Bonne année 2035 Chapitre 4

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Au bout du quatrième jour, Emma comprenait pourquoi Arthur, le petit ami d’Olivia, avait choisi de se pendre. Et c’est en pensant à Olivia qu’une idée germa dans son esprit. Elle sonna pour appeler l’infirmière.
- Je voudrais signer une demande d’émigration en zone non-sanitaire, demanda-t-elle d’une voix ferme.
- Vous êtes bien consciente de ce que vous demandez ?
- Tout à fait.
- Vous devez d’abord avoir un entretien avec un psychologue.
Ce dernier tenta vainement de convaincre Emma de renoncer à son projet.
- Allons, mademoiselle, trois mois sont bien vite passés, surtout à votre âge. Vous ne purgerez même pas de peine de prison. Le juge a été humain.
- Ce n’est pas juste à cause du confinement. Je ne veux plus vivre dans ce pays dans ces conditions.
- Ces conditions, comme vous dites, sont votre seule garantie de rester en bonne Santé. Vous croyez vraiment que vous serez heureuse en zone non-sanitaire, avec la menace du virus qui planera en permanence au-dessus de votre tête comme une épée de Damoclès ?
- Je ne vois pas comment je pourrais être plus malheureuse qu’ici. Et pour ce qui est du virus, je prends le risque.
- Vous réalisez que vous n’aurez jamais l’autorisation de revenir ?
-Tant mieux, je n’y tenais pas. Qu’est-ce que j’ai à perdre ici ? Je n’ai plus personne, je n’aurai certainement plus d’emploi à la fin de mon confinement et de toute façon, je détestais ce travail.
- On ne fait pas toujours ce qu’on veut dans la vie. Je vous trouve bien ingrate envers notre gouvernement qui vous a aidée à trouver un emploi. Tout le monde n’a pas cette chance.
- Peut-être que plus de gens auraient cette chance si on ne leur avait pas interdit d’exercer leur métier.
- Bon, je n’insiste pas plus longtemps puisque vous paraissez décidée à faire cette folie. Mais j’ai bien peur que vous le regrettiez. Vous vous rendez bien compte que vous n’aurez plus aucun droit sur les biens de votre père ?
- Et ça, je suppose que le gouvernement le fait aussi pour ma santé ?
Furieux, le psychologue ne répondit pas. Emma signa les papiers et quelques jours plus tard, un véhicule venait la chercher pour la conduire à la frontière. Le chauffeur, séparé d’elle par un plexiglas, ne lui adressa pas la parole. Le douanier qui la fouilla à la frontière lui laissa ses papiers d’identité mais confisqua sa carte de crédit. Il jeta un regard méprisant à la photo de famille datant de Noël 2019 qu’elle gardait toujours dans son portefeuille et la jeta à ses pieds. Emma, qui avait craint qu’il la déchire, la ramassa avec soulagement.
Après qu’elle ait passé la frontière, un autre chauffeur vint la chercher, beaucoup plus sympathique.
- Alors mademoiselle, pas trop nerveuse ?
-Un peu, répondit-elle. Où m’emmenez-vous ?
- A l’aéroport de Roissy. Je suppose qu’on ne vous a pas expliqué comment les choses allaient se passer ?
- Non.
- Vous allez être dirigée vers les Etats-Unis, qui ont accepté votre demande d’immigration. Vous allez prendre un avion spécial avec d’autres réfugiés à destination d’Ellis Island, où vous ferez votre quatorzaine.
- Encore ! Ne put s’empêcher de gémir Emma.
- Ne vous en faites pas, ça n’a rien à voir avec le genre de confinement qu’on vous impose chez vous. Vous passerez deux semaines dans un endroit très agréable où les autorités américaines s’assureront que vous êtes en bonne santé, puis on vous conduira à votre nouveau lieu de vie. Quelqu’un se chargera de vous aider dans votre installation.
A son arrivée à l’aéroport, Emma rejoignit un groupe de réfugiés apeurés. Un jeune homme guère plus âgé qu’elle s’adressa à eux.
- Bonjour à tous et bienvenue en France. Je m’appelle Benjamin, ou Ben quand je suis aux Etats-Unis. Je serai une sorte de parrain qui vous accompagnera durant vos premières semaines dans votre nouveau pays. Les Etats-Unis ont besoin d’être repeuplés et sont disposés à faciliter votre installation là-bas. A la fin de votre quatorzaine, vous vivrez dans un premier temps dans une famille d’accueil qui aide bénévolement des gens dans votre situation jusqu’à ce qu’ils soient prêts à se lancer seuls dans leur nouvelle vie. A moins que vous n’ayez une connaissance qui a également émigré et qui accepte de vous aider. Je vais vous donner un formulaire à remplir. Si vous avez la moindre question, n’hésitez pas à faire appel à moi.
Emma pensa immédiatement à Olivia. Mais elle ignorait totalement comment la retrouver aux Etats-Unis et s’en inquiéta auprès de Benjamin. Elle fut surprise de le voir s’approcher d’elle sans aucune crainte.
- Vous ne devriez peut-être pas vous approcher autant de moi, dit-elle timidement. Je n’avais pas encore terminé mon confinement quand j’ai quitté mon pays.
- Tu peux me tutoyer. Et ne t’inquiète pas, on porte tous un masque ici, et tu as été testée à ton arrivée en France. Je ne suis pas inquiet. Pour ce qui est de ton amie, c’est nous qui allons la chercher et prendre contact avec elle pour voir si elle peut t’accueillir. Ca fait longtemps qu’elle a émigré ?
- Six ans.
- Elle a dû partir vachement jeune, alors.
- Oui, dès ses seize ans.
- Elle est courageuse. Si elle est là depuis six ans, elle est sûrement bien installée maintenant. Elle acceptera certainement de t’aider. Ce sera bien pour toi d’être avec quelqu’un que tu connais.
- J’ai tellement hâte de la revoir. C’est mon amie d’enfance, on était comme des sœurs.
Au moment de monter dans l’avion, le cœur d’Emma battait la chamade. Elle ne l’avait plus pris depuis si longtemps. Elle se souvenait avoir apprécié à l’époque, mais elle n’était qu’une petite fille inconsciente du danger. Mais une fois que l’avion eut décollé, elle réalisa que ce n’était pas si différent que d’être assise dans une voiture. Emma resta un long moment plongée dans ses pensées, se demandant si elle ne venait pas de commettre la plus grosse erreur de sa vie en demandant à partir si loin. Mais qu’avait-elle à perdre, après tout ? Il ne restait plus rien ni personne à quoi elle tienne chez elle, et si elle tombait malade aux Etats-Unis, eh bien c’est que son heure était arrivée. De toute façon, elle mourrait un jour comme tout le monde, alors quelle différence ? Et la vie qui l’attendait ne pouvait pas être pire que son existence dans son pays, qu’elle en était venue à haïr. Complètement épuisée par tout ce qu’elle avait vécu en l’espace de quelques semaines, Emma sombra enfin dans le sommeil.
Elle ne se réveilla qu’à l’atterrissage. Avec l’aide de Benjamin, le groupe de réfugiés s’installa dans les chambres mises à leur disposition par le centre d’accueil d’Ellis Island. L’équipe médicale procéda immédiatement à des tests dont ils auraient les résultats le lendemain. Benjamin rappela les gestes barrière à respecter durant la quatorzaine, même si tout le monde les connaissait déjà par cœur, et les emmena ensuite prendre leur repas.
Les réfugiés n’étaient pas très bavards. Ces gens à bout de souffrances après quinze ans de dictature, forcés de quitter définitivement leurs proches et d’abandonner tous leurs biens à l’Etat, n’avaient pas le cœur à faire la causette. Benjamin essaya d’engager la conversation avec chacun d’entre eux.
- Tu es américain ou français ? Tu n’as aucun accent, lui demanda Emma.
- Mon père est français et ma mère américaine. Après avoir obtenu son diplôme, elle a fait une année d’études supplémentaire à l’université d’Aix-en-Provence. Elle est tombée amoureuse à la fois de la France et d’un de ses habitants. Mon père et elle se sont mariés à la fin de l’année scolaire et elle n’est plus jamais repartie, sauf pour rendre visite à sa famille à San Diego et en Caroline du Nord. Ce sont des régions magnifiques, j’y ai passé beaucoup de temps quand j’étais enfant. Et on a aussi fait découvrir la France à la famille de ma mère.
- On faisait la même chose avec mes parents, sauf que notre famille était en Italie. Ca m’a donné droit à une autorisation spéciale pour communiquer avec l’étranger mais le gouvernement n’aimait pas trop ça, il avait peur que ça incite les gens à en revenir à l’ancienne vie. Il fallait vraiment surveiller ses paroles.
- Je m’en doute. Tu verras, ici tu auras le droit de penser et de t’exprimer librement. Ça change la vie. Tu apprendras tout ça pendant les cours qui commencent après-demain, et on vous expliquera aussi la façon dont vivent les gens aux Etats-Unis et dans les autres pays libres.
- En France aussi, vous vivez librement ?
- Oui. Evidemment, on a été confinés au printemps 2020 comme presque toute l’Europe et tant qu’il n’y avait pas de vaccin, il a fallu reprendre des mesures dans les zones les plus touchées, mais plus de façon aussi stricte ni aussi longtemps. Puis, le vaccin a été créé. Ca n’a pas été une solution miracle mais il a rendu le virus moins virulent. Et le respect des gestes barrière a fait le reste. Ils sont complètement passés dans les mœurs maintenant. Les gens portent d’office leur masque dans les lieux clos et les rues très fréquentées et on trouve des distributeurs de gel hydroalcoolique un peu partout. Et nous vivons très bien comme ça. Nous fréquentons qui nous voulons. Nous sommes libres de circuler et de voyager dans les pays qui n’ont pas basculé dans le chaos après avoir été mis en quarantaine. Nous envoyons nos enfants à l’école et nos jeunes à l’université et nous travaillons normalement, même si nous le faisons plus souvent à domicile que par le passé. Mais ce n’est pas forcément un mal, ça permet de mieux équilibrer sa vie professionnelle et privée, et nous avons des loisirs. Les organisateurs d’évènements sont super ingénieux pour nous permettre de nous amuser en toute sécurité.
- Et pour le virus ?
- Il s’affaiblit. Chaque année, il y a de moins en moins de malades et de morts. Et quand quelqu’un l’attrape, on le soigne, comme n’importe quel malade.
Le groupe, épuisé, se coucha tôt. Le lendemain, on leur laissa un jour de liberté pour souffler un peu et découvrir l’île. Les résultats des tests arrivèrent en temps et en heure. Seul un couple était positif. La femme éclata en sanglots tandis que son compagnon s’excusait longuement, jurant avoir pris toutes les précautions possibles et n’avoir ressenti aucun symptôme. Le médecin les rassura. Ils pouvaient très bien être asymptomatiques et ne développer aucune complication. Il promit de bien les soigner et leur assura qu’ils n’étaient pas les premiers réfugiés à tomber malades. Ce n’était pas étonnant après tant d’années d’isolement. Leurs organismes n’avaient plus beaucoup d’immunité.
Les cours commencèrent le lendemain. En plus d’une formation intensive en anglais, les membres du groupe découvrirent comment vivaient les gens aux Etats-Unis, mais le professeur leur parla également de l’état du monde en général.
« Votre pays et la Chine sont les seuls à avoir maintenu leur population en confinement pendant plusieurs années. Dans le reste du monde, on a constaté que les pays ayant obtenu les meilleurs résultats sont ceux à avoir pris des mesures sanitaires modérées. Les quarantaines trop strictes et prolongées ont mené à des catastrophes humaines, sociales et économiques. Mais je dois reconnaitre qu’aux Etats-Unis, nous sommes tombés dans l’excès inverse en ne prenant aucune mesure, pas même le respect des gestes barrière, sous prétexte qu’ils nuisaient à l’économie et étaient contraires aux libertés individuelles. Bien sûr, nous avons atteint une quasi immunité collective, mais au prix d’un nombre effrayant de morts. Le Brésil a commis la même erreur. Sa population actuelle n’est plus que de 20% de ce qu’elle était début 2020. Une partie d’entre eux sont des peuples traditionnels qui se sont réfugiés dans la Forêt Amazonienne pour se mettre à l’abri. L’avantage est que cela a freiné sa destruction. Mais le Brésil n’est pas encore en mesure d’accueillir des réfugiés. Ici, la population correspond à 30% de ce qu’elle était en 2020 et nous avons besoin de repeupler le pays. C’est pourquoi vous êtes d’autant plus les bienvenus ici », conclut-il aimablement.
Emma discuta longuement de ce qu’elle avait appris avec Ben.
- On a connu des années noires, tu sais. Donald Trump est mort du virus peu de temps après avoir été réélu de justesse. Mais son vice-président partageait ses idées. Le nombre de malades a grimpé en flèche, les hôpitaux étaient saturés et l’Etat a fini par ne plus pouvoir payer le personnel, qui a quitté son poste. Alors ça a été la catastrophe. Certains médecins et infirmiers soignaient encore les gens bénévolement mais la plupart du temps, il fallait se débrouiller tout seul. Les gens fuyaient à la campagne dans l’espoir d’être plus à l’abri, il y avait plein de sectes religieuses qui annonçaient la fin du monde et de survivalistes qui vivaient complètement isolés. Les grandes villes se sont retrouvées aux mains de gangs ultra violents. Les gens ne sortaient plus qu’armés jusqu’aux dents. Jusqu’à la mort du président.
- Il a eu le virus, lui aussi ?
- Non, il a été assassiné. Par un homme jusque-là sans histoire. Mais il avait vu mourir sa femme et son fils du virus et essayait de survivre avec sa fille de vingt ans. Quand elle a été violée et battue à mort par un gang, il est devenu fou et a mis une balle dans la tête du président avant de se suicider. Alors le parti démocrate a essayé de reprendre les choses en main. Beaucoup d’entre eux s’étaient réfugiés à Hawaii comme la famille Obama.
- Tu veux dire Barack Obama, votre ancien président ?
- C’est ça. Il est retourné à Hawaii, où il est né, et comme l’état est isolé du reste du pays, l’épidémie n’y était pas aussi grave. Un membre du parti démocrate a été élu et a essayé de redresser le pays. Mais il a fallu faire intervenir l’armée pour neutraliser les gangs, soigner les malades et vacciner les rares personnes encore en bonne santé. Nous avons été plus ou moins en état de guerre civile pendant plusieurs années. Puis, les choses ont commencé à se calmer et même à s’améliorer après l’élection de Malia Obama.
- La femme du président ?
- Non, sa fille aînée. Elle a commencé permettre en place l’assurance maladie universelle que son père avait essayé de créer avant que Trump ne la démolisse. Elle a instauré des études gratuites pour toutes les professions médicales dont on manquait tellement et des droits d’inscription beaucoup plus raisonnables pour les autres sections, elle a pris des mesures en faveur de l’environnement. Bref, elle a sauvé le pays.
- C’est pour ça que tu as quitté la France pour venir ici ?
- En partie. J’étais très heureux en France mais repartir à zéro dans un pays où tout était à reconstruire, je trouvais ça passionnant. Et puis, tu sais, j’ai fait des études pour travailler dans le domaine de l’environnement et j’ai justement trouvé un boulot génial dans une ONG de la région de San Francisco. Ils essaient de réparer les dégâts causés par les feux de forêt qui se sont produits plusieurs années d’affilée dans le Nord de la Californie. C’est exactement le genre de chose que je voulais faire. Je retourne en France tous les ans pour passer mes vacances et voir ma famille et j’en profite pour accompagner un groupe de réfugiés. Disons que je joins l’utile à l’agréable.
Soudain, Emma fronça des sourcils, l’air inquiet.
- Ca ne va pas ?
- Je ne sais pas ce qui m’arrive, j’ai froid tout à coup.
- C’est normal, la nuit tombe, ça se rafraîchit.
- Je sais, mais j’ai un peu mal à la gorge, avoua-t-elle d’une voix tremblante.
- Tu as fait un long voyage à bord d’un avion climatisé, je te parie que c’est ça. Plein de gens tombent malade à cause de la clim’.
- Et si c’était...
- Le Covid ? N’aie pas peur, tu peux prononcer son nom, ça ne le fera pas venir. Ecoute, on va demander un test tout de suite à l’infirmière de garde si ça peut te rassurer, mais je parie que tu n’as rien à craindre.
Le test eut lieu immédiatement et Emma, terrifiée, passa une nuit blanche. Elle ne fit que se ronger les sangs pendant toute la journée du lendemain, persuadée d’avoir mis sa vie et celle des autres en danger. Ben protesta vigoureusement.
- Emma, contrairement à ce qu’on t’a appris dans ton pays, les gens malades ne sont pas des égoïstes irresponsables qui n’ont pas été assez prudents mais des gens qui ont besoin d’être soignés. Chez vous, on a criminalisé la maladie. On vous punit comme des sales gosses désobéissants. Vous êtes malades ou vous risquez simplement de l’être ? Eh bien, puisque c’est comme ça, on va vous enfermer, vous séquestrer dans vos propres maisons comme des criminels assignés à résidence. Parce qu’il ne faudrait quand même pas que vous veniez encombrer nos hôpitaux. Bien sûr qu’ils sont financés par votre travail et vos impôts. Mais oublions ces détails mesquins. Non mais, sérieusement, tu te rends compte ? Des hôpitaux qui ont peur d’avoir des malades à soigner ! Ce n’est pas leur raison d’être ? Si les conséquences n’étaient pas aussi monstrueuses, j’en rirais tellement c’est absurde.
- Mais si ça nous évite d’être malades ?
- Emma, une vie sans risque, ça n’existe pas. Vivre, c’est risquer de mourir un jour, on finira tous comme ça et ça ne sert à rien de passer son existence à redouter ce qui arrivera de toute façon. Le vrai danger pour moi, c’est de vivre sans liberté et sans joie. Tu sais, ce confinement qu’on nous a imposé au printemps 2020, c’était déjà un déni complet de démocratie et une catastrophe humaine, sociale et économique. Mais on peut à la rigueur comprendre que les gouvernements aient cédé à la panique devant une maladie totalement inconnue et une situation que personne ne savait comment gérer. A condition que ça n’ait duré que quelques semaines. Mais ce confinement sans fin que ton pays vous a imposé, cette quarantaine ignoble et les conditions monstrueuses dans lesquelles ils vous font vivre depuis quinze ans, j’appelle ça un crime contre l’humanité. Ils vous ont réduits à la solitude, la terreur et au désespoir. Et aussi à la misère pour une grande partie d’entre vous. Tous les politiciens responsables de cette horreur devraient passer le restant de leurs jours en prison. Et ces scientifiques dictatoriaux qui ont joué sur la peur naturelle des gens face à la maladie et à la mort pour les terroriser, les soumettre et prendre le pouvoir dans ton pays de façon totalement illégitime devraient les rejoindre derrière les barreaux. Ca leur donnerait l’occasion de réfléchir à la valeur de la liberté.
Quelques heures plus tard, le médecin arriva avec le résultat du test d’Emma.
- Mademoiselle, j’ai le plaisir de vous annoncer que vous avez une petite angine. Votre test est négatif.
- Oh, merci docteur, merci ! Alors je vais pouvoir rester ici ?
- Mais évidemment. Ne vous faites plus de soucis.
Le surlendemain, Emma était sur pied et pouvait finir son séjour à Ellis Island. Ben lui annonça qu’il avait retrouvé Olivia. La jeune femme vivait en Californie et avait tout de suite accepté d’accueillir Emma. Cette dernière devait aller à JFK en compagnie d’autres réfugiés pour prendre l’avion les conduisant aux villes où ils étaient censés s’installer tandis que d’autres membres du groupe allaient vivre dans des familles new-yorkaises. Ils avaient tous été testés une seconde fois avant leur départ et cette fois, tout le monde était en bonne santé.
Ben, qui vivait également à San Francisco, proposa à Emma de lui faire faire une visite express de New York pendant deux jours avant de prendre l’avion avec lui. Au début, elle n’osa pas accepter car elle était partie de chez elle sans un sou. Mais Ben lui expliqua que le gouvernement versait une petite somme à tous les réfugiés pour les aider à se lancer dans leur nouvelle vie. Alors Emma se laissa tenter, poussée par l’envie de découvrir ces lieux mythiques qu’elle ne connaissait que grâce aux vieux DVD que son père avait gardés en cachette. Leur gouvernement considérait aussi ce genre de films comme une dangereuse incitation à revenir à l’ancienne vie.
Emma découvrit avec émerveillement Manhattan, Central Park, Times Square, Brooklyn et Staten Island. Elle se sentait toute petite face à la splendeur de cette immense ville et avait parfois les larmes aux yeux en pensant à son père, qui n’aurait jamais l’occasion de voir tous ces endroits qui l’avaient tant fait rêver, et à sa mère qui avait tant aimé les voyages. Ben lui proposa de commencer à parler anglais pendant leur visite car elle devait s’y mettre le plus vite possible. Il prenait la peine d’articuler bien clairement pour lui faciliter la tâche et si Emma ne trouvait pas ses mots, il lui traduisait la phrase et la lui faisait répéter jusqu’à ce qu’elle la prononce parfaitement. Il lui assura qu’elle était douée.
Le soir, Ben l’emmena danser. Après quelques verres, Emma réussit à vaincre son appréhension de la foule contre laquelle on l’avait tant mise en garde et sa timidité au moment de danser pour la première fois devant d’autres personnes. Elle redécouvrit ce que c’était de danser, de se détendre et même de rire. Et en sortant de la boîte de nuit, Ben plongea son regard dans le sien.
- Tu sais que j’ai le droit de t’inviter à sortir maintenant que je ne suis plus responsable de toi. Tu accepteras ?
- Tu n’as qu’à m’inviter si tu veux le savoir, répondit malicieusement Emma.
Et Ben l’embrassa avec douceur.
- Ben, tu es le premier homme qui m’embrasse.
- Et le type avec qui tu as vécu ?
- Il ne voulait pas, il trouvait ça trop risqué.
- Incroyable. Compte sur moi pour t’aider à rattraper le temps perdu.
Le lendemain, Emma et Ben devaient prendre l’avion très tôt pour San Francisco. Du coup, ils passèrent carrément une nuit blanche avant d’aller directement à l’aéroport et dormirent comme des masses pendant tout le vol. Une fois arrivée à destination, Emma tenta de repérer Olivia. Son cœur battait la chamade. La jeune femme était à l’heure au rendez-vous fixé par Ben et ce fut elle qui les vit la première. Elle se précipita vers Emma en poussant un cri de joie.
- Emma ! Je n’aurais jamais osé rêver de te revoir un jour !
- Qu’est-ce que je suis contente de t’avoir retrouvée !
- Bon, je vous laisse entre filles, dit Ben après s’être présenté. Emma, tu as mon numéro, donne-moi le tien dès que tu auras acheté un téléphone. Et si tu as besoin de quoi que ce soit, n’hésite pas.
- Merci, Ben. A bientôt.
- Dis donc, il est mignon, remarqua Olivia.
- Oui, c’est vrai. On s’est embrassés hier soir.
- Dis donc, tu ne perds pas de temps, toi ! Tu vas me raconter tout ça chez moi.
Arrivées chez Olivia, les deux amies, qui ne s’étaient plus vues depuis sept ans, se regardèrent avec un peu d’embarras.
- J’ai tellement de choses à te dire que je ne sais pas par où commencer, remarqua Olivia.
- Et moi j’ai des milliers de questions sur la vie ici. Tu crois que je vais m’en sortir ?
- J’en suis sûre. Tu vas adorer San Francisco, c’est une ville géniale et je vais te faire découvrir le reste de la Californie. Je prends mes congés dans quelques semaines et je t’emmènerai faire le tour de l’état. J’ai habité quelques années à Los Angeles et j’ai encore plein de potes, là-bas.
- Pourquoi tu n’y es pas restée ?
- Parce que j’ai étudié l’informatique et pour trouver du boulot dans mon secteur, il n’y a pas mieux que la Silicon Valley. C’est tout près d’ici. Et je vais aussi t’emmener au Grand Canyon, c’est un des plus beaux endroits du monde. Tu verras, ici tu auras une vraie vie, pas comme dans cette sale dictature qui nous a volé notre jeunesse et qui a tué nos parents.
- Olivia, puisque tu en parles, j’ai quelque chose de difficile à t’annoncer.
- Si tu veux parler d’Arthur, je suis au courant, répondit Olivia dont les yeux se mouillèrent de larmes à l’évocation de son ancien amoureux. J’ai réussi à entrer en contact avec son frère. Je ne me pardonnerai jamais de l’avoir entraîné là-dedans. J’aurais dû savoir qu’il était trop doux et trop sensible pour affronter ces monstres.
- Ce n’est pas ta faute. C’est le gouvernement qui l’a tué, avec ses méthodes barbares.
Emma fit un pas en avant, sur le point de serrer son amie dans ses bras pour la consoler. Mais ses anciens réflexes étaient encore présents et elle suspendit son geste.
- Si tu veux me faire un gros câlin, je suis partante, plaisanta Olivia.
- Tu es sûre ? Je ne veux pas risquer de...
- Tu ne risques rien du tout et moi non plus. Oublie toutes ces idioties qu’on t’a mises dans la tête. Ici tu es dans un pays libre. Allez, viens là, ma belle.
Emma se laissa convaincre. Une fois surmontée son appréhension du contact physique qu’elle n’avait pas encore totalement vaincue, elle retrouva une sensation oubliée. Un merveilleux sentiment de chaleur et de sécurité. La jeune femme se mit à pleurer doucement. Mais pour la première fois de sa vie, elle versait des larmes de joie. Elle était enfin libre, et sa vraie vie pouvait commencer.











Note de l’auteure
Cette nouvelle est une pure fiction. Espérons qu’elle le restera et n’oublions pas que la dictature peut être aussi dangereuse que le plus grave des virus. Et il n’existe pas de vaccin contre elle, alors restons vigilants.
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