Bonne année 2035 Chapitre 1

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Emma soupira en voyant apparaître le visage de la Première Ministre sur l’écran de la télévision. Le traditionnel discours du Nouvel An de cette femme hautaine et donneuse de leçons l’ennuyait toujours à mourir mais son père n’avait pas vraiment le choix. Il était ingénieur dans les travaux publics et devait donc afficher un soutien total à la politique gouvernementale s’il ne voulait pas risquer d’ennuis au travail.
La jeune fille écouta le défilé habituel d’informations sur la situation sanitaire d’une oreille distraite. Grâce au civisme des citoyens, seuls sept personnes avaient été testées positives au virus cette année. Cela montrait que les sacrifices de chacun étaient nécessaires mais – l’expression de la Ministre se fit sévère et réprobatrice - le virus n’était toujours pas éradiqué, ce qui prouvait que certaines personnes étaient encore assez égoïstes pour ne pas respecter les consignes de sécurité. Ces irresponsables seraient bien entendu sanctionnés comme il convenait. Il ne fallait pas relâcher ses efforts durant l’année à venir.
Emma soupira de nouveau en entendant cette précision inutile. Plus personne ne se faisait d’illusions sur un éventuel retour à l’ancienne vie. La plupart des gens s’en souvenaient à peine, en particulier les jeunes de son âge qui l’avaient si peu connue. Emma repensa aux réveillons 2018-2019 et 2019-2020. Ses souvenirs ne remontaient guère plus loin. Elle se revoyait encore avec ses parents, dans l’un de ces établissements qu’on appelait des restaurants, attablés avec des amis de ces derniers et leurs enfants. Tout le monde était allé se servir au buffet avant d’aller danser, tous ensemble les uns à côté des autres sur la piste. Les enfants avaient joué et couru partout dans la salle. Une scène tellement inconcevable aujourd’hui qu’Emma se demandait si elle ne l’avait pas rêvée. Tout comme elle se demandait si l’insouciance et les sourires sur les visages des personnes présentes étaient réels. Plus personne n’affichait cette expression depuis bien longtemps.
Avec soulagement, Emma entendit la Ministre souhaiter une bonne année 2035 et surtout une bonne Santé à ses compatriotes. Son père et elle allaient enfin pouvoir passer à table et terminer les plats de fête commandés la veille.
- Voilà, la corvée est terminée, annonça son père. Tu t’es bien amusée hier soir ?
- Oui, j’ai rejoint mes amis sur la plateforme de rencontre et on a tous dansé sur la musique du réveillon virtuel. C’était cool.
- Et comment va Thomas ?
- Très bien. On a bu du champagne en même temps devant nos écrans. Et toi, le concert virtuel, c’était bien ?
- Oui, c’était distrayant. Ah, voilà ta tante qui nous appelle sur Skype.
Machinalement, Emma et son père se dirigèrent ensemble vers l’ordinateur, ce qui fit sonner la puce de contrôle implantée dans leur bras. Elle cessa rapidement de sonner mais si l’alarme avait duré plus d’une minute, ils pouvaient s’attendre à voir débarquer la police. Après une sévère remontrance pour ne pas avoir respecté la distance réglementaire, ils auraient écopé d’une amende très salée, voire d’une peine de prison en cas de récidive. Le visage de la sœur aînée d’Antoine, le père d’Emma, apparut sur l’écran d’ordinateur (ou plutôt la moitié supérieure de son visage puisqu’elle n’enlevait son masque que pour se doucher). Lydia paraissait encore plus austère que d’habitude.
- Tout va bien ? demanda Antoine.
- Pas vraiment. Sandrine a reçu les résultats de son check-up hier.
- Mon Dieu, les nouvelles sont mauvaises ? C’est le...Antoine hésita à prononcer le mot virus devant sa sœur.
- Non, heureusement, c’est juste un cancer du sein. Cela explique sa fatigue.
- « Juste » un cancer ? Lydia, ce n’est quand même pas rien.
- Non, bien sûr, mais ça se soigne et surtout, ce n’est pas contagieux. Ma fille a de la chance dans son malheur. Elle ne connaîtra pas les mêmes souffrances que son père.
- Comment prend-elle la nouvelle ? demanda Emma.
- Eh bien, je comptais un peu sur vous pour lui faire entendre raison. Elle refuse de se faire opérer. Son médecin veut procéder à une ablation de son sein par sécurité. Mais cette inconsciente a demandé un second avis à un incapable qui prétend que la tumeur est bien localisée et que l’ablation totale n’est pas nécessaire.
- Mais il a peut-être raison. Pourquoi subir cette mutilation inutilement ?
- La Santé avant tout, ma petite fille. Vous les jeunes, vous vous croyez toujours immortels, mais c’est loin d’être le cas.
- Ta fille a tout de même quarante-quatre ans, Lydia, intervint Antoine. C’est à elle de décider.
- Décider quoi ? De mourir ?
- De ne pas se faire souffrir inutilement.
- J’aurais dû savoir que je ne pouvais pas compter sur vous. Bonne année quand même, et bonne Santé, leur souhaita-t-elle avant de couper la communication.
- Ma sœur vieillit mal, remarqua Antoine. Elle a toujours eu mauvais caractère mais là, on ne peut carrément plus rien lui dire.
- C’est incroyable, on dirait que le cancer de sa fille la laisse indifférente.
- Je crois surtout qu’elle est tellement soulagée que Sandrine n’ait pas le virus qu’elle ne réalise pas la gravité de sa maladie. Tu sais comme ton oncle a souffert avant d’en mourir, alors elle est obsédée par ça.
Plus tard dans la journée, Emma téléphona à sa cousine Sandrine pour essayer de lui remonter le moral. Elle dut insister pour que cette dernière lui réponde enfin.
- Comment vas-tu Sandrine ?
- Ca va peut-être t’étonner, mais pas aussi mal que tu pourrais le croire. En fait, je me sens plutôt sereine. Dans quelques mois je serai enfin en paix.
- Comment ça, en paix ?
- Je serai enfin libre, débarrassée de cette non-vie qui m’encombre depuis quinze ans.
- Ne dis pas des choses pareilles. On va te soigner et tu vas guérir.
- Non, Emma. J’ai décidé de ne suivre aucun traitement, pas même l’ablation de la tumeur. Ca fait bien longtemps que j’attends la mort comme une délivrance sans avoir le courage de me la donner moi-même. Maintenant que j’ai enfin l’occasion d’être libérée de ce calvaire qu’est devenue notre existence, je ne vais pas la laisser passer.
- Et ta mère ?
- Ma mère ne pense qu’à ce maudit virus, ça fait bien longtemps qu’elle ne me comprend plus. A quoi bon vivre sans amour, sans travail, sans aucune liberté ? Tu sais parfaitement que ça ne changera plus. Tu étais trop jeune pour te souvenir de l’ancienne vie, mais je t’assure que pour les gens de ma génération, le changement est trop cruel. Je ne veux plus continuer comme ça, je veux juste qu’on me laisse mourir tranquille.
Emma tenta encore vainement de protester avant que Sandrine finisse par raccrocher mais ne trouva pas d’argument vraiment convaincant. Contrairement à ce que pensait sa cousine, elle se souvenait de l’ancienne vie puisqu’elle avait sept ans en 2020. Et elle se rappelait avec nostalgie du bonheur qu’elle avait partagé avec ses parents. Des images de joyeuses réunions familiales, de parcs d’attraction, de voyages et de jeux avec d’autres enfants de son âge lui revenaient sans cesse en mémoire.
Affreusement déprimée, elle pensa immédiatement à appeler son petit ami pour qu’il lui remonte le moral. Elle l’avait évidemment rencontré sur Internet puisque c’était le seul moyen de trouver un partenaire ou de se faire des amis.
Parfois, Emma rêvait de pouvoir le voir en chair et en os et même de l’embrasser. Mais pour ça, il aurait fallu qu’ils quittent leurs noyaux familiaux respectifs pour emménager ensemble et Emma n’était pas sûre d’être prête.
- Salut, mon cœur ! Bonne année et bonne Santé, s’exclama Thomas. Tu vas bien ? Tu as l’air toute triste.
Emma lui raconta sa conversation avec sa cousine et il hocha la tête avec réprobation.
- Elle est devenue complètement folle ! Se laisser mourir, tout ça parce qu’elle ne peut pas sortir de chez elle quand elle veut ! Je ne comprendrai jamais cette obsession qu’on les gens de son âge. On a tout ce qu’il nous faut chez nous. Pourquoi prendre le risque de sortir si c’est pour tomber malade ? Elle n’a même pas besoin de travailler, c’est l’Etat qui l’entretient ! J’aimerais bien avoir sa chance, moi.
- L’Etat l’entretient en lui versant une aumône qui lui permettrait à peine de survivre si elle n’habitait pas avec sa mère, alors que c’est lui qui lui a interdit d’exercer son métier ! Et ça, quelques mois après que le confinement ait ruiné son couple. Il n’y a vraiment pas de quoi avoir le moral !
- Forcément, elle était esthéticienne. Tu ne voudrais quand même pas qu’on l’autorise à toucher des inconnus ?
- Je te trouve un peu dur. Elle a connu l’ancienne vie jusqu’à ses vingt-neuf ans. Tu sais à quel point ce changement a été brutal pour les gens qui ont connu autre chose.
- Oui, pour une bande d’enfants gâtés qui se plaignent sans cesse au lieu de se réjouir de vivre dans un pays qui préserve leur Santé. Sandrine a eu quinze ans pour se faire à sa nouvelle vie, elle devrait être habituée depuis le temps. Si elle avait perdu un proche à cause du virus, elle ne serait pas aussi égoïste.
- Moi aussi j’ai perdu ma mère, je te signale.
- Je sais, excuse-moi, je n’aurais pas dû dire ça.
Le jeune couple se quitta légèrement en froid.
Emma pouvait cependant comprendre le point de vue de Thomas. Sa mère avait succombé au virus juste avant la grande quarantaine et le jeune homme avait toujours regretté que le gouvernement ne l’ait pas instaurée plus tôt, persuadé que cela l’aurait sauvée. Mais pour Emma, ça avait justement été l’inverse.
Son pays avait été le seul en Europe à suivre le modèle chinois et à instaurer une quarantaine absolue d’aussi longue durée. Depuis, les deux pays étaient considérés comme les zones sanitaires les plus sûres du monde. Le reste du continent était divisé entre les zones modérément sanitaires, où de rares personnes obtenaient l’autorisation de se rendre pour motif impérieux, et les zones non-sanitaires où il était strictement interdit de poser un pied.
Au début, les gens pensaient que l’interdiction totale de sortir de chez soi – y compris dans son jardin ou sur son balcon puisque le virus pouvait aussi se transmettre par voie aérienne – ne durerait que quelques semaines. Le contraire aurait été intenable, que ce soit sur le plan humain ou économique. D’ailleurs, certains politiciens avaient tenté d’intervenir en ce sens auprès du Premier Ministre de l’époque en invoquant la préservation de l’économie du pays, de la santé mentale de ses habitants et d’un minimum de démocratie. Mais le Ministre leur avait sèchement répondu que l’heure était trop grave pour se soucier de ces principes d’un autre âge. La quarantaine était indispensable pour sauver la Santé nationale et la virologue en chef l’avait exigée. Elle menaçait de démissionner si elle n’obtenait pas gain de cause et il était impensable de se passer de son précieux soutien.
Emma n’oublierait jamais ce jour d’octobre 2020. Elle ignorait qu’elle se trouvait pour la dernière fois dans une salle de classe en présence de sa meilleure amie Olivia et d’autres enfants. Leur institutrice leur avait annoncé d’une voix tremblante qu’à partir de maintenant, ils ne se verraient plus que sur l’ordinateur pour travailler à la maison comme ils l’avaient déjà fait au printemps dernier. Mais elle comptait sur eux pour continuer à bien étudier, être sages et faire très attention à leur Santé.
Les enfants s’étaient tous dévisagés, sentant malgré leur jeune âge qu’il se passait quelque chose de grave. Antoine était rentré du travail beaucoup plus tôt que d’habitude pour aller chercher Emma à l’école. Malgré la gaieté artificielle qu’il affichait, Emma remarqua qu’il était pâle comme un linge. Tout comme elle vit immédiatement les yeux rougis par les larmes de sa mère qui essayait également de faire bonne figure.
Quelques mois plus tôt, Marianne était encore une jeune femme élégante et souriante mais maintenant, elle était toujours triste et anxieuse. Passionnée de voyages, elle avait travaillé quelques années comme hôtesse de l’air jusqu’à la naissance d’Emma. Ensuite, elle avait préféré arrêter de s’absenter sans cesse pour pouvoir élever sa fille et avait trouvé un autre emploi dans une agence de voyages. Avec Antoine, ils formaient un couple heureux et très amoureux.
Marianne s’était épanouie dans son nouveau travail jusqu'au catastrophique printemps 2020. Le secteur du tourisme avait repris un peu d’espoir en été, lors du déconfinement. Un espoir vite balayé par les mesures complètement incohérentes du gouvernement. Les règles en matière de voyages étaient terriblement compliquées et les restrictions trop nombreuses. Alors, beaucoup de gens s’étaient résignés à annuler les vacances dont ils auraient pourtant eu tellement besoin.
L’agence où travaillait Marianne avait fait faillite à la fin de l’été et de toute façon, le métier d’agent de voyages avait rejoint la longue liste des professions disparues. Marianne avait donc droit à une maigre compensation financière versée par l’Etat. Aussi maigre que la consolation quelle lui procurait.
Complètement dépressive, Marianne passait ses journées à feuilleter ses albums de photos de voyages et de famille, tentant de se replonger dans l’époque où elle menait encore une vie digne d’être vécue. Elle avait tenté de rester forte pour son mari et sa fille. Jusqu’au soir du 24 décembre 2020.
Pour Emma, ses parents avaient tout de même organisé un semblant de réveillon. Tout s’était plus ou moins bien passé jusqu’à ce que Marianne appelle ses parents sur Skype. Un couple au visage pâle, aux traits tirés et au regard éteint était apparu sur l’écran.
Les parents de Marianne l’avaient eue sur le tard et ils étaient déjà âgés et pas en très bonne santé. Ils avaient donc décidé l’année précédente de s’installer dans une maison de retraite, bien loin d’imaginer qu’elle deviendrait un jour leur prison. Le gouvernement avait en effet décrété qu’on ne pouvait pas risquer de voir les hôpitaux submergés de personnes âgées et fragiles. Les pensionnaires des maisons de retraite se voyaient donc définitivement interdits de visites et savaient qu’ils ne seraient plus jamais autorisés à ressortir de ces établissements. Par « humanité », le gouvernement avait autorisé qu’on laisse les couples dans la même chambre, à condition qu’ils soient séparés par un plexiglas.
Marianne essaya d’encourager un peu ses parents mais au bout de quelques minutes, le vieux couple sanglotait si fort qu’il dut couper la communication. Marianne, suivie par son mari, se réfugia dans la salle de bains pour tenter de cacher ses larmes à Emma. Mais la petite fille, terrifiée, avait entrouvert la porte de la pièce et entendait sa mère sangloter violemment en hurlant comme un animal pris au piège.
- Je ne les reverrai jamais, jamais ! criait-elle. Que vont-ils devenir à leur âge, dans des conditions aussi inhumaines ?
Antoine mit bien du temps à calmer sa femme, qu’il serrait dans ses bras en lui parlant doucement. Il tapait du poing contre le mur de frustration quand l’alarme de sa puce se déclenchait et l’obligeait à s’éloigner. En effet, les contacts physiques n’étaient autorisés qu’entre partenaires vivant sous le même toit, pour des raisons évidentes, ou entre parents et enfants de moins de six ans, pour les soins indispensables tels que la toilette ou les biberons. Et ils étaient limités à un quart d’heure.
Les parents d’enfants plus âgés avaient bénéficié d’un mois de délai en début de quarantaine pour leur apprendre à se laver et s’habiller seuls. Des psychologues avaient bien tenté d’expliquer que les enfants avaient besoin d’être câlinés par leurs parents mais le Premier Ministre et la virologue en chef de l’époque avaient décrété qu’il existait d’autres façons de témoigner de l’affection à ses enfants que ces contacts totalement non-hygiéniques.
Dévasté par le chagrin de sa femme, Antoine mit Emma au lit en essayant de la rassurer. Maman irait mieux demain. La fillette dormit d’un sommeil agité et se réveilla plus tôt que d’habitude. Elle trouva sa mère dans le canapé du salon, endormie à côté d’une bouteille de vodka vide. Emma fronça les sourcils. Elle savait que sa maman en buvait de plus en plus depuis le début de la quarantaine et que son papa n’aimait pas ça. Et cette fois, il y avait aussi un tube d’antidépresseurs vide près de la bouteille ainsi qu’un mot. Emma avait déjà assez bien appris à lire pendant les quelques mois passés à l’école pour réussir à le déchiffrer.
Antoine, mon amour, Emma, ma petite fille adorée,
J’ai essayé, vous savez. J’ai vraiment essayé de tenir bon pour vous, pour ne pas vous abandonner, mais je n’en peux plus. Pardonnez-moi et consolez-vous en pensant que j’ai enfin retrouvé ma liberté. Si vous le pouvez, essayez de fuir cet enfer et de trouver un endroit où le bonheur existe encore. Je vous aime tant tous les deux. Dites à mes parents et à mes amis que je les aimais aussi.
Votre épouse et maman
- Papa, viens ! Avait crié la petite fille, terrifiée.
- Marianne ? Marianne ! Qu’est-ce que tu as fait, ma chérie ? Réponds-moi, mon amour ! avait hurlé Antoine, en larmes, tout en serrant le corps sans vie de sa femme dans ses bras.
Il avait eu affaire à des policiers compréhensifs qui avaient désactivé l’alarme de sa puce pour le laisser serrer Emma dans ses bras un long moment après lui avoir annoncé la mort de sa mère. Mais ils avaient dû respecter la distance réglementaire pendant qu’ils assistaient aux funérailles de Marianne sur Internet. Quant aux parents de cette dernière, ils étaient morts quelques semaines plus tard, à deux jours d’intervalle. Comme pour tous les résidents des maisons de retraite, on considéra qu’ils étaient morts du virus, bien qu’ils n’en aient présenté aucun symptôme. Cela permettait de gonfler les statistiques et d’inciter la population à l’obéissance en la terrorisant encore davantage. Mais tout le monde savait que le vieux couple était mort de chagrin.
Antoine avait bien pensé fuir vers les Pays-Bas ou la Suède, qui acceptaient les habitants de son pays fuyant la dictature, mais n’osait pas entraîner Emma dans un périple aussi dangereux. Car la police avait ordre de tirer sans sommation sur toute personne surprise à l’extérieur sans autorisation. Et de viser la tête. Le gouvernement avait passé une loi spéciale considérant l’exécution des agents contaminateurs comme un acte de légitime défense n’entraînant aucune sanction.
Pourtant, les autorités durent revoir leurs positions quand elles se retrouvèrent avec tellement de cadavres sur les bras que les morgues et les cimetières furent saturés. Moins à cause du virus que de la terrible vague de suicides, qui ne faisait que s’accroître au fur et à mesure que la quarantaine se prolongeait. Finalement, le gouvernement décida que les traîtres irresponsables qui ne la respectaient pas pouvaient tout aussi bien passer en zone non-sanitaire et y attraper le virus. Ce serait la meilleure façon de punir leur incivisme. Il ouvrit donc les frontières du pays uniquement dans le sens des départs. Les gens qui voulaient partir devaient signer un document dans lequel ils s’engageaient à ne jamais revenir, renonçaient à leur nationalité et à tous leurs biens, confisqués par l’Etat. On les mettait dans un car sans rien d’autre que les vêtements qu’ils portaient sur le dos et personne ne les revoyait jamais.
Jusqu’à la fin de la quarantaine, on ne vit plus dans les rues que des voitures de police, des ambulances et des véhicules de livraison conduits par d’anciens SDF ruinés par l’épouvantable crise économique. Le gouvernement les ramassait dans les rues, les confinait dans des bâtiments à l’abandon et en échange du gîte et du couvert, ils devaient prendre le risque de sortir pour livrer les produits indispensables à la population. Sauf exception, les privilégiés ayant encore un emploi télétravaillaient et les enfants et adolescents étaient instruits à distance tant bien que mal.
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