C.I.M. (fin)

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Auteur détaché mais attachant. J'écris par plaisir, par besoin mais aussi pour dénoncer les dérapages trop nombreux de nos sociétés modernes. Je base l'essentiel de mes nouvelles sur des faits  [+]

Le dimanche matin, contrairement aux autres dimanches matins depuis qu’ils sont parents, réveil naturel à 11 heures au lieu de l’habituel saut de 7 heures, sans aucune retenue, du petit monstre en pyjama crocodile sur la couette sous laquelle ils dorment. La nuit fut lourde après le copieux repas ingurgité hier soir. Sans oublier les deux bouteilles de Cahors et le petit joint quotidien avant de se coucher. Pourtant, le ventre de José crie famine et gargouille comme si son dernier repas datait de plusieurs jours. Un bon brunch commandé à un restaurant du 11ème arrondissement, livré en moins de 20 minutes, le tout arrosé d’une bière Belge sortant du frigo fera l’affaire. Il attend en passant un café. Une radio d’information continue le renseigne sur l’état du monde.
On frappe à la porte. Ça doit être le livreur, pense José. Il ouvre, s’apprêtant à recevoir l’homme casqué avec son sac chauffant remplit de victuailles. Mais personne. Une enveloppe blanche gît sur le paillasson Sarah Connor? Il y est inscrit en écriture manuscrite : Famille GOULENTRO.
Il la saisit, rentre et ferme à double tour. D’un geste sur il l’ouvre et en sort une lettre, dactylographiée cette fois. Courte et concise. Convocation lundi matin 8h à la C.I.M. pour jugement. Un avocat leur sera commis d’office s’ils ne veulent pas se défendre seul. Une voiture viendra les chercher demain matin à 6h.
— Qu’est ce que c’est que ces méthodes de mafieux! s’indigne José. On se croirait dans un mauvais polar...
Il explique la situation à Patricia encore sous les draps et la rejoint.
— Demain nous serons fixés sur notre sort. Alors on va pas se gâcher la journée en angoissant. Et puis, ça fait une éternité qu’on n’a pas eu un dimanche entier rien que pour nous, ajoute-t-il, le regard balayant amoureusement le corps alangui de Patricia.
— T’as raison... profitons de cette journée, dit elle en arrachant la lettre des mains de José. Elle l’envoie s’envoler à travers la chambre, saisit sa main puis roule sur lui. José, surpris et rigolard, se laisse faire.
C’est à ce moment précis que quelqu’un frappe de nouveau à la porte d’entrée. Le livreur de Brunch&go attend tout sourire. Ils profitent de leur brunch en peignoir, d’une après midi câline et d’une soirée série.
Le lendemain à 5h59, ils sont sur le trottoir, face à l’entrée de leur immeuble. Une voiture noire, luxueuse, arrive à 6h pétante. Ils y pénètrent et partent pour un lieu inconnu. Le chauffeur accélère fort et freine sec en ville. Sur l’autoroute l’aiguille ne descend pas sous les 200km/h. José tente de se repérer en lisant les panneaux autoroutiers mais ce qui s’y trouve lui est illisible. Comme s’il lisait un langage ancien ou extraterrestre. Des signes, des sigles, des symboles. Ni lettres, ni chiffres. Rien de connu. Le vitrage teinté de la voiture intègre un brouillage de la vision. C’est le chauffeur qui lui a dit.
— Tout ce qui est de l’ordre de l’écriture vous paraitra comme du charabia. Dernière technologie. Moi ça ne me dérange pas je connais le chemin par coeur. Et puis quand je suis seul je peux le désactiver aussi. Bref. Vous pouvez toujours regarder les panneaux, ça ne vous avancera à rien. Et de toute façon, ça va être l’heure du dodo!
Une petite vitre noire sortie du dossier de la banquette avant monte jusqu’au plafond et empêche la communication avec le chauffeur. José tente de baisser les vitres arrières, mais rien ne se produit quand il presse le bouton. Bien entendu, le verrouillage des portes empêche toute ouverture de l’intérieur. Soudain, une fumée blanchâtre s’échappe des circuits de ventilation. En quelques secondes, José et Patricia ronflent comme des camionneurs.

Lorsqu’ils ouvrent les yeux, la première chose qu’ils perçoivent a des yeux bleus, des cheveux roux coupés en brosse et une barbe de 3 jours. L’image s’élargit. Il porte un costume Prince de Galles très élégant. Henri se retire, passe derrière son bureau et s’assoit sur un fauteuil en cuir au confort hors du commun. Patricia reprend conscience la première. Surprise, elle n’est pas attachée, tout comme José qui peine à retrouver ses esprits. Assise sur un fauteuil à grand dossier, elle essaye de comprendre. Ses paupières clignent plusieurs fois afin de s’habituer à la luminosité. Son regard balaye la salle : petite mais cossue. Une machine à café, un bureau en bois massif lustré jusqu’à en devenir un miroir, des assises digne d’un loundge de New York, colorées, en contraste avec la sobriété beige claire des murs et du plafond. Au sol un parquet chauffant donne envie de se mettre en chaussette.
— Qu’est ce que je fais ici, marmonne Patricia, la voix pâteuse.
— Bonjour madame Goulentro. Henri Patroque, C.I.M., enchanté. Attendons que votre mari reprenne connaissance et nous parlerons de tout cela tous les 4.
— Tous les 4?
— Retournez-vous s’il vous plait.
Un molosse en habit militaire vert kaki tient la pose. Un géant d’au moins 2 mètres. Tout en muscle, crâne rasé, armé et visage balafré muni de lunettes de soleil.
— Je vous présente Sam. Il n’est présent que pour garantir le bon déroulement de notre discussion à venir. Nous serons donc 4 dans ce bureau filmé et sur écoute.
Patricia aimerait avaler sa salive mais elle n’en a plus.
— Vous auriez à boire? J’ai la bouche si sèche...
— Bien entendu, veuillez excuser mon manque d’hospitalité.
José reprend ses esprits pendant qu’Henri sert un verre d’eau minérale à sa femme. Quand il la voit boire, un poids s’échappe comme par magie de son estomac. Elle est là. Elle va bien. Elle n’a pas l’air en état de choc ou de panique... Surpris de ne pas se retrouver menotté dans une cave humide, il accepte le verre d’eau tendu par ce grand rouquin, habillé très classe.
— Parfait! s’exclame Henri. Tout le monde est réveillé!
José pose son verre vide, regarde à 360° et aperçoit Sam dans son dos. Il comprend pourquoi les liens sont inutiles. Que pourrait il bien faire face à ce monstre surentrainé ?
—Madame et monsieur Goulentro! Quelle joie de vous avoir enfin réuni ici! Je tiens à vous remercier car vous m’avez donné du fil à retorde et j’admire votre créativité. Et votre honnêteté aussi! Votre mail était franc, direct et on ne peut plus clair. De vrais aveux!
— Qu’est ce que c’est que cette mascarade! s’écrie José. On est où là? vous êtes qui bon sang? et c’est quoi ce sketch que vous nous faites!?
— Pardonnez mon oubli. Je suis Henri Patroque; brigade C&J; Cherche et Juge. La partie Cherche étant terminée, nous en sommes à Juge. Bienvenu au tribunal de la moralité.
— Quoi! ne peut s’empêcher de réagir Patricia. Mais vous rigolez ou quoi!
— Pas du tout. Je suis votre juge. Comme vous avez refusé l’assistance d’un avocat commis d’office dans le cadre de cette procédure, et que ces séances ne sont pas publiques, vous voilà tous les deux réunis face à moi. Monsieur Sam représente l’autorité et s’assure de l’intégrité physique des parties en présence. Pour votre gouverne, la C.I.M. a été déclarée apte par l’Assemblée Nationale et le Sénat à juger, faire intervenir la police ou les forces spéciales, travailler en partenariat privilégié avec la sécurité intérieure et les forces armées. Nous débarrassons les tribunaux de leur trop plein d’affaires qui n’ont rien de juridique mais relèvent de la morale. Et cette situation semble satisfaire à tout le monde, se réjouit-il.
— Ecoutez je suis institutrice et je connais parfaitement les institutions de mon pays et jamais nos assemblées n’ont voté une telle... infamie! s’insurge Patricia.
— Détrompez vous madame. Ces votes ont bien eu lieu et sont passés avec une majorité absolue au premier tour. Il vous suffit de jeter un oeil au journal officiel. Je crois que ces élus de la nation, et tout le microcosme journalistique et financier qui gravite autour, ne souhaitaient pas que la C.I.M scrute leurs profils.
Un sourire narquois s’étale sur le visage pâle d’Henri exposant ses dents jaunes.
José parait pétrifié. Tout dans cet homme alimente sa peur. Sa classe vestimentaire, son besoin écrasant de domination mal camouflé par son obséquiosité répugnante et ce sourire jaune, malsain. On dirait un mafieux capable de n’importe quoi.
— Ma fonction, en tant que représentant de l’état et du respect d’une moralité permettant à notre société de s’épanouir, m’octroie cette capacité de jugement. Tout comme vous je suis filmé et écouté. Le haut conseil du C.I.M., composé de nos sages, peut à tout moment stopper le jugement en cours ou revenir dessus. Mais c’est rarissime. Nous autres fonctionnaires tenons à notre réputation d’intégrité et de justice morale. Alors n’ayez craintes, vous serez jugés avec impartialité. Avez vous des questions?
Patricia et José restent bouches bées tant ils hallucinent. C’est quoi ce mec? C’est quoi ce discours? Aucun son ne sort de leurs gorges. Ils se regardent, éberlués. Chacun fouille dans les yeux de l’autre à la recherche d’un signe que tout ceci n’est qu’un horrible rêve ou qu’une émission de télé débile, acoquinée avec leurs amis, qui les piègeraient en caméra cachée. Hélas, rien de tout cela. Juste une écrasante réalité : eux dans un bureau sans fenêtre accompagnés d’un ”juge” roux et d’un militaire certainement capable de tuer quelqu’un à main nu.
— Avant d’entamer la dites procédure, vous devez signer ce document.
Il pousse deux tablettes tactiles : une présente l’acte, l’autre recueillera les signatures. A sa lecture, ils rigolent. José, soudain plus détendu, interpelle Henri :
— Si je résume le texte que je viens de parcourir, vous nous demandez de taire votre existence et d’accepter, pendant 5 ans après la fin de notre peine, d’être sous surveillance volontaire constante, nous et nos enfants? Et que toute dérogation à un comportement moral irréprochable nous soumettrait à une prolongation de surveillance de dix ans plus 15% de nos revenus?
— Vous possédez un véritable esprit de synthèse monsieur Goulentro! lui chuchote-t-il. Oui c’est bien cela. C.I.M. est connue mais n’existe pas. C.I.M. suscite interrogations et angoisses. Donc C.I.M. fait peur. Et tout ceci restera inchangé. N’est-ce-pas? Et puis, rassurez vous, ce n’est pas si compliqué de rester dans le droit chemin en silence. Des centaines de milliers de nos compatriotes vivent depuis des années cette situation et tout se passe très bien. Certains de vos amis ont bien réussis à vous le dissimuler...
Il passe du visage de Patricia à celui de José et vice-versa. Plusieurs fois. Ses yeux verts s’immiscent jusqu’à leurs cerveaux, qu’il analyse et décrypte.
— Qui signe en premier? interroge Henri. Monsieur? Ça changera de votre rendez-vous à la banque...
José soutient le regard perçant d’Henri et pose sa main sur l’écran. Led verte d’approbation de signature. Vient le tour de Patricia, encore rouge d’énervement contenu.
— Parfait! nous allons entamer la procédure. Je vais donc énumérer les griefs relevés et les peines associées. Ensuite vous aurez la parole pour vous défendre, suite à quoi de nouvelles sentences, ou pas, seront prononcées dans un jugement sans appel. Je ne peux que vous conseiller de prendre des notes. Il leurs tend à chacun un bloc de papier recyclé relié par un élastique noir et fin à un stylo en bambou. Etes vous prêt?
Comme si nous avions le choix pensent à l’unisson Patricia et José. Deux oui timides émergèrent de leurs gorges sèches malgré les verres d’eau.
— Très bien. Madame Patricia Goulentro, née Bertholet, sont retenus contre vous les griefs suivants : consommation de drogue et propagande de la culture du cannabis, mise en danger de votre santé et de celle d’autrui, mensonge à une déclaration de souscription d’assurance maladie, absence de pratique de sport et relation extra-conjugale.
José se tourne brusquement vers Patricia, le regard interrogateur et craintif.
— Quoi! s’exclame José.
Patricia aimerait intervenir mais le regard de Sam, venu se poster à coté du bureau depuis le début du discours d’Henri, l’en dissuade. Elle s’écrase un peu dans son fauteuil en rougissant.
— Monsieur José Guitterez Fernandes y Solas de Almeida Goulentro, sont retenus contre vous les griefs suivants : consommation de drogue et propagande de la culture du cannabis, mise en danger de votre santé et de celle d’autrui, mensonge à une déclaration de souscription d’assurance maladie et visualisation régulière de contenu pornographique.
A son tour Patricia scrute le visage de son mari rouge comme une pivoine. José a beaucoup de mal à masquer ses émotions. Depuis qu’elle le connait elle sait quand il ment ou cache quelque chose. Il n’a jamais pu lui faire de surprise. Mais là, elle n’a rien vu venir.
— Je constate à vos mines déconfites que ma Recherche exhume des situations inconnues! s’exclame-t-il tout excité. Ne vous inquiétez pas, on y viendra très bientôt. Passons aux sentences retenues si vous n’y voyez pas d’inconvénient.
José et Patricia se décomposent sur place.
— Je vais commencer par le couple puis les sentences individuelles. Donc en ce qui vous concerne vous devrez suivre une désintoxication au cannabis ainsi qu’une thérapie de couple. Il semblerait qu’un léger manque de communication affecte le bon fonctionnement de votre ménage. Pendant cette période, et ce jusqu’à validation de votre désintoxication, vos enfants seront sous la tutelle de l’état et placés dans un foyer jusqu’à ce que nos services valident la possibilité de les laisser à leurs grand-parents.
— Vous n’êtes qu’un immonde dictateur! s’écrie José prêt à lui bondir à la gorge.
C’est à cet instant, où ses mains en appui sur les accoudoirs du fauteuil s’apprêtaient à donner leur impulsion pour l’extirper de l’assise et saisir ce simili juge au collet, que le poing massif et puissant de Sam s’abat sur sa mâchoire.
— Tu parleras quand ce sera ton tour!
La voix de Sam s’assortie parfaitement à son physique. Pas de fausses notes. La gravité d’outre tombe produite par ses cordes vocales provoque des frissons partout sur le corps. Patricia pousse un petit cri juste avant de placer sa main sur sa bouche, par réflexe. José, la main à plat sur sa mâchoire, geint de douleur.
— Vous êtes filmé José n’oubliez pas... vous ne mettez pas toutes les chances de votre coté. Gardez votre sang froid je vous prie. Bref, je reprends.
Patricia sent une larme couler sur sa joue et son avenir lui échapper. La peur s’invite souvent par surprise.
— Monsieur Goulentro. Votre addiction au tabac vous impose une cure de désintoxication en plus de celle du cannabis. Madame. Votre manque d’activité sportive devient problématique à votre âge. Vous aurez donc une obligation d’inscription à un centre sportif, ainsi qu’une obligation d’assiduité. En parlant d’assiduité, vous serez tous les deux munis de bracelets électroniques qui vérifieront en fonction d’un programme pré-établi que vous êtes au bon endroit au bon moment. Ne vous inquiétez pas, ce bracelet est discret et design!
José fixe Henri. Il aimerait tant posséder le pouvoir de la gorgone et, d’un seul regard, le pétrifier pour l’éternité. Quand à Patricia, se sont des flots d’eau salée qui s’écoulent de ses yeux rougis et brillants.
— Avez vous des questions ou des éléments de défense à proposer?
Patricia renifle un grand coup, essuie ses larmes d’un revers de manche et s’adresse à son interlocuteur, enfoncé dans son fauteuil si moelleux.
— Tout d’abord je ne sais pas d’où vous sortez cette histoire de relation extra conjugal...
Henri, lève la main en signe d’obligation de se taire, tourne son écran vers elle et enclenche une vidéo.
Elle marche dans une rue inconnue au coté d’un homme plus jeune qu’elle. Il s’arrête devant la porte vitrée d’un immeuble cossu et tape un code puis pousse la lourde porte en verre et fer forgé. Il lui fait signe de passer et caresse son fessier au moment où elle franchit le seuil de la porte. Patricia tourne sa tête, son visage apparait distinctement quand la caméra zoom. Elle sourit comme une jeune adolescente amoureuse et donne un rapide coup de langue sur la bouche de son partenaire. La porte se referme.
— J’en ai plusieurs en stock si vous voulez d’autres preuves. Celle là est très soft par rapport à certaines autres. Si ça vous intéresse de les visionner...
— Espèce de salaud! peste José sans bouger d’un iota.
Patricia s’enfonce dans son fauteuil.
— Putain, Pat, c’est quoi ce bordel... pourquoi... gémit José.
— On en parlera plus tard... c’est pas le moment là, déclare-t-elle d’une voix sombre qu’il ne lui connaissait pas. Elle interpelle Henri :
— Concernant le sport, je réfute votre allégation comme quoi je n’en fais pas assez. En tant qu’institutrice des écoles, je fais au moins 6 heures de sport par semaine. C’est moi qui anime les ateliers sportifs et qui m’occupe de la piscine. Sans parler de mes propres enfants avec qui je me dépense énormément.
— Je retiens la pertinence de votre point...
— De plus, je fais le ménage, les lessives, les courses et tout le tintouin. Alors oui je me dépense largement assez et n’ai pas besoin de m’enfermer dans une salle de sport avec des fondus de cross-fit! termine-t-elle presqu’en criant.
— Ne vous emportez pas madame. Sam veille.
— Je ne compte pas vous agresser mais vous convaincre, quitte à hausser le ton.
—Eh bien, vous m’avez convaincu. Votre femme est très persuasive! dit il en lançant un regard étrange à José. Je vais retirer ce point des sentences. Monsieur? Quelque chose à avancer?
— Nos enfants, dit il en fixant le sol les sourcils froncés. Vous n’avez pas le droit de nous les enlever, marmonne-t-il les dents serrées de rage.
— Nous ne vous les enlevons pas, nous les protégeons de votre influence néfaste le temps que vous retrouviez le droit chemin.
— Notre influence néfaste?!
— Sans compter tous les dangers que cela représente d’avoir des parents défoncés pendant leur sommeil...
— Mais nous ne sommes pas défoncés!! On fume un joint à deux le soir pour se détendre!
— D’un point de vu scientifique votre corps est soumis à un facteur exogène connu comme psychotrope actif et donc peu compatible avec la sécurité et l’éducation des enfants.
— Mais c’est n’importe quoi! Interrogez nos enfants et vous verrez!! Ils vont bien, vivent bien, travaillent bien, vous n’avez rien à nous reprocher sur notre éducation s’emporte Patricia qui a le malheur de trop se redresser, donnant l’impression qu’elle va agresser son interlocuteur.
Une baffe foudroyante atteint sa joue gauche. Dans son crâne tout s’embrouille. Quelqu’un a du placer un diapason à coté de son oreille gauche car seul un bourdonnement continu parvient à son tympan. José se lève d’un bond mais Sam saisit son bras gauche et pratique une clé avec, l’obligeant à s’assoir.
— Doucement Sam! elle n’allait rien faire! vous outrepassez vos droits! s’emporte Henri.
— Son fessier était entièrement décoller du siège. Je suis la règle.
— Peut être mais tout de même... un peu de maitrise je vous prie. Désolé madame... cependant, vous avez été prévenue en début de séance, sourit-il. Pour revenir à votre réflexion sur les enfants, nous comptons mener une enquête approfondie sur eux... histoire de nous assurer de vos capacités parentales et d’évaluer leur niveau d’éducation. Et si comme vous le dites tout va bien, vos enfants pourront vivre chez leur grand-parents, puis avec vous une fois vos prérogatives morales accomplies, sourit Henri.
Patricia, les dents serrées au point de les faire éclater, se retient de le croquer à la gorge avec toute sa hargne de mère privée de sa progéniture. José, livide et déboussolé, ne sait où projeter sa haine. Sur cet Henri de malheur qui vient de bien leur pourrir la vie? Sur sa femme adultère? Sur lui? Pas sur Sam, c’est certain. Quand il y pense c’est lui qui a converti sa femme au p’tit bédo du soir et donc provoqué tous ces évènements...
— Avez vous de nouvelles questions ou demandes à formuler? insiste Henri toujours souriant.
Un silence diffus envahi le bureau. Sam, immobile, prêt à tarter, Henri tout sourire en attente d’une réponse qu’il connait déjà et le couple accusé, entre regret, haine et autoflagellation.
Face à ce mutisme, Henri déclare :
— Parfait! Dans ce cas nous pouvons dire que ce jugement est accepté par toutes les parties?
— Avons nous vraiment le choix?
— On a toujours le choix madame, rétorque Henri, le visage soudain sérieux et froid comme du marbre. Sam! veuillez raccompagner madame et monsieur Goulentro en salle d’attente. Je vous rejoins dans un petit quart d’heure, le temps de programmer vos bracelets et d’envoyer ce jugement à qui de droit.
— C’est à dire? questionne Patricia.
— Oh rien que du classique. L’administration fiscale et judiciaire, la sécurité sociale, les écoles de vos enfants, vos employeurs bien entendu, vos mutuelles d’assurance maladie.. qui d’autres... je crois que j’ai fait le tour...
— Oh putain! ne peut s’empêcher de lâcher José. Notre vie va devenir un rêve éveillé! conclut-il, cynique.
— Vous êtes vraiment une ordure! proteste Patricia.
— Mais non madame. J’aide notre société à vivre ensemble dans la paix et le respect. Et cela passe fatalement par le redressement de ceux qui ne jouent pas le jeu d’une osmose sociale, économique et environnementale.
— Laissez tomber... vous êtes pathétique, souffle-t-elle désabusée par l’ancrage idéologique profond de Patroque.
— Debout! ordonne Sam.
Ils s’exécutent, la mort dans l’âme.
Une nouvelle vie sous surveillance, transparente comme de l’eau de source et sous le sceau de l’exemplarité les attend. Une vie règlementée, sans accrocs, suivant une voie déjà tracée. Le prix à payer pour revoir leurs enfants.

Fin.
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