimée pour lui expliquer mon absence de la veille. Quand mon histoire fut terminée, Julie me raconta la sienne.
Apparemment, Gérôme serait :
-Vraiment pas galant
-Il serait sorti sans payer
-Et enfin ,il se serait battu avec un chat qui n’avait fait que le regarder, même pas de travers
C’était comme un rêve éveillé ! Tout ce que j’avais planifié s’était accompli sans même que j’y sois pour quelque chose !
Au final, Julie se mit avec moi et abandonna Gérôme.

FIN
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