Bris de corps

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Écrire quelques lignes et reprendre un verre d'illusions perdues, reprendre quelques lignes pour respirer encore une seconde, pour savourer le goût de l'ennui. Tracer les mots à la plume pou ... [+]

***
Quotidien

Elle rentrait tard, une fois de plus. Fatiguée. Et lasse de refaire le même chemin, à la même heure, de croiser les mêmes gens, les mêmes regards, sous la même lumière mourante et triste.
Elle n’avait qu’une hâte, entrer dans son appartement, déposer ses affaires sur le sol, allumer son ordinateur et s’asseoir en tailleurs sur son lit. Reprendre contact avec le monde et, surtout, avec elle-même. Prendre enfin le temps d’exister pour elle et de faire ce qui lui plaisait.
Elle pensait déjà à la douceur des draps, au bonheur de retirer ses chaussures, de les balancer à travers la pièce, commençait à composer les premiers vers d’un poème et savourait d’avance le calme qui l’accueillerait bientôt.
Plus que quelques minutes. Plus que quelques pas. Elle accélérait inconsciemment, pressée de quitter cette ambiance maussade et étouffante.
Evidemment, elle n’imaginait pas que sa journée, somme toute assez banale, donc terriblement ennuyante, puisse empirer. Elle était déjà saoulée de bruits et d’odeurs, agacée par les comportements de certains collègues, angoissée par les objectifs fixés, écrasée par une douleur sourde à laquelle elle ne prêtait plus vraiment attention.
Tout cela était trop, elle en avait assez. Elle aspirait seulement à la quiétude du soir, à la tiédeur de sa couette, aux délices de l’eau chaude le long de sa colonne vertébrale.
Et pourtant, en tournant la clef dans la serrure, elle sentit le doute monter en elle. Pas vraiment un doute d’ailleurs, un sentiment bien plus ténu, à peine un chuchotement intérieur.
Une intuition.
Puis la réalité qui éclate, qui rattrape et immobilise.

***
Paralysie

Il était là. Imposant sa présence à travers son insupportable manière d’occuper l’espace. Il se dressait de toute son ombre, impressionnant, terrifiant.
Elle ne l’attendait pas ou, plutôt, elle ne l’attendait plus. La peur l’avait quittée des semaines auparavant. Se croyant libre, se croyant oubliée, elle s’était laissé surprendre.
Tous ces cauchemars, toutes ces images qui l’assaillaient quand elle ne bougeait plus, quand elle mettait sa vie sur pause, l’envahissaient. Pendant les nuits d’insomnies, les yeux grands ouverts, sans repères dans le noir, incapables de voir, écarquillés sur des souvenirs qu’elle ne pouvait éviter. Dans les transports, lieux et moments de perdition, elle sombrait à force d’élucubrations. Cette source d’écoulement des secondes, alors d’une lenteur infinie, faisait inévitablement ressurgir les doutes et les craintes enfouis au plus profond d’elle-même, les illuminant, lui interdisant tout aveuglement, l’empêchant de détourner le regard. Toutes ces peurs qu’elle avait eues puis qu’elle avait réprimées, contre lesquelles elle s’était battue, tous ces moments de détresse, pour rien.
La peine, la douleur, l’angoisse et la vigilance, d’abord si présentes, avaient disparu. Pour mieux bondir sur elle. Pour mieux la paralyser.
Il était là. Ses yeux fous la dévoraient, ils avalaient son visage, léchaient ses courbes, descendaient de ses lèvres à ses seins pour s’arrêter ensuite sur ses hanches. Plaqués contre son bas-ventre.
« Dégueulasse ».
Un mot, un seul, qui emplissait son esprit dans son entièreté, qui l’immobilisait.
« Dis, est-ce-que tu l’aimes ? »
Plus maintenant. Plus depuis qu’il a écrit ses déclarations de guerres incessantes. Plus depuis qu’elle a dépassé cette phase de déni qui l’empêchait de réaliser l’horreur de la réalité. Plus après l’abus. Plus depuis ses mots, blessants, perçants, d’une violence incommensurable.
Non.
Et la souffrance ne s’est pas éteinte. Le souvenir de la douleur physique mais aussi celui de l’impuissance, de la paralysie et du dégoût ne la quittent pas. Incapable de le repousser car il faisait peser toute sa force brute sur elle. Elle n’était plus qu’un oiseau fragile aux ailes envolées. Elle ignorait encore comment guérir.
Il était là, devant elle. Elle était blême.
Son esprit était dévasté, ses pensées n’avaient plus la moindre logique. Absence totale de réflexion. Elle n’était plus qu’un animal piégé, ses sens prenaient le pas sur sa raison, englobant tout, conquérant un à un les atomes qui la composaient.
L’odeur de la sueur qui la renvoie aux heures brûlantes. L’arrondi des yeux qui l’émeut encore un peu. Les frissons qui parcourent tout son corps, réaction épidermique gravée en elle, en lui, depuis le début. La respiration haletante, hachée, coupée, sonore. Le goût du sang dans la bouche, fer poivré, impossible à oublier.
La stupeur qui avale tout le reste. Le cœur qui tambourine sous la panique. La haine qui enfle, qui se concentre et grandit. Le désir, caché entre deux ombres, qui frappe doucement, sans se presser, se sachant impossible à accepter. Le dégoût de lui, d’elle-même, de son corps à elle. La colère sourde, prête à éclater. L’amour, ses braises sur lesquelles sa présence souffle de toute sa langueur.
Il rit, alors. Il se moque d’elle. Il voit quel pouvoir il a, encore. Et il rit.
Comment est-il entré ? Pourquoi est-il là ? Cela n’a plus d’importance. Les questions s’effacent devant cette évidence : il joue.
L’équilibre est rompu. Elle ne peut plus courir, elle ne peut plus tacler, plus d’espièglerie en elle, plus d’humour, plus de joie irréfléchie et sans gêne. Le chat et la souris, seulement. La proie et le prédateur, c’est tout. Aucune chance, elle n’aurait aucune chance. De toute façon, le jeu aussi la dégoûte, la séduction ne la tente plus. Elle veut le silence, le calme et la raison. Elle veut la sécurité, l’assurance de ne pas être touchée à nouveau contre son gré. Il n’y a plus de place pour les folies qu’elle aurait faites pour lui.
L’équilibre est rompu. Lui n’est pas cassé. Lui n’est pas brisé. Il ne lui manque rien. Ni morceaux de corps, ni fragments d’esprit. Il pense que tout est comme avant. Il ne voit pas le mal qu’il a pu faire. Il ne saisit pas l’étendue des dommages.
Ou peut-être que si. Peut-être qu’il sait exactement ce qu’il a fait. Peut-être qu’il a placé ses pions avec application pour obtenir ce résultat. Et peut-être qu’il rit parce qu’il est heureux de voir les conséquences de sa victoire, parce qu’il admire les blessures dont il est responsable.

***
Conscience

Devant cet éclat impromptu, ce ricanement sardonique, elle sent tout son corps, elle possède enfin, à nouveau, tous ses esprits. Elle revient en elle.
Et les digues cèdent, et la poésie n’existe plus. Tout en elle aspire au déversement. Il faut qu’elle dise, il faut qu’elle parle, qu’elle exprime enfin les sentiments qui l’ont traversée des jours durant, sans jamais la quitter. Parfois en veille mais jamais éteints. Prêts à surgir dans les moments de solitude, tapis dans l’ombre, bondissant dans la lumière, effrayants.
Elle le regarde à son tour. Elle ne voit plus, déjà, son sourire. Elle observe sa façon de se tenir, moins droit que la dernière fois qu’ils se sont vus. Ses yeux, moins doux, moins francs, emplis de douleur. Elle sait qu’elle n’est pas la cause de cela. Elle connait son fardeau.
Elle n’a pas pitié de lui, pourtant. Elle ne ressent pas la compassion à laquelle elle s’attendait. Elle n’a pas envie de le toucher, de lui apporter un réconfort salvateur. Qu’il soutienne seul sa charge ! Elle est lasse, elle ne peut plus supporter le poids de la douleur des autres.
Toute cette histoire, cette peine inavouable qu’elle a cachée au fond d’elle, l’ont rendue plus forte, plus dure.
Elle lui sourit. Peut-être pense-t-il qu’il pourra avoir ce qu’il vient chercher ?
Elle sait, maintenant. Elle a compris. Il s’ennuie. Il meurt dans cette prison dont il a refermé consciencieusement la porte, à laquelle il s’est attaché de son plein gré, volontairement, se privant ainsi d’une liberté pour laquelle il lutte désormais.
Elle était son divertissement, une fleur dans un désert de solitude sans nom et sans saveur.
Elle piquait, elle brûlait, elle guérissait, elle offrait, elle réchauffait. Jamais elle ne se serait contentée de neutralité, elle aimait trop les extrêmes pour cela.
Avait-il compris, lui-même, ce pour quoi il était là ?
Elle a peur encore. Elle sait que, d’un geste, il pourrait lui imposer sa volonté comme avant. Elle sait qu’il a cette emprise ancienne mais sans cesse revigorée sur elle, aussi. Elle sait le risque que sa présence, chez-elle, sans son approbation préalable, lui fait courir.
Il va partir.

***
Offensive

Elle n’appellera personne car elle a besoin de s’en sortir seule, d’affronter enfin ce cauchemar personnifié, ce monstre de placard aux griffes acérées dont elle est la seule à avoir peur.
Ce qu’il lui faut, c’est des adieux, des vrais. Pas seulement des mots balancés avec rancœur et virulence, pour blesser et faire naître les regrets, mais des vérités poignantes, pleines de sincérité et d’impudeurs.
Elle a besoin qu’il comprenne ce qu’elle lui a écrit. Elle ne veut pas dire de nouvelles choses car, pour lui, elle a livré tous ses mots.
A quoi bon, encore et toujours, écrire ce qui était beau, ce qui était bien ? A quoi bon dire ce qui relevait de l’horreur, de l’affreux ?
Elle lui désigne un fauteuil. Il s’assoit. Elle fait de même, face à lui, sans le quitter des yeux, soulagée qu’il y ait une table entre eux deux, malgré sa volonté d’occulter l’angoisse des coups, d’ignorer l’appréhension que le moindre de ses mouvement fait naître en elle.
Elle sait parfaitement que, malgré ce qu’il croit, c’est elle qui a les cartes en mains. Elle sait que c’est à elle d’écrire la fin de leur histoire.
« Je n’ai rien à te dire, je ne te pardonnerai rien, ni la douleur, ni les mots, ni ta lâcheté pitoyable mais je veux te lire quelque chose. C’est une lettre. Une lettre que je t’ai écrite quand j’avais des sentiments, quand je ne te haïssais pas encore, quand je n’avais pas compris ni la portée de tes gestes, ni celle de tes mots »
Il penche la tête et l’observe, il ne sait pas quoi répondre. A l’esprit, il n’a que des choses conventionnelles, au mieux habituelles, rien de susceptible de la surprendre, de l’apaiser. Alors, il se tait et attend.
Elle se lève, va dans la chambre et en revient avec des pages imprimées. Noir sur blanc. Il sourit. C’est presque drôle de retrouver ce contraste sur du papier, comme si eux deux étaient restés gravés jusque dans les livres. Leur histoire est immense. Il ne veut pas tirer un trait dessus tout en sachant parfaitement qu’elle les empêche d’avancer et qu’elle fait du mal à chacun d’eux.
Elle s’assoit. Elle étire son dos, grimaçant de douleur. Elle pense aux mots qu’elle a d’abord tracés à la main, puis tapés sur le clavier. Ce n’est pas facile de les livrer de cette façon, à voix haute, les yeux dans les yeux. Cela demande un certain courage, une forme de témérité, une volonté de délivrance, d’affrontement libérateur, de point final.
Elle inspire une grande bouffée d’air, pour ne pas se laisser asphyxier par tout ce ressentiment qui l’habite. Elle espère qu’elle sera à la hauteur, qu’elle ne s’étranglera pas avec ses émotions.
Elle baisse le regard sur la feuille et, calmement, sans trembler, dit ces sons emprisonnés depuis trop longtemps en elle :
«D’abord, j’aimerais te dire que j’ai passé de très bons moments. Aussi différents que nous soyons, quand la bataille ne fait pas rage, je me sens merveilleusement bien avec toi. J’ai aimé nos discussions, te taquiner gentiment, t’embrasser et dormir dans tes bras.
Je suppose que je savais que tu me mentais. Quand tu m’as dit qu’elle n’était plus ta fiancée, que tu ne savais plus si tu l’aimais, je savais. Je ne peux donc pas te rendre responsable de cela. La faute est partagée : tu as joué avec mes sentiments et dis ce que j’espérais entendre.
Je m’en veux, d’ailleurs. D’avoir autant eu besoin que tu racontes ces mensonges, de ne pas avoir été capable de dissocier ce qui était ta faute et ce pour quoi tu ne pouvais rien faire. De t’avoir cru, d’avoir autant espéré que tout cela soit la vérité.
On se connait, toi et moi, depuis longtemps. Rien de ce que nous avons pu vivre n’a été platonique. On n’a jamais vu un film en entier ensemble. On n’a jamais passé plus de quelques heures l’un avec l’autre sans se toucher.
Si je n’étais effectivement rien pour toi, pourquoi n’aurais-tu pas abandonné après notre première dispute ? Pourquoi m’avoir contactée encore ? Pourquoi avoir passé ce moment avec moi plutôt qu’avec d’autres, des personnes auxquelles tu tenais vraiment ?
Je pense qu’après tous les mensonges que tu m’as raconté pour obtenir ce que tu voulais, tu aurais pu m’épargner les mensonges post coït, ç’aurait été le minimum syndical du respect.
A mes yeux, l’amour, et le domaine des sentiments en général, n’a rien à voir avec une guerre. Si c’est le cas pour toi, comme tu le manifestes si souvent, ta vie doit être terriblement compliquée, douloureuse et triste.
Personne n’aime faire du mal à son entourage comme tu aimes le faire. Tu as peut-être raison, peut-être qu’on gagne une bataille en connaissant son ennemi, mais je suppose que c’est bien plus facile quand la bataille n’a lieu que dans un sens. Je ne me bats pas avec toi, je ne me suis jamais battue avec toi et je ne le ferai pas. Je ne me sens pas à la hauteur de ta bassesse abjecte, de tes mesquineries dépourvues de sens, et, à vrai dire, je n’en vois pas l’intérêt. Je ne voudrais pas l’être.
On ne devrait pas avoir à sortir les armes pour conquérir de jolis moments.
Tu peux parler d’échec et mat ou de reddition sans conditions, mais c’est terminé. Si je ne peux pas t’empêcher de te croire à la guerre quand on se voit, je peux empêcher qu’on se voie, tout simplement.
Je n’arrive pas à te haïr, je t’ai dans la peau encore maintenant mais ce n’est plus la question. Je vais me préserver. Je n’ai jamais pensé être à l’épreuve des flammes, je ne vais pas commencer aujourd’hui.
Dans peu de temps, tu ne seras plus que l’homme qui m’a montrée à quel point j’étais forte. Car malgré ce que tu crois, je suis forte. Pas insensible, pas incapable de ressentir quoique ce soit, mais forte.
J’aurais voulu être ton égale et peut-être, aussi, te montrer qu’on était capable d’être quelque chose de plus sensé que cet amas de conflits, de brutalité et de douleur.
Je penserai sûrement encore à toi un moment, je rêverai de toi, tu me manqueras à m’en arracher la peau mais je ne te parlerai plus, je ne te lirai plus, je ne te pardonnerai plus.
Et ce manque-là ne prendra plus jamais corps en moi sans que j’y associe un dégoût profond, une volonté violente d’échapper à ces visions de cauchemars, celles de ma paralysie soudaine et de mon consentement retiré mais tenu pour acquis.
Comme je te l’ai dit, c’est un peu plus qu’un au revoir. »
Elle lève la tête de ses feuilles, pose son regard vaguement égaré sur lui et réalise dans le même temps qu’elle ne le hait pas.
Elle souffre à cause de lui. Elle se dégoûte à cause de ses gestes. Elle ne s’aime plus car il a été incapable de comprendre son refus, son désir d’être ailleurs, son besoin de fuir le lieu de l’horreur.
Elle se sent faible parce qu’il l’a dominée, sa force apposée sur elle, sa volonté brisant la sienne, son envie débordante impossible à refouler, son être tout entier en elle alors qu’elle n’aspirait qu’au vide.
Elle ne respire plus à cause de lui. Parfois, la panique la submerge, à cause de lui. Elle suffoque quand le calme approche sa vie. Elle n’est plus entière depuis leur dernière rencontre, depuis ce moment dont elle a honte, qui l’a dépossédée de son corps.
Mais elle ne le hait pas.
Il la regarde avec, dans les yeux, comme une lueur d’angoisse. Il sent qu’il l’a perdue et il ne sait pas encore ce que cela signifie ou comment cela l’affectera. Il sait simplement qu’il n’est pas prêt à sonder les profondeurs de son être, qu’y découvrir autre chose qu’un plaisir malsain d’avoir su la faire souffrir pourrait le mener vers des rivages incertains.
Il voudrait se défendre, au moins dire quelque chose, ne plus être passif, prendre part à l’action. Il ouvre la bouche pour protester, pour expliquer, pour justifier.
Elle l’arrête. Levant une main devant elle pour se protéger de ses mots comme pour lui épargner le gaspillage d’énergie qu’il semble prêt à déployer. Absence évidente de patience.
« Sors maintenant, avant de gâcher une fin qui pourrait être douce, à défaut d’être belle »
Il n’aurait jamais fait ça avant. Il n’aurait jamais, ne serait-ce que considéré l’idée de lui obéir et pourtant, son visage est un mur, il sait qu’il ne peut plus rien. Il n’a plus d’emprise. Il n’a plus de prise.
Les rôles se sont inversés, il devient celui qu’elle soumet. Alors, il part.

***
Il pensera longtemps que l’essence de leur relation était contenue dans ce moment : elle qui décide et lui qui abdique, sans comprendre qu’il aurait pu déjouer cette logique en dépassant son envie de blesser, son amour de la rhétorique, sa lâcheté. Il comprendra trop tard qu’il aurait pu vivre une histoire aux courbes douces et ascendantes plutôt que cette hécatombe, cette guerre au déroulement cyclique. Il sera toujours enfermé dans cette cage qu’il a lui-même refermée, avec tous les regrets et toute la culpabilité que cela implique.
Et elle aura appris à ses dépens qu’à trop vouloir libérer les prisonniers consentants, on prend le risque de se faire voler les ailes. Il lui faudra du temps, beaucoup, pour reprendre confiance en elle, pour pouvoir retrouver son corps, mais elle y arrivera car, au fond, elle est faite d’étoiles et de kevlar.
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