Bonheur retrouvé

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L’air frais du matin me caressa le visage, le chant des oiseaux se faisait entendre et les fleurs qui jonchaient les parterres formaient un magnifique tapis multicolore. Les premiers rayons de soleil apparaissaient petit à petit et le ciel bleu décoré de magnifiques nuages reflétait toute sérénité de l’âme.

-PAIGE REVEILLE TOI TU VAS ENCORE ETRE EN RETARD!

La voix de ma mère me ramena malheureusement à la réalité. Je n’étais pas si surprise que ça, à vrai dire, je m’en doutais. Mais j’aurais préféré ne pas être réveillé, j’aurais tellement adoré rester dans ce monde féerique, tellement parfait. Le monde des rêves, là où il n’y a ni problèmes ni responsabilités.

Après de longues minutes à rêvasser, je m’étais enfin préparé et prête pour l’école.
Ma mère, était partit au travail cela fait déjà 30 minutes. Et comme chaque matin, je devais sortir 20 minutes à l’avance pour avoir mon bus. Arrivée à temps, je m’étais installé, à mon habitude, à la première place pour que je sois la première à sortir et pour éviter les insultes et rabaissements des autres élèves.
Durant le trajet, personne ne me parla, bien sûr, j’étais trop solitaire pour cela. Mais mon regard s’était posé sur le rétroviseur du bus. Je haïssais me regarder dans un miroir, je le faisais rarement. A chaque fois que je me voyais, je le voyais. Je voyais mon père, et cela était la dernière chose que je voulais.
Je suis brune, j’ai un visage fin et expressif, des yeux noisettes, un nez parsemé de quelques taches de rousseur, des lèvres fines et bien dessinées, et un visage rond. Exactement celui de mon père, je tiens tout de mon père.

La journée s’était affreusement passé, comme chaque jours d’ailleurs. Malgré mes excellentes notes et mon intérêt à l’école, je détestais y aller et je ne le cachais pas pour autant, après tout qui aime aller à l’école? Il ne me restait plus que 1 heure pour rentrer à la maison, et comment dire que j’avais hâte de dormir pendant de longues et multiples heures. Mais il me fallait de la patiente, beaucoup de patiente parce que, j’avais malheureusement en dernière heure Mme Dubois, ma professeur de philosophie, et ma pire ennemie. Sa matière est si barbante que j’aurais préféré rester avec ma voisine à regarder des feuilletons, et je tiens à préciser que cette dernière mange comme un éléphant.
Je me suis installé à la dernière table au fond de la classe, mis mes écouteurs et j’ai posé ma tête sur la table prête à dormir, mais il a fallut qu’elle m’interrompe en plein geste me demandant méchamment d’enlever mes écouteurs et de prêter attention au cours, elle avait même oser me provoquer en m’adressant un sourire sarcastique et avait parlé de mon père, et dieu sait combien je hais que quelqu’un parle de lui. C’était la goutte d’eau qui déborda le vase, j’ai quitté la classe, sans oublier de claquer la porte derrière moi. J’avais pris le route qui me menais à la maison, à cette heure de la journée, ma mère n’y était pas. Elle avait un travail assez rude. Elle travaillait tôt le matin, et tard le soir dans une supérette à quelques kilomètres de chez nous, ce qui me laissait le temps de rester seule chez moi, et tant mieux je ne voulais pas qu’elle me voit dans un état pareil, j’avais cessé de me montrer faible devant elle cela fait maintenant plusieurs années. Ma vue se brouilla soudainement par les larmes qui commençaient à dégringoler sur mes joues, mon père... Il me manquait tellement. Cela faisait exactement 200 jours qu’il était partit en mission, et vu qu’on vit dans une toute petite ville, les nouvelles comme celles ci y font le tour au moins d’une journée, ce qui explique les dires de Mme Dubois. Elle sait mieux que quiconque que cela touche notre famille, et que c’est malheureusement mon point faible et celui de ma mère. Avant même que je sois née, mon père s’était engagé dans cela. Il s’est engagé à être fidèle, mais ne s’est jamais douté que ce travail l’éloignerait de sa femme ainsi que de son enfant. Il doit, à chaque fois partir dans des missions dans plusieurs villes ou même pays, rester là-bas plusieurs mois, et revenir pour nous revoir. Il reste 5 jours, et n’a pas le droit de demander plus. On ne sait jamais combien de temps il reste en mission, lui même ne le sait pas.
Injuste non?

La porte de la maison claqua si fort que les portraits accrochés faillirent tomber. J’ai présumé que ma mère avait reçu un message de l’école lui indiquant mon comportement irrespectueux envers la chère Mme Dubois, mais qu’est ce que j’en ai à faire?

-Est ce que t’en a pas marre de te comporter comme une idiote? Hurla ma mère.


Je ne dis rien, après tout je respectais ma mère, et elle avait raison sur ce qu’elle disait, j’ai préféré garder le silence. C’était à chaque fois cela, elle se mettait en colère, parlait de la personne que je suis devenue et part. Mais cette fois, elle ne le fit pas. Elle fit pire.


-Je ne sais pas ce qui cloche avec toi. Où est passé ma fille? Cela fait 3 ans que tu es devenue incontrôlable, tu ne me parle plus, tu ne te confie plus, tu es juste là dans ta chambre à ne rien faire, tu n’as même pas d’amis. Je sais que tu n’aime pas parler de lui, mais il le faut. C’est ton père, et je sais que tu souffre autant que je souffre je suppose. Mais je suis là, on est deux dans cette situation, tu n’es pas la seule. On peut surmonter cela toutes les deux. Tu as à peine 17 ans! J’entends rarement ta voix, tu es tout le temps sur tes bouquins avec tes écouteurs, pourquoi tu t’auto détruis? Je veux que ma fille revienne, celle avec qui je passais mes après midi, celle avec qui je rigolais, celle à qui je me confiais. Tu es devenue si agressive et à la défensive que je ne te reconnais plus. Et ce que tu as fait aujourd’hui est inacceptable. Certes, tu as de bonnes notes, tu es une excellente élève mais cela ne t’autorise pas à faire ce que tu as fais à Mme Dubois. A un moment donné, tu dois arrêter.

Chaque mot que disait ma mère, m’allait droit au cœur me le transperçant et laissant une grande plaie. Je n’avais pas mon mot à dire, après tout, elle avait raison. Elle avait raison sur toute la ligne. Je m’étais renfermé sur moi même, je ne parlais plus vraiment et j’étais devenue crispée. L’absence de mon père m’affectait énormément. Je sais que ma mère a besoin de moi, comme j’ai besoin d’elle dans des moments pareils, mais je ne peux pas faire autrement. Cela fait déjà 3 ans que je ne suis plus la même, j’arrive à changer quand mon père revient, mais ça ne dure pas plus de 5 jours. J’essaie de plus parler à ma mère, mais en le faisant, je vois dans ses yeux à quelle point elle est malheureuse, elle essaie de le cacher mais je lis en elle comme un livre ouvert, et ça ne fait qu’empirer ma situation.

Ma mère était toujours là, devant la porte, je n’avais pas bougé du canapé, je fixais un point imaginaire devant moi, je pouvais sentir son regard pesant. Après plusieurs minutes, elle avait enfin décidé de repartir à son travail, sans oublier de me dire qu’elle rentrerait en retard, comme toujours. Je m’étais senti si coupable, je voulais la retenir et lui dire à quel point j’étais désolé, a quel point que je l’aimais, et combien je me sentais seule, je voulais tant lui faire un câlin, mais je me suis retenue.

J’avais passé le restant de la journée dans le balcon de ma chambre à observer le crépuscule, et je n’avais guère mangé. Je n’avais goût à rien, surtout après ce qui s’était passé. Ma mère était déjà rentrée, elle s’était affalé sur le canapé, et dormait. Je l’ai couverte, et je suis rester longtemps à l’admirer, en sentant des remords de m’être éloigné de l’être le plus cher à mon coeur, son visage était marqué par la fatigue, et je me suis rendu compte de ma culpabilité vis à vis de ma mère, je l’avais tout à fait écarté de mon centre d’intérêt en me focalisant sur l’absence de mon père.

Les jours passèrent, et je m’étais forcé à changer de comportement avec ma mère, j’avais même, pour lui faire plaisir, demandé des excuses à Mme Dubois, qui ne pris même pas la peine de détacher son regard du journal qu’elle avait entre les mains. Ce dernier datait d’il y’a un mois. J’avais repris les après midi avec ma mère, c’était une sorte de tradition chez nous, on passait, quand on a le temps, des après midi à se parler ainsi que de se raconter des anecdotes. Je ne m’étais pas rendu compte que cela m’avait manqué, j’avais besoin d’un énorme soutient, et ma mère était la clé à cela. J’avais toujours des difficultés à m’adapter, parce que je dois avouer que ce n’est pas facile de changer du jour au lendemain, mais j’essayais et faisais de mon mieux pour la satisfaire.


1 mois s’était écroulé, et tout allait au mieux entre ma mère et moi. Tout était redevenu comme avant, j’avais cessé d’être agressive, ma mère travaillait moins, elle demandait des heures de repos souvent pour qu’elle puisse passer du temps avec moi, on était heureuse, mais on n’oubliait pas pour autant mon père. On avait eu des nouvelles, un ami à lui avait terminé sa mission, il était de retour, et nous avait contactés pour nous informer que mon père n’allait pas tarder lui aussi à terminer la sienne. Malheureusement, il ignorait quand, mais on était tout de même rassuré de savoir qu’il n’avait rien et que tout se passait bien.

Un jeudi soir, alors que j’étais en train d’étudier pour mon contrôle de physique, et que ma mère, était occupé à préparer le dîner, la porte d’entrée sonna. Il était plus de 22 heures, et personne ne venait chez nous à une heure aussi tardive. Sauf notre voisine, mais elle n’était pas là de la semaine ce qui nous intrigua toute les deux. Je me suis alors, précipité pour ouvrir. Je fus surprise, mais aussi heureuse de découvrir que mon père se tenait derrière cette dernière. Un sourire se dessina aussitôt sur mes lèvres et je n’attendis pas une seconde de plus pour me jeter dans ses bras. 230 jours sans le voir. C’était énorme, je ne sais même pas comment j’ai fais pour tenir le coup et ne pas craquer, c’était plutôt difficile, mais le voir maintenant, devant moi, me fus oublier tout le clavaire que j’ai vécu durant ces derniers mois.
Ma mère m’appela à deux reprises, me faisant ainsi sortir de mes pensées. Inquiète, parce que je n’avais pas répondu, elle se dirigea vers mon père et moi. En le voyant, ses yeux s’illuminèrent, quelques larmes faisaient déjà leurs chemins sur ses joues, et un sourire s’afficha sur ses lèvres. Ils se jetèrent dans les bras de l’autre. Et je ne pus retenir un large sourire, exprimant toute la joie que je ressentais à cet instant précis.

Mon père nous avait annoncé qu’il allait rester plus que prévu, parce que c’était la première fois de toute sacarrière qu’il avait passé autant de temps dans une mission. Il allait rester a peu près 20 jours. Ce n’était bien sûr pas suffisant, mais ça restait mille fois mieux que 5 jours. De plus, j’avais des vacances dans pas longtemps, ce qui me laissait le temps de profiter de lui, ainsi que de passer le maximum de temps avec lui.

Il ne lui restait plus que 3 jours pour qu’il s’en aille. Les 17 derniers jours ce sont tellement vite passés, mais tout s’était déroulé à merveille. On est sortis tout les trois, profitant du beau temps et la bonne humeur était au rendez vous. On était une famille réunis et tellement heureuse, on avait même complètement oublié que mon père devait s’en aller.

Alors qu’on s’apprêtait à faire les valises de mon père, il nous stoppa, nous demandant de se rendre au salon, il avait quelque chose d’important à nous annoncer. Je m’installai alors dans un canapé, ma mère faisant de même. Mon père avait choisi de rester debout, son regard était plutôt sérieux, je me suis vite dis que cela n’annonçait rien de bon, je me suis alors mis en tête l’idée de m’apprêter au pire.

-J’ai décidé de prendre ma retraite. J’ai pensé à cela durant toute ma mission, je n’étais pas sur de moi, mais en venant ici, je me suis vite rendu compte que ma famille est plus importante pour moi que mon travail. Et surtout après ce que ta mère m’a raconté Paige. La dernière chose que je veux, c’est de voir ma fille changer à cause de moi. Cela fait plus de 27 ans que je travaille dans ce métier, il est temps pour moi de prendre soin de ma famille en restant là. Je ne veux plus que la distance nous sépare, plus jamais.

Après ces quelques mots, mon père releva enfin la tête, son regard sonda le mien, puis celui de ma mère, il ouvra ensuite grand les bras pour qu’on puisse s’y blottir.
Enfin. Enfin mon père allait vraiment faire partir de ma vie, il sera là quand je rentrerais des cours, il me grondera et me criera dessus si je fais quelque chose de mal.
En pensant à cela, je sentis mon cœur battre de joie sous ma poitrine. J’allais enfin être heureuse, et ne plus ressentir cet énorme vide, j’allais moi aussi l’avoir constamment derrière moi me disant ce que je dois faire ou pas.

Et pour moi, c’était ça le bonheur.
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