CANARD BOITEUX

il y a
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J'ai toujours aimé lire. Je suis addict depuis l'âge de 7-8 ans... Puis, avec les années, j'ai découvert qu'écrire procurait aussi bien du bonheur. Oh je me sens bien modeste, n'ayant pas de don  [+]

Août, soleil de plomb en bordure de mer... Je m’avance doucement vers la mer un peu plus agitée que d’habitude, chaque petite vague téméraire surgissant et laissant la place à la suivante. Je choisis avec soin les galets où poser les pieds.
Tiens ! Elle plante le décor me direz-vous  ! Que va-t-elle nous conter ? une histoire d’amour ? un énième récit du Tsunami ? Tout est possible.
Que nenni, que point !
Mes genoux.
Ca vous pose davantage le thème, n’est-ce pas  ? Ah, on ne rêve plus, hein ? Bref, oui, mes genoux, mes traitres de longue date !
Je continue donc...

Une vague plus téméraire que les autres, une fourbe celle-là, me fait d’un coup vaciller et me voilà assise sur des galets que je n’aurais certainement pas choisis pour en faire des bonbonnières ! Pointus à souhait... Ah oui, j’oubliais... un crac incisif dans le genou droit...
Me voilà bien... Je me relève, non sans mal (mon centre de gravité s’étant déplacé avec l’âge), pestant de tout mon saoul . Je reviens prudemment sur la plage, genre la vie est belle, un sourire posé aux lèvres, et parviens à m’asseoir. Effectivement, plus de peur que de mal apparemment : ce devrait être une affaire oubliée.

Voici le moment pour nous de repartir, nous entendons mon mari, pester au volant du vieux 4x4 garé en côte, « Mer..e (euh non, il ne cite pas la mer...) faut que vous me poussiez  ! il veut pas repartir ! ». Bonne blague.. Et moi ? je peux repartir, moi ? Faut peut-être qu’on me pousse aussi ? Entre Diesel, on a des affinités...
Nii une ni deux, ma belle-sœur et moi passons par derrière et commençons à pousser l’engin. Bon sang de bonsoir ! C’est qu’il est lourd... Quand de nouveau je ressens un second crac dans le genou... le même (la chance...). Optimiste de nature, je n’y prends pas garde. Et le moteur repart enfin.
Hop (ou plutôt.. hop !), nous remontons tous trois en voiture direction la maison. Moment idyllique, le soleil se couche à l’horizon, sur la mer, nous offrant un dérivé de couleurs orangées que je tente d’imprimer dans ma mémoire (ben oui, si je prends une photo, ce fichu soleil pris de face me la fera louper).
Au moment de descendre, je n’ai plus de jambe droite, impossible d’y porter mon poids. Je ne comprends pas, ayant sauté auparavant sur le siège comme une jeune fille. En riant (heureuse inconsciente que je suis... attendez, je ris : ahahahah), je quémande la jolie canne à fleurs de ma belle-maman (qui me tape parfois sur les nerfs à force de l’entendre, non, pas belle maman, la canne...) et me voilà clopin-clopant, courbée en deux (impossible de me tenir droite), jusqu’au seuil de la maison. Ma jambe refuse de se détendre, le genou restant à angle droit. Celui-ci a déjà la taille d’un bon pamplemousse. Je rentre dans la maison, courbée en deux, marchant à cloche-pied, m’appuyant sur la canne, me demandant encore ce qu’il m’arrive.
Soudain, idée géniale de mon cher mari : « et si t’allais chez le kyné qui fait de l’électro à l’équipe de Hand de la ville ? »
Ah ?... tu crois ?

Mon fils propose de m’emmener, dubitatif à la vue de sa mère, cette drôle de chose courbée en deux, mais qui n’en rit pas moins de son allure.
On arrive à destination. Je commence sincèrement à « douiller »... (pas difficile pour une femme d’électricien !) : très problématique de descendre de la C3... mais : « ça le fait ».
Le kyné officie dans un hôtel-restaurant où a lieu, pour l’heure, un mariage avec toute sa flopée de chemises blanches immaculées et de talons de 25 cm... Me voici à déambuler style Quasimodo parmi les invités, jusqu’à la porte de celui qui a la bonne parole et qui va sûrement me sauver. On me regarde. Mon fils est écroulé de rire à me voir ainsi, sorte de troll qui se force à maintenir l’allure et qui sait que si elle s’arrête, elle ne repartira plus. Je crois même qu’il m’a filmé... c’est pour dire ! Ce que c’est quand même, l’amour filial...

Le kyné m’attend à sa porte et me regarde, sans un mot, les mains sur les hanches... « Mais qu’est-ce donc que cela ? » Il n’aurait même pas l’idée de m’aider (il est vrai que nous sommes au Monténégro, charmant pays certes, mais pays de machos !).
Et voilà que pendant au moins une demi-heure, le courant va passer entre nous et pas de la façon dont vous l’imaginez ! C’est une mini-séance de torture... du moins, chez lui. Je n’ai rien contre l’électro-kyné, je vous rassure !
Et voici que je t’en remets une petite dose supplémentaire et voilà que je te laisse souffler 10 secondes pour te remettre, 10 secondes dont je profite à chaque fois pour l’injurier en français avant la salve suivante. En femme qui se contrôle, je l’injurie les maxillaires contractés et à voix basse. Enfin, au bout d’un moment qui me laisse sans forces, le fameux kyné, imperturbable, range son matériel et conclut :
«Pour bien faire, il faudrait que vous reveniez tous les jours pendant 10 jours »
Je suis assommée. J’ai juste le courage d’avancer « je vous dois combien ? », auquel il me répond d’un air « pour toi, je te ferai un prix » : 50 euros. Mon cerveau lui, fonctionne à merveille, malgré mon genou à l’agonie et m’apparaît en lettres lumineuses : 500 euros ! La femme qui se contrôle pense fortement : l’enfoiré... Je les lui colle dans la main, regarde mon fils, éberlué de cette séance, et lui fais comprendre «Vite, dehors !».
Je ressors de son Cabinet, quasi incapable de mettre un pied devant l’autre, le genou ayant désormais la taille du melon. Le mariage est entré dans la salle pour dîner, ça m’arrange. Mon fils me rapproche la voiture au maximum et là, plus question d’avancer à vitesse grand V en riant, je ne peux même plus soulever le pied, mais, en larmes, dois le faire pivoter centimètre par centimètre, pour avancer.
Etre allée voir ce kynésithérapeute spécialisé a été une lourde erreur, pourquoi ne m'a t-il pas dirigé vers l'hôpital faire une radio puis revenir le voir pour d'éventuelles séances ? je me l'explique par le fait que s'ils font de longues études, les salaires mensuels ne dépassent guère 600 euros.

La nuit est longue, très longue. Je dors au rez-de chaussée, incapable de grimper à l’étage rejoindre mon mari. Je me revois, prise d’une soif atroce, glisser peu à peu du canapé et sur les fesses, ramper dans le noir, pour atteindre le frigo et prendre la bouteille tant espérée, le graal. Une larve, je suis une larve !
Re-suggestion de mon mari le lendemain matin (excellente cette fois) : « je t’emmène à l’hôpital ».

Le petit escalier de la maison devient la descente de l’Annapurna.
Arrivés à l’hôpital de la petite ville, on arrive à trouver un vieux fauteuil roulant qui m’emmène à la radio de contrôle puis à l’enceinte de l’orthopédiste. C’est le meilleur nous a-t-on dit. Ca rassure ! Pourvu simplement que ce soit vrai...
Il écoute attentivement, observe ma radio, genou normal à gauche, melon à droite. Sans un mot, il prépare la ponction (l'équivalent en sang des 5 doigts de la main) qui va me faire ressortir sur mes deux jambes et croire de nouveau au mot angélique « vacances ! Il aura quand même eu un compliment « vous avez les genoux d’une femme de 80 ans ». Vous me charmez, Docteur...

A l’écoute de ma séance de la veille et du nom de mon « tortionnaire » qu’il connaît apparemment (quelles histoires auraient-ils en commun ?), il répète plusieurs fois son nom en l’appelant DOKTOR d’un ton railleur, faussement respectueux. 
Manque de reconnaissance quand même, de mon orthopédiste d’hôpital public... C’est bien grâce au DOKTOR qu’il se voit glisser un premier billet de 50 euros dans sa petite poche, et un ou deux autres lors des visites suivantes... Mais on le fait tellement d’un pas léger cette fois  ! Un plaisir...
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Tnomreg Germont · il y a
Beaucoup d'humour pour relater ces "petits bobos", beaucoup de fraîcheur également...il serait peut-être temps de prier à genoux...non ?😊✨✨✨
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Lililala · il y a
Yesss ! mon 4è vote ! la gloire.. je l'aurai un jour, je l'aurai... ! prier à genoux, mais quelle bonne idée... rendez-vous à Canard boîteux, le retour...
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Tnomreg Germont · il y a
Content pour le 4 ....et rdv pour la suite👍😊
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Dolotarasse · il y a
Eh bien, c'est ce que l'on appelle être sur les rotules...
Merci de votre humour pour raconter vos petits malheurs !

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Les Histoires de RAC · il y a
Ouille j'ai mal pour vous !
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Lililala · il y a
ah c'est gentil ! :-) mon fils en a encore ri en relisant cette histoire...
merci pour votre vote

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Joëlle Brethes · il y a
Quelle histoire ! En tout cas votre fils qui vous a filmé n'a pas été jusqu'à poster cette vidéo sur les réseaux sociaux ;)
J'espère que vous êtes maintenant remise et que vous sautillez comme une gazelle ;)

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Lililala · il y a
Merci à vous Joëlle. Cette histoire ne rentre pas dans les critères de choix du comité de lecture Shortedition (j'avoue ne pas l'avoir soumise) mais j'avais une telle envie de la retracer côté humour ! non.. je ne sautille plus ayant refait une autre luxation depuis.. mais je défie quiconque sur le terrain en période de solde !! ahah.. Merci !

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