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Ça a commencé par les chats

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Gregory Fery

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Un chat, ça se lance et ça retombe toujours sur ses quatre pattes. C’est un peu rageant, c’est presque moins que cruel. Le fait que ce félin arrive toujours à se sortir d’affaire est presque dérangeant.
Donc, comme je vous l’ai dit, ça a commencé par les chats.
Après mures réflexions, l’humain ne disposait que de moindres réflexes de survie. Après le lancé de félidés je me suis passionné pour le lancé d’humains. Le trébuchet fut à mes yeux une solution adéquate.
Ce qui fut à l’air du Moyen Age une arme de destruction massive, une puissante catapulte en bois saute à mes yeux comme étant un moyen adéquat et facile pour lancer des humains d’une manière productive et distrayante.
J’habite en Bretagne près de la côte, paysage torturé et rivage plein d’aspérité, une colonie de rochers, rochers s’apparentant à une dentition anarchique et ciselée.
Le truc, c’est le calcul, une équation entre le poids de l’humain, la distance du lancé à parcourir et les phénomènes météorologiques, à savoir le vent.
Le lancé de félidé, le fait de le tenir par la queue, de tourner sur soi-même et de le lâcher d’une manière approximative sur la distance et la direction ne révèlent en aucun point un esprit calculateur.
L’humain nécessite une machine, c’est là que le trébuchet offre une dynamique appréciable.
Mes projectiles de prédilection sont des jeunes femmes et des jeunes homosexuels. Proies faciles pour un projectile dont le poids, plus ou moins identique, ne complique pas mes calculs de trajectoires.
Sandy, dix-huit ans, quarante-cinq kilogrammes, fut un exercice dans un premier temps aléatoire et dans un deuxième temps référentiel pour les lancés futurs.
Il faut savoir que mon trébuchet est situé à dix mètres de la terrasse de ma maison de vacances et à trente-cinq mètres du rivage. Rivage morcelé aux vagues cassantes.
Par chance mes calculs furent approximatifs mais non-dénués du sens des distances. Le corps de cette pauvre Sandy, après un saut de plus de quarante mètres, allât se fracasser avec émois sur les coteaux incisifs de ce rivage agressif.
Le plus dur dans cette action destructrice est d’amener le projectile à s’assoir sur ce strapontin dynamique et machiavélique. A ce moment j’avais évoqué une machine, un siège sadomasochiste, une assise originale pour une pénétration toute aussi originale. Le trébuchet et moi-même étions bandés à l’extrême, pour ma première expérience la machine et moi-même étions réglés à l’exposant maximum.
La jeune Sandy, jupe relevée, culotte baissée sur l’assise de cuir dur attendait mon bon vouloir quand d’un coup de hache je sectionnai la corde qui actionna le trébuchet dans un élan violent. En effet, telle une marionnette désarticulée la future dépouille de cette pauvre fille fit entre trente-cinq et quarante mètres de distance et plus ou moins quinze mètres de haut à l’apogée de la courbe de son envole.
Là, ce fut la découverte et la surprise de cet acte expérimental. À ce moment les trente-cinq mètres séparant ma machine de bois du rivage parurent cinq heures. Pour un premier essai ce fut prometteur pour les lancés avenirs. Au pas de course j’avais parcouru la petite plaine, et le fossé se dessina devant moi, quelques pas hasardeux et empotés dut à l’adrénaline de l’expérience première me firent trébucher, c’est quand je me suis relevé que sur les rochers coupants je vis ce corps sans vie et démantelé, que je constatai que ma première tentative de lancé fut une réussite. Ma machine de bois, de cuir et de cordes ainsi que mes calculs savants ont payé, l’expérience fut parfaite. J’ai contemplé mon exploit pendant une heure, suite à ça, avec des gouttes de sueur qui me perlaient le front, j’ai rapatrié ce pantin sanglant dans un trou préalablement creusé dans la plaine. Erreur... erreur, aucuns clichés ni aucunes vidéos n’ont été fait, résultat aucune archive mis à part mes souvenirs.
Pour mon deuxième lancé je me devais d’établir une stratégie de mémoire numérique afin de pouvoir relater visuellement mon exploit contre l’apesanteur et le fracas du corps humains sur les dents de scie de dame nature. Deuxième proie. Ricardo, jeune immigré brésilien racolé dans une boite de nuit un soir de pleine lune. Ce jeune bronzé avait un poids, à l’œil, dépassant largement celui de Sandy, ainsi je devais ajuster les performances de mon trébuchet médiéval. Quelques cocktails sucrés et alcoolisés firent de lui la proie et le projectile exemplaire, c'est-à-dire que très facilement je pus l’emmener pour un dernier verre et une promesse de type sexuel à ma demeure de vacances. Je lui expliquai mon amour et mon désir de relation en plein air, comme quoi je possédais une balançoire ad hoc. Nu comme un ver, alcoolisé et euphorique sur mon armature à lancer des projectiles, le jeune homme commença à changer de visage lorsqu’il me vit une hache à la main. Tout a été très vite, sa face déconfite et le coup vif que je portai à la corde de tension de ma machine ne dura que l’espace de cinq secondes. Raté, un coup exécrable, ce morceau de viande s’étala sans aucune vergogne sur la plaine à dix mètres des rochers. Un échec monumental. Au pas de course j’allai voir ce morceau de bidoche : du mal à respirer, suffocant une élocution hasardeuse et inaudible. Ne voulant pas rester sur un échec je le pris par les chevilles et le tira vers ma structure diabolique. Deuxième lancé pour le même poids, le réglage de ma machine fait, je remis ce corps inerte par l’impact sur le siège de cuir brun, la tension de la corde remise à niveau et un coup de hache sec et précis firent voleter le gamin haut et loin. Un bruit de fracas dans la nuit silencieuse et claire me fit prendre mes jambes à mon cou vers le lieu de l’impact. À ma grande surprise,... non je mens..., cette fois-ci j'étais sur de mon coup, le corps ne faisait plus qu’un avec le minéral ciselé du récif. Des halos de couleur pourpre se coloriaient autour des rochers, ses membres démantibulés tels une œuvre de Picasso m’inspirèrent la réussite. Là, j’ai pas déconné, petite caméra bien placée et appareil photo à la main pour immortaliser le tableau, tel le radeau de la méduse, le cadre était esthétique et alarmant. Après contemplation, le corps fut ensevelit dans la fosse commune à côté de Sandy.
Ce soir-là, je me suis endormi de manière paisible et décontractée.
Le matin de bonne heure j’ai fait un petit montage vidéo avec les rush de la veille, ce fut assez euphorisant. À midi j’ai élaboré un stratagème pour ma troisième victime, les balbutiements du lancé de jeune brésilien me poussa dans des calculs élaborés et précis.
Le soir venu, dans le vieux bourg de la ville en terrasse je fis la connaissance de Annabelle, jeune mère divorcée squelettique et terriblement seule. Mes atouts de charmeur ont payé, elle me suivra jusqu’à ma demeure de vacances et de sévices.
Elle était jolie et fraiche, presque dommage de l’inscrire à mon tableau de chasse, c’est pourquoi ce soir-là, le scénario va changer, pour faire fort, pour varier, ce soir-ci, c’est elle qui aura la hache en main.
Ce soir je serai le petit chat.
FIN
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Oliverius · il y a
Si je dis que j'ai ri du debut a la fin......je vais en enfer!? :D
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