Camel

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Je suis une jeune auteure incertaine en quête d'avis constructifs. N'hésitez pas à critiquer ma nouvelle très très courte"Marie", je suis là pour ça  [+]

- Où t'es ? Camel ! Lève toi, il est 07h30 ! CAMEL ! Bouge ton cul ou j'appelle ta mère !

Ces dernières paroles font bondir de son lit la jeune fille endormie. Camel attrape son téléphone et jette en passant un coup d'œil à son reflet dont les cheveux noirs emmêlés ont doublé d'épaisseur, lui donnant plus l'air d'un lion mal léché que d'une surdouée fauchée.

- Je savais bien que le coup de ta mère marcherait, c'est la seule phrase capable de te faire réagir ! Se moque une voix féminine.

Et c'est la réalité. La jeune étudiante à toute ça vie été terrorisée par sa mère Jeanne, une tatoueuse qui passe ses soirées à faire la tournée des bars. Sans doute qu'en donnant à sa fille le nom de Chameau, elle espérait alors lui léguer son tempérament qu'elle estime très proche de cet animal. Malgré son style de vie à la baba cool, elle avait toujours été exigeante envers sa fille, en qui elle voyait déjà un potentiel énorme quand Camel était enfant. Sa meilleure amie ne manque pas de faire appel à Jeanne, avec qui elle s'entend très bien, quand le besoin s'en fait ressentir.

- Nell, fais moi penser de plus jamais t'appeler à trois heures du matin. Ou alors, évite de profiter que je sois fatiguée pour rester en appel.

- Mais je te jure, c'est trop drôle de t'écouter ronfler ! Plaisante Nell.

- Comme je regrette de ne pas avoir pensé à raccrocher ! Se lamente Camel.

- Pas moi ! Glousse sa meilleure amie avant que l'étudiante ne lui raccroche au nez d'agacement.

Camel regarde l'heure, puis se précipite dans la salle de bain minuscule pour se laver en quatrième vitesse, se coiffer et rajouter un poil de maquillage. Une fois dans la pièce de vie, elle attrape un croissant au passage, fourre quelques manuels scolaires au pif dans son sac. Il ne lui reste plus qu'un quart d'heure pour traverser tout Paris via le métro et se rendre à l'université. Elle sort de son appartement et se rue vers l'escalier. Alors qu'elle fonce en direction du rez de chaussée, elle manque de déraper sur le sol glissant et croise le regard sévère d'un homme âgé qui la dévisage de ses yeux bleus aux sourcils fournis comme si elle venait de l'insulter copieusement.

- Ho, bonjour Monsieur Pergino !

- Bonjour, mademoiselle Phillipin, lui répond le concierge d'une voix grave et menaçante sans cligner des yeux.

- Heuuu... beau temps, n'est-ce pas ? Tente Camel, un peu déstabilisée.

- La prochaine fois que vous êtes en retard, faites attention où vous marchez, continue-t-il en désignant sa serpillère comme si l'étudiante n'avait rien dit. Il serait dommage que vous ayez un accident dans les escaliers.

La jeune fille regarde Pergino un instant, un peu perdue, puis quitte le vieil homme qui, toujours fidèle à lui-même, l'observe descendre les escaliers sans ciller.

Dans le rez-de-chaussée, au moment où Camel s'apprête à reprendre sa course, elle est interrompue par la sonnerie de son téléphone.

- Allô ? Fait une voix grave

- Loan, chéri, comment ça va !

- Bien et toi, ma belle ? En route pour l'université ?

- Non, malheureusement, je suis désolée mais je vais devoir raccrocher, je suis en retard, réplique-t-elle en déboulant sur le trottoir devant chez elle

- Attend, attend, je voulais te demander si tu venais à la fête que j'organise chez mes parents ce soir ? Tu pourrais rester dormir si tu veux. Et puis... t'es pas obligée d'aller en cours demain, tu sais ? On peut passer la nuit ensemble, pour une fois...

- Loan, je t'ai déjà dit d'être patient !

- Maiiiiiis, geins le jeune homme au bout du fil. Tu sais qu'un jour, tu vas y passer ! Je tiendrais pas longtemps... Enfin bref ! Habille toi bien, t'as un intérêt à être chic si tu veux plaire à mes parents.

- Ils seront là ? Demande Camel en zigzaguant entre les passants en direction du métro.

- Juste au début de la soirée. Après, ils partent je ne sais où, et on se retrouvera entre jeunes ! Bon, je t'embrasse, je vais devoir raccrocher. Bisous mon amour !

- Bisous Loan.

En descendant les marche du métro, Camel observe la foule diversifiée qui marche à ses côtés. Quelques hommes et femmes d'affaires, des enfants dans les jupes de leurs mères, des clochards venus faire la manche, des musiciens oubliés, des personnes âgées, des groupes d'adolescents, un couple qui se dispute, deux femmes à la voix de crécelle qui piaffent et gloussent, une vieille femme solitaire, un homme qui court pour être à l'heure, une femme qui berce son bébé...

Arrivée sur le quai, la jeune fille se demande laquelle de ces personnes elle sera plus tard. Elle aimerait travailler dans l'architecture d'intérieur, mais peut-être tenter le droit numérique si ça ne marche pas. Quoi qu'il arrive, elle est sûre qu'elle ne lâchera pas la danse. Elle sait depuis son plus jeune âge que c'est son talent. Souvent, les gens remarquent chez elle sa grâce innée, sa démarche élégante.

Camel entend la rame de métro approcher et se penche pour la voir arriver. Soudain, une jeune fille pousse un cri et s'enfuit sur le quai, poursuivi par un jeune homme visiblement désespéré. C'est le couple qui se disputait tout à l'heure. Camel observe rêveusement la fille passer à un mètre d'elle en se demandant ce qu'a bien pu dire son petit ami pour la faire fuir. Son téléphone vibre, elle le sort pour lire, le sourire amusé au coin des lèvres, un message de sa meilleure amie. "T'as intérêt à être devant le bâtiment dans 4 minutes. Je ne t'attendrai pas plus longtemps." Mais avant que Camel ne puisse répondre, quelqu'un la bouscule.



Et tout semble ralentir



Le monde s'arrête




Camel croise les yeux ronds du jeune homme qui courait après sa petite amie.





Une seconde où les deux comprennent avec horreur ce qui est en train de se passer.





La main désespérée de Camel qui se tend pour se rattraper à la veste de l'homme





En vain.








Sa vue se brouille, elle entend simplement



Le silence d'abord


Puis les premiers cris


Le métro qui se rapproche


Le cliquetis des rails


Le vent qui siffle à ses oreilles l'espace d'une seconde






Sa dernière seconde





Avant la chute






Une dernière pensée lui vient, elle pense à Nell, à Loan et ses parents, elle pense à sa propre mère Jeanne qu'elle n'a pas vu depuis Noël, elle pense à toutes ces choses qu'elle n'avait pas faites. Qu'elle avait repoussées comme beaucoup de jeunes repoussent en se disant à la fin de la journée "c'est dommage


Mais





Tant pis






On le fera















Demain














Hein ?



















Ce sera mieux
















Demain.

















N'est-ce pas ?"
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Viviane Fournier · il y a
Rac m'a conduite ici .... et c'est désarmant, construction insolite qui va avec le récit et la tension qui grimpe en même temps que la vie quotidienne s'efface ... j'ai beaucoup aimé
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Yotka Thomas · il y a
Merci !
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Les Histoires de RAC · il y a
Un récit très bien mené et mis en scène. On sent une odeur de malaise monter en crescendo. Compliments ♫