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Bonjour maitresse

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Coco Mondesir

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Un lundi matin comme les autres mis à part cette pluie battante qui désolait les cases de Pointe-à-Pitre. Emma était en avance comme tous les jours. C’était tellement difficile de se garer en ville qu’elle préférait arriver plus tôt. Et puis, en maternelle il fallait préparer les étiquettes, les jeux pour l’accueil du matin.
Emma aimait son travail. Cette année, sa classe était formidable. Les élèves étaient malicieux, curieux, vifs et tellement mignons. C’était toujours une joie de les retrouver. Surtout ces derniers temps... La séparation avec Hugo avait été très pénible. Elle l’aimait sans doute encore mais il était instable et violent. Quand il l’avait giflée elle avait fui. Elle lui avait dit que c’était fini et s’était réfugiée chez ses parents. Il l’appelait jusqu’à cinquante fois par jour. Elle avait un peu peur mais ne se résignait pas à aller à la police. Hugo était lui-même policier, elle craignait de ne pas être prise au sérieux. Alors elle espérait qu’il se lasse de lui-même.
Retrouver les enfants chaque jour était donc sa bouffée d’oxygène. Il était 7h50, la cloche allait bientôt retentir. Comme d’habitude Cris était le premier. Emma ne savait pas si c’était lui qui était pressé de venir à l’école ou si c’était sa mère qui avait hâte de retourner à ses occupations. Mais en enfin, Cris était toujours le premier arrivé. Puis arrivait Kurtys et les autres élèves jusqu’à 8h10.
Les retardataires étaient toujours les mêmes : la capricieuse Milie, Jack et Mickael. Cela faisait sourire Emma. Il était 8h10 et elle allait fermer la porte de la classe. La directrice avait été formelle. En raison d’un trop grand nombre de retards, les maitresses devaient fermer leur porte à 8h10 afin que les parents changent leurs mauvaises habitudes. La concierge récupérait les retardataires et raccompagnaient leurs parents à la porte.
Emma accueillait Jack quand elle le vit. Cet homme, son visage lui était familier mais elle ne saurait dire d’où. Il semblait accompagner une petite fille et se dirigeait vers la classe d’Emma. Une nouvelle pensa-t-elle. Une nouvelle élève en janvier ? Mais la petite bifurqua vers la classe voisine tandis que l’homme continuait d’avancer vers Emma. Elle s’apprêtait à lui demander ce qu’il voulait quand il la bouscula vers l’intérieur avant de fermer la porte à clé derrière lui.
La jeune femme s’était retrouvée au sol et le bruit avait alerté les enfants. Les jeux, les rires et les bavardages étaient comme suspendus dans les airs. L’homme enleva sa capuche et la fausse moustache dont il s’était affublé. C’est alors qu’elle le reconnut. C’était Hugo, il était armé. Emma le supplia des yeux, les enfants ne devaient pas voir l’arme.
Elle se releva prestement et fit comme si de rien n’était afin de ne pas les inquiéter.
« Les enfants, je suis maladroite ce matin. Rangez vite et allez sur le tapis. »
Kurtys semblait intrigué par le monsieur, il le fixait et finit par demander :
« C’est un nouveau maitre ?
Oui, répondit Emma, il vient voir comment on travaille. Vite, rangez. »
Elle ne savait pas quoi faire mais une chose était sure, il ne fallait pas que les enfants paniquent. Alors elle décida de faire comme d’habitude. Elle désigna à Hugo une chaise. Il était installé face à elle mais les élèves lui tournaient le dos.
Avec la porte fermée, il était impossible de prévenir qui que ce soit. De plus, avec la pluie, personne ne s’étonnerait de ne pas voir sortir les enfants avant la récréation. Comment tout cela allait finir ? Si seulement Rose, son ATSEM, était là mais elle était connue pour arpenter les couloirs de l’école à la recherche d’un commérage. Elle ne pointait le bout de son nez que vers 10 heures, après la récréation.
Emma se résolut donc à faire l’appel, la date, les chants du matin. Elle évitait soigneusement de croiser le regard d’Hugo. Les enfants finirent par s’étonner de la longueur du temps de regroupement. Tairon demanda :
« Maitresse on ne travaille pas aujourd’hui ? »
Alors une idée lui vint. La jeune femme décida de faire redescendre la tension d’Hugo en le faisant participer.
« Non les enfants, nous n’allons pas travailler tout de suite. Vous pouvez poser des questions au nouveau maitre, il était policier avant ».
Hugo était furieux et son regard ne laissait aucun doute, il était venu pour récupérer Emma. Il voulait qu’elle revienne à la maison et il ne repartirait pas sans elle. Il accepta malgré lui de se prêter au jeu pour ne pas effrayer les enfants.
Enfin, l’heure de la récréation arriva. Les élèves n’en pouvaient plus d’être assis et à cet âge-là il fallait les emmener régulièrement aux toilettes. Emme l’expliqua à Hugo mais il refusa qu’elle les accompagne. Les enfants allèrent donc seuls aux toilettes et il referma la porte derrière eux.
« Emma je t’aime et tu n’es rien sans moi. Regarde-toi, tu es toute fanée. Je suis venu pour te ramener chez nous ».
La jeune femme oscillait entre rage et peur. Elle avait envie de lui exploser à la figure mais son compagnon continuait d’agiter son arme devant elle. Alors elle se résolut à être douce.
« Hugo, mon amour, tu as raison s’entendit-elle répondre. Je pensais t’appeler aujourd’hui, je veux revenir chez nous.
Bien, alors je reste jusqu’à la fin des cours avec toi et on rentre ensemble. »
Comment allait-elle pouvoir se dépêtrer de cette histoire ? Il l’étreignait, le pistolet collé contre sa hanche. Elle était prise au piège.
Pendant ce temps, les enfants jouaient à s’éclabousser dans les toilettes. Ils faisaient un tel raffut, qu’ils avaient fini par alerter une autre maitresse. Elle s’étonna de ne pas voir sa collègue avec sa classe. Les consignes étaient les mêmes pour tous : aucun élève ne pouvait aller seul aux toilettes. Elle n’hésiterait pas à en toucher un mot à la directrice. Elle leur demanda où était leur maitresse.
« Dans la classe, répondirent-ils en chœur. »
Milie ajouta que le monsieur, le nouveau maitre et policier n’avait pas voulu que la maitresse les accompagne. Cette information intrigua la collègue d’Emma. Cette histoire lui semblait farfelue. Elle se dirigeait vers le bureau de la directrice quand elle croisa Rose, l’ATSEM. Elle lui demanda donc de raccompagner les élèves à leur classe. Elle s’entretenait avec la directrice quand Rose débarqua à bout de souffle. Elle expliqua que la porte de la classe était fermée et qu’elle n’avait pas pu y rentrer. Elle avait aperçu toutefois Emma et surtout cette arme collée contre son flanc. Elle était retenue en otage !
Ni une ni deux, la directrice contacta la police. Et dire que la semaine précédente l’école s’était entrainée à réagir en cas d’intrusion. Il fut décidé d’évacuer les classes les plus éloignées de celle d’Emma et de confiner les autres. Un négociateur fut dépêché sur place, mais Hugo n’était pas venu pour négocier. Il était venu pour elle et il ne repartirait pas sans elle. Emma l’avait bien compris.
Elle ne poussa aucun cri, ne se débattit pas quand il commença à serrer son cou. Hugo ne s’arrêterait pas.
Lorsque la police intervint, elle découvrit leurs corps. Hugo tenait la main d’Emma. Il pensait sans doute qu’ainsi elle lui appartiendrait dans l’au-delà. C’est en tout cas ce qu’il avait pensé quand il s’était tiré une balle en pleine tête.
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Dolotarasse · il y a
Une maîtresse-courage ! Une histoire intéressante du point de vue psychologique. Quelle fin tragique !
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Aurélien Azam · il y a
Je ne m'attendais pas à un final aussi tragique... au moins les enfants n'auront pas vu cette scène effroyable de leurs yeux. L'écriture est claire, efficace, et très prenante, on se laisse brinquebaler par un récit inattendu dans son déroulé. Le sens du détail pertinent est très bon, la sensation d'urgence bien rendue.
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Coco Mondesir · il y a
Merci pour ce très beau commentaire
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