Brûler

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Un fauteuil club au côté du lit. Légèrement enfoncé, une jambe par-dessus l’accoudoir, la chemise déboutonnée aux manches relevées ; au poignet, l’heure qui n’a plus d’intérêt, et dans ma main un verre presque vide. L’accalmie nocturne, le flottement, la chaleur de la nuit estivale et la pâleur luminescente de la lune par la fenêtre ouverte. Une musique rythmée avec mesure, en basse ourlée, enveloppante. Il faut bien cette chaude ondulation pour accompagner la nuit qui s’ouvre, la nuit qui vient, dans laquelle j’ai envie de me laisser prendre. Et juste là, sur le lit, devant moi, elle.
Je repose le verre, je m’apprête. J’entends craquer le cuir mâle sous mon corps, je fais glisser le verre qui crisse, je caresse le bois tendre de la table du tranchant de la main. Pupilles en ouverture, impressions affûtées. Tout me fait homme. Je resserre la nuque et relève la tête, l’esprit en écho au monde, les sens aiguisés et en demande, affamés. Relever les yeux, fiévreux, avide. J’ai envie de la prendre, elle, sur le lit, devant moi.
La totalité d’un monde sur un radeau, celle qui sera à moi cette nuit. À genoux, cambrée, un souffle de satin crème sur sa peau, et l’ondulation désordonnée de ses cheveux, la fraîcheur d’une cascade, une provocation... Je me délecte de ma proie, à portée de mes yeux, celle aussi qui me tient sans le savoir. Admirer sa peau ambrée, son grain qui accroche la lumière lunaire. Un miracle, un prodige sensuel. Des ombres sur les courbes, le dégradé clair-obscur de sa peau halée découpée de plis satinés, la perfection des lignes, la courbure de ses épaules échappant aux mèches flammèches, la nudité devinée de ses seins de ciel, et ses hanches trésor de mon plaisir secret. Elle incline la tête en un sourire assuré, offerte, la déesse louve de mes nuits. L’innocence et la transgression mêlées. Regardez bien, le monde entier, plus rien à dire. J’entends mon cœur battre mes tempes, et la musique battre mon corps. Une sidération latente ; subjugué. Reculer sans bouger, se rassurer pour de faux si le mirage est encore là. Ouvrir les yeux, s’appuyer, s’élever, craquement du cuir, et puis s’avancer, pieds nus. Elle se laisse respirer, elle expire en attendant.
Effluves d’ailleurs sur sa peau, sa moiteur devinée, les saveurs épicées, florales, virginales, qui m’excitent encore et m’étourdissent. Ma femme est une terre de vertige que je veux approcher sans cesse. Je sens monter la fièvre, ma sourde tension animale, comme si ma vie se jouait cette nuit, parce que je sais la jouissance venir. Mon doigt fébrile en suspension, le suspense du toucher. La soie qui glisse encore de ses épaules, elle et son corps, elle et sa peau, une brise chaude du sud. Souffle et envie, le feu dans mes veines, les flammes sous ma peau, la respiration qui s’échauffe et s’accélère. La soie qui s’évanouit encore, qui s’embrase. Et l’apparition, ses seins, je les contourne de la pulpe du doigt, l’intrusion, et ma paume impatiente se saisit de sa féminité, yeux dans les yeux, plus personne sur la Terre. Au bord du gouffre, quelques centimètres, les yeux se ferment, l’air électrisé, les lèvres humides. J’en perds le souffle et la tête. Elle m’étreint, je la serre, elle me gère, je la mène. C’est une valse d’amants furieux qui n’ont plus que l’amour et le désir entre eux.

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Lajoinie Claude · il y a
C'est ardent, bravo
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Mijo Nouméa · il y a
Absolument ardent de désir!!
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Frédéric Petit · il y a
Belle et pesante joute venusienne

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