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Du temps où la forêt recouvrait tout le pays, vivaient au creux des arbres, de petits lutins malins qui passaient leur temps à faire des blagues aux écureuils et à jouer à cache-cache sous les champignons. Mais parmi ce peuple rieur, au creux d’un arbre mort, vivait seul, un lutin du nom de Bork. On ne savait pas très bien pourquoi, mais personne ne jouait avec lui. Personne ne lui parlait. Personne ne l’aidait jamais. Personne ne l’aimait.

Alors un jour, lassé d’être seul, il quitta sa forêt avec l’idée de chercher de nouveaux amis. Il eut beau marcher et marcher encore, se perdre et se perdre encore, aucune tribu, aucun peuple ne l’accueillit. Le peuple des gnomes amuseurs l’aurait bien adopté mais il était trop triste pour eux. La tribu des fées des arbres ne put même pas le recevoir pour l’héberger pendant la nuit car c’était un garçon. Les écureuils, qu’il vit en dernier lui conseillèrent de retourner chez ses frères car là était sa vie. Bork devenait à chaque moment de plus en plus triste mais décida de tenter sa chance chez les Korrigans. Ils l’accueillirent en étranger avec des crachats et des jets de pierres.

Désormais, Bork était vraiment seul et vraiment très triste. Aucun bruit ne venait égayer ses journées, aucune lumière la nuit n’éclairait son couchage. Mais il restait là, tapis au fond de la forêt, ne sachant que faire, ayant perdu tout espoir d’avoir un jour des véritables amis.

Un soir, alors qu’il avait achevé un repas de fraises des bois et de framboises, une lumière bleue apparue devant lui et il entendit cette question : « Qui est là, si triste qu’il m’empêche de dormir ? » Bork répondit avec étonnement :
«-Pardonnez-moi. Je suis Bork, je suis un lutin.
- Que fais-tu là, Bork le lutin, si éloigné des tiens ?
- Je cherchais des amis pour jouer et pour parler.
- Les as-tu trouvés ?
- Non, et je suis encore plus seul qu’avant, perdu ici.
- Je suis Allwin, maître de ces lieux et ta tristesse me dérange. Suis les champignons bleus ils te ramèneront chez toi. En chemin, fais ce que tu dois et ton retour sera une joie pour les tiens. »

La lumière bleue s’évanouit dans la nuit et Bork se retrouva seul. Il était à la fois effrayé et excité, il n’avait jamais entendu parler d’un mage appelé Allwin. Il chercha autour de lui et ne trouva aucun champignon bleu. Il se résolu tout de même à faire quelques pas puisqu’il dérangeait Allwin et il aperçut bientôt une faible lueur bleuâtre au-dessus du sol. S’avançant encore, il distingua au loin un champignon un peu plus haut que lui et qui scintillait de bleu. Le dépassant, il vit la même lueur apparaitre sur sa droite. Et ainsi de suite, son chemin s’éclaira par l’enchantement d’Allwin.

Mais au cinq-cent-unième champignon Bork entendit des cris et des bruits de lutte. Il aurait bien pris ses jambes à son cou mais la lueur bleue des champignons le conduisait vers ces bruits inquiétants. Prudemment il s’avança et découvrit ce spectacle...
Un jeune Korrigan défendait tant bien que mal une sorte de coffre scintillant convoité visiblement pas un nain difforme et hargneux. Bork s’approcha et au moment où le nain allait abattre un gourdin sur le Korrigan, il sauta sur le dos de ce sauvage ce qui le fit tomber. Le korrigan en profita pour se cacher sous une large racine. Le nain avait une peur bleue des lutins et comme il avait perdu son gourdin il s’enfuit dès que Bork s’approcha à nouveau de lui. Soulagé, le Korrigan sortit de sa cachette et parla ainsi à Bork :
« -Tu m’as sauvé la vie sans même me connaître, je te dois tout, aussi voila pour toi la moitié du trésor que j’allais enterrer ici. » Bork refusa tout net mais le Korrigan insista tant, qu’il finit par accepter. Puis il continua son chemin avec sur le dos un sac plein de richesses.

Au mille-cent-deuxième champignon, il perçut le bruit étouffé de larmes qui tombaient sur la mousse des sous-bois. S’approchant à pas de loup il découvrit une jeune fée qui pleurait, adossée à un chêne mort. Bork posa doucement sa main sur son épaule et lorsqu’elle leva la tête vers lui leurs yeux se rencontrèrent et ne se quittèrent plus. La chaleur de la main de Bork sur son épaule avait dissipé la douleur de sa tristesse. Il lui demanda de le suivre pour être heureux ensemble parmi les siens qu’il allait retrouver. Mais la fée lui expliqua qu’un maléfice la condamnait à rester au pied de cet arbre parce qu’une sorcière épouvantable, qui sentait le crapaud mort, avait lancé sa baguette de fée au loin dans la forêt. Bork lui demanda :
« -Comment puis-je la retrouver ?
- Il te faut écouter le murmure de mes larmes qui l’ont rejointe là où elle est tombée »
Alors, se concentrant au maximum pour entendre ce faible murmure, Bork s’enfonça dans la forêt profonde. Il dû franchir des buissons de ronces infranchissables, passer par-dessus des troncs morts insurmontables. Puis le murmure devint très net, et au creux d’une racine il découvrit avec émerveillement la baguette magnifique de la fée de son cœur. Le retour fut plus facile et il retrouva sa bien-aimée là où il l’avait laissée. Quand il lui rendit sa baguette elle dit ceci :
« -Je peux enfin te suivre chez les tiens pour que nous soyons heureux ensemble pour toujours ! »

Le chemin lumineux des champignons se déroula désormais sans encombre et c’est seulement quelques heures après cette aventure qu’ils arrivèrent dans le village de Bork.
Dès qu’ils l’aperçurent les autres lutins accoururent vers lui.
« -Où étais-tu passé ?
- Comme tu as l’air heureux !
- Tu n’es plus le même !
- Tu fais plaisir à voir !
- Pourquoi es-tu parti ? »
Toutes ces paroles étonnèrent Bork et ne sachant que répondre il éclata d’un rire fabuleux. C’était le premier de sa vie. On peut encore entendre l’écho de ce rire mémorable qui rebondit d’arbre en arbre, les jours ensoleillés, mais il faut écouter attentivement !

Bork regarda tous les lutins, et se rendit compte qu’il avait été triste pour rien car ses semblables étaient aussi ses amis, il suffisait d’aller vers eux.

Grâce au trésor qu’il avait ramené, leur village devint le plus beau et le mieux aménagé de toute la forêt. Bork et la fée se marièrent et s’installèrent dans un grand chêne vigoureux. Ils eurent plein de petits lutins et autant de petites fées.

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Luce des prés · il y a
Une bien belle histoire comme je les aime . Bravo !
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Doria Lescure · il y a
Ce Récit est très joli, il dispose d'un bon rythme et la quête de ce lutin a quelque chose de philosophique et d'intemporel qui pose cette histoire comme un vrai conte à l'ambiance magique. Une très jolie lecture !
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Sandsand21 · il y a
A nouveau, merci ! Ce petit personnage me plait et se rappelle à moi parfois, il se pourrait bien qu'il ait d'autres aventures à vivre.
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Doria Lescure · il y a
et bien mais, je les lirais avec grand plaisir !
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